Le débat qui raconte l'histoire "d'amour" de la France avec l'Europe selon le OUI/NON/Un peu/Beaucoup/ALaFolie/PasDuTout continue... et n'est pas près de finir.. dans les sondages les Ouis et les Nons sont en balançent au gré des vagues, des levers, des couchers et du vent...
Dans le camp des Normands responsables qui se prononcent pour le Oui, on trouve (liste non exhaustive):
- Mr Hervé Morin, qui a été pendant un temps le "champion" de la promotion de la réunification normande, a écrit une lettre à tous ses administrés de Cormeilles-Epaignes (soit près de 80000 dans le nord de l'Eure). (cf ci-dessous sa lettre)
- Mr Jean-Louis Bourlanges, meilleur spécialiste Français et Normand de L'Europe. (cf ci-dessous son "Oui")
- Mr André Bettencourt, personnalité du Pays de Caux, propriétaire du Courrier Cauchois, et qui a écrit dans son journal un texte pour le "Oui" à L'Europe.
- Le Commissaire Pascal Lamy, d'origine Cauchoise.
- Mr François Hollande, 1er secrétaire du Parti Socialiste National et dont la famille est d'origine normande.
- L'UMP normand (vous pouvez consulter http://www.umpeurope.org), et le PS normand (dont le site est http://www.normandiepourleoui.org)
- Les organisations "Demain la Normandie", "L'Etoile de Normandie", "Club Normandie 2004".
......(a vous de compléter ou d'envoyer vos messages)

Quand à Messieurs Duron et Le Vern, ils recherchent une capitale ou une métropole de plusieurs villes normandes, une plate-forme aéroportuaire ou hub (pour rationnaliser les coûts et séduire voyageurs et compagnies aériennes), et une date (pour le référendum citoyen ou signatures entre les présidents) pour la Région Normandie. Il faut donc les laisser bosser et ne pas les ennuyer avec l'Europe!!!!

Quand à Mr Laurent Fabius, longtemps partisan "convaincu" de l'Europe, mais depuis largement seulement "convaincu" de vouloir devenir le "premier de la classe" (un coup j'attaque le PS par la droite, une autre fois je tente par la gauche...), daignant visiter les Normands deux à trois fois par an histoire de valider son seul mandat local de Gd-Quevilly, est toujours en train de faire campagne pour son NON... mais il le fait aux Etats-Unis.... (Cette diatribe est, bien sûr, un mélange de vrai et de faux, je vous laisse donc faire le tri sélectif...., et je ne peux pas m'en empécher car j'en avais besoin et ça me soulage...]


Lettre d' Hervé MORIN
Député Maire d’Epaignes

A moins de quinze jours du référendum, j’ai souhaité vous écrire personnellement car le vote du 29 mai est très certainement le plus important que vous aurez à effectuer dans les 20 ans qui viennent. Nous ne pouvons pas laisser une majorité d’abstentionnistes décider de notre avenir et de celui de nos enfants. Ce vote est en tout cas aussi important qu’une élection présidentielle ou les élections législatives.

Je sais que vous êtes tentés de profiter de cette élection pour exprimer votre mécontentement face à la situation de notre pays. Ne nous trompons pas d’élection ! Les élections nationales, en 2007, vous permettront d’exprimer votre opinion. Ne jetez pas l’Europe à la rivière de vos déceptions.

Le 29 mai, ne faisons pas de l’Europe le bouc émissaire de nos problèmes. Beaucoup de pays en Europe vont bien (Grande Bretagne, Suède, Danemark, Espagne…). Ils ont su faire les réformes qu’il fallait. Les difficultés de notre pays, nous ne les devons qu’à nous-mêmes, à notre incapacité depuis vingt ans à regarder les choses en face et à régler nos problèmes. Pour les surmonter, avec une politique nationale courageuse, l’Europe est notre meilleur atout ; l’Europe est notre chance !

N’oublions pas d’abord les acquis de l’Europe. L’idée des pères de l’Europe était de construire de tels liens entre les pays et les peuples que la guerre qui ruinait tous les 40 ans notre continent serait impossible. Ils y ont réussi : pour la première fois de notre histoire l’Europe est en paix mais cela demeure par définition fragile ; les anciens le savent bien.
Par ailleurs, la construction de la communauté économique européenne devait permettre l’émergence d’un grand marché qui accélèrerait la modernisation de notre économie et la constitution d’entreprises assez fortes pour rivaliser avec le reste du monde. Quelles que soient les difficultés du moment, c’est aussi un succès.
Grâce à l’Europe, par exemple, la France est devenue la deuxième puissance mondiale dans l’agroalimentaire. C’est grâce à notre union qu’Airbus est devenu numéro 1 mondial dans l’aéronautique devant Boeing et fournit du travail à près de 100 000 Français. Qui aurait pu imaginer cela il y a 25 ans ?
Savez-vous qu’aujourd’hui un emploi sur cinq en France dépend des échanges avec les autres pays d’Europe ? En fait, la France sans l’Europe serait plus pauvre et plus isolée.

