01 septembre 2010
Le Collectif BEN effectue sa rentrée
Intégrer l’évidence normande pour sortir de la géographie subie !
EPR, THT, SEVESO, Eoliennes, Université, TGV, autoroutes et... le festival « Normandie Impressionniste »
Le festival « Normandie Impressionniste » qui se déploie telle une onde esthétique parcourant les musées des grandes villes de notre région depuis l’épicentre rouennais, attire les foules : les touristes étrangers, les habitants de la région ou les Français venus de la région parisienne ou du sud à la recherche d’un peu de douceur sinon de fraîcheur découvrent admiratifs la splendide évidence normande... Pour les milliers de visiteurs qui se pressent à Rouen et ailleurs, la Normandie n’est ni « Haute », ni « Basse » et n’est « grande » que par l’ampleur impressionnante de son patrimoine culturel, naturel et historique : l’an prochain, de Tokyo à Washington, de Londres ou Montréal à Sydney, en passant par les nombreux pays européens où les Normands laissèrent leur empreinte, il serait possible de fêter les 1100 ans de cette évidence normande...
Mais hélas, il faut prudemment préférer le conditionnel au mode indicatif faute d’avoir encore en Normandie une classe politique pleinement persuadée de l’existence d’une évidence normande à défendre et à promouvoir : la société civile normande, pourtant dynamique et porteuse de nombreux projets qui pourraient permettre une reconquête de l’avenir et une sortie du pessimisme et du défaitisme actuels, peine à trouver les relais institutionnels nécessaires tant la Normandie « officielle » est en miettes. A de rares exceptions près, les institutions régionales n’intègrent pas l’évidence normande...
Deux conseils régionaux; deux académies ; deux préfectures régionales ; cinq départements ; trois grandes agglomérations ; trois universités ; deux agences régionales de la Santé ; deux zones de vacances scolaires ; une Normandie autoroutière payante et l’autre gratuite; au moins deux aéroports régionaux à prétention internationale ; un désenclavement ferroviaire et routier qui demeure inachevé ; deux chambres régionales de commerce et d’industrie; deux délégations régionales de l’INSEE ; deux conseils économique et social régionaux ; deux DRAC ; deux quotidiens « régionaux » pour deux moitiés de région qui s’ignorent ; deux représentations régionales à Bruxelles et, depuis peu, une miss « Haute » et une miss « Basse »...
Tableau hélas non exhaustif du « bocage d’une Normandie du blocage » qu’il ne faut pas confondre avec la Normandie Impressionniste connue et reconnue dans le monde entier.
« Mieux vaut un petit chez soi qu’un grand chez les autres», m’a, un jour, répondu un président de conseil général sur la belle affaire de la « réunification » de la Normandie...
Voilà ce qui tue notre région ! Ce réflexe de replis « localiste » frileux et sans imagination ou pire sans générosité pour l’avenir. Un manque d’ambition, du défaitisme et un pessimisme parfois collectivement partagé et revendiqué pour, au moins, avoir droit au bonheur de crever tranquillement chez soi sans être importuné par des « horsains » qui ne sont pas que des retraités venus de la région parisienne pour se mettre définitivement « au vert » au fond d’une Normandie rurale et urbaine qui connaît peut-être la plus profonde crise industrielle, sociale voire culturelle de son histoire.
Des « clochemerles » entre nos grandes villes qui peinent à être attractives pour une jeunesse régionale qui préfère partir ailleurs, territoires qui manquent de visibilité sur la scène nationale ou internationale faute d’avoir chez les décideurs politiques une vision globale et positive de la dimension régionale normande : il était presque amusant sinon pathétique de voir comment à Rouen certains responsables politiques pouvaient promouvoir la « capitale » ou la « métropole » rouennaise en ignorant le potentiel de la 6ème région de France comme il était consternant à Caen de promouvoir le château de Guillaume le Conquérant tout en ignorant la Normandie !
Doit on parler au passé ?
