Notre ami Philippe Cléris, veilleur normand de l'Etoile de Normandie, vient de nous alerter. En effet le nettoyage des berges de la Seine des pollutions occasionnées par l´Ile de France est en danger. Philippe Cléris a raison de s'inquiéter, de l'Est à l'Ouest la Normandie est souillée par les pollutions générées par ses voisines.

Voici le lien vers l'article trouvé par Philippe. http://www.liberation.fr/page.php?Article=375141

Merci Philippe !

Normandes et Normands, soyez vigilants, très vigilants.

Michel H. A. Patin

L'article de Libération : (Ajout Yuca du 16/04/2006)
Déchets. Le nettoyage des berges piloté par le parc naturel régional est menacé.
Seine de ménage en Normandie
par Eliane PATRIARCA
QUOTIDIEN : samedi 15 avril 2006
Yvetot (Seine-Maritime) envoyée spéciale

Les déchets des fleuves sont orphelins. Charriés par le courant, échoués sur les berges, ils se noient dans une faille législative : ni ordures ménagères, ni déchets industriels, ils n'«appartiennent» à personne. C'est l'écueil sur lequel bute aujourd'hui le parc naturel régional (PNR) des Boucles-de-la-Seine-Normande. Depuis 2001, le parc pilote une opération de nettoyage des berges normandes de la Seine. Une opération expérimentale, écologique et paysagère, mais qui risque de tomber à l'eau faute d'argent : le contrat de plan Etat-région qui a permis de la financer arrive en effet à échéance en septembre.

Le bilan est pourtant impressionnant : 8 kilomètres de berges et 12 hectares de marais restaurés, 4 000 tonnes de déchets collectés (bois flottés, plastiques, papiers, ferrailles, seringues et médicaments, aérosols, pneus) et envoyés vers des filières de valorisation ou des déchetteries. Mais il reste encore 5 000 tonnes à enlever. Sans compter les 900 drainées chaque année par le fleuve.

«Avant» lifting. Pour mesurer l'intérêt de cette dépollution, on peut aller voir «l'avant» lifting à Yainville. Au-delà de la «plage» de vase et de cailloux, on découvre, sous les arbres, un matelas compact d'ordures, sacs plastique, os d'animaux, troncs encore entourés de câbles, probablement tombés d'un cargo ou d'une plateforme portuaire.

La Seine est un fleuve soumis à l'influence des marées. Portés par les flots de ces marées ou soulevés par la lame au passage d'un cargo, les déchets viennent «engraisser» les berges là où celles-ci ne sont pas endiguées. Après plusieurs décennies de rejets très divers émanant des riverains et des navigants, et avant le début de l'opération, on a estimé, grâce à une étude menée en 1997, que 58 km de berges étaient souillés entre le barrage de Poses (Eure), en amont de Rouen, et l'estuaire. Dissimulés par la végétation, amassés en dépôts dans les marais ou clairsemés le long des rives naturelles, ces déchets représentaient alors un volume de 9 000 tonnes, soit la production annuelle d'une ville de 20 000 habitants.

A Aizier (Eure), on peut apprécier l'«après». Même si ciel et Seine sont bien gris en ce matin de printemps. Sur la berge, une dizaine d'hommes chaussés de bottes sont encore à pied d'oeuvre dans le marais pour récupérer les déchets ramenés par la dernière marée : bouteilles, seringues, plastiques... mais le site est dégagé et plaisant, ouvert sur le vaste fleuve. «Quand on a commencé, compare Philippe Paustian, chef de chantier, ces quatre hectares étaient devenus inaccessibles aux piétons. Il a d'abord fallu ouvrir une piste, puis tout ramasser à la main, trier, bûcheronner. En cinq ans, on a rendu le marais à la nature, et le chemin de randonnée aux marcheurs.» L'opération a aussi une dimension sociale : les dix ramasseurs ont bénéficié d'un contrat de réinsertion, aujourd'hui transformé en CDD par le PNR.

Pour faciliter le ramassage des nouveaux déchets qui viendront se déposer, d'ingénieux pièges ont été mis au point. A Aizier, c'est une barrière végétale, appelée fascine, faite d'un entrelacs de petits saules et autres arbustes qui vont pousser naturellement. «La fascine laisse passer l'eau mais retient les déchets dans une zone délimitée où il sera aisé de les collecter», explique Philippe Paustian. A Hénouville (Seine-Maritime), dans une zone très submersible, un système de circulation d'eau a été créé avec des fossés et des conduites, et complété par une nasse grillagée. Le fleuve continue à entrer lors de ses crues, mais les déchets restent bloqués dans la nasse. Et, peu à peu, là où se trouvait une vaste décharge, on voit réapparaître une prairie humide.

Gaspillage. Au total, l'opération de nettoyage des berges a coûté seulement 1,9 million d'euros, c'est-à-dire le prix de la construction d'un rond-point... Le financement était assuré conjointement par l'Europe (fonds Feder), les collectivités locales (la région Haute-Normandie, les départements de Seine-Maritime et de l'Eure), et l'Etat. Mais aujourd'hui celui-ci se désengage : les organismes publics concernés (Agence de l'eau, Ademe...) ont fait savoir que le nettoyage des berges n'entrait pas dans leurs priorités. Le ministère de l'Ecologie fait la sourde oreille. Quant au Port autonome de Rouen, il a beau être le propriétaire des berges, il n'a aucune obligation légale de les entretenir. Et aucune volonté de le faire.

Du coup, les collectivités locales refusent d'assumer seules le coût d'une pollution venue aussi de l'amont. Et le parc régional est très inquiet. Selon son directeur, Jean-Marc Bérépion, «si on arrête l'opération en septembre, on reviendra très vite, en moins d'un an, à la case départ. Tout l'argent investi depuis 2001 aura été gaspillé !» Mais le parc régional ne peut que tirer les sonnettes d'alarmes, prôner une solidarité amont-aval : il est dépourvu de pouvoir réglementaire et reste soumis à la bonne volonté des collectivités locales et de l'Etat. «Tant que le déchet flottant reste sans statut, il est facile de l'oublier», se désole le directeur du parc.