Vous voyez bien que l’avenir du monde sera dans les mains des grands Etats. Le Monde est dominé par les Etats-Unis. La Chine s’est réveillée ; demain l’Inde, la Russie, le Brésil probablement seront les grandes puissances qui rivaliseront.
Si les pays européens ne s’unissent pas, la France comme les autres nations européennes n’auront pas le poids nécessaire pour défendre notre conception du monde, nos intérêts économiques et sociaux, notre culture face à ces géants. Tant que nous ne parlerons pas d’une seule voix, comme sur la question Irakienne, les Etats-Unis imposeront leur loi. Il nous faut être unis ; c’est pourquoi nous aurons avec la Constitution, un Ministre des Affaires Etrangères européen et la possibilité de construire une défense européenne.

Je ne peux me satisfaire à l’idée que la sécurité du continent européen repose sur le bon vouloir des américains, que nous ne sommes pas en mesure d’imposer notre vision de la planète lors des grandes négociations internationales ou commerciales alors que l’Europe est la 1ère puissance économique du monde. Doit-on à jamais rester un nain politique ?

Je sais que vous trouvez l’Europe actuelle trop technocratique et trop libérale. Justement, la Constitution apporte des solutions à ces deux reproches.

Elle rend l’Europe plus démocratique avec des institutions transparentes et compréhensibles par tous. Par exemple, les décisions du Conseil des ministres européens se prendront publiquement. Nous saurons désormais à chaque fois quelle sera la position du gouvernement français. Les décisions ne se prendront plus dans notre dos. Le droit de pétition permettra à un million d’européens de demander à la Commission européenne de revoir une question. Le Parlement européen votera désormais toutes les lois européennes.
Et l’Europe, que nous identifions si difficilement aujourd’hui, aura désormais un visage et un responsable : un Président, élu pour cinq ans.

Beaucoup d’entre vous trouvent aussi que l’Europe est trop libérale, qu’elle permet les délocalisations, le « dumping social »… Justement, avec la Constitution, l’Europe sera plus sociale. L’Europe reconnaît pour la première fois les services publics. Elle se donne des objectifs politiques et sociaux comme par exemple la lutte contre les inégalités, la solidarité entre les générations, la défense de notre protection sociale, la protection de notre environnement, un haut niveau de santé publique, l’interdiction du clonage reproductif… L’Union européenne n’a plus uniquement, comme dans les précédents traités, l’objectif de créer un grand marché favorisant la liberté de circulation des personnes, des biens et des capitaux.

Bien sûr, ce texte n’est pas une fin en soi. Il est une étape dans la construction d’une Europe unie et en paix. La France s’est construite en plusieurs siècles. En soixante ans, l’Europe est passée de la guerre et de la haine entre les peuples à la volonté de construire quelque chose en commun pour compter au XXIe siècle.

Il est certain que, si jamais la France disait non à la Constitution, elle pèserait moins en Europe et dans le monde. Par exemple, quel poids aurait la France pour maintenir la Politique Agricole Commune (PAC) qui, en dépit de ses imperfections, apporte chaque année 9,5 milliards d’euros aux agriculteurs français ? La dynamique européenne, qui est si fragile, serait cassée pour longtemps.


«QUELLE EUROPE VOULONS-NOUS ?»
Une série du «Figaro»

Remettre l'église au coeur du village
par jean-Louis Bourlanges *

L'Union européenne hésite entre deux modèles : les Etats-Unis d'Europe et... l'Union postale universelle. D'un côté, un acteur global, des frontières stables, d'importantes ressources institutionnelles, financières et militaires, une volonté de présence et d'influence. De l'autre, une simple organisation internationale, un territoire illimité, des moyens chichement mesurés, une raison sociale spécialisée, non certes dans l'acheminement du courrier mais dans la diffusion des échanges et du droit à l'intérieur d'un cercle sans cesse élargi.

Les Français sont acquis au premier de ces deux modèles qu'ils ont d'ailleurs baptisé d'un nom légèrement provocateur : l'Europe puissance. Le drame de la campagne référendaire, c'est que la Constitution européenne n'arbitre pas clairement entre ces deux options. Les Britanniques y ont veillé : tout ce qui relève de la politique, les impôts, l'harmonisation budgétaire, la politique étrangère ou la défense, demeure pratiquement soumis à la règle de l'unanimité et continue donc de flotter à la lisière des compétences nationales et européennes. Du coup, nos concitoyens se sentent frustrés par un débat qui paraît ignorer l'essentiel. Ils pensaient avoir rendez-vous avec l'Histoire, on leur propose de bénir quelques aménagements institutionnels passablement incompréhensibles.