Le festival « Normandie Impressionniste » démontre au contraire que la Normandie en miettes est capable de se rassembler pour coopérer sans anicroche majeure autour d’une belle idée : la Normandie, creuset de la peinture moderne en France. Derrière la coopération institutionnelle entre régions, départements et villes, des associations ; des entreprises et de simples particuliers ont présenté des centaines de projets dans le cadre de ce festival unique en son genre...
On remerciera donc ici très chaleureusement M. Jacques Sylvain Klein, commissaire général du festival, pour sa force de conviction et son enthousiasme à défendre l’un des plus beaux aspects de cette évidence normande : En mettant en œuvre cette belle idée, il semble que M. Laurent Fabius ait saisi les enjeux qui nous importent ici... « Normandie Impressionniste » doit faire œuvre de pédagogie pour une reconquête de l’évidence normande. A moins de considérer qu’il s’agisse de faire par la culture et le patrimoine ce que la politique ne saurait pas encore faire : unifier la vision régionale et défendre avec conviction une ambition pour porter ensemble des projets communs...
Nul ne doutera que cette belle promotion de la Normandie via le regard des artistes est plus chaleureuse que certains midis vus à certaines portes et qu’elle participe, de fait, à un réveil normand déjà manifeste dans les milieux économiques, culturels ou associatifs pour lesquels il n’y a qu’une seule Normandie depuis déjà un certain temps : des professionnels du tourisme à l’église catholique en passant par l’agriculture, la banque, certaines grandes entreprises ou administrations, la recherche scientifique, le théâtre et le spectacle vivant, la plupart des associations culturelles régionales, le sport, l’édition, les professionnels du cheval, dans les jardins, les ostréiculteurs et les pêcheurs à la coquille Saint Jacques, la sécurité sociale, les syndicats, l’aviation civile, la protection du littoral, la surveillance de la qualité de l’air, les chambres de commerce de l’estuaire de la Seine, les architectes, les entreprises du secteur logistique, etc. l’évidence normande est bien présente et nombre d’acteurs et de décideurs de cette société civile normande s’inquiètent de l’inertie politique d’une Normandie en miettes qui subit sa géographie au moment où l’on parle d’un « Grand Paris » tourné vers la mer.
Si la beauté impressionnante des peintures impressionnistes échoue à faire progresser davantage cette prise de conscience normande alors restera la peur de ne plus pouvoir maîtriser son avenir et un destin décidé ailleurs et par d’autres... La peur, c'est-à-dire la lucidité pour les imbéciles !
Agir pour ne pas subir, voilà le défi du « Grand Paris » pour les acteurs et décideurs normands les plus lucides : agir pour que le « Grand Paris » soit tourné vers la Mer afin qu’en France on sache enfin que nous avons un pays avec une économie maritime et que la Normandie, toute activité confondue sur le littoral et avec les ports de la baie et estuaire de Seine, est de loin, la première région maritime de France, la porte océane de Paris et l’avant port européen... Voilà pour l’ambition qu’il faudrait afficher afin d’obtenir les financements avant 2020 sinon 2017 pour un vrai plan ferroviaire normand qui aille au-delà de la nécessité d’un TGV qu’il serait d’ailleurs judicieux de ne pas confondre avec un RER amélioré... Il serait plus qu’irresponsable de faire dépendre de considérations politiciennes l’urgence de conserver au Havre le premier port français par le désenclavement ferroviaire de la Normandie: s’il est urgent de ne pas attendre 2020 ou 2017 pour ce désenclavement ferroviaire, comme vient de l’annoncer le ministre des transports Dominique Bussereau le 27 août dernier à l’occasion de l’inauguration de l’autoroute payante Caen- Alençon achevée après... 20 années de travaux, il est encore plus urgent de ne pas attendre... 2012 pour agir !
Agir aussi pour garder dans nos trois grandes agglomérations normandes les universités, les centres de recherche et les laboratoires qui s’y trouvent sous peine, faute d’une coopération et d’une mutualisation responsable et efficace, de voir définitivement scellé le pacte quasi colonial qui lie la Normandie à la région parisienne : la matière grise pour la seconde et les autres matières, polluantes parfois, pour la première !
