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"Si je me réjouis d’apprendre,   c’est pour enseigner ; et nulle découverte ne me charmerait, quelque   précieuse et salutaire qu’elle fût, si je devais la garder pour moi   seul."(Sénèque : lettre   6 à Lucilius)


On y trouve par exemple un texte comme celui-ci, texte traduit de David Hume (début de la Section 2 - De l'origine des idées dans Enquiries Concerning Human Understanding and Concerning the Principles of Morals, David Hume (ed. par L. A. Selby-Bigge et Peter Nidditch 1777) :

<< Chacun accordera facilement qu'il y a une différence considérable entre les perceptions de l'esprit, quand on ressent la douleur d'une chaleur excessive ou le plaisir d'une chaleur modérée, et quand, ensuite, on rappelle à sa mémoire cette sensation, ou quand on l'anticipe par son imagination. Ces facultés, mémoire et imagination, peuvent imiter ou copier les perceptions des sens, mais elles ne peuvent jamais entièrement atteindre la force et la vivacité du sentiment primitif. Le plus que nous en puissions dire, même quand elles opèrent avec la plus grande force, c'est qu'elles représentent leur objet d'une manière si vivante que nous pouvons presque dire que nous le sentons ou le voyons; mais, sauf si l'esprit est dérangé par la maladie ou la folie, ces facultés ne peuvent jamais atteindre un degré de vivacité susceptible de rendre ces perceptions entièrement indiscernables. Toutes les couleurs de la poésie, pourtant splendides, ne peuvent jamais peindre les objets naturels d'une manière telle qu'elles fassent prendre la description pour le paysage réel. La pensée la plus vivante est encore inférieure à la sensation la plus faible.

 Nous pouvons observer qu'une distinction semblable se retrouve dans les autres perceptions de l'esprit. Dans un accès de colère, on est poussé à un comportement différent de celui que l'on a quand on pense seulement à cette émotion. Si vous me dites que quelqu'un est amoureux, je comprends facilement ce que vous voulez dire et j'imagine très bien dans quel état est cette personne; mais jamais je ne pourrai confondre ce que j'imagine avec les troubles et les dérangements occasionnés par cette passion. Quand nous réfléchissons à nos affections et sentiments passés, notre pensée est un miroir fidèle et elle copie ses objets avec vérité; mais les couleurs qu'elle emploie sont faibles et ternes, en comparaison de celles dont les perceptions primitives étaient revêtues. On n'a pas besoin d'un discernement subtil ou d'un esprit métaphysique pour repérer la différence entre ces perceptions.

 Par conséquent, nous pouvons ici diviser toutes les perceptions de l'esprit en deux classes ou espèces, qui seront distinguées par les différents degrés de force et de vivacité. Les perceptions les moins fortes, les moins vives sont communément appelées PENSEES ou IDEES. Celles de l'autre classe n'a pas de nom dans notre langue, ni dans la plupart des autres langues, et je suppose que ce défaut s'explique par l'inutilité, sinon à des fins philosophiques, de placer ces perceptions sous une appellation ou un terme général. Usons donc de quelque liberté et appelons-les IMPRESSIONS, en employant ce mot dans un sens quelque peu différent du sens habituel. Par les terme IMPRESSIONS, donc, j'entends toutes nos plus vives perceptions, quand nous entendons, voyons, sentons, aimons, haïssons, désirons ou voulons. Et les impressions sont distinguées des idées, qui sont les perceptions les moins vives dont nous sommes conscients quand nous réfléchissons à l'une des sensations où à l'un des mouvements dont nous venons de parler.

 Rien, à première vue, ne peut sembler plus affranchi de toute limite que la pensée humaine, qui non seulement échappe à toute autorité et à tout pouvoir humains, mais encore n'est pas prisonnière des bornes de la nature et de la réalité. Construire des monstres et unir des formes et des apparences normalement sans rapports ne coûte pas à l'imagination plus de peine que de concevoir les objets les plus naturels et les plus familiers. Et alors que le corps est resserré à une seule planète sur laquelle il se traîne avec peine et difficulté, la pensée peut en un instant nous transporter vers les régions les plus éloignées de l'univers, ou même au-delà de l'univers, dans le chaos illimité, où l'on suppose que la nature se trouve en totale confusion. Ce qui n'a jamais été vu ou entendu est pourtant concevable, et il n'y a rien qui dépasse le pouvoir de la pensée, sinon ce qui implique une contradiction absolue. >>

Traduction de Philippe Folliot (2002)
Professeur de Philosophie au Lycée Jehan Ango de Dieppe
du texte David Hume : Enquiry Concerning Human Understanding ( = Enquête sur l'entendement humain)

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