Par un procédé à la fois irrationnel et intelligible, la passion politique refoulée s'en prend aux premiers sujets chauds qui passent : l'adhésion turque et la directive Bolkestein, l'Europe passoire et la dérive ultralibérale. Le procès en libéralisme est triplement infondé. On impute à la Constitution la reprise, le plus souvent au mot près, de tout ce qui figurait dans les traités antérieurs : l'économie de marché, le respect de la concurrence ou l'ouverture des frontières. On feint d'ignorer les avancées sociales du nouveau texte : intégration à l'ordre juridique communautaire d'une Charte des droits fondamentaux, droits économiques et sociaux autant que politiques, création d'une base juridique pour les services publics jusque-là plus tolérés que reconnus par les traités, institution d'une clause sociale générale contraignant le législateur européen à prendre pleinement en compte l'incidence sociale de chacune des politiques communes. On oublie enfin que le traité constitutionnel est un acte de droit international comme les autres, identique par sa portée comme par les modalités de sa révision aux traités antérieurs. En vérité, le seul effet produit ici par la Constitution est d'ordre politique : elle oblige les Français à reconnaître officiellement le monde dans lequel ils vivent depuis cinquante ans. Apparemment, l'atterrissage dans le réel est plutôt rude.

L'incidence de la question turque sur le débat référendaire est plus complexe. Les deux dossiers sont à la fois politiquement liés et juridiquement distincts. L'adhésion de la Turquie constituerait sans doute un pas décisif sur la voie d'une Union diluée et vide de tout contenu mais le rejet ou la ratification du traité constitutionnel serait sans incidence sur le sort de cette candidature. Curieusement toutefois, l'irruption de la Turquie dans la campagne référendaire aura permis d'apporter au problème un règlement brutal, inattendu mais sans doute définitif. Les amis de M. Erdogan auraient dû s'inquiéter de savoir Jacques Chirac «favorable à long terme» à l'adhésion de la Turquie, car, chez lui, la préférence pour le court terme n'a jamais été prise en défaut. Les espoirs d'Ankara menaçaient le camp du oui. Il fallait donc déminer. Avec la révision de la Constitution française, c'est désormais chose faite. En obligeant le Chef de l'Etat à soumettre à référendum chaque adhésion nouvelle, le Congrès casse net le processus d'élargissement indéfini dans lequel l'Union semblait entraînée. Théoriquement insoluble, la question des frontières est pratiquement résolue, non d'ailleurs sans quelque risque politique pour la France. Les partisans du non objecteront que la révision de la Constitution de la Ve République n'a rien à voir avec la Constitution européenne. Sans doute, mais à la condition de reconnaître qu'il n'y aurait pas eu de révision de la Constitution française sans débat sur la Constitution européenne. Champion du club chrétien, M. de Villiers ne peut ignorer que les voies de la providence sont impénétrables.

Eminemment propre à engendrer la frustration, le traité constitutionnel, ce texte oblique et retenu qui se donne pour ce qu'il n'est pas et qui ne dit pas vraiment ce qu'il donne, n'est pourtant pas insignifiant. Sur un point central, il opère un changement décisif : la modification des modalités de prise de décision entre les Etats membres de l'Union. La chose déconcerte. En apprenant que le nouveau traité substitue la règle dite de la double majorité à celle des trois critères enfantée à Nice, nos concitoyens n'auront sans doute pas le sentiment de découvrir la pierre philosophale. Ce qui est pourtant derrière cette réforme incompréhensible, c'est l'avenir d'une certaine idée de l'Europe. A l'heure présente, l'Union se situe à la conjonction de trois blocs distincts : celui des pays fondateurs, emmené par le couple franco-allemand, celui de l'Association européenne de libre-échange, jadis constituée par le Royaume-Uni pour faire pièce à l'Europe des Six, et celui enfin des anciens pays socialistes dont la Pologne est la figure de proue. L'Europe communautaire, rejointe par l'Espagne, est globalement acquise à l'économie sociale de marché, à des institutions communes solides et à l'affirmation politique du Vieux Continent. Les deux autres sont pour des raisons intelligibles porteuses d'une même méfiance périphérique pour le coeur carolingien de l'Union, d'une même solidarité tout-terrain avec les Etats-Unis et d'une même dévotion exclusive pour les mécanismes du marché.

La préférence de la France et celle des pays fondateurs pour une Europe forte exigent que la capacité de décision de l'Union soit substantiellement accrue. Là est l'apport essentiel de la future Constitution. Elle éliminera les effets paralysants du traité de Nice en multipliant par plus de sept les chances arithmétiques de former au Conseil une coalition gagnante, c'est-à-dire une coalition capable d'aboutir à une décision positive.

Il fallait toutefois que ce progrès ne se traduise par aucune perte d'influence relative de la «Vieille Europe» par rapport aux deux autres. Tel sera bien le cas. En substituant la démographie aux pondérations de Nice, le nouveau traité renforce les protections du bloc communautaire. Jugeons sur chiffres : dans le nouveau système de pondération, la France disposera de 13% des pouvoirs contre 9% dans le cadre du traité actuel, le couple franco-allemand de 31% contre 18%, l'Europe des Six de 49% contre 36% et le front du refus de la directive Bolkestein de 47% contre 37% !

Sachons défendre l'Europe de nos préférences, efficace et équilibrée. Epargnons-nous, en cédant aux délices du prophétisme imprécatoire, de nous tirer une balle dans le pied. La Constitution européenne n'a peut-être qu'un seul mérite mais il est grand : elle remet largement l'église communautaire au coeur du village de l'Union. Le reste, Série noire ou Bibliothèque rose, n'est que littérature.

* Essayiste et député européen (UDF).