L’enjeu de constituer avant la fin de l’année 2010 un « pôle de recherche d’enseignement supérieur » normand en fédérant les universités de Caen, Rouen et Le Havre est majeur : la bataille suicidaire pour le siège du futur « pôle de recherche et d’enseignement supérieur » normand doit cesser et les éléments du pôle de recherche doivent être distribués en fonction du profil scientifique et universitaire de chaque ville ainsi mise en réseau. Certes, la ville de Caen du fait de son passé universitaire et de l’importance internationale de son plateau de recherche fondamentale sur le nucléaire aurait pu prétendre à être la « technopole du Grand Ouest » mais c’était dans les années 1970 et dans une demi-région manquant d’ambition : le temps où Caen aurait pu jouer sa propre partition est passé et nos trois grandes villes normandes, affaiblies par des compétitions stériles et faute d’avoir suffisamment intégré la dimension régionale normande, sont maintenant condamnées à jouer « en concert » pour stopper l’hémorragie de ces fameux « emplois métropolitains supérieurs » qui font désormais l’attractivité de Lille, Nantes ou Rennes.
Faute d’un « PRES » mis en place rapidement à Caen, Rouen et Le Havre, la jeunesse normande la plus ambitieuse et la plus douée ira plus encore trouver son avenir en région parisienne ou dans le « grand ouest » rennais ou nantais : le rôle le plus important d’une métropole régionale voire d’une capitale c’est précisément de construire l’avenir de toute une région en y fixant sa jeunesse. Or, la chance normande c’est que nous avons trois villes qui pourraient développer un potentiel formidable sur la base d’une mise en réseau... Sauf que pour faire un réseau, il faut, là encore, un projet régional commun et des trains rapides et confortables pour transporter étudiants, salariés et visiteurs entre les trois grandes villes normandes... De toute façon, la contrainte, là encore, devrait faire taire certains ânes bâtés de l’université normande : pas de PRES donc pas d’argent !
Agir pour ne pas subir : faute d’une ambition régionale normande suffisamment portée par la classe politique, la Normandie « basse mais pas si haute que cela » se spécialise dans la fourniture énergétique d’un grand bassin parisien sans véritables contreparties financières ou sans un véritable projet régional pour valoriser ce qui peut l’être. La Normandie énergétique manque d’énergie et se condamne à produire l’énergie pour tous les autres en recevant chez elle les pollutions concrètes et symboliques que les autres territoires ont la force de refuser : électronucléaire, déchets radioactifs, pétrole, gaz, charbon, éolien, la Normandie balafrée de lignes THT, hérissée de mâts d’éoliennes géantes, son val de Seine encombré de cheminées de raffineries, ses côtes défigurées par le béton nucléaire accepte tout pour quelques centaines d’emplois supplémentaires et quelques millions d’euros de retombées pour fleurir les rond- points et éclairer des salles polyvalentes...
Quelques chiffres : un EPR à Flamanville pour 5 milliards d’euros déjà... Entre Dieppe et Le Tréport, sur une bande littorale de 30km de long et de 10 de large, ce sont ... 6 milliards d’euros d’investissement pour un second EPR à Penly et pour la construction du parc éolien « off shore » des « Deux Côtes » piloté par la « Compagnie du vent »... Ces milliards tombent du ciel sur la plantureuse Normandie après des mascarades de « débats publics » où s’expriment les opposants alors que les décisions sont d’ores et déjà prises. Pour une modernisation complète de la Normandie ferroviaire... 9 milliards d’euros seraient nécessaires. Contre les lignes à haute tension dans le Cotentin et prochainement dans le Pays de Caux, le tritium dans les eaux de la Hague, le charbon anglais au fond de la rade de Cherbourg et les nitrates russes dans le port de Dieppe, les cuves de gaz sous les falaises d’Antifer, la pollution classée SEVESO du val de Seine, les populations « impactées » et certains élus locaux se mobilisent courageusement pour contester jusque devant le Conseil d’Etat la décision d’utilité publique d’un préfet qui se comporte en véritable procurateur de province romaine alors que la question des effets négatifs sur la santé humaine et animale des lignes à haute tension est clairement posée...
