L'Etoile de Normandie

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28 mai 2010

" Polémique ONFRAY vs ROUDINESCO sur la mise en cause de la psychanalyse freudienne: coup de gueule d'un provincial et fier de l

Ce matin l'historienne auto-proclamée de la psychanalyse et de la psychanalyse freudienne en particulier, Elizabeth ROUDINESCO était l'invitée de Nicolas Demorand sur France Inter pour présenter son livre réponse à Michel ONFRAY qui remet en cause la scientificité clinique de la méthode freudienne en psychanalyse: précisons d'emblée que le "crépuscule d'une idole", le livre d'ONFRAY qui a tous les défauts et les qualités d'un pamphlet, ne remet pas en cause l'intérêt de la psychanalyse mais seulement et surtout le monopole intellectuel de Freud sur la psychanalyse. Michel Onfray ne fut pas le premier et ne sera pas le dernier, cette polémique étant aussi ancienne que la psychanalyse elle-même...

Alors que notre pays est dans le marasme politique, économique et social le plus complet, on nous sert une polémique intellectuelle qui parait bien oiseuse, inutile voire stérile avec des caricatures et des amalgames qui confinent au délire ( fascisme; antisémitisme; populisme; anti-intellectualisme d'un côté... Sectarisme; terrorisme intellectuel de l'autre...)

N'ayant lu ni le livre de Michel Onfray ni le livre d'Elizabeth Roudinesco et ayant à lire d'autres ouvrages qui me semblent plus utiles ou plus passionnants concernant notre affaire normande (François Guillet et Jacques Attali) je ne trancherai pas.

Par contre, je m'inquiète des conséquences de cette baudruche fielleuse et médiatique:

Hier soir, Elizabeth Roudinesco et Guillaume Mazeau, un historien universitaire tout à fait respectable des idées à l'époque révolutionnaire ont animé ensemble une conférence à l'université de Caen où il devait être à la fois question de Michel ONFRAY et de Freud et de ... Michel ONFRAY et de... Charlotte Corday!

L'honnêteté intellectuelle m'oblige à dire que je n'étais pas présent à cette conférence comme elle m'oblige aussi à m'interroger sur l'intérêt de cet amalgame entre Freud et Charlotte Corday: les généralisations hâtives et les amalgames font les eaux turbides de toutes les mauvaises polémiques...

Et répliquer à une machine infernale par une autre ne serait pas sans causer quelques "dommages collatéraux" comme savent dire cyniquement les généraux qui ne fréquentent pas les champs de bataille...

Pourquoi suis-je ce matin, un provincial de Normandie plutôt en colère?

Parce qu'un nouvel amalgame  en cours, court désormais la campagne médiatique : 

Si je pense et j'écris en province, si je défends la mémoire d'une jeune normande aristocrate conservatrice et catholique meurtrière d'un héros incomparable d'une révolution progressiste et jacobine, si je m'en prends aux institutions intellectuelles ou universitaires d'un pays centralisé et parisianiste, si je dis que la psychanalyse de Freud n'est que littérature, je suis alors un dangereux populiste, anti-intellectuel conservateur d'extrême droite qui promeut des arrières pensées fascisantes sans même le savoir.

Tout cela est bien entendu faux et sans aucune nuance: on a le droit de défendre la mémoire de Charlotte CORDAY sans pour autant passer pour un admirateur de Drieu la Rochelle! Et Marat était, bel et bien, une crapule qui en appelait au meurtre collectif des ennemis politiques: notre brave Charlotte de Normandie, n'a fait que son devoir et l'a accompli avec un très grand courage. Un courage de morale républicaine qu'auront plus tard les "terroristes" de la Résistance contre les exactions de la Gestapo! (attention aux amalgames...)

Une grosse colère donc car ce matin sur France Inter (Paris Inter?) Mme Roudinesco se disait inquiète d'un "populisme intellectuel" teinté "d'antiparisianisme"...

C'est qu'elle voudrait confondre l'université populaire de Caen avec une université populiste?

J'espère vivement que non car là est toute ma crainte: que cette belle idée collective de partage du savoir entre citoyens éclairés et spécialistes reconnus universitaires ou non ne soit ébranlée par cette polémique affligeante!

Le collectif citoyen et républicain "Bienvenue en Normandie" qui a  animé un séminaire "Identité et avenir de la Normandie" en invitant  les géographes des universités normandes, d'Armand Frémont à Michel Bussi ou qui va donner la parole, pour une première fois, à un jeune enseignant-chercheur en science politique (Thomas Procureur) tient à remercier et à défendre l'Université Populaire de Caen pour ce vrai et authentique partage du savoir fait ici en Normandie:

Cessons de prendre les citoyens pour des imbéciles qu'ils soient à Paris ou en "Province"!


Philippe CLERIS

(Florestan)

p/o le collectif citoyen et républicain "Bienvenue en Normandie"

Posté par MHAP à 16:41 - Coup d'humeur - Commentaires [28] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


Commentaires

Une authentique résistante

Charlotte Corday est en quelque sorte une héroïne dont les Normand(es)peuvent s'enorgueillir mais aussi une authentique résistante. Car ne l'oublions pas, elle a incarné l'esprit de résistance bien avant les premières femmes de la Résistance française. Elle mériterait d'être nommée à titre posthume Compagnon de la Libération. Pour moi, Charlotte Corday est une FFI. Si elle avait vécue en 1944, elle aurait donné des renseignements aux alliés et permis encore d'épargner la Normandie.
Charlotte Corday par son geste en 1793, nous a débarrassés du Heydrich révolutionnaire qu'était Marat.
La chose que je vais conter est incroyable : Robespierre s'est fait renversé par deux armées (celle du peuple de Paris et celle qui en avait assez des défaites sur tous les fronts). L'Incorruptible était retranché dans son bunker et s'est tiré une balle dans la bouche. 151 ans plus tard, son admirateur allemand, Adolf Hitler ne se loupera pas.
Robespierre avait un chien et Hitler aussi.
Ils étaient tous les deux végétariens (Hitler et Robespierre). Hitler aimait Eva Braun et Robespierre aimait Eléonore Duplay (la Eva Braun de la Révolution).
Les Normands qui résistaient à la politique jacobine et montagnarde de Robespierre sont en quelque sorte les ancêtres des mouvements de résistance contre l'oppression révolutionnaire et nazie...
Robespierre a loupé son suicide mais s'est retrouvé sous le couperet de la guillotine, tandis que Hitler lui il a échappé au jugement du tribunal de Nuremberg qui aurait pu l'expédier directement sur l'échafaud.
Autre chose : Robespierre a envoyé 16 594 personnes à la guillotine et Hitler pareille. Plus de 600 000 personnes sont mortes sous la dictature robespierriste ; près de 6 millions de victimes sous Hitler dans les camps et autant avec la seconde guerre mondiale (50 millions de morts)... Robespierre : 1 million de morts si on calcule les morts au combat, lors d'exécutions publiques, en Europe....

Posté par Chouannerie, 29 mai 2010 à 10:20

résistants

Charlotte comme les va nu pieds ont résisté à la politique centralisatrice et meurtrière. C'est le peuple qu'on a voulu tuer et faire tuer en finançant guerres expansionnistes et châteaux luxueux de l'époque, au détriment du bonheur "relatif" collectif. Les uns comme les autres sont les oubliés de l'histoire "officiel".

Je m'interroge: pourquoi avoir fait venir ces éminents universitaires "bon teint" à Caen!!!!

J'ajoute que s'il y a "antiparisianuisme" c'est qu'il y a bel et bien un "parisianisme"!!

Enfin je ne me souviens pas d'avoir vu une statue à l'effigie de Charlotte en Normandie. Posons nous la question ne serait il pas temps de souscrire à cette idée ; - )). Une statue de Guillaume et une de Charlotte pour Caen! Et itou pour Jehan Queti général des va nu pieds!

Posté par crosman, 29 mai 2010 à 12:14

Du ressentiment en général et de se sentir provincial en particulier.

Phillipe,

Je ne commenterai pas les commentaires réactionnaires et révisionnistes de la "Chouannerie", sinon pour dire qu'ils montrent à quel point Michel Onfray autorise tous les amalgames.

Pour en revenir à ton texte, j'ai plusieurs choses à te dire:

1- E. Roudinesco a sans doute bien des défauts mais tu ne peux pas écrire qu'elle est historienne auto proclamé de l'histoire de la psychanalyse. Docteur d'Etat en Histoire (elle a fait sa thèse avec Michel Perrot), elle est professeur d'université et titulaire d'une chaire d'histoire de la psychanalyse à Denis Diderot (Paris VII). Cela veut dire que son travail a été reconnu et validé par le CNU et qu'elle a dû entrer dans une processus de reconnaissance institutionnelle qui fait d'elle tout le contraire d'une historienne auto-proclamée. On peut être anti-institutionnel, mais ne pas reconnaître qu'il y a des procédures de validation et que Roudinesco ne la pas suivi est mensonger, scandaleux et inacceptable.

2- Si tu avais lu le livre d'Onfray, tu verrais qu'il ne s'agit pas d'un pamphlet, mais d'un brûlot d'une violence sans mesure et qu'il ne se contente pas de remettre en cause la scientificité ou l'efficacité de la méthode freudienne, mais qu'il se nourrit et qu'il nourrit un ressentiment inimaginable.

3- Freud et les freudiens n'exercent aucun monopole - ce vocabulaire en dit long sur le coefficient de pénétration mentale d'Onfray - sur la psychanalyse.
Certes Freud est l'inventeur de la "psycho-analyse", mais il n'a pas déposé une marque. Quel est ce raisonnement anachronique et douteux? Elisabeth Roudinesco a très bien montré dans son livre Histoire de la psychanalyse... que la psychanalyse était un champ ouvert par Freud qui avait dès son origine donné lieu à de nombreuses querelles et à autant d'orientations. Toute personne qui a eu un peu la curiosité sait qu'il n'y pas eu que Freud, mais aussi Jung, Reich, Klein, Lacan...pour n'en citer que quelques uns. Tous les élèves de Terminale en France savent que la philosophie et la psychanalyse ont développé de nombreuses critiques du freudisme. C'est une pratique somme toute récente et une champ pour les sciences humaines et sociales qui ne saurait dépendre d'un seul homme aussi égocentrique et désireux de reconnaissance fût-il.
Personne n'aurait idée de reprocher à Durkheim au nom des sciences dures de ne pas avoir inventé la sociologie en un jour et à lui tout seul ! Sitôt qu'on a un peu mis le nez dans l'histoire des sciences, on sait qu'aucune science ne s'est développée dans l'esprit d'un seul homme. C'est vraiment prendre ses lecteurs pour des crétins que de leur laisser s'imaginer une chose pareille et de les y en encourager de fait!

