L'Etoile de Normandie

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22 octobre 2008

Florestan nous commente sa trouvaille

Hier j'ai trouvé dans ma bouquinerie favorite "Mémoranda" à Caen un rare exemplaire de cette précieuse histoire de "LA NORMANDIE DE 1900 A NOS JOURS" paru en 1978 dans la belle collection dédiée à l'histoire régionale de France chez PRIVAT (collection "le passé présent"). C'est un ouvrage collectif commis par des historiens et géographes des universités de Caen et de Rouen (Marcel BOIVIN; Max-André BRIER; Nadine-Josette CHALINE; + Gabriel DESERT; Guy NONDIER; Jean QUELLIEN; Jean VIDALENC)

Je vous livre donc la conclusion de cet ouvrage, passionnante à lire trente années plus tard puisqu'il s'agit d'expliquer selon les auteurs (et ils le font de façon subtile) les raisons de la division normande...

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"En 1911, l'occasion de fêter les Mille ans de la signature du traité de Saint Clair sur Epte entre un chef de guerre normand ou danois et un roi carolingien à la tête d'un royaume en déclin qui a permis aux XI, XII et XIIIe siècle une aventure politique et culturelle extraordinaire (fondation d'un état anglo-normand) a suscité chez les élites intellectuelles, politiques et économiques à Rouen et à Caen un débat sur l'opportunité de rassembler ou non les cinq départements crées sur le territoire de l'ancienne province de Normandie en une seule région au cas où, un jour, l'Etat français engagerait sa décentralisation de façon décisive et définitive: la question régionale normande contemporaine était née...


Au delà d'une tentative d'un "revival" normand sinon Viking qui n'a jamais été convaincant (lire à sujet l'excellent livre de François Guillet sur la construction d'une identité normande contemporaine où l'héritage historique, patrimonial et archéologique de la période ducal a compté plus fortement que les souvenirs plus ténus et lointains de la période Viking) et on s'en réjouira (ainsi pendant l'Occupation, la propagande nazie n'a pas jugé bon soutenir un mouvement régionaliste normand faisant la promotion de Vikings bons aryens... contrairement à ce qui s'est passé dans une région voisine avec les Celtes... On dira aussi que les tentatives du même genre de Jean Mabire dans les années 1960 et 1970 n'ont eu qu'une audience fort limitée) il faut donc sans cesse rappeler que la question régionale normande, après les destructions de 1944, la reconstruction puis la division administrative de l'Après Guerre (1956 et 1960 confirmée en 1972 et 1982 avec l'érection de deux conseils régionaux en Normandie) est avant tout une question GEOPOLITIQUE

Le rappeler permettra de mieux comprendre cette conclusion proposée en 1978 par les plus éminents spécialistes de l'histoire contemporaine de notre région: ce texte a été écrit dans un contexte politique agité, on est après 1968 et les revendications pour en finir avec la domination sociale et économique, selon le point de vue de la radicalité de gauche, pouvaient très bien s'appliquer à la géographie et aux territoires: à l'instar des luttes que venaient d'accomplir les anciens peuples colonisés, les habitants des régions de France pouvaient à leur tour faire valoir de justes revendications: Bretons, Basques et Corses depuis ne s'en privèrent pas... mais pas les Normands. Les auteurs interrogent l'origine de cette apparente passivité au point de s'interroger sur l'existence réelle d'une "identité normande" en mettant en avant l'existence d'un sentiment d'appartenance, sinon d'un espace vécu "Bas Normand" ou "Haut Normand"... Tout en nous invitant à la prudence: y aurait-il finalement non pas deux Normandie(s) mais trois ou quatre? si l'on croise de façon subtil les critères économiques, sociaux, culturels, institutionnels avec ceux de la géographie physique ou humaine...

Ceux qui voudraient simplifier ou réduire la réalité normande du genre: "un peuple, une langue, un terroir ou une terre" se trompent tragiquement mais ceux qui ne retiennent pour de bonnes ou de mauvaises raisons (surtout mauvaises d'ailleurs...) que leur morceau de Normandie qui serait plus normand que les autres se trompent tout autant: cela renvoie au fait, une fois de plus, que la Normandie est un très ancien et très complexe objet de géopolitique ou de géohistoire: ce n'est pas le granite ou le calcaire ni même une langue qui a fait la Normandie mais bien une volonté politique ferme menée sur plus de trois siècles au Moyen Age par les ducs rois: à cet égard, la Normandie s'est faite comme la ... France

Certes on peut légitimement parler de Basse-Normandie (du Cotentin aux marais de la Dives) ET de Haute -Normandie (du Pays d'Auge au Pays de Bray) cette distinction est ancienne (attestée à partir du XVIIe siècle dans les descriptions géographiques savantes avant de passer dans le langage commun aux XVIII et XIXe siècles) mais jamais, avant 1972, ces appellations n'ont correspondu au territoire d'une institution particulière: il y a toujours eu, jusqu'en 1972 qu'une SEULE NORMANDIE qui pouvait être sous-divisée en plusieurs parties:
d'abord SEPT diocèses, puis TROIS généralités et enfin CINQ départements... Jusqu'en 1789 il n'y eut qu'un seul gouvernement militaire de Normandie, qu'un seul ressort judiciaire en Normandie (celui du parlement siégeant à Rouen) et même jusqu'à l'aube des années 1970, qu'une seule université et académie en Normandie (à Caen!)