Du côté des grandes collectivités normandes, face à ce schéma colonial qui se déploie sur la Normandie depuis les plus hautes instances de l’Etat, on a fait le non choix de la pusillanimité : puisque les décisions sont prises par d’autres et qu’on ne peut pas faire autrement, autant essayer d’en profiter le mieux possible. Impuissance déguisée en roublardise : Guy de Maupassant a écrit plus d’un conte cruel sur ce vaste sujet pour amuser ses lecteurs... On saluera, malgré tout, la volonté du conseil régional de Basse-Normandie de faire financer sur ses deniers propres une étude scientifique indépendante sur les effets nocifs des lignes à haute tension...
Faute de savoir ou de vouloir défendre un intérêt général au niveau régional, la classe politique normande subit plus que jamais un aménagement du territoire régional qui lui échappe notamment sur la question sensible de l’industrie énergétique...
Faute d’avoir clairement posé les règles du jeu tant pour les grands opérateurs privés que pour l’Etat, faute d’avoir à promouvoir un projet cohérent pour une filière énergétique régionale et d’en obtenir les financements nécessaires, et surtout faute d’avoir fermement lié la soi disante utilité publique de deux EPR en Normandie au financement de la nécessaire modernisation ferroviaire de la région, la Normandie devient le champ de manœuvre privilégié de l’industrie énergétique au nom du développement durable !
La mise en place d’une vraie politique régionale des énergies au niveau normand est une urgence que cela soit pour valoriser la filière nucléaire qui ne doit pas se résumer à la seule production électrique, ou pour concevoir en Normandie, le moteur d’une automobile « propre », ou pour le développement d’un schéma territorial régional de l’éolien afin de stopper l’actuel massacre des paysages, ou encore, pour développer les économies d’énergie dans le bâtiment. L’acceptation des EPR n’aurait pas dû se faire sans de solides contreparties : au moins l’enfouissement des THT ou le financement d’un projet régional normand des énergies.
Revenons, pour terminer, aux peintres impressionnistes, fascinés par le nouveau pittoresque des paysages normands mêlant ville, campagne, ports et cheminées d’usine... Les lumières des raffineries de Port Jérôme ou de Notre Dame de Gravenchon fascinent aujourd’hui les photographes et les cinéastes. Mais franchement qui voudrait habiter là ? Veut-on une baie du Mont Saint Michel à l’horizon entièrement piquée d’éoliennes ? Veut-on de ces grands moulins à vent au large de l’aiguille d’Etretat ? Et des filets à plus de 400 000 volts pour retenir les nuages au dessus des grands hêtres des clos-masures du Pays de Caux ou du bocage du Cotentin ? La beauté des paysages normands tient à peu de chose : à un équilibre fragile entre les paysages urbains et industriels et les paysages naturels ou ruraux...
La première leçon politique à tirer du succès populaire et international de l’opération « Normandie Impressionniste » serait de se mobiliser pour une « sanctuarisation visuelle » de la Baie du Mont St Michel ou de l’horizon marin au large d’Etretat : ce qui a été intelligemment négocié avec la « Compagnie du Vent » dans le cadre du projet éolien « off shore » des « Des deux côtes », notamment avec les usagers du littoral, les pêcheurs et les entreprises de la région pourrait servir d’exemple à l’échelle de la Normandie toute entière.
Collectif Bienvenue en Normandie
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Commentaires
Nous avons choisi.
Nos Coordinations Basse et Haute normandes ont choisies.
Nous nous batterons pour une et unique Normandie.
Nous voulons une Normadie Forte et non Dépendant de Paris.
Nous voulons une région qui fasse Parti, du fait de son ambition et de son atractivité économique retrouvée, de la france.
Que le peuple Normand soit une partie intégrante du peuple Français.