Aussi deux questions subsistent :
- que penser de la surestimation de ce pouvoir, de cette toute puissance supposée mais cachée qu'Onfray entend dévoiler à propos de l'école Freudienne ?
S'agit -il de la vulgarisation médiatique qui utilise la référence à Freud, le mettant pour ainsi dire à toutes les sauces, qui est ici en question ? Mais ce sont les medias qu'ils faut mettre en cause ici, et le désir commun et paresseux de vouloir tout ramener à un principe unique de détermination. Les médias, la paresse intellectuelle et non Freud ou les psychanalystes.
- que penser de cette idée selon laquelle il y aurait un "monopole" de Freud sur la psychanalyse - alors qu'avec un peu de curiosité et de travail de lecture on voit qu'il n'en est rien ?

4- Ce ne sont pas les conférenciers qui sont coutumiers des amalgames douteux : dédicacer un livre qui disculpe Eichmann de toute responsabilité à la Rose Blanche, un livre sur Charlotte Corday à un résistant de l'Orne constituent des amalgames douteux et stratégiques. C'est parce que ces intervenants ont trouvé une identité de méthode dans le traitement de Freud, de Corday et de Kant (Le songe d'Eichmann) qu'ils les ont ainsi rapprochés.

5- La polémique engagée par Michel Onfray n'est pas exempte d'horizon politique, puisqu'elle se nourrit de la vague d'un profond mouvement de désinstitutionnalisation et qu'elle joue sans cesse sur le ressentiment contre les élites dominantes et contre toute forme de pensée complexe.

6- J'ai écouté, ré-écouté et retranscrit les propos de Roudinesco sur France Inter. Elle ne stigmatise en rien la Province. Soit nous n'avons pas entendu la même chose, soit nous n'en n'avons pas la même lecture. Mais dans ce que j'ai pour ma part entendu je ne vois rien de scandaleux. Il serait temps que les Normands cessent de se penser comme un peuple méprisé par Paris. La décentralisation a donné des moyens de se penser autrement, et cela prend sans doute du temps. J'ajouterai à la manière d'Edouard Glissant qu'un peuple vraiment est décolonisé quand il ne se pense plus en réaction à son colonisateur.

Verbatim

En réponse à un auditeur qui dénonce la mauvaise foi - obscure volonté comme disait Ricoeur - et le ressentiment contre les intellectuels à l'oeuvre dans le brulôt d'Onfray sur Freud. Elisabeth Roudinesco répond la chose suivante


"Je suis entièrement d'accord avec cet auditeur. Et d'ailleurs c'est dit très clairement.
J'ai pris dans ce livre quand même, collectif des professeurs d'universités de toutes les régions de France, parce que Michel Onfray considère en effet, et il y a un anti-intellectualisme forcené et même il oppose la Province à Paris, le... "Parisianisme". Il y a un anti intellectualisme, et qui joue sur ce vieux ressort, la France profonde contre la France urbaine, des villes. Et çà c'est en effet quelque chose de scandaleux.
Le détournement de l'oeuvre de Nietzsche c'est évident, de Kant aussi. Donc çà n'est pas seulement la psychanalyse, c'est toute une entreprise, tout à fait populiste et anti-intellectuelle qu'il faut en effet combattre comme un symptôme politique grave."

Ce n'est pas l'Université populaire qui est qualifiée de populiste, mais l'entreprise à l'oeuvre dans le livre d'Onfray sur Freud, comme dans celui sur Eichmann. C'est Onfray qui s'est lui-même qualifié de "Goy du Bocage" il me semble

Onfray devrait se soucier peut-être un peu plus de sa responsabilité, c'est-à-dire aussi de la responsabilité aussi qu'il a vis-à-vis de l'Université Populaire, dont la Société Normande de Philosophie dont je fais parti et qui était coorganisateur de la conférence Rumeurs et Vérité en histoire, a reconnu l'intérêt.

Alors oui, il est temps de cesser de prendre les citoyens et les lecteurs d'où qu'ils viennent, pour des imbéciles.

O. Chiche.

Posté par Marcelhzn, 29 mai 2010 à 15:54

Du ressentiment en général et de se sentir provincial en particulier.

Phillipe,

Je ne commenterai pas les commentaires réactionnaires et révisionnistes de la "Chouannerie", sinon pour dire qu'ils montrent à quel point Michel Onfray autorise tous les amalgames.

Pour en revenir à ton texte, j'ai plusieurs choses à te dire:

1- E. Roudinesco a sans doute bien des défauts mais tu ne peux pas écrire qu'elle est historienne auto proclamé de l'histoire de la psychanalyse. Docteur d'Etat en Histoire (elle a fait sa thèse avec Michel Perrot), elle est professeur d'université et titulaire d'une chaire d'histoire de la psychanalyse à Denis Diderot (Paris VII). Cela veut dire que son travail a été reconnu et validé par le CNU et qu'elle a dû entrer dans une processus de reconnaissance institutionnelle qui fait d'elle tout le contraire d'une historienne auto-proclamée. On peut être anti-institutionnel, mais ne pas reconnaître qu'il y a des procédures de validation et que Roudinesco ne la pas suivi est mensonger, scandaleux et inacceptable.

2- Si tu avais lu le livre d'Onfray, tu verrais qu'il ne s'agit pas d'un pamphlet, mais d'un brûlot d'une violence sans mesure et qu'il ne se contente pas de remettre en cause la scientificité ou l'efficacité de la méthode freudienne, mais qu'il se nourrit et qu'il nourrit un ressentiment inimaginable.

3- Freud et les freudiens n'exercent aucun monopole - ce vocabulaire en dit long sur le coefficient de pénétration mentale d'Onfray - sur la psychanalyse.
Certes Freud est l'inventeur de la "psycho-analyse", mais il n'a pas déposé une marque. Quel est ce raisonnement anachronique et douteux? Elisabeth Roudinesco a très bien montré dans son livre Histoire de la psychanalyse... que la psychanalyse était un champ ouvert par Freud qui avait dès son origine donné lieu à de nombreuses querelles et à autant d'orientations. Toute personne qui a eu un peu la curiosité sait qu'il n'y pas eu que Freud, mais aussi Jung, Reich, Klein, Lacan...pour n'en citer que quelques uns. Tous les élèves de Terminale en France savent que la philosophie et la psychanalyse ont développé de nombreuses critiques du freudisme. C'est une pratique somme toute récente et une champ pour les sciences humaines et sociales qui ne saurait dépendre d'un seul homme aussi égocentrique et désireux de reconnaissance fût-il.
Personne n'aurait idée de reprocher à Durkheim au nom des sciences dures de ne pas avoir inventé la sociologie en un jour et à lui tout seul ! Sitôt qu'on a un peu mis le nez dans l'histoire des sciences, on sait qu'aucune science ne s'est développée dans l'esprit d'un seul homme. C'est vraiment prendre ses lecteurs pour des crétins que de leur laisser s'imaginer une chose pareille et de les y en encourager de fait!

Aussi deux questions subsistent :
- que penser de la surestimation de ce pouvoir, de cette toute puissance supposée mais cachée qu'Onfray entend dévoiler à propos de l'école Freudienne ?
S'agit -il de la vulgarisation médiatique qui utilise la référence à Freud, le mettant pour ainsi dire à toutes les sauces, qui est ici en question ? Mais ce sont les medias qu'ils faut mettre en cause ici, et le désir commun et paresseux de vouloir tout ramener à un principe unique de détermination. Les médias, la paresse intellectuelle et non Freud ou les psychanalystes.
- que penser de cette idée selon laquelle il y aurait un "monopole" de Freud sur la psychanalyse - alors qu'avec un peu de curiosité et de travail de lecture on voit qu'il n'en est rien ?

4- Ce ne sont pas les conférenciers qui sont coutumiers des amalgames douteux : dédicacer un livre qui disculpe Eichmann de toute responsabilité à la Rose Blanche, un livre sur Charlotte Corday à un résistant de l'Orne constituent des amalgames douteux et stratégiques. C'est parce que ces intervenants ont trouvé une identité de méthode dans le traitement de Freud, de Corday et de Kant (Le songe d'Eichmann) qu'ils les ont ainsi rapprochés.

5- La polémique engagée par Michel Onfray n'est pas exempte d'horizon politique, puisqu'elle se nourrit de la vague d'un profond mouvement de désinstitutionnalisation et qu'elle joue sans cesse sur le ressentiment contre les élites dominantes et contre toute forme de pensée complexe.

6- J'ai écouté, ré-écouté et retranscrit les propos de Roudinesco sur France Inter. Elle ne stigmatise en rien la Province. Soit nous n'avons pas entendu la même chose, soit nous n'en n'avons pas la même lecture. Mais dans ce que j'ai pour ma part entendu je ne vois rien de scandaleux. Il serait temps que les Normands cessent de se penser comme un peuple méprisé par Paris. La décentralisation a donné des moyens de se penser autrement, et cela prend sans doute du temps. J'ajouterai à la manière d'Edouard Glissant qu'un peuple vraiment est décolonisé quand il ne se pense plus en réaction à son colonisateur.