Alors, pourquoi s'interroger aussi gravement sur l'absence d'identité normande dans les années 1970 sinon sur l'utilité réelle d'une "réunification" au moment même où la Normandie institutionnelle consacrait sa division?

Est-ce dû à la nécessaire comparaison avec le fort mouvement régionaliste breton d'alors?
A la concurrence sinon au mépris entretenu par les professionnels du clochemerle normand? (Caen, Rouen et Le Havre, trois villes qui se sont profondément détestées et méprisées depuis trop longtemps: on connaît la haine entre la fille aînée Rouen et la fille cadette Caen mais il ne faut pas oublier non plus la haine plus recuite encore entre les ports de Rouen et du Havre au point qu'au début du XXe siècle l'unité de la "Seine Inférieure" avait été mise en cause!)
Au relatif confort moral et intellectuel d'alors car la Normandie, quoique divisée était la région la plus moderne de France après la Reconstruction et qu'elle bénéficiait à plein des avantages d'une époque économique et industrielle qui n'existe vraiment plu trente ans plus tard?

Pourtant l'érection en 1972 de deux conseils régionaux en Normandie avait suscité des réactions (refus de siéger des élus de l'Eure notamment) mais c'était aussi la paix dans la "Guerre Froide" entre Russes et Américains en Normandie (Caen versus Rouen): Caen pariant sur la recherche et l'agro-industrie dans un "Grand ouest" prometteur et Rouen maintenant ses positions industrielles et portuaires vaille que vaille entre l'ennemi intime havrais et la méduse envahissante parisienne...

Nous sommes en 2008, près de 40 ans après cette analyse de nos doctes universitaires normands:

La Normandie a reculé d'un point peut-être même deux en part de PIB, passant de la 4ème ou la 5ème place en 1975 à la 6ème aujourd'hui
La division a protégé Caen contre la concurrence de Rouen et réciproquement: mais Rennes, Nantes, Lille, Paris sinon Le Mans menacent désormais jusqu'à l'existence de villes capitales en Normandie!
La crise des années 1980-1993 a vidé la Normandie de ses industries de main d'oeuvre traditionnelles: les petites mains dociles et efficaces de Moulinex sont désormais en Chine
Les cerveaux et les jeunes diplômés s'en vont: les bras et les manuels demeurent dans la région avec des salaires inférieurs à la moyenne nationale tandis que des retraités à haut revenus viennent ici. La Normandie se dévitalise à vitesse grand V, sans TGV mais avec des centrales nucléaires et des THT...
Il n'y a pas de lobby normand à Paris ou à Bruxelles, puisqu'il fallait surveiller en permanence l'ennemi qui campait "outre l'eau": la division a cassé ce qui restait "d'espace vécu"
régional et les collectivités territoriales normandes tout occupées à se surveiller de près et ne  savant pas collaborer étaient juste bonnes à quémander aux préfets et des fonds FEDER

Depuis les années 2000 on sent néanmoins que ça commence à changer: on est ou fond du trou (normand)

Et si on faisait la "réunification" enfin...  Car on en parle depuis 1911!




le Grenelle de Borlot c'est 2000 km de ligne TGV supplémentaires, combien pour la Normandie?

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Le texte du grenelle de l'Environnement adopté hier à l'AN contient cinquante articles et des dizaines de dispositions pour préserver l'environnement par la réduction des déchets non recyclables, par la diminution des pesticides, en triplant tripler l'agriculture bio, en créant des trames vertes et bleues garantissant la biodiversité, par la construction ou rénovation des bâtiments moitié moins producteurs de CO2 sans oublier la construction de 2 000 km de lignes TGV supplémentaires et de multiples réseaux urbains.

Il ne faudra pas que la Normandie se loupe, pardon il ne faudra pas que nos potentats locaux oublient de frapper à la bonne porte sinon le TGV nous passera sous le nez, et le plus rapidement possible. J'en devine déjà quelques-uns qui penseront pouvoir attendre la fusion des deux régions normandes, à nous de les secouer pour qu'ils montent un dossier cohérent.

La Normandie veut son Tue Vaque à grande vitesse.

Posté par MHAP à 07:54 - Train train normand - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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