Voila notre choix et nous en discutons.
U.P.F :
Un discours revendicatif et volontaire qui fait plaisir.
Le cabinet des Douze... de l'Hercule Fabius?
A lire sur le site du Point.fr, cet entretien avec Laurent FABIUS qui vient de commettre un beau livre: "le cabinet des Douze, les tableaux qui ont fait la France"... (Gallimard)
L'homme politique analyse dans un livre passionnant* les tableaux qui, selon lui, ont "fait la France".
La France compte un historien de l'art de plus ! En ciselant ce Cabinet des douze (Gallimard), l'ancien Premier ministre Laurent Fabius a voulu démontrer qu'il n'était pas seulement une voix, mais aussi un oeil. Démonstration réussie : son livre se lit comme une variation aboutie sur la peinture française, que ce fils et petit-fils d'antiquaires connaît bien. N'a-t-il pas grandi à l'ombre d'une des plus belles toiles de Georges de La Tour ? Du XVIIe à nos jours, en bref, des frères Le Nain à Soulages, en passant par Hergé, l'ouvrage fouille avec soin ce vieux grenier qu'est la peinture française.
Des thèmes sont habilement soulignés, comme les loisirs, le travail, le portrait des puissants, voire les affiches électorales ; pointe aussi une certaine nostalgie à l'endroit du XVIIIe, le "siècle de l'esprit", et une vraie admiration pour Georges Clemenceau, plutôt appréhendé comme le grand ami de Monet et des impressionnistes que comme l'un des auteurs du traité de Versailles. Quoi qu'en dise l'auteur, l'ouvrage est, en définitive, bien plus politique qu'il n'y paraît au premier regard.
Le Point : Presque tous les artistes qui constituent le "cabinet des douze" sont français ?
Laurent Fabius : Pas tous. Hergé est belge. Picasso, franco-espagnol. Et je fais de nombreuses références à des artistes étrangers. D'un côté, je souligne l'absence de frontières dans l'art, dont c'est une des bénédictions. De l'autre, il existe tout de même certains tropismes français à travers les siècles. Par exemple, l'impressionnisme est français, comme l'est une certaine peinture du sourire et de l'insouciance. Ma thèse est que notre pays, avec ses valeurs et sa mémoire, est autant représenté par ses peintres et par ses musées que par ses chefs d'Etat, ses paysages, ses auteurs ou ses industries.
Pourquoi, chez vous, une telle proximité avec le XVIIIe siècle ?
Parce que c'est le siècle de l'esprit. Quelle liberté ! Dans le chapitre que je consacre à Voltaire et au pastel qu'en compose Quentin de La Tour, j'établis un parallèle entre les deux personnalités. Le choix par Voltaire d'un portraitiste alors inconnu est étonnant. A partir de ce beau portrait, Voltaire organise tout un plan média. Et les deux personnalités finissent par se rapprocher : leurs échanges sont représentatifs d'une liberté d'esprit, d'une impertinence qui ont fait le tour du monde à une époque où la France était la puissance dominante.
Vous accordez une grande part à l'émotion ?
Oui, à l'émotion et à la sensation. Quand je pénètre dans une salle de musée ou une galerie, c'est l'émotion qui me guide vers tel tableau ou telle sculpture. Ensuite vient la réflexion. Et quand l'oeuvre est de grande qualité, une troisième dimension s'ajoute, celle de la recherche plus érudite. Une oeuvre me plaît profondément lorsqu'elle est capable de passer ces trois phases : l'émotion, la réflexion, le regard initié. Leur addition exclut toute lassitude.
La peinture française aurait évité les représentations du peuple ?