Verbatim

En réponse à un auditeur qui dénonce la mauvaise foi - obscure volonté comme disait Ricoeur - et le ressentiment contre les intellectuels à l'oeuvre dans le brulôt d'Onfray sur Freud. Elisabeth Roudinesco répond la chose suivante


"Je suis entièrement d'accord avec cet auditeur. Et d'ailleurs c'est dit très clairement.
J'ai pris dans ce livre quand même, collectif des professeurs d'universités de toutes les régions de France, parce que Michel Onfray considère en effet, et il y a un anti-intellectualisme forcené et même il oppose la Province à Paris, le... "Parisianisme". Il y a un anti intellectualisme, et qui joue sur ce vieux ressort, la France profonde contre la France urbaine, des villes. Et çà c'est en effet quelque chose de scandaleux.
Le détournement de l'oeuvre de Nietzsche c'est évident, de Kant aussi. Donc çà n'est pas seulement la psychanalyse, c'est toute une entreprise, tout à fait populiste et anti-intellectuelle qu'il faut en effet combattre comme un symptôme politique grave."

Ce n'est pas l'Université populaire qui est qualifiée de populiste, mais l'entreprise à l'oeuvre dans le livre d'Onfray sur Freud, comme dans celui sur Eichmann. C'est Onfray qui s'est lui-même qualifié de "Goy du Bocage" il me semble

Onfray devrait se soucier peut-être un peu plus de sa responsabilité, c'est-à-dire aussi de la responsabilité aussi qu'il a vis-à-vis de l'Université Populaire, dont la Société Normande de Philosophie dont je fais parti et qui était coorganisateur de la conférence Rumeurs et Vérité en histoire, a reconnu l'intérêt.

Alors oui, il est temps de cesser de prendre les citoyens et les lecteurs d'où qu'ils viennent, pour des imbéciles.

O. Chiche.

Posté par Marcelhzn, 29 mai 2010 à 15:55

À propos de l’affaire Onfreud

http://www.facebook.com/notes/psychanalogie/en-realite-michel-onfray-veut-sauver-la-psychanalyse-contre-freud-et-les-psychan/391038327884
= http://goo.gl/srst
Où l’on découvre dans les propos de M. Onfray dans la presse et à la télévision qu’il cherche à substituer à la psychanalyse dite « freudienne » une « psychothérapie pour aujourd’hui », « psychanalyse post-freudienne », consistant en… la « méditation philosophique », substituée par supersessionisme. Et que pour cela, il cherche à ridiculiser la règle fondamentale, la « loi » de la psychanalyse, qui consiste du côté du patient à dire tout ce qui vient à l’esprit (« association libre »). Et que dans ces conditions, le livre de M. Onfray cherchant à ridiculiser Freud n’est qu’un moyen de parvenir à ses fins qu’il révèle par ailleurs : « je souhaite dire que j’aimerais que ce livre soit aussi et surtout l’occasion de penser une psychothérapie pour aujourd’hui », in article de M. Onfray publié sur le site du Monde le 7 mai 2010. Où l’on découvre que tout ceci est motivé par la phobie de la notion “freudienne” selon laquelle la « normalité » n’existe pas, et qu’il n’y a qu’une différence de degré, et non de nature, entre les « normaux » et « ceux qui ne le sont pas », et que M. Onfray estime cela scandaleux et tient à une frontière nette entre les deux, afin de pouvoir se placer… devinez dans quelle catégorie : voilà toute l’affaire. Voilà ce qu’y trouvent ceux qui soutiennent M. Onfray dans son ambition.
Sommaire
— des extraits de l’article de M. Onfray paru sur le site du Monde le 7 mai 2010 (mais non paru dans l’édition papier)
— un premier commentaire de l’article de M. Onfray paru sur le site du Monde le 7 mai 2010
— des extraits du Dossier publié par Le Monde, sur site le 7 mai 2010 et dans l’édition papier le 8 mai 2010 : deux articles parmi ceux du dossier
— les liens vers les enregistrements vidéo de la prestation de M. Onfray lors de l’émission télévisée de Laurent Ruquier le samedi 8 mai 2010
— la transcription et le bref commentaire des passages estimés essentiels de la prestation télévisée précitée de M. Onfray le 8 mai 2010
— le lien vers le blog de M. Onfray qu’il consacre à son livre et les suites de celui-ci notamment dans les médias : essentiel pour mieux apprécier la “mentalité” de M. Onfray
— addition sur la notion de science et si la psychanalyse est une science
— le lien vers le blog d’Emmanuel Fleury qu’il consacre à l’affaire Onfray et notamment liste la plus complète des liens vers les articles relatifs à cette affaire.
Voir http://www.facebook.com/notes/psychanalogie/en-realite-michel-onfray-veut-sauver-la-psychanalyse-contre-freud-et-les-psychan/391038327884
= http://goo.gl/srst
---
http://psychanalogie.fr

Posté par frdm, 29 mai 2010 à 17:42

définition?

le parisianisme n'est pas une opposition organisée mais un centralisme ignorant.

De Paris, la périphérie n'est qu'une route ou un futur Tram. En rien l'existence d'une vie, d'une population différente.

On en est à parler de Grand Paris quand celui ci est déjà trop grand. Si le logo d'Ile de France est une pieuvre ce n'est pas pour rien!

Posté par crosman, 30 mai 2010 à 10:10

Je ne suis pas Faurisson

J'indique que les propos que j'ai eu sur la période révolutionnaire de 1793 avec en parallèle les épisodes sanglants de la seconde guerre mondiale, ne sont pas révisionnistes ni réactionnaires.
Je suis la petite-nièce d'un déporté qui est mort à Auschwitz en 1945, pour la seule raison que voici : il portait l'étoile jaune et figure parmi les victimes de la Shoah. J'ai perdu toute une famille côté paternelle en Pologne à cause du nazisme.
Je ne nie pas comme ce soi-disant professeur Faurisson ce qui s'est produit il y a de cela plus de 65 ans. Il faut le reconnaître, la seconde guerre mondiale a été une épreuve bien douloureuse pour tous les peuples et plus de 50 millions de personnes y ont perdu la vie. Je n'oublie pas nos provinces de Normandie et en particulier la ville de Rouen qui a subi la Semaine Rouge entre la fin du mois de mai et le début du mois de juin 1944. Le Havre, Caen, Saint-Lô et que dire des autres villes, des petites localités qui ont subi le fer et le feu durant cette triste période de notre Histoire ?
Si j'ai comparé Robespierre à Hitler c'est pour une simple raison : c'est que tous les deux avaient dans leurs idées celle de la Révolution... Ce sont des révolutionnaires et pour moi, ce sont des personnes que je n'aiment pas. Je préfère cent fois mieux lire la comtesse de Ségur, Gustave Flaubert, Victor Hugo, Jean de La Varende, Barbey d'Aurévilly, Michel de Decker, qui au moins ne diffusent pas des idées nauséabondes...
J'aime l'histoire de ma région et le fait que la Normandie a été très touchée par la tragédie de 1944, tout comme les autres régions de notre pays, me permet de me pencher sur ce que fut cette dure épreuve qu'ont subi les populations locales.
Quant à Faurisson, je ne l'aime pas. De toutes manières, il est contre les réunifications des provinces...
Je ne suis pas révisionniste, sachez-le. J'ai mes convictions personnelles sur l'histoire et depuis toujours j'ai toujours eu une sympathie pour les faibles, les résistants, les Chouans, les petits. Jamais pour les gros....

Posté par Chouannerie, 30 mai 2010 à 11:51

Veuillez programmer ceci pour dimanche prochain

Dans une semaine, on y pensera encore comme il y a de cela 66 ans... Eh oui, comme le temps passe et les années aussi. Beaucoup d'entre nous vieillissent. Moi, je n'ai pas vu ce qui s'est passé il y a de cela 66 ans sur nos plages, un matin du 6 juin 1944. Je n'étais pas née.

Pour cette fois-ci, ce sera important de le programmer et de le mettre dans vos lecteurs DVD ou vos vieux magnétoscopes. Je le posséde en DVD et c'est une chance de l'avoir...

Dimanche 6 Juin, sera le jour J.

A 20 h 50, au même instant, certains regarderont le programme officiel de la télévision et les aventures du soldat Ryan. D'autres mettront un DVD avec un vieux film en noir et blanc... avec de nombreux acteurs : John Wayne, Robert Mitchum, Bourvil, etc... Eh oui, rien de tel que de rendre hommage aux hommes qui sont tombés pour nous rendre la liberté en regardant le film écrit et réalisé par Cornélius Ryan, évoquant l'invasion et le débarquement de Normandie. Il ne s'agit pas d'un film de guerre ordinaire, mais du vrai film, qui fut interprêté il y a plus de 40 ans non pas en Normandie mais plus loin encore, en Espagne et en Charente-Maritime. Il s'agit du "Jour le plus long" qui évoqua inlassablement la libération de la France et de l'Europe toute entière du joug nazi.
Oui, le 6 Juin préparez vos DVD "Le Jour le plus long".
C'est une date cruciale pour la Normandie que le 6 juin. Nous ne l'oublierons jamais.

Le 6 juin devrait être férié pour la Normandie comme pour l'Europe et la France.

Ce sera le jour le plus long d'après ce qu'avait dit le maréchal Rommel...

Et pourtant, Rommel, Montgommery et Patton sont des Normands tout comme le général Grant... il était de Caen.

Posté par Chouannerie, 30 mai 2010 à 18:34

Et pourtant...

Rommel,Montgommery,Patton, et Grant étaient peut-être d'origine normande,mais pour les 3 derniers précités,ils n'ont fait aucunes objections ou résistance,à l'allègre destruction des villes de Caen,rouen,et le Havre.Certains bombardements ne se justifiaient pas,ou auraient pu être limités.A ma connaissance,je n'ai jamais lu,ou entendu dire que ces grands généraux déploraient,au nom de la liberté ,en de vibrants trémolos vocaux ou écrits lyriques ,tout ce mal infligé à la Normandie,Terre de leurs"ancêtres". Il est vrai que les autorités françaises sont aussi réstées discrètes sur le sujet!

Posté par Hastings, 31 mai 2010 à 11:58

Une réponse à O.Chiche

Quelques observations à propos des considérations développées par O. Chiche.

