Il y a des gens qui attendent la réunification bien sagement dans leur coin et d’autres qui souhaitent animer les premiers à prendre part au processus réunificateur. C’est le rôle des personnes qui s’expriment sur l’Étoile de Normandie.

Les choses n’évoluent pas vite en Normandie et pour cause. Tant que nous ne mettrons pas la pression sur les responsables de nos régions Normandie, nous ne pourrons espérer la reconstruction normande. La réunification n’est autre que la reconstruction de la Normandie, qu’on se le dise dans les chaumières !
Je vous invite maintenant à prendre lecture du document envoyé par Florestan
d’Hudimesnil.

MHAP


« Basse » Normandie,  bilan d’un résistible déclin…

(à condition de le vouloir…)

Pour contribuer au débat, puisons donc aux bonnes sources : le CESR de Basse-Normandie en est une. On s’étonnera donc que le même organisme qui a produit le très lucide « rapport sur les orientations stratégiques régionales pour la période 2000/2006 » (préfacé par René Garrec en 1998) d’où seront tirés les citations commentées ci-dessous, ait pu pondre le « boudin à l’eau » qui nous désole aujourd’hui sur les « avantages et inconvénients d’une fusion administrative et/ ou d’une coopération interrégionale renforcée »…  J’ai déjà exprimé ici ma colère sur l’irresponsabilité de certains membres du CESR de « Basse » Normandie (M. Callewaert, ex directeur de cabinet de Garrec) à l’heure où un jeune diplômé sur quatre quitte les deux régions normandes pour aller voir ailleurs s’il fait meilleur…

Je citerai aussi un article paru dans les « Echos » du 17 mars 2005 à l’occasion de la validation par la DATAR de « Normandie métropole » : la coopération métropolitaine est la seule solution viable pour que les villes françaises puissent compter au niveau national et européen. Pour la Normandie encore divisée et le rayonnement de ses trois plus grandes villes (Caen/ Rouen/ Le Havre) à cause du temps perdu ces 40 dernières années c’est même devenu une question de vie ou de mort…

I ° Extraits du rapport du CESR de « basse » Normandie (1998)

« 1) Bilan, diagnostic : situation de la Basse Normandie :

(…)

La démographie : la Basse Normandie vit actuellement un retournement de tendance qui lui fait perdre sa caractéristique de région jeune. Outre le fait d’un niveau désormais bas de natalité, la région est toujours confrontée à des flux migratoires particulièrement défavorables dans les classes d’âge 15/30 ans, traduction d’une perte dramatique de forces vives et de dynamisme potentiel de la région.

La structure socioprofessionnelle : l’analyse de la situation régionale met en évidence la détérioration croissante et rapide de la représentativité de la catégorie « professions de l’encadrement ». Cette distorsion récente a aussi pour conséquence d’influer sur le dynamisme régional.

Les pouvoirs économiques régionaux : la Basse Normandie fait partie des  régions les plus dépendantes de l’extérieur dans le domaine économique. Cela signifie que les grandes décisions se prennent hors de la région et que la Basse Normandie a toute chance de manquer de retombées positives.

Ces trois tendances sont constitutives à terme d’handicaps structurels majeurs pour l’avenir de la région. En aucun cas, elle ne pourra les surmonter d’elle-même. »

C’était en 1998… Mais la situation a empiré depuis : fermeture de Moulinex ; délocalisations d’administrations, d ‘écoles ou de directions à Rennes ou Nantes ; aggravation de l’enclavement ferroviaire ; retard dans le désenclavement routier ; départ en Ile de France du projet « Soleil » et plus symbolique : impossibilité de recevoir les programmes TV de F3 Normandie Caen dans le sud de la Manche. Etc. ; etc.…  et la liste peut être longue, trop longue…

Que préconisait le CESR de « basse » Normandie en 1998 ? D’en appeler au secours auprès de l’État central : réflexe pitoyable caractéristique d’une région dominée ! En effet, qu’a donc fait l’État ? (droite ou gauche confondues,  pour ne pas faire de vaines polémiques…). En 1991 avec la fermeture de la SMN, l’agglomération caennaise devait recevoir les chercheurs en nucléaire du projet « Soleil » qui se lèvera en Ile de France finalement : « les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent… ».