En tout cas, les couches les plus modestes de la population ont longtemps été absentes des images. A l'exception notable des frères Le Nain. Et notre peinture, à la différence des Allemands, est peu représentative de notre histoire industrielle, pourtant riche. Sans doute parce que ces oeuvres ont été conçues pour une certaine clientèle qui n'était pas spécialement intéressée par les scènes populaires. Ensuite, les impressionnistes ont associé leur art à la représentation de moments heureux de l'existence ou de la société. Avec des variantes : Pissarro, de conviction anarchiste, privilégie à Rouen la rive gauche de la Seine, ses toiles laissent découvrir des cheminées d'usine, alors que Monet ou Gauguin, dans le même cadre et à la même époque, ne voient pas et ne peignent pas la même chose... La Seine-loisir côtoie la Seine-travail. Mais le peuple reste peu présent, y compris dans les toiles représentant des usines. La France n'a donc pas eu son Menzel, ce peintre allemand qui a su magnifiquement illustrer la révolution industrielle wilhelmienne. Daumier, lui, a préféré se concentrer sur les petits métiers de Paris. Le créateur qui s'est penché en France sur la condition ouvrière, c'est plutôt un écrivain, Zola.
Le face-à-face de Monet avec la cathédrale de Rouen vous en impose ?
Les 28 "Cathédrale" de Monet font partie de la mémoire picturale française la plus établie. Mais il faut mesurer ce qu'en 1892-1894 leur peinture comportait d'audace. Rien n'est plus difficile à faire entrer dans un format moyen que cette façade gothique et verticale. Surtout, il y a l'audace intellectuelle de Monet, le renversement d'approche qu'il opère. Ce n'est plus l'objet qui importe, mais la lumière, la couleur, le regard du sujet. La série qu'il peint est nacrée le matin, orangée à midi, bleuâtre le soir, avec plus de 70 000 touches dans un seul tableau. Ce culot et cette maîtrise me fascinent, comme ils ont fasciné son grand ami Clemenceau. On connaît le mot célèbre du Tigre face aux peintures de Monet : "C'est la révolution sans fusil." Quand on commence à connaître une époque, à sentir ses artistes, à communier avec leurs toiles - et c'est ce que j'aime aussi dans la peinture - se crée une sorte d'intimité avec les personnalités et les décors. J'imagine Monet face à la cathédrale, cloîtré dans son atelier de planches, souffrant, pestant, s'acharnant : "Je dois finir mon grand oeuvre !" Il faut lire la correspondance facétieuse et fraternelle entre ces deux géants octogénaires, Clemenceau et Monet. "Nous sommes fous tous les deux, écrit Clemenceau, mais pas de la même folie ; et c'est pourquoi nous nous aimerons jusqu'au bout."
Pourquoi Caillebotte plutôt que Manet ?
J'admire l'un et l'autre, mais j'ai réservé Manet pour un futur travail plus spécifique et choisi d'analyser la France des villes en partant de Caillebotte. Celui-ci avait tout contre lui. Pensez donc : bourgeois, mécène envers ses amis impressionnistes, sportif, rendant service à chacun. Et, en plus, un talent extraordinaire ! Comment voulez-vous plaire dans ces conditions ? Ce n'est pas un hasard si l'institut d'Art de Chicago a fait de " Rue de Paris, temps de pluie " son symbole. Le musée de Giverny a récemment exposé deux splendides Caillebotte, dont un rameur avec haut-de-forme, véritable scène de cinéma, avec des effets de contre-plongée. Les rames se reflètent subtilement dans l'eau : la qualité vaut " Impression, soleil levant ". L'oeuvre de Caillebotte que j'ai choisie pour mon " cabinet des douze ", " Le pont de l'Europe ", est une des premières toiles dans lesquelles la ville devient pleinement sujet du tableau. La gare Saint-Lazare, les poutrelles de fonte en gros plan, les fumées vaporeuses, des personnages de dos qui symbolisent l'anonymat urbain : plusieurs décennies à l'avance, il y a un côté Magritte.
Vous goûtez Renoir et son image du bonheur ?