1- On juge un auteur par rapport à ce qu'il écrit, son statut universitaire peut évidemment induire un préjugé mais l'esprit critique doit toujours prévaloir. Dans les interventions que je viens de lire ici, il est question de Faurisson. Celui-ci disposait indiscutablement, jusqu'à ses publications délirantes, d'une chaire universitaire où l'on aurait pu voir une garantie de son sérieux. Je ne suis évidemment pas en train de mettre E, Roudinesco et l'autre dans le même panier mais je considère que la papesse de la psychanalyse en France est en train, comme on dit vulgairement, de perdre les pédales et je m'en réjouis : elle aura fait plus pour la démolition de sa chapelle qu'une bonne douzaines de livres comparables à celui de Michel Onfray. Je suppose que le « philosophe du bocage », en bon stragège, avait bien prémédité tout cela.

2- Dire du bouquin en question qu'il est un « brûlot d'une violence sans mesure » et qu'il « nourrit un ressentiment inimaginable », c'est vraiment parler pour ne rien dire. Je suppose qu'on aurait pu écrire cela à propos des textes de Voltaire concernant les jésuites. Aujourd'hui, on continue de lire Voltaire... et Fréron beaucoup moins. C'est pour cette raison que je me plais à archiver tout ce qui apparaît sur l'Internet à propos du livre de Michel Onfray : il ne faut pas que cela disparaisse, c'est aussi précieux pour une histoire des faiblesses de l'esprit humain que l'ode à Staline de Paul Eluard ou les articles de l'Humanité après la mort du grand Staline. Au fond, beaucoup de textes que j'ai lus m'ont immédiatement fait penser aux réactions des islamistes après les caricatures de Mahomet. Onfray nie qu'on puisse articuler la psychanalyse à la philosophie des lumières. Sa démonstration est assez convaincante, mais beaucoup moins que les réactions ulcérées des dévots.
J'ajouterai que j'ai quand même connu beaucoup de gens qu'une psychanalyse a complètement ratatinés. Le ressentiment est une passion bien triste mais je concevrais tout à fait qu'ils puissent l'éprouver. Ce qu'on ressent, lorsqu'on est suffisamment averti de toutes ces questions sans avoir jamais eu affaire à la secte, c'est la colère qu'inspire un si répugnant gâchis.

3-Il est assez vrai que la psychanalyse ne sera bientôt plus en mesure d'exercer, en France « aucun monopole » : les nouvelles générations de psychiatres ne s'y intéressent plus vraiment et quand ceux qui sont nés au lendemain de la guerre auront pris leur retraite, on cessera même complètement d'en parler. La psychanalyse est agonisante, et d'une agonie à peu près aussi pénible -je vois qu'il est partout ici question de la Normandie et c'est ce qui m'y fait penser – que celle d'Emma Bovary. D'où ces cris, ces vomissements, ces dernières convulsions avant la rigidité cadavérique.

4-Personne effectivement ne reproche rien à Durkheim, mais s'il arrive aux sociologues de se référer à Durkheim, c'est une référence parmi d'autres, et de plus en plus rare lorsqu'il ne s'agit pas d'examiner l'histoire de la discipline. Je ne sache pas qu'on ait jamais prôné un « retour à Durkheim » ni qu'un tel mot d'ordre ait pu faire école ! En revanche, je mets au défi quiconque de me trouver un ouvrage de psychanalyse où Freud ne soit cité nulle part. Trouver une seule page où le nom du Père n'apparaisse pas, chez certains auteurs, c'est déjà très difficile.

5- Pour ce qui touche au « populisme », je ne peux que reproduire ici que ce que j'ai déjà répondu sur un autre site à un intervenant qui allait jusqu'à parler de "poujadisme". Je ne savais pas, alors, qu'Elisabeth Roudinesco était probablement à l'origine de cette curieuse production conceptuelle. Voici ce que j'écrivais :
Je croyais jusqu’à ce jour que le poujadisme n’était pas un courant philosophique préoccupé d’épistémologie mais un mouvement politique voué à la défense du petit commerce. La critique des théories freudiennes, elle, a toujours été le fait de penseurs préoccupés par la rigueur scientifique et les questions de méthode. Même ceux qui critiquent la psychanalyse en partant des TCC ne sont pas particulièrement préoccupés par des questions d’intérêt financier : les cures qu’ils proposent sont en général plutôt rapides et la dépense tout à fait modérée qu’elles impliquent ne risque pas de ruiner le patient. Vous le reconnaissez vous-mêmes, et c’est cela qui est bizarre dans votre propos : Onfray s’attaque au portefeuille des freudiens, dites-vous, lesquels considèrent que le transfert d’argent d’une poche à l’autre est essentiel, tout autant que l’autre transfert, au succès de la cure. Je vous demanderai seulement, dans le contexte que nous venons d’évoquer, si vous ne voyez pas plutôt d’un côté que de l’autre quelque chose qui pourrait ressembler à la défense d’un petit commerce !
 Le poujadisme, par ailleurs, est une idéologie très populaire de gens qui, sur le plan intellectuel, ne se plaisent pas dans la dentelle des paradoxes. Pour eux, un chat est un chat. On a fait croire dès la classe terminale à l’immense majorité de nos contemporains qu’ils avaient un inconscient et ils y croient sans aller chercher plus avant. Essayez donc de dire à un lecteur du Nouvel Obs ou de Télérama que vous n’avez pas d’inconscient (au sens freudien) et c’est là que vous pourrez observer quelque chose qui s’apparente à une réaction poujadiste, c’est-à-dire réellement primaire et sans nuance, simple répétition psittaciste de la doxa.

Posté par Jacques Nelson, 31 mai 2010 à 21:52

une pensée

et moi j'aurai plutôt une pensée pour ceux qui (dans ma famille notamment) sont morts dans les bombardement de Vire et St Lô où ceux qui ont vécu dans les tranchées non loin de leur ferme en la regardant brûler...lé quoeu minchi. Le 5 juin à Fontaine le bourg je chanterai es Rouaisouns une chanson en normand dédiée aux victimes normandes!