Dans la même vaine, hélas, observons la part de l’État dans le financement des deux derniers contrats de plan Etat/Région (CEPR 1994/1998 et 2000/2006) pour la « basse » Normandie : en comparant avec les CEPR des 22 régions françaises, les CEPR signés avec la Basse Normandie sont les moins coûteux pour … l’État : la Basse Normandie arrivant 20ème sur 22. Je vous épargnerai la peine de vous révéler à quel niveau se place la part de l’État central dans les contrats de plan signés avec la Bretagne…

C’est la raison pour laquelle une grande partie du nécessaire rattrapage du retard pris en « basse » Normandie dans le domaine ferroviaire (le plan de modernisation des TER) et routier (relier par exemple Cherbourg à l’A84 ou Caen à l’A28) doit être directement financé par les collectivités territoriales : d’où, en partie, l’actuelle hausse des impôts locaux : ceux qui disent que la réunification de la Normandie va coûter cher aux Normands sont des menteurs. C’est bien la division, parce que nous sommes trop faibles et trop petits pour peser, qui nous coûte cher : en février 2003, l’hebdomadaire « l’Express » révélait, selon un rapport de la Direction Régionale des Impôts en Basse Normandie que cette dernière région était classée parmi les régions les plus lourdement taxées de France…

Pour conclure,  l’impact négatif de la division a des effets jusque sur l’identité régionale : selon un sondage commandé par le CR de « basse » Normandie en  1994, près de 36% des personnes interrogées étaient soit incapables d’identifier les limites de la « basse » Normandie, soit de nommer la région qu’elles habitent ! Et je laisse le CESR terminer : « l’appellation même de Basse Normandie constitue un handicap majeur et s’avère plus pénalisante en traduction anglaise dans la mesure où l’adjectif « lower » contient une connotation plus négative avec un sens d’infériorité ». Lignes prémonitoires, hélas, quand on sait que la « Lower » Normandy vient de se faire recaler pour organiser les Jeux équestres mondiaux 2010 qui iront, finalement, au Kentucky où les plus anciens connaissent bien la « Normandy » du D-Day…

II° De la nécessité de la coopération métropolitaine et de la réunification de la Normandie :

Un article des Echos (17 mars 2005) indique que « les pouvoirs publics viennent de désigner les six premières métropoles qui vont bénéficier du label lancé au milieu de l’année dernière avec à la clef un concours financier de l’état pour bâtir un projet métropolitain ».

La « métropole normande » fait partie des six premiers lauréats : cela veut dire qu’au plus haut niveau de l’État (Comité Interministériel d’Aménagement et de Développement du Territoire et DATAR), la « métropole normande » est d’une évidence lumineuse alors que les ministres ont recalé maints projets candidats à la labellisation (dotation de 3,5 millions d’euros).

Lors de la réunion du CIADT du 18 décembre 2003, il a été décidé de fixer cette première liste de lauréat pour engager une politique d’aide au rayonnement européen des métropoles françaises asphyxiées tant par la domination parisienne que par une concurrence sauvage à la métropolisation…

C’est ainsi que la « métropole normande » a été naturellement choisie parmi les toutes premières : la structure « Normandie Métropole »  existait déjà mais en raison de la division normande et des méfiances clochemerlesques, elle n’était jusque là qu’une sympathique usine à gaz. Désormais, avec la labellisation de l’État,  « Normandie métropole » va et doit devenir l’interlocuteur privilégié de l’État et cela d’une façon beaucoup plus équilibrée que dans le cadre des contrats de plan « Etat/Région »… Même Mme Lebrethon l’a enfin compris !

Quels sont les objectifs ? L’article précise : il s’agit « d’aider les métropoles qui le souhaitent à renforcer leurs dynamismes économiques en particulier dans le secteur tertiaire, à orienter les politiques sectorielles de l’État dans le cadre de la décentralisation » et à mettre en place une « coopération métropolitaine souple ».

Dans l’objectif de préparer la labellisation de « Normandie métropole » les maires et les présidents d’agglomération de Caen, Rouen et le Havre s’étaient réunis le 3 décembre 2004 (Mme Lebrethon était bien présente…) pour déterminer les six grandes priorités du projet métropolitain normand :

1)     le désenclavement du territoire : routier, ferroviaire et la création d’un hub aérien normand

2)     l’équipement en infrastructures de service pour les entreprises (logistique, centres financiers, centre de recherches et de formation)

3)     la promotion à l’international du « pôle universitaire normand » ainsi que d’écoles supérieures spécialisées en Normandie (il y a du boulot !)

4)     la promotion de l’image touristique de la Normandie (il existe déjà un comité normand du tourisme mais qui reçoit moitié moins de financement que son homologue breton…)

5)     le développement de services métropolitains supérieurs par mutualisation et échanges de moyens et de compétences (en clair : la mutualisation des chu de Caen et de Rouen)

6)     Créer un corps d’ingénieurs et de techniciens commun aux trois villes au service de leur développement local (environnement, transports, gestion foncière etc.…)

Espérons que le retour d’expérience qui se fera à partir de « Normandie métropole » mettra en branle le cercle vertueux de la confiance et de la coopération entre responsables et élus normands : Mme Lebrethon a changé récemment d’avis sur « Normandie métropole » et d’autres changeront peut-être d’avis. Mais c’est aussi et avant tout à la société civile normande forte de ses expériences et de ses réflexions d’exiger la fin du déclin normand…

J’espère que cette contribution permettra de faire œuvre de conviction.

Florestan d’Hudimesnil