Oui, je ne partage pas la réserve pincée que certains manifestent envers lui. Certes, je n'éprouve pas une passion pour le Renoir de la fin, mais je me délecte par exemple de " La danse à la ville " et de " La danse à la campagne ". J'aime cette époque. Et puis " Le déjeuner des canotiers ", porte-drapeau de l'idéal français du bonheur et de l'insouciance, est une toile magnifique. La terrasse où se côtoient ses amis célèbre le brassage social et forme une sorte de nacelle flottante. On y ressent physiquement le bonheur. L'Américain Duncan Phillips ne s'est pas trompé : ce tableau qu'il achète pour sa collection a pulvérisé à l'époque tous les records.
Surprise : vous identifiez Picasso à la guerre plutôt qu'aux femmes ?
On connaît surtout les oeuvres de Picasso consacrées à ses compagnes et à ses proches. On connaît aussi " Guernica ". Mais là, j'ai choisi pour réfléchir au traitement de la guerre un autre aspect, une toile conservée au MoMa de New York, " Femme se coiffant ". La scène traditionnellement la plus intimiste, la plus douce, nimbée d'une dimension érotique, Picasso la transforme en un symbole implacable de la violence et de la lutte contre le nazisme. J'essaie de montrer comment ce tableau, par ses formes torturées, constitue un acte de résistance. J'analyse aussi comment, dans l'histoire de notre peinture, ce thème de la guerre a successivement été traité. Longtemps, à travers des scènes de batailles, nos peintres ont glorifié la geste des combats, l'héroïsme, les charges de cavalerie : c'est l'époque de Van der Meulen ou de Jean-Antoine Gros. Gustave Doré aborde le thème d'une façon originale, Fernand Léger aussi. Les choses changent radicalement avec le second conflit mondial. Quand les horreurs atteignent leur comble, le moment vient où on ne peut plus peindre la guerre et où on se demande même s'il est possible de continuer à peindre. L'une des raisons du succès de l'abstraction tient probablement au fait que la guerre a rendu la figuration impossible. Dans ce parcours changeant, la toile de Picasso constitue un temps fort, par le contraste entre l'intimité de la scène et la violence du traitement, évocateur de tous les tourments d'un conflit bientôt mondialisé. La sculpture a, elle aussi, cherché à rendre compte de la guerre, notamment Giacometti : sous la peau de beaucoup de ses figures, je sens affleurer le squelette.
Vous écrivez à propos de l'art contemporain : " La plupart des oeuvres - en majorité anglo-saxonnes - qui désormais triomphent internationalement sont des machines à fabriquer des excréments, des animaux en morceaux rangés dans des caissons de formol ou des fleurs en plastique géantes "...
Oui, j'appelle cela par dérision l' "ESS" : l'école snobo-spéculative. Il me semble que cette école ne manque pas de disciples parmi certaines oeuvres récentes. Cela n'empêche pas, heureusement, que beaucoup d'artistes français contemporains possèdent et montrent un très grand talent.
Vous appréciez le travail de Soulages ?
Je l'apprécie et je l'admire. Nous n'habitons pas loin l'un de l'autre et je suis de près son travail. Il s'exprime admirablement sur son art tout en étant économe de ses mots. Surtout, son traitement pictural de la lumière est révolutionnaire. Il rompt avec une tradition de plus de cinq cents ans dans laquelle la lumière vient de l'intérieur du tableau plutôt que de l'extérieur. Soulages, lui, appelle la lumière au lieu de nous en protéger. Il veut qu'elle révèle le tableau, le peintre et le spectateur à eux-mêmes. L'aime-t-on parce qu'il est révolutionnaire ou parce qu'il est classique ? En tout cas, son oeuvre, particulièrement celle des quinze dernières années, nous force à réfléchir sur l'art et sur nous. Si j'avais un pronostic à formuler sur les grands artistes qui marqueront notre temps, je citerais Soulages et Zao Wou-Ki. Tous deux ont à la fois assimilé l'héritage pictural de plusieurs siècles et expriment la rupture qui marque les vrais créateurs. Matisse avait parfaitement résumé cela : "Un grand peintre est celui qui trouve des signes personnels et durables pour exprimer plastiquement l'objet de sa vision."