Posté par crosman, 31 mai 2010 à 22:57

Les confusions dangereuses

M. Nelson,
1- J’ai parlé de révisionnisme à propos d’un commentaire assimilant de manière peu rigoureuse Robespierre à Hitler, et qui comparait les terribles massacres de Vendée à un génocide, mais je n’ai jamais mentionné le nom de Robert Faurisson.
Ce dernier est un homme qui nie l’existence des chambres à gaz et des camps d’extermination, c’est-à-dire la réalité du génocide des Juifs commis par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale. Faurisson est un négationniste et un « faussaire de l’histoire », et non un révisionniste.
Agrégé des lettres, et titulaire d’un doctorat d’Etat (thèse sur Lautréamont), Faurisson était en effet Maître de conférences, puis Professeur de littérature contemporaine à l’Université Lyon II.
Cependant, cette chaire de littérature ne garantissait en rien le sérieux de textes uniquement mus par un antisémitisme militant et plus ancien qu’il ne le disait : niant tous les travaux d’histoire publiés en France et ailleurs, Faurisson entendait révéler une prétendue vérité historique cachée par l’Université elle-même.
Utiliser le statut universitaire de Faurisson pour mettre en cause la légitimité des travaux d’Elisabeth Roudinesco n’est pas honnête. On apprend à tous les enfants en classe de mathématiques, à comparer ce qui est comparable. Et bien que vous déniez vous-mêmes toute analogie, vous les associez de manière rhétorique laissant penser qu’ils ont tout de même quelque chose à voir. Le procédé est inéléguant et fallacieux. Elisabeth Roudinesco est aujourd’hui encore, professeur habilitée à diriger des recherches en Histoire à l’Université Paris Diderot, et a été chargée de conférences à l’E.H.E.S.S., puis à l’E.P.H.E. qui sont des établissements de la recherche française internationalement reconnus.
L’affirmation selon laquelle « la papesse de la psychanalyse » serait « en train de perdre les pédales » est une opinion qui n’engage que vous, mais qui ne relève d’aucun fondement rationnel. Sur la base de quel argument vous fondez-vous ? Le procédé relève d’une stratégie de communication et d’une démarche inquisitoire, puisqu’il consiste à attaquer ad hominen à l’auteur d’une critique adverse, à le disqualifier en le taxant de folie, sans tenir compte de ses écrits.
J’ajoute au passage que vous qualifiez les textes négationistes de Faurisson de « publications délirantes » ; il faudrait dire, pour être juste, qu’elles sont condamnables, mensongères et mal intentionnées. Faurisson a été qualifié à juste titre d’ « assassin de la mémoire » par Pierre Vidal-Naquet, il a toujours agi en conscience. Il ne faudrait pas le déresponsabiliser et tout mettre sur le dos du délire et de la pathologie.
La encore, en disant que Roudinesco « est en train (…) de perdre les pédales » non seulement vous pathologisez son discours et la mettez de fait et de ce point de vue sur le même plan que Faurisson, ce qui est vraiment contestable, comme vous le notez vous-même.
La jouissance que vous tirez de vos suppositions – Roudinesco n’aurait plus toute sa raison - tient de l’antipathie que l’on éprouve pour l’autre que l’on exècre. C’est un affect triste, qui n’a aucune valeur démonstrative et qui de surcroît ne repose sur aucun fait. Spinoza qui prend soin toujours de distinguer la théologie et les théologiens, a mieux que personne déconstruit la logique des théologiens, en montrant que ces derniers mus par un désir d’emprise, sont dominés par la haine, passion triste par excellence.
J’ai lu le texte de Roudinesco qui me semble clair et convaincant. Je l’ai rencontrée lors de la conférence-débat le jeudi 27 mai, et me suis brièvement entretenu avec elle. Elle m’a semblée extrêmement lucide et consciente de son engagement.
Elisabeth Roudinesco, au nom du travail d’historienne de la psychanalyse , travail critique à l’égard de la psychanalyse il faut le rappeler, est intervenue dans un débat public pour donner à Onfray une contradiction, et à ses lecteurs, un regard éclairé par ses recherches. Au nom de cela, elle a dénoncé la mise en circulation, relayée par les médias de rumeurs qui ne sont pas avérées par la recherche et les archives freudiennes. Surtout, elle est insurgée contre la réduction de la psychanalyse à son fondateur. La psychanalyse a une histoire, qui toute entière peut-être lue comme une discussion des concepts freudiens, un ré-interprétation ou une ré-évaluation. Réduire une discipline à son origine n’est qu’apparemment nietzschéen : la généalogie c’est autre chose et davantage qu’une réduction à l’origine. Aussi, la critique de Mme Roudinesco n’a rien d’illégitime : pour parler comme Kant, et non comme Freud, elle oppose à la censure, les exigences de la critique.
En outre, quiconque publie des thèses s’expose à ce que celle-ci soient discutées. C’est cela qui constitue la vie même de la pensée et le travail de la science. Une thèse qui n’est pas discutable, qui se présente comme une vérité absolue n’a aucune scientificité. Et précisément, vous qui semblez un adversaire acharné de la psychanalyse, vous devriez savoir que Karl Popper a reproché l’hypothèse freudienne d’être infalsiable. Elle est présente dans tous les manuels de philosophie et régulièremnt enseignée. C’est une critique forte, intéressante, qui invite à reconsidérer la psychanalyse autrement que comme une science d’objet, à la penser dans son identité propre qui est d’être plutôt une théorie et une de l’interprétation relevant des sciences humaines et qui fait du sujet l’acteur du dispositif herméneutique. Paul Ricoeur a écrit des choses remarquables à ce sujet.
Pour finir avec le premier point de votre réponse, ne croyez-vous pas que les débats au sein du champ psychanalytique montrent au contraire la vitalité de cette discipline ? Le conflit qu’entretiennent les théories cognitivistes et comportementalistes avec elle relèvent d’un arrière-plan anthropologique qui mérite d’être réfléchi. Ce sont deux idées de l’homme qui s’y opposent : La psychanalyse n’est pas une panacée, c’est une thérapeutique parmi d’autres qu’on ne saurait imposer à personne, mais, contrairement aux T.C.C. – elle ne cherche pas à normer objectivement les individus, à les adapter, à corriger leurs défauts d’adaptation à l’ordre social.
Je n’ai guère de commentaire à faire sur celui que vous nommez « le philosophe du Bocage » et sur sa stratégie supposée géniale. Vous avez de l’amitié pour lui et vous lui êtes reconnaissant, cela vous regarde. Pour ma part, je ne le connais pas personnellement. Cependant, en praticien de la philosophie, je dois tout de même dire que je comprends mal qu’on puisse se revendiquer philosophe et que l’on diffuse des préjugés, qu’on se fasse juge de l’histoire et de l’humanité, que l’on discerne des bons et des mauvais points, que l’on décide de ce qu’il faut lire et de ce qu’il ne faut pas lire. Cela s’apparente davantage au discours de sophistique et à celui de la prophétie qu’à celui d’une pratique critique de la philosophie.
2- Voltaire a écrit des pamphlets quelquefois d’une grande violence, mais l’époque était différente, car l’Eglise avait une autre emprise sur la société que n’en a la psychanalyse. Voltaire avait surtout davantage d’humour et de génie littéraire que n’en a Onfray. Vous êtes décidément animé par le démon de l’analogie et par les procédés de disqualification : Onfray est un génie comme Voltaire dites-vous en substance, et sans discuter du fond, sans même me connaître, vous me ranger dans votre collection des faibles d’esprits. Je ne me livre pas à ce genre de collection. Je ne méprise personne. J’ai lu Nietzsche, et j’y ai appris que le dernier homme, le plus méprisable entre tous, se gaussait de tout et qu’il ne savait pas se mépriser lui-même. Chez vous, c’est toujours au fond la même logique binaire : vous vous affirmez fort, ou du côté des forts pour dénigrer ceux que vous indexez comme faibles, à ces héros, vous opposez ceux que vous traitez de dévôts, de fanatiques, qu’ils soient islamistes ou staliniens. Mais vous n’ignorez pas que pour Nietzche, les forts sont dans l’affirmation pure, ils n’ont pas besoin de s’opposer aux faibles pour exister, contrairement aux faibles qui sont toujours privés d’action, condammés à la réaction : tu es méchant, donc je suis bon…
La psychanalyse ne peut s’articuler à la pensée des Lumières selon Onfray, dites-vous. Ce n’est pas le cœur de l’ouvrage, ou je ne l’ai pas bien lu. On y trouve certes un déni de scientificité de la psychanalyse rappelant des critiques qui furent lui adressées dès son origine et qui ne tiennent pas compte de l’avancée des sciences humaines, mais surtout une réduction systématique de ses conceptions à de petits règlements de compte narcissiques avec une humanité qui ne l’aurait pas reconnu, et dont il voudrait se venger en la dominant. Sorti d’un portrait et d’une histoire malheureusement digne des journaux à scandales, l’auteur ne dit finalement pas grand chose, agite des spectres – le pouvoir, l’argent, l’homophobie, le goût pour l’austro-fascisme, le soupçon d’inceste, la cocaïne, la mysoginie, l’antisémitisme – qui constituent autant de repoussoirs et de valeurs inversées de la doxa contemporaine.

3- Vous présupposez encore que la psychanalyse exerce un « monopole » et vous l’appelez « la secte ». Mais quoi, c’est l’Etoile mystérieuse ? ! Je ne vais pas répéter ce que j’ai déjà dit, mais je vais ajouter autre chose en lecteur de sociologie et d’anthropologie : fabriquer une idole qui n’existe pas, n’est-ce une forme de fétichisme dans un sens n’est pas uniquement freudien ? N’est-ce pas, ce qui dans le Carnaval permet de mettre en scène un désir de transgression qui ne trouve pas d’autre moyen d’expression. Votre discours ici est un discours vengeur contre une domination que vous n’arrivez pas à nommer autrement que comme la psychanalyse. Tantôt vous la surestimez, tantôt vous la sous-estimez. Si vous la croyez à ce point mourrante, quel intérêt avez-vous à vous imaginer dansant sur son cadavre ? Ne croyez-vous pas qu’il existe d’autres formes de domination aujourd’hui au regard desquelles tous ceux désirent s’émanciper devrait travailler ?
4- La sociologie est sans doute moins sur-médiatisée que ne le sont la psychanalyse et Michel Onfray. La référence à Durkheim est plus importante à ma connaissance que vous ne supposer pour s’y opposer ou pour y revenir. Mais je vous accorde bien volontiers que la sociologie étant fonction des terrains, des cultures et finalement des différentes sociétés où elle s’enracine ne s’est pas structurée à partir d’un point central comme la psychanalyse. Mais Jung, Reich, Winnicot, Klein, Lacan, pour ne citer que quelques noms ont constitués autant de nouveaux centres de développement d’une théorie reposant sur une hypothèse première, celle de l’inconscient. Je persiste à dire qu’il y a des usages sauvages de cette discipline souvent caricaturée, et qui parce qu’elle touche à l’irrationnel, à l’intime est davantage objet de fantasmes. Ces usages montrent au passage qu’aucune Eglise n’est parvenue à en maîtriser les effets discursifs.
5- Qu’il y a un rapport entre populisme, anti-intellectualisme et poujadisme c’est évident. Roland Barthes, dans Mythologies, « Poujade et les intellectuels » a écrit un texte tout à fait piquant sur la question. Toutefois, je n’ai pas pour ma part parlé de poujadisme ; j’ai, rapportant les paroles de Mme Roudinesco, souligné qu’elle n’avait jamais qualifié l’U.P. de populiste car c’était la crainte de Philippe Cléris.
Ce qui est populiste c’est le procédé opposant la Province et Paris, et c’est l’entreprise à l’œuvre dans le texte d’Onfray sur Freud, comme dans celui sur Eichmann et Kant, et j’ajouterai aujourd’hui dans celui sur Deleuze intitulé Le corps sent l’organe.
Vous semblez enfin trouver une vertu au poujadisme : celle du réalisme, « pour eux, un chat est un chat » ; mais pour eux « qui ne plaisent pas dans la dentelle des paradoxes », vous auriez pu ajouter : « la terre ne ment pas ».
Puisque vous semblez aimer les généalogies, pourquoi oubliez-vous de dire que le poujadisme est un mouvement qui s’est illustré par un antisémtisme virulent à l’égard de Pierre Mendès-France rappelant celui de Xavier Vallat à l’égard de Léon Blum, et qu’il a permis, à un jeune étudiant en droit alors inconnu, et qui se nommait Jean-Marie Le Pen, de faire ses débuts en politique.
Enfin, puisque j’enseigne moi-même la philosophie en Terminale, je puis vous dire qu’on ne fait pas croire « à l’immense majorité de nos contemporains qu’ils ont un inconscient et ils y croient sans aller chercher plus avant ». L’inconscient est en effet une notion du programme de philosophie, mais comme toute notion et selon les instructions officielles, elle doit faire l’objet d’un traîtement problématique. Autrement dit, et contrairement à ces allégations fallacieuses et qui témoignent d’un mépris sans nom de l’institution de la philosophie en France, les professeurs de philosophie ne font pas croire que l’on a un inconscient, ils interrogent de façon critique les enjeux de la notion d’inconscient qu’ils ne réduisent pas à l’inconscient freudien.

Pour le reste, et si vous lisiez plus de philosophie, vous auriez peut-être rencontré cette réflexion de Hegel selon laquelle : « la lecture du journal, c’est la prière de l’homme moderne ! »

Posté par Marcelhzn, 04 juin 2010 à 02:50

Le mot juste!

De la longue réponse précédente je retiens que nous avons la responsabilité, en effet, de trouver toujours le mot juste ne serait-ce que pour respecter les convictions que l'on à défendre: il ne faut pas confondre en effet REVISIONNISME qui est le moteur d'honnêteté intellectuelle de l'historien enquêteur qui questionne l'histoire officielle ou l'histoire sainte ou encore les mémoires à la lumière des sources disponibles et au péril parfois d'une impossible objectivité et NEGATIONNISME qui est un mensonge ou une falsification préméditée ou plus ou moins consciente de l'Histoire: le négationisme est une tentative désespérée et désespérante de sauver ce qui a été définitivement condamné par les faits historiques eux-mêmes.

Le "négationnisme" est la négation d'un événement fondamental de l'Histoire des Hommes depuis que l'on a mémoire de l'Histoire: la fondation d'une norme fixant le degré zéro moral absolu de toute action humaine par la reconnaissance des génocides nazis de la Seconde guerre mondiale en tant que "crime contre l'humanité" seul crime établi comme imprescriptible.

