etoileAlain de Vulpian est ethnologue & consultant : le texte écrit par lui, fruit de son expérience, peut expliquer les transformations et les défis qui nous attendent... Si les problemes sont économiques, sociaux, civilisationnels en France, il y aurait aussi un probleme de gouvernance.
(Tout en sachant que la gouvernance s'articule ainsi : le politique & la société civile & l'opinion.. )

Via le blog Generations Europe

En France, en une cinquantaine d’années, la société des gens s’est radicalement transformée. Elle fait aujourd’hui partie du peloton qui défriche la modernité. Les individus-dans-la-masse, relativement manipulables des années 50 ou 60 sont devenus des personnes à part entière, autonomes et capables de piloter leur vie de façon avisée et de se fabriquer au moins une partie des bonheurs affectifs et du sens dont ils ont besoin. Chez eux, l’émotion a pris la place de l’idéologie. Une société pyramidale est devenue de plain-pied, une société massive et encasernée est devenue variée, flexible et permissive, une société combative est devenue pacifique, une société mécanique est devenue vivante ou biologique. Malgré une énorme perte d’efficacité du commandement d’en haut, elle crée de l’ordre en apprenant à s’auto organiser et à se réguler spontanément de façon assez harmonieuse. Elle est saine, tonique, inventive et pleine de vitalité. Comme tout organisme vivant, elle a ses douleurs et ses maladies, mais elle tend à être autocorrective : confrontés à ses pathologies, les Français organisent spontanément, d’en bas, des systèmes immunitaires et réparateurs et renforcent ses orientations vers le bonheur et le sens, la protection des personnes, un certain humanisme, la paix.

Mais, la France est malade de sa gouvernance. Sa classe politique et ses gouvernements sont restés imprégnés d’une conception de l’Etat souverain, autoritaire et tutélaire qui s’était épanouie dans le monde avant et juste après la deuxième guerre mondiale et prolongent de façon caricaturale un affrontement idéologique Droite/Gauche qui était vivant au milieu du siècle précédent. Ils sont englués dans des postures et des systèmes d’interaction d’une autre époque en complète allergie avec ce que sont devenus les gens et la société des gens. Ils ont perdu le contact avec ceux-ci au point que le pays n’est plus capable de prendre les bifurcations ni de s’appliquer les traitements qui, dans un monde en mutation, restaureraient sa vitalité et soigneraient ses pathologies les plus graves. Le divorce entre la société des gens et la classe politique atteint un niveau dangereux qui nous place dans une situation pré-chaotique.

Alain de Vulpian.

Note Yuca de Taillefer : Je trouve le texte inspiré, éclairant, presque rassurant : Mais vous, vous en pensez quoi? Et c'est quoi d'après vous la "société des gens", ça existe ?