Ce matin l'historienne auto-proclamée de la psychanalyse et de la psychanalyse freudienne en particulier, Elizabeth ROUDINESCO était l'invitée de Nicolas Demorand sur France Inter pour présenter son livre réponse à Michel ONFRAY qui remet en cause la scientificité clinique de la méthode freudienne en psychanalyse: précisons d'emblée que le "crépuscule d'une idole", le livre d'ONFRAY qui a tous les défauts et les qualités d'un pamphlet, ne remet pas en cause l'intérêt de la psychanalyse mais seulement et surtout le monopole intellectuel de Freud sur la psychanalyse. Michel Onfray ne fut pas le premier et ne sera pas le dernier, cette polémique étant aussi ancienne que la psychanalyse elle-même...

Alors que notre pays est dans le marasme politique, économique et social le plus complet, on nous sert une polémique intellectuelle qui parait bien oiseuse, inutile voire stérile avec des caricatures et des amalgames qui confinent au délire ( fascisme; antisémitisme; populisme; anti-intellectualisme d'un côté... Sectarisme; terrorisme intellectuel de l'autre...)

N'ayant lu ni le livre de Michel Onfray ni le livre d'Elizabeth Roudinesco et ayant à lire d'autres ouvrages qui me semblent plus utiles ou plus passionnants concernant notre affaire normande (François Guillet et Jacques Attali) je ne trancherai pas.

Par contre, je m'inquiète des conséquences de cette baudruche fielleuse et médiatique:

Hier soir, Elizabeth Roudinesco et Guillaume Mazeau, un historien universitaire tout à fait respectable des idées à l'époque révolutionnaire ont animé ensemble une conférence à l'université de Caen où il devait être à la fois question de Michel ONFRAY et de Freud et de ... Michel ONFRAY et de... Charlotte Corday!

L'honnêteté intellectuelle m'oblige à dire que je n'étais pas présent à cette conférence comme elle m'oblige aussi à m'interroger sur l'intérêt de cet amalgame entre Freud et Charlotte Corday: les généralisations hâtives et les amalgames font les eaux turbides de toutes les mauvaises polémiques...

Et répliquer à une machine infernale par une autre ne serait pas sans causer quelques "dommages collatéraux" comme savent dire cyniquement les généraux qui ne fréquentent pas les champs de bataille...

Pourquoi suis-je ce matin, un provincial de Normandie plutôt en colère?

Parce qu'un nouvel amalgame  en cours, court désormais la campagne médiatique : 

Si je pense et j'écris en province, si je défends la mémoire d'une jeune normande aristocrate conservatrice et catholique meurtrière d'un héros incomparable d'une révolution progressiste et jacobine, si je m'en prends aux institutions intellectuelles ou universitaires d'un pays centralisé et parisianiste, si je dis que la psychanalyse de Freud n'est que littérature, je suis alors un dangereux populiste, anti-intellectuel conservateur d'extrême droite qui promeut des arrières pensées fascisantes sans même le savoir.

Tout cela est bien entendu faux et sans aucune nuance: on a le droit de défendre la mémoire de Charlotte CORDAY sans pour autant passer pour un admirateur de Drieu la Rochelle! Et Marat était, bel et bien, une crapule qui en appelait au meurtre collectif des ennemis politiques: notre brave Charlotte de Normandie, n'a fait que son devoir et l'a accompli avec un très grand courage. Un courage de morale républicaine qu'auront plus tard les "terroristes" de la Résistance contre les exactions de la Gestapo! (attention aux amalgames...)

Une grosse colère donc car ce matin sur France Inter (Paris Inter?) Mme Roudinesco se disait inquiète d'un "populisme intellectuel" teinté "d'antiparisianisme"...

C'est qu'elle voudrait confondre l'université populaire de Caen avec une université populiste?

J'espère vivement que non car là est toute ma crainte: que cette belle idée collective de partage du savoir entre citoyens éclairés et spécialistes reconnus universitaires ou non ne soit ébranlée par cette polémique affligeante!

Le collectif citoyen et républicain "Bienvenue en Normandie" qui a  animé un séminaire "Identité et avenir de la Normandie" en invitant  les géographes des universités normandes, d'Armand Frémont à Michel Bussi ou qui va donner la parole, pour une première fois, à un jeune enseignant-chercheur en science politique (Thomas Procureur) tient à remercier et à défendre l'Université Populaire de Caen pour ce vrai et authentique partage du savoir fait ici en Normandie:

Cessons de prendre les citoyens pour des imbéciles qu'ils soient à Paris ou en "Province"!


Philippe CLERIS

(Florestan)

p/o le collectif citoyen et républicain "Bienvenue en Normandie"