Il est donc nécessaire de chercher toujours le mot "juste" ce n'est pas évident lorsqu'il y a polémique: il est donc parfois juste ... de se taire!

Posté par Florestan, 04 juin 2010 à 19:02

Monsieur Chiche,
J'ai lu avec beaucoup d'intérêt votre très longue réponse. Comme je ne voudrais pas vous faire de procès d'intention, ce qui est monnaie courante dans ces sortes de discussions, j'entends vous répondre point par point.
Je n'ai jamais prétendu que VOUS parliez de Faurisson, j'ai dit que sur ce site internet, j'avais trouvé une allusion à ce triste personnage et l'exemple me paraissait tout à fait pertinent pour vous montrer que le statut universitaire ne pouvait pas être a priori une garantie de sérieux. J'évoquais ce cas particulier (je partage tout à fait l'écoeurement qu'il vous inspire et je ne vois pas la nécessité de développer) mais il y en aurait bien d'autres, particulièrement dans l'histoire de la médecine : des gens tout à fait éminents et reconnus dans leur discipline ont pu enseigner longtemps des théories parfaitement erronées, vous le savez aussi bien que moi. Songez que les contemporains de Balzac ne juraient que par la phrénologie. Les théories de Gall ou de Lavater étaient enseignées partout et se donnaient les allures d'une science des plus rigoureuses. Cessons donc de recourir au principe d'autorité et jugeons des choses par le seul exercice de la raison.
Que, par ailleurs, on assimile Robespierre à Hitler ou à Staline ou à Guervara ou à Pol Pot, ça ne me choquera jamais autant que vous : je déteste les fanatiques, les « purs », surtout lorsqu'ils veulent se mêler de faire le bien des hommes malgré eux. Mais laissons cela, qui est tout à fait hors de notre propos.
Je vous ai dit que je ne mettais « évidemment » pas Faurisson et Roudinesco dans le même sac, mais cela ne vous suffit pas et vous me refaites encore un couplet qui équivaut à une génuflexion devant l'establishment universitaire, et laisserait supposer que Madame Roudinesco ne peut absolument pas se tromper. Vous oubliez quand même un peu vite que dans le domaine de la physique, par exemple, qui ne laisse pourtant guère de place à la subjectivité, personne ne s'est gêné pour critiquer la théorie de la relativité, du moins jusqu'à ce que les premières observations astronomiques paraissent la confirmer. Permettez-moi donc de douter de la psychanalyse aussi longtemps qu'on n'en aura pas confirmé scientifiquement les prétentions. A votre avis, ce sera pour quand ? Dans un mois, dans un an ?
Je dis qu'E.Roudinesco perd les pédales parce qu'elle se comporte comme les islamistes à qui on fait voir des caricatures du prophète et non pas comme un philosophe qui examine des faits dans le cadre d'un processus critique. Dans cette perspective, elle aurait tous les droit et on la prendrait vraiment au sérieux. Mais Onfray, dit-telle en substance, écrit des énormités, tout son livre est truffé d'erreurs. Il est animé par la haine de Freud, un antisémitisme qui doit être, comme celui de Bénesteau, nécessairement « masqué » -et pourquoi pas inconscient !- puisque tout à fait indiscernable. Elle va même jusqu'à esquisser, comme tous les gens de sa chapelle (ce doit être une sorte de déformation professionnelle) une psychanalyse sauvage d'Onfray, lequel voudrait tuer le père, etc.
Je n'appelle pas cela raisonner. Ces attaques ad hominem sont ridicules. J'avais d'abord écrit qu'elles étaient « indignes », mais je ne veux pas suivre votre exemple et devenir moralisateur !
Où sont les énormités et les erreurs d'Onfray ? Il n'écrit presque rien qu'on ne trouve déjà dans des ouvrages antérieurs d'autres auteurs. Il n'est pas le premier à dire que les quatre cas traités par Freud dans les « Cinq psychanalyses » ont été des échecs thérapeutiques. Il n'est pas le premier à analyser la correspondance avec Fliess - qui n'est guère édifiante, c'est le moins qu'on puisse dire. Tout ce qu'il écrit à propos de la cocaïne, on le savait déjà. Et la construction de l'institution psychanalytique sur le modèle d'une sorte de société secrète a déjà été elle aussi maintes fois décrite. Les seul apports nouveaux concernent la relation de Freud à la politique : l'absence de critique des fascismes, l'espèce de fascination ambiguë éprouvée par rapport à Staline, la dédicace au Duce, « héros de la culture ». Vous me dites que vous n'avez rien lu concernant un Freud qui serait, pour parler comme Zeev Sternhell, un anti-lumière. C'est la cinquième thèse, cela commence à la page 519.
Ce qui me paraît le plus original et que j'apprécie pourtant le moins dans le livre d'Onfray, c'est qu'il retourne contre Freud la méthode psychanalytique. Il se livre à une véritable psychanalyse sauvage du bonhomme et là, il y a une dimension conjecturelle qui peut évidemment susciter des critiques puisque c'est la démarche psychanalytique elle-même et qu'elle est toujours critiquable, d'où qu'elle vienne. Mais ici, ce retournement ironique est quand même de bonne guerre, avouez-le ! Après tout, lorsque Freud se lance dans une psychanalyse de Léonard de Vinci et développe un énorme contresens à partir de la mauvaise traduction d'un mot italien, personne avant l'excellente étude de Meyer Shapiro, laquelle ruine tout l'échafaudage interprétatif, n'aurait songé à lui reprocher son ambition interprétative.
Voyez-vous, je trouve assez consternant qu'il faille, pour en finir avec la psychanalyse, en venir à démolir le bonhomme qui l'a inventée. Freud aurait très bien pu être une sorte de truand et construire pourtant une théorie scientifique acceptable. Werner von Braun avait été un parfait nazi et un abominable homme, mais les fusées qu'il construisait fonctionnaient très bien. Certains -je ne suis pas de ceux-là – considèrent que le bon Docteur Destouches, qui fut un parfait salaud, serait un écrivain génial. De cet auteur, comme Monsieur Homais, ils « détestent les idées mais admirent le style ». En réalité, le seul examen critique de la théorie freudienne permet de la réduire à ce qu'elle est, c'est-à-dire un tissu de stupidités. Vous évoquiez à juste titre Popper. Vous auriez pu citer Alain, Wittgenstein, le Sartre de « l'Etre et le néant », le Ricoeur de « Philosophie de la volonté » (qui n'était pas encore tombé dans sa mélasse herméneutique) et plus récemment Bouveresse.
Il y a des points qu'il faudrait discuter si un véritable débat pouvait avoir lieu, mais je ne les vois pas même abordés dans le bouquin d'Onfray. La question, d'abord, d'un déterminisme psychologique auquel Freud croyait « dur comme fer » (c'est ainsi qu'on traduit), lequel s'accorde très bien avec les conceptions d'un Laplace, mais fort peu avec l'approche contemporaine des systèmes complexes et la physique du chaos. Le cerveau est sans doute une machine, mais pas très simple, beaucoup moins simple en tout cas que nos ordinateurs actuels et a fortiori que les engrenages des machines-outils programmables à l'époque de Freud !Or, la théorie du refoulement est d'un mécanicisme assez rudimentaire, vous en conviendrez.
Tous les discours que j'ai pu lire à propos de la Traumdeutung sont d'un simplisme qui fait frémir. Personne – mais je ne prétends pas avoir tout lu – n'esquisse, ce qui serait pourtant tout à fait indispensable : une ontologie du rêve. Or, la notion freudienne d'élaboration secondaire tend à faire croire qu'il existerait une sorte d'en-soi connaissable du rêve, ce qui, du point de vue d'une rigoureuse phénoménologie, est parfaitement dépourvu de sens. Au reste, je ne m'étonne guère de n'avoir jamais rencontré dans un ouvrage de Husserl, par exemple, la moindre allusion à la théorie psychanalytique : un penseur de cette envergure n'a jamais connu les faiblesses de ses pâles épigones
Vous me dites plus bas qu'Elisabeth Roudinesco s'est insurgée qu'on puisse réduire la psychanalyse à son fondateur. Comment voulez-vous que je puisse prendre cela au sérieux ? J'ai lu quand même, pour me faire rire dans les moments de tristesse, suffisamment de psychanalystes pour me rendre compte qu'il est impossible de trouver un bouquin de cette crèmerie qui ne cite jamais Freud. Il est même quelquefois difficile de trouver une page qui ne soit pas illustrée par une citation du Père. On a parlé, avec Lacan, de « retour à Freud ». Imaginez un physicien qui parlerait d'un « retour à Newton » ou, mieux encore, d'un « retour à Galilée » ! Si vous écoutez quelquefois « Les nouveaux chemins de la connaissance », vous aurez pu réentendre, récemment, la rediffusion – et là, c'était une véritable provocation – de toute une semaine consacrée à Freud. Et c'était Madame Roudinesco qui ouvrait la série. De qui parlait-elle ? De Freud, et quelque peu de Lacan. En tout cas, son discours n'était pas qu'il fallait que cent écoles fleurissent. L'impression que le profane pouvait avoir, c'est que la psychanalyse était aussi une et indivisible que la république.
Cela dit, je ne défendrai pas non plus le principe de la généalogie, non pas tant parce qu'il serait réducteur mais plutôt parce qu'il est nietzschéen. Nietzsche n'est plus du tout, et depuis fort longtemps, ma tasse de thé. J'espère qu'Onfray démolira aussi un de ces jours son idole actuelle.
Je ne tire aucune « jouissance » de ces sortes de débat. Je préfèrerais qu'ils n'aient pas lieu puisque ce sont de faux débats. L'homme Freud ne m'intéresse pas. Les freudiens non plus. Plutôt qu'une jouissance, c'est une souffrance qui me faisait parler : quand je me suis couché sur le divan, c'était certes toujours dans une perspective plus crébillonnesque que freudienne, mais j'ai connu beaucoup de gens que la psychanalyse a démolis ; certains ne s'en remettent que difficilement ; d'autres me font penser à ces têtes réduites des Indiens Jivaros : ce qu'il pensent, ce qu'ils vivent, ils ne pourraient pas l'appréhender en dehors de la théologie freudienne, laquelle a ce pouvoir miraculeux de tout expliquer, et avec un minimum de concepts. Une psychanalyse « réussie », c'est comme une initiation, une illumination : on est monté tellement haut qu'on ne pourra plus jamais redescendre et la seule chose qu'on puisse faire après cela, comme Sainte-Thérèse après l'extase, c'est propager la foi. La psychanalyse ne peut pas se comprendre de l'extérieur, n'est-ce pas : c'est un chemin de croix mais en même temps une expérience ineffable. La seule voie possible pour le sceptique ressemble à celle que Pascal prescrivait au libertin : allongez-vous donc sur le Saint-Meuble, parlez, dites tout ce qui vous passe par la tête, A la fin vous croirez. Vers le milieu des années 70, un collègue communiste s'indignait de me voir critiquer la théorie marxiste. Je n'avais pas lu Marx, disait-t-il. Et il ajoutait sans même éprouver le besoin d'en rire : je ne t'interdis évidemment pas de le critiquer, mais si tu l'avais vraiment lu et compris, tu n'aurais plus du tout envie de le critiquer. Pareillement, dans les prisons de Mao, on n'interdisait pas à ceux qu'on voulait rééduquer de quitter le camp de travail, mais s'ils exprimaient le désir d'aller voir ailleurs, c'était la preuve même qu'ils n'avaient pas encore compris leur « leçon » et on leur demandait ipso facto d'allonger encore un peu la sauce de leur auto-critique. C'était quand ils ne parleraient plus du tout de partir qu'ils pourraient enfin partir. Cette logique perverse, c'est celle de tous les totalitarismes et il est quand même un peu effrayant de voir que cela perdure, comme si de l'histoire on ne pouvait jamais tirer les leçons qui s'imposent.
Vous feriez mieux, me semble-t-il, de ne pas parler des archives freudiennes : certains documents conservés à la Bibliothèque du Congrès ne seront pas accessibles avant le siècle prochain. C'est-à-dire que la durée de l'interdit excède de beaucoup celle qui, partout couvre les dossiers relatifs à la sûreté de l'état. Pourquoi cette censure ? Pourquoi les correspondances déjà publiées ont-elles été caviardées ? Elisabeth Roudinesco peut bien raconter ce qui l'amuse, personne ne lui dénie ce droit, mais elle ne peut pas prétendre à une sorte d'ex-territorialité touchant à tout ce qui procède de la raison commune et du droit imprescriptible de critiquer. Certes, les chrétiens râlent s'ils voient qu'on touche à leur petit Jésus, mais je ne sache pas qu'un philosophe digne de ce nom, fût-il cartésien ou spinoziste ait jamais interdit qu'on démolît Spinoza ou Descartes !
Tous ces pseudo-débats ne sont en rien révélateurs d'une « vitalité » de la psychanalyse, mais bien plutôt de sa mort, vous m'obligez à le redire. Ce qu'on observe actuellement, c'est une sorte de folie obsidionale, mais quand il n'y a plus rien à boire ni à manger, la fin n'est pas loin.
Enfin, ce que vous écrivez à propos des TCC, excusez-moi de vous le dire, mais je peux pas faire autrement, est de l'ordre de la rumeur. Et d'une rumeur entretenue par qui, selon vous ? La psychanalyse, dites-vous, est une thérapie. Non. Elle réalise justement ce que vous croyez voir dans les TCC : une normalisation des individus sommés de confesser la théorie éternelle. Il faudra parler de l'Oedipe, du phallus et de la castration, etc. Loin de ces breloques sacrées, point de salut. Sur cette question précise du conditionnement de l'individu, je ne peux que vous renvoyer à cet excellent article :
http://pseudo-sciences.org/spip.php?article373
Je vois que j'ai été un peu long et vous me pardonnerez de passer rapidement sur vos derniers paragraphes. J'observe quand même que, lorsque vous prétendez qu'il y a « des » psychanalyses, la seule qui hurle actuellement dans les media, c'est la freudienne et celle-ci aurait mauvaise grâce à feindre de s'autoriser d'une multiplicité d'approches qu'elle s'est toujours efforcée de réduire.
Vous écrivez pour finir que je concèderais une certaine positivité à un poujadisme qui considère « qu'un chat est un chat », mais je venais d'écrire que ces gens-là n'aimaient pas se rouler dans la dentelle des paradoxes. C'est bien la première fois que je lis sous la plume de quelqu'un qui se réclame de la philosophie, une défense implicite du truisme et du bon sens le plus éculé ! Seriez-vous donc prêt à tous les sophismes ?
Permettez-moi, pour finir, de vous demander si vous avez lu le bouquin de Van Rillaer, paru au début des années 80 : « Les illusions de la psychanalyse » et celui de Bénesteau, paru il y a quatre ou cinq ans : « Mensonges freudiens. Histoire d'une désinformation séculaire ». C'est encore plus dangereux pour la foi freudienne que le bouquin d'Onfray. Je ne vous interdis pas de les lire mais pour la tranquillité de votre âme, je ne saurais trop vous déconseiller de les ouvrir jamais.
Jacques Nelson

