< Tribune Libre de Yuca de Taillefer, co-animateur de l'Etoile de Normandie : "Débat : Allons, faisons le pari des régions en France ! ".>

 

Pourquoi désirer faire le pari des régions de france ? mais parceque toutes les régions sont capitales pardi !

Récemment il a été créé un secrétariat d’Etat dédié à la Région Parisienne aussi nommée la Région Capitale... Seule région de France aux yeux des décideurs ? seule région qui en vaille la peine d'être considérée ?!

Allons messieurs le Chef d'Etat Sarkozy, mesdames et messieurs les membre du gouvernement, mesdames et messieurs les députés de la majorité et de l'opposition : pourquoi n'avoir qu'un regard politique aussi parisiano-centré ? Les autres régions ne comptent-elles pas ?

             Il est évident qu’aujourd’hui la vie économique et la vie quotidienne de Paris et de ses voisins immédiats sont très liées, d'où la création du Grand Paris. Mais cette situation est vraie aussi pour de nombreux territoires hors de la capitale. Si les services de l'Etat se concentre sur Paris et ses dépendances, c'est pour mieux armer l’Île-de-France afin de concentrer toujours plus de centre de décisions, de nœud de transport et d’équipement public pour qu’elle exerce une pluis grande attractivité européenne (mais n'est ce pas une volonté de relancer "un gross Paris et un désert français" ? ).


Au niveau local, partout aujourd’hui ou presque, les grandes orientations politiques en matière de développement économique, de transport, de déchet ou de logement sont définies à l’échelle des bassins de vie, au-delà des frontières communales, donc au niveau des agglomérations ou de communautés de communes. Le législateur (=député) a favorisé ce mouvement par les lois dites « Chevènement » (communautés d’agglomérations) et « Voynet » (projet de pays). Mais partout où des communes ont cherché à se rassembler sur la base de ces lois, elles l’ont fait en toute autonomie, à leur rythme et en définissant des périmètres et des compétences adaptés aux contextes locaux, quitte à ménager des phases de transitions.


Tout d'abord, il est donc assez curieux de voir l’Etat créer un poste gouvernemental pour conduire la discussion entre collectivités sur un espace précis du territoire. Voici une mise sous tutelle à peine déguisée de communes et Conseils régionaux ou département librement élus et administrés : c'est démocratiquement inquiétant ! Car dans l'Union Européenne, le principe de subsidiarité désigne les compétences et activités des différentes collectivités pour le meilleur service à la collectivité... en prinicipe.. Quel élu aimerait ainsi voir sa nomination démocratique être mise sous tutelle pour aucune raison sinon par le fait du prince ? .. C'est exactement une conception napoléonienne de la relation du pouvoir central avec les élus locaux...


Dans un soucis d'équilibre d'aménagement du territoire, les pouvoirs de l'Etat devraient plutôt veiller à ce que les autres régions puissent elles aussi inscrire leurs actions et leur économie dans un espace européen structuré autour de grandes régions puissantes (Lands allemands, Provinces autonomes d’Espagne, Coste et Pays-de-Galle...). Pour réussir ce pari, il faut que l’Etat crée les conditions pour que les régions aient une taille adaptée, mais en veillant à ce qu’elles correspondent à un espace vécu et perçu...


Qui ne voit qu’une Normandie réunie ou qu’une Bretagne renouant avec Nantes constitueraient des espaces conciliant ce double enjeu de la taille critique et de la lisibilité ?


La France va bientôt présider l’Union européenne pour six mois : il aurait été judicieux de missionner une personnalité connue et reconnue (comme l'a été par exemple Mr Attali sur le sujet de la libéralisation de la croissance) sur la place des régions en Europe, et non sur la seule question parisianno-parisienne.

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en illustration :
La Une d'un livre de Pierre Rosanvallon,
Le modèle politique français. La société civile contre le jacobinisme de 1789 à nos jours, 2004
(éditions Seuil) (cf critique de Jacques Lévy)

Cette question ne se résoudra pas que par des problèmes de taille et de périmètre, mais aussi par une autonomie de décision, de réactivité, de dynamisme comparable entre nos régions et leurs voisines européennes. La Catalogne, la Bavière ou l’Ecosse prennent des initiatives déterminantes pour leur avenir là où la Bretagne, l’Alsace, la Provence, la Normandie de demain, sont bridées par leur Etat central.

On aimerait plus de noble politique à notre époque, et on pourrait le souhaiter, et moins de tripatouillage de calcul de circonscriptions électorales à découper et à se distribuer...

Il semble que le pouvoir central ne soit obnubilé que par une seule chose : la place de la Région Capitale dans l'Europe et dans le Monde : cela prouve malheureusement que le pouvoir central ne sait pas prendre de hauteur et ne sait pas sortir de ses obsessions maladives.

La Région Capitale, pour mémoire, c'est
18 % de la population, 22 % des emplois et 27 % du PIB de la France. Elle concentre les principaux leviers de la décision publique, favorisant ainsi le regroupement des centres économiques et étouffant de fait les opportunités de développement des vingt et une autres régions, ettoufant l'énergie et le dynamisme des vingt et une autres régions. Cette concentration est contre-nature, indécente, injuste, et même imbuvable et injustifiable puisque beaucoup de monde le reconnaît, cette concentration est source de nombreux problèmes sociaux, comportementaux, environnementaux, énergétiques, de transports urbains... : Ainsi la France est un Etat hypertrophié sur 1,8% de son territoire..

Pour sortir la France de sa sclérose institutionnelle et de son marasme sur son territoire, il faut vraiment sortir des vieux schémas, et il est grand temps de faire le pari des régions, car toutes les régions sont capitales.


Yuca de Taillefer.
P.S.  : Le propos ci dessus est de réfléchir et de débattre sur la place des régions en France dans le contexte européen et un appel aux pouvoirs publics, services de l'Etat et députés pour que s’ouvre un vrai débat sur la place de nos régions en Europe.