À peine viens-je de boucler mon tour de France des éditos qu’une évidence s’impose concernant la politique souhaitée par le gouvernement, soutenue par les uns et rejetée par les autres. Non seulement les partis sont mal en point, le CPE en est une preuve : l’UMP est divisée dans ses rangs, l’UDF voudrait que quelque chose de semblable soit proposé à condition de mieux l’emballer et le PS ne propose rien croyant être le grand bénéficiaire des manifs.

La manière française de faire de la politique est mauvaise, la manière des Français d’aborder la politique tient du sabordage. Je viens de lire que nous assisterons en 2007 au combat des Ouistes contre les Nonistes et les jeunes dans la rue serait l'annonce du déchirement français. Cette idée est absurde. Les soulèvements de novembre et l’occupation des universités, par des casseurs, par des étudiants et des syndicats sont à mettre au compte d’un conflit inavoué des générations, cela fait quatre ans que je l’annonce. Les générations françaises ne savent plus vivre ensemble, comment le pourraient-elles ? Elles n’habitent plus sous le même toit ni ne parlent une même langue. Les Nonistes refusaient un avenir européen à leurs propres enfants par peur de perdre un peu de leurs acquis sociaux et ils sont comme tout le monde aujourd’hui dans le camp des perdants. Pour bénéficier des aides sociales il faut avoir rompu avec tout ce qui était autrefois rassurant (études, famille, travail ...). Les petits boulots ne sont pas ouverts aux demandeurs d'emploi cherchant à améliorer leur train de vie, le travail au noir est devenu une institution en France.

La France a créé des générations nouvelles pour lesquelles elle ne sait pas quoi faire : Une génération de retraités qui fait du protectorat de ses intérêts et qui vote; Une génération de travailleurs mise au chômage et qui vote; Une génération de lycéens et d’étudiants qui refuse un contrat de Première Embauche et qui votera; Une génération de syndicalistes dont les actions ruinent le pays et ternissent l’image de la France à l’étranger. Incapable de gérer cela, le pays n'a plus d’avenir.

J'appartiens à une catégorie de chanceux qui peut se permettre de sortir de la France, de l'Europe, pour aller voir ailleurs comment cela se passe et surtout pour entendre ce qui est dit sur mon pays et son peuple. Je vous rapporte ici ce que j'entendais dernièrement : la guerre civile en France (explication : pour grand nombre de nos voisins, les incivilités et les manifestations bruyantes sont des actes de révolte contre le civisme, contre la République, d'ou l'impression de guerre civile); La France en recul après une longue stagnation; La lutte pour le pouvoir achève la France ... Moi je pense que : Casseurs et Syndicats un même combat = tuer la France des travailleurs !

Je devais lire le texte par deux fois mais j'avais bien lu que des syndicats d’étudiants avaient refusé de rencontrer le Premier Ministre. Par définition un syndicat est une association qui a pour objet la défense d’intérêts communs comme par exemple les intérêts professionnels. Des lycéens et des étudiants manipulés refusent un contrat qui permettrait peut-être à d'autres de trouver du travail. Je dis peut-être car il ne me semble pas avoir entendu le patronat s’exprimer sur l’utilité du CPE et sur l’utilisation qu’il voudrait en faire. Les syndicats sont aujourd'hui à mettre au banc des agitateurs.

Le refus d’aujourd’hui est un refus du droit aux plus démunis à pouvoir trouver leur place dans la société dont ils ignorent le fonctionnement et les usages. Des jeunes demandaient hier que les universités leur soient rendues, merci à eux, ils tiennent haut le drapeau de la France courageuse. Pour moi un syndicat d’étudiants n'est autre qu'une association qui colportent des idées révolutionnaires sans lendemain. Aussi on oublie souvent de dire que les syndicats vivent des conflits et que certains alimentent des partis.

Cela ne suffit toutefois pas à expliquer le malaise franco-français. Le mécanisme de la République est en panne, des rouages sont usés ou sortent de leur axe, le mode éducationnel est sorti de l'engrenage républicain. L’éducation donnée par les parents et les enseignants n’est plus reçue. Elle est à mettre en cause dans le conflit des générations. On ne nous apprend plus à respecter l’autorité. Je m’étonne aussi à voir des professeurs défiler dans la rue aux cotés de leurs étudiants alors qu’ils se plaignaient encore hier du non-respect estudiantin de leur qualité . Répondaient-ils à l’appel du PS ? Nous ne savons plus éduquer (préparer à affronter l'avenir) les générations montantes alors qu'en même temps nous leur dévoilons ce qui les attend demain : payer la facture des générations précédentes

La France est éclatée par ses générations : jeunes, travailleurs, chômeurs, retraités ; La France est écartelée entre le pouvoir, ses institutions et les contrepouvoirs : l’État (Il vous ouvre des droits et vous couvrent d’obligations. La France étouffée par le poids de son administration), la Laïcité (Une des rares valeurs que la France arrive à sauvegarder), les Cultes (Emprisonnement de l’être dans l’espoir, culte = syndicat spirituel), la Liberté (Croire que tout est permis), les Partis (Moyens d’accéder au pouvoir et à ses retraites dorées), les Syndicats (Moyens de pression sur le pouvoir en place).

La France est malade de se qu'elle a généré pour ses générations citoyennes tout au long de son histoire car elle n'a jamais su s´adapter aux enjeux d'une politique mondiale plus rude. Plaire aux uns sans déplaire aux autres, cela pouvait fonctionner hier avec deux entités (pouvoir/peuple et France/Monde) mais cela ne fonctionne plus aujourd'hui face à des générations de Français qui se méconnaissent, face à des partenaires européens divisés sur beaucoup trop de questions, face aux enjeux mondiaux (mondialisation, guerre du pétrole, chantage russe au gaz, eau, climat...).

Nicolas Sarkosy s'est trompé de contexte mais pas du moyen à employer quand il disait en novembre 2005 : il faut nettoyer au Karcher ! Oui il faut un Karcher qui nettoie en profondeur nos institutions (les couloirs du pouvoir, les traditions obsolètes, les commémorations des victoires sur nos ennemis d'autrefois, alliés d'aujourd'hui); Qui décape les pouvoirs des syndicats des travailleurs en ramenant à la surface la défense seule des travailleurs; Pour rincer une éducation nationale et la débarrasser de ses contraintes sociopolitiques pour faire ressurgir la morale de la République; Pour faire ressortir les couleurs du drapeau français qui doit redevenir un signe de ralliement, le symbole de cohésion nationale.

Mon souhait pour 2007 serait que mes compatriotes prennent conscience des causes du dérapage et redécouvrent le dialogue au sein des familles en cherchant ensemble des références dans le passé, dans la République et pas en écoutant la logique des partis démocratiques ni les propositions malhonnêtes des syndicats et encore moins ceux qui disent que la France est malade de ses étrangers.

Pour sauver un bâtiment en péril, on commence par consolider ses fondations. En République, je trouverai intelligent de commencer par consolider les fondements de cette dernière avant de faire un nouveau ravalement de façade.

Michel H. A. Patin

La France et ses générations , le malaise