Posté par Jacques Nelson, 06 juin 2010 à 02:05

Un repentir

Je vois que je vous ai répondu trop rapidement, aussi rapidement que vous m'avez lu. J'écrivais au fil de la plume – si on peut dire -, n'ayant jamais eu sous les yeux et sur l'écran, à un moment donné, qu'un tout petit fragment de votre texte. De là un certain décousu et aussi plusieurs maladresses, une ponctuation quelquefois assez fantaisiste qu'on voudra bien me pardonner, du moins, je l'espère.
Ce que je trouve fâcheux dans votre réponse, mais également bien excusable dans ces sortes de discussions électroniques, c'est que vous noyez le poisson. Votre développement sur Faurisson n'avait pas lieu d'être. J'entendais simplement illustrer par cet exemple le fait qu'un universitaire s'exprimant ex cathedra ne saurait prétendre, à l'imitation de l'évêque de Rome, à une quelconque infaillibilité. Mon rapprochement purement « rhétorique » -vous en convenez- entre Faurisson et Roudinesco, je ne regrette pas du tout ce qu'il peut comporter d'énormément injuste : quand on accuse systématiquement d'antisémitisme ceux qui osent critiquer l'homme au cigare pour susciter dans un public faiblement informé une réaction pavlovienne de rejet, c'est vraiment qu'on est à bout d'arguments. Que l'arroseur soit quelquefois bien arrosé, ce n'est que justice.
Je digère très mal également le procédé que vous utilisez touchant à la question du poujadisme. Ce que j'en avais écrit était on ne peut plus clair et il faudrait vraiment être le parangon de la mauvaise foi pour prétendre y discerner, comme vous le faites après une lecture probablement hâtive, quelque chose qui puisse ressembler à de la complaisance pour une pareille idéologie. Puisqu'il faut décidément mettre les points sur les i, allons-y : je n'aurais peut-être jamais pensé spontanément à faire un lien entre populisme et psychanalyse, mais lorsque la psychanalyse reproche à ceux qui la critiquent d'être « populistes », elle attire précisément l'attention, et avec une acuité tout à fait extraordinaire, sur ce qu'elle est réellement aujourd'hui : un groupe social d'inspiration poujadiste, menacé dans sa survie économique et qui se plaint d'être injustement persécuté. Ainsi donc, Popper Wittgenstein et Sartre, pour ne citer qu'eux, étaient évidemment des populistes. Le professeur de philosophie que vous êtes ne l'aura sans doute jamais ignoré !!!
Jacques Nelson

Posté par Jacques Nelson, 06 juin 2010 à 15:52

Paroles, Paroles, Paroles

Tout ce verbiage est certes fort intéressant au plan intellectuel, mais me rappelle la dissertation que nous donnait, pour nous punir, André Boizard, mon vénéré prof de latin français quand j'étais en 6ème et en 5éme au lycée de Coutances dans les années 60.

Un vrai et authentique normand qui nous parlait de Corneille, de photographie, de traditions normandes, avec son faux air de Bourvil.

Le sujet de la dissert de Dédé, comme on l'appelait familièrement mais avec beaucoup de respect :

"Trop parler nuit, trop gratter cuit".

Nelson,frdm, vous êtes vraiment chi...

Posté par Patrick ROBERT, 06 juin 2010 à 21:04

Berrichonitude

"Trop parler nuit, trop gratter cuit", écrivez vous. Ce à quoi je vous répondrai : p'tet ben qu'oui, mais p'tet ben qu'non. Les bipèdes sans plumes que nous sommes disposent encore du langage, pourquoi n'en useraient-ils pas autant qu'il leur est possible ? Et si les conséquences en sont purement laxatives, cela ne peut être qu'une bonne chose pour la santé normande.
Pour achever de me discréditer complètement à vos yeux normands, j'ajouterai que je suis Parisien. Il se trouve que j'ai bien vécu quatorze années dans la bonne ville de Dieppe, mais je sens que je ne serai jamais un « authentique Normand ». Je pourrais pourtant vous parler longuement et non sans expérience, des pommiers normands, du cidre normand, du paysage normand, du « calva » normand, du camembert et des vaches normandes, même de Pierre Corneille -chez qui l'adjectif « normand » est quand même assez rare- ou de Flaubert qui exécrait autant son berceau que je le fais de mon Berry natal.
Merci quand même de votre contribution, elle est dans le droit fil de l'universalisme des Lumières et, à Paris, nous saurons en faire nos choux gras.

Posté par Jacques Nelson, 07 juin 2010 à 11:33

Nelsonitude

Ainsi donc de grands penseurs parisiens finissent cet échange en ne parlant plus que du Berry, du parisianisme et de choux gras.

Navré Monsieur Onfray.

Mais, finalement, n'est ce pas plus mal ?

On revient sur terre et "tout s'éclaire".

Posté par Patrick ROBERT, 07 juin 2010 à 21:21

Vive la Normandie !

Cher Monsieur,
La politesse veut qu'on n'ignore jamais, dans une réponse qu'on fait, le propos de son interlocuteur, et qu'on ne se contente pas de continuer à soliloquer, bien assis sur le dada qu'on a une fois enfourché.
Nous parlions du freudisme. Vous intervenez pour me dire que vous êtes normand. Il va sans dire que je n'ai rien contre, mais je ne vois pas clairement que cela ait un rapport quelconque avec l'objet du débat. Normand, je l'ai été quelque peu et je ne le suis plus. Il se trouve, puisque vous posez la question des origines, que je suis né dans le Berry et que je vis à Paris, mais de ces circonstances parfaitement contingentes, nécessaires pourtant à votre enquête, je dois avouer que je me soucie comme d'une guigne : le racisme et le nationalisme de clocher ne sont pas vraiment ma tasse de thé.
Je n'ai jamais pensé que la race berrichonne (permettez-moi cette expression ridicule) dût prévaloir sur la normande, la parisienne ou la chinoise. Maintenant, si cela vous amuse, vous pouvez bien crier partout "Normandie über alles!" et développer, dans la perspective délibérément heideggerienne de cette "authenticité" dont vous paraissez vous réclamer, une sorte d'idéologie Blut und Boden aux dimensions de la Normandie. cela ne me paraît pas historiquement bien menaçant et votre petite déclaration de guerre me fait penser à ces jeux des enfants qui, brandissant un pistolet en bois s'écrient : "Pan, t'es mort !".
Je vous propose donc de revenir à nos moutons.
Mais je m'aperçois que le mouton est plus berrichon que normand, je n'y pensais pas en l'écrivant, ou bien c'était peut-être un effet inconscient (encore le freudisme !) ne mon atavisme berrichon. Mais enfin,ce qui est écrit est écrit, et je m'en voudrais de dissimuler mes faiblesses, il me suffit donc de vouloir vous rendre témoin de mon hésitation et de vous laisser voir que je fais quand même tout ce que je peux pour tâcher de corriger mes imperfections.
Revenons donc plutôt à nos vaches freudiennes. Ce serait "vachement" plus intéressant que le foin qu'actuellement nous brassons. C'est du moins mon point de vue.

Posté par Jacques Nelson, 08 juin 2010 à 10:58

Couloir de dissertation

Je propose que, comme dans les piscines, on leur laisse cet article comme couloir de natation. Ils sont partis pour faire de nombreuses longueurs !

Posté par JMH, 08 juin 2010 à 12:59

Adieu !

Mais non, ne partez pas, c'est moi qui vais me retirer, et sur la pointe des pieds, en vous priant de bien vouloir m'excuser d'avoir osé intervenir dans une petite querelle de Normands, moi qui ne suis de naissance (bien malgré moi) qu'un pauvre Berrichon que les hasards de l'existence feront probablement mourir parisien.
Je ne dirai plus rien.
En vous remerciant de votre hospitalité, je lègue seulement en partant quelques adresses internet à des Normands que la question de l'agonie psychanalytique pourrait encore intéresser :
http://vdrpatrice.wordpress.com/category/jacques-van-rillaer/
Un article à propos du bouquin d'Onfray :
http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/a-propos-du-crepuscule-d-une-idole-75345#forum2562012
Le site de l'association française pour l'association scientifique :
http://pseudo-sciences.org/spip.php?article823
Le site du cercle zététique de Sophia-Antipolis comporte de nombreux articles intéressants.
On le trouve en tapant « zététique » dans Google : je n'ai pas la référence exacte.
Ce sera tout pour aujourd'hui. Si je reviens, ce sera en apnée, tout au fond de la piscine ; les Normands pourront continuer de barboter en surface, sans même me voir : je suis un peu Belge, voyez-vous, et vous n'ignorez probablement pas ce qu'une méchanceté bien française (donc normande elle aussi) peut dire des Belges et de ce qui leur fait préférer de nager plutôt au fond des piscines.
Jacques Nelson

Posté par Jacques Nelson, 08 juin 2010 à 15:50

Fume, c'est du belge !

Se retirer a canossa n'est guère courageux, alors que nous revenions en plein dans le vif du sujet freudien (je me refuse à mettre une majuscule).
Vous préférez retourner dans le liquide amniotique du fond de la "piscine", c'est une régression tout à votre honneur, car vous serez ainsi protégé par le sein maternel, d'où tout part et où tout arrive.
Le sein maternel, quand on s'appelle Robert (avec une majuscule), convenez avec moi que l'on jouit d'une certaine légitimité pour en parler et qu'on est là en plein dans le référentiel et la sémantique de Sigmund (là je mets une majuscule car il n'y a aucune raison de "mettre dans le même sac-c'est à dire l'utérus-" tous ces pauvres enfants affublés par leurs parents de ce prénom ridicule)!
Or donc cette diversion normande (je n'ose jamais dire "je diverge" quand je parle de psychanalyse )vous ne l'aviez pas comprise.
Il s'agissait, tout simplement, de mettre en exergue le fait que le déterminisme freudien me semble incroyablement réducteur et que les origines géographiques, par exemple, sont aussi importantes que les pulsions sexuelles pour expliquer le comportement humain.
Oui, je vous entends déjà avec mes propos simplistes et d'une banalité effrayante : la pulsion sexuelle, c'est la volonté de puissance (et la volonté de jouissance) et on relie ici aisément Freud à Nietzsche, alors que le terroir c'est la philosophie niaiseuse d'un Rousseau.

Kant au secours !

Mais puisque vous avez préféré nous dire adieu, j'en resterai là moi aussi.

Dieu vous protège.

Posté par Patrick ROBERT, 08 juin 2010 à 20:25

Cher Monsieur,
C'est plutôt la Normandie qui serait pour moi ce que fut Canossa à l'empereur Henri IV. Il y a bien trois jours que j'ai envoyé ma dernière contribution à la discussion sur Freud, et j'attends toujours, près de la porte normande, une réponse à ma polémique. Fort heureusement, la saison des neiges est passée et si mes pieds sont aussi nus que ceux de l'empereur d'Allemagne, je ne risque guère d'en souffrir. Si je me retire, c'est sur mon Aventin bellevillois.
Vous me dites que vous ne supportez pas - si je vous ai bien compris -, un prénom que vous n'avez pas choisi et qui vous paraît « ridicule ». Mais c'est un très vieux prénom qui en vaut bien d'autres et je n'aurais jamais songé à lui appliquer un tel adjectif. Il ne faudrait quand même pas que cela vous conduise au divan !
Pour ce qui concerne le déterminisme, c'est très simple : Popper l'avait déjà très clairement expliqué : si on prétend avoir accès à une connaissance de ce qui nous détermine, on devrait être en mesure de prédire scientifiquement nos comportements. Cela signifierait qu'un psychanalyste qui vous connaîtrait et viendrait de vous lire saurait déjà si vous allez me répondre et même, le cas échéant, ce que vous allez écrire, au mot près (voyez les délires de Freud sur l'interprétation des nombres, c'est instructif), Or, tout cela est impossible. On pouvait croire encore dans les années cinquante qu'avec des ordinateurs extrêmement puissants on serait en mesure de prévoir le climat des semaines ou des mois à l'avance. On sait maintenant avec une parfaite certitude que ce sera toujours impossible parce qu'il s'agit là d'un système complexe, chaotique, sensible aux conditions initiales. Un cerveau, ce n'est pas un ensemble très compliqué mais limité d'engrenages obéissant par proximité à des règles de fonctionnement mécanique simples, c'est aussi un système complexe dont on ne peut pas appréhender l'ensemble des variables déterminantes. Vous n'ignorez pas non plus que la physique, après les quanta, est devenue probabiliste, et que les calculs tiennent toujours compte d'une fonction d'incertitude que seule une approche statistique permet d'appréhender. Que vous soyez normand et que cela vous détermine, c'est évident, mais c'est d'une manière tout à fait inconnaissable et imprévisible. De là vient que vous êtes libre et que vous pouvez légitimement prétendre échapper à ce fantasme naïf et périmé d'un déterminisme absolu auquel croient encore tous les psychanalystes. S'ils cessaient d'y croire, il n'y aurait plus du tout de psychanalyse.
Si ces questions vous intéressent, vous trouverez sur le premier site dont j'ai donné la référence dans un message précédent, des explications beaucoup moins sommaires.
« Dieu vous protège », dites-vous. Cela me rappelle opportunément qu'il faut impérativement que je vous laisse : j'ai rendez-vous dans la grotte des Buttes-Chaumont avec la Vierge Marie. Il sera bientôt dix heures, c'est l'heure de ses apparitions et comme elle a beaucoup à faire, je m'en voudrais de la faire attendre.
Jacques Nelson

Posté par Jacques Nelson, 09 juin 2010 à 09:39

André GIDE

"Laissons-les donc avoir raison, ça les consolera de n'avoir pas pu trouver autre chose!"

Posté par Florestan, 09 juin 2010 à 23:04

"C'est un peu court, jeune homme..."
Cyrano, dans la pièce de Rostand

Posté par Jacques Nelson, 10 juin 2010 à 18:02

Le cas Roudinesco

A l'attention de ceux que cela pourrait intéresser dans le cadre du débat engagé, je vous communique un lien vers un article des "Cahiers de psychologie politique" :

http://lodel.irevues.inist.fr/cahierspsychologiepolitique/index.php?id=622
Cet article n'est pas neutre. Il ne peut pas l'être puisqu'il traite d'un dysfonctionnement aberrant du système des media immédiatement repérable du fait de son caractère très pathologique.
C'est un article de style universitaire, extrêmement documenté, bourré de citations dûment référencées. Tout ce qu'il faut pour plaire à M. Chiche !

Posté par Jacques Nelson, 11 juin 2010 à 23:23

After read blog topic's related post now I feel my research is almost completed. happy to see that.Thanks to share this brilliant matter.

Posté par MBA Research, 29 septembre 2010 à 14:11

EGO

est ce que tous ces (d)ébats pseudo historico-scientifiques ne seraient pas simplement des querelles d égo surdimensionnés?

Posté par volcan, 03 décembre 2010 à 09:52

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