* " Le cabinet des douze, regards sur des tableaux qui font la France ", de Laurent Fabius (Gallimard, 220 p., 22,50 E). Parution le 9 septembre.
Conclusion: on appréciera l'oeil et la pensée de l'amateur d'art éclairé qu'est aussi le président de l'agglomération de Rouen mais...
la réunification de la Normandie sera-t-elle l'un des douze prochains travaux de l'Hercule Fabius à moins qu'il ne préfère une Normandie impressionniste unique dans son évidence même...
A une condition: celle d'avoir la volonté et l'agilité du regard d'un maître pour recombiner à une certaine distance ou pour une certaine vision, toutes ces petites taches de couleurs qui, seules, ne signifient rien...
Cette "Normandie impressionniste" là, si on la veut impressionnante, ne doit plus être confondue avec la Normandie du flou que nous dépeignent certains dirigeants politiques presbytes sans imagination pour dépasser la petite parcelle de couleur qu'ils croient posséder...
La subtile revanche du colonisé
« ont choisi », « nous battrons », « fasse partie », « attractivité », « voilà » ; « une et unique », c'est une pléonasme et mollo sur les majuscules : faut-il voir, dans ce massacre de l’orthographe française, une subtile revanche du colonisé, faute de pouvoir parler normand ?
Hum !!!
@ Grantemesnil.
Oui l'orthographe est pas de mise.
Le parlé Normand vous dites, tien, j'ai jamais entendu ce parlé là, mais bon si je suis un colonisé, vous étiez alors un de mes colonisateurs?.
Juste une petite citation :
"Le patriotisme, c'est aimer son pays. Le nationalisme, c'est détester celui des autres" : Charles de Gaulle
prolixe
on aimerait le lire sur un autre sujet plus Régional!
une autre vision impressioniste!
La future ligne d'éoliennes face au Tréport fera une belle représentation du pointillisme normand.
Après les côtes Epérisées l'horizon normand sera mité pour alimenter ceux qui n'y vivent pas.
Vous me direz là bas il pleut tellement qu'ils ne les verront pas ces C...n'est ce pas?! C'est évident la M...appelle la M ... sans doute.
Et puis il faut bien qu'ils aient un peu de sous ces "culs terreux" sinon ils crieront misère. Et qui entretiendra leurs villages qui tombent en ruine? M. Le maire c'est + facile de recevoir une manne rapide que de se trouer le cerveau à chercher des solutions locales et originales!
Pléonasme ?
Pléonasme:Masculin ou féminin?????
A Rouen, le 17 septembre prochain, le drapeau rouge aux cats!
Amical bonjour à Grantemesnil, ça fait plaisir... Ajoutons aux remarques pertinentes de Crosman que la TP du nucléaire ou de l'éolien, c'est désormais du ... vent!
Une action possible pour la rentrée, c'est de distribuer juste avant ou après la conférence de Madame Fourneyron au parlement de Normandie, le vendredi 17 septembre prochain à midi, un tract qui rappelle que "Rouen capitale" sans Normandie et sans réseau métropolitain normand c'est prendre des vessies pour des lanternes... (la prose du collectif BEN, si vous le souhaitez, est mise à la disposition de tous les militants de la cause de l'unité normande)
Au sujet de la conférence de presse du 17 septembre prochain, vous pouvez lire sur le site de Paris Normandie le billet de Florestan "Rouen capitale mais de quoi?",interpellation du directeur de cabinet de Mme Fourneyron, M. Novel qui souhaitait, en juillet dernier, le concours de "producteurs d'avenir"... pour réfléchir à l'avenir de Rouen...
Il serait judicieux qu'un drapeau rouge aux cats montre à ces messieurs dames qui viendront écouter la députée-maire de Rouen le sens d'une "révolution" normande. Je ne pourrai y être car ce jour-là et à cette heure là, je travaille mais le collectif BEN fera en sorte d'y être pour pavoiser normand...
Masculin féminin
@ Hastings : « Duché » masculin ou féminin ? ![]()
la Duché n'a plus de TP
LA Duché c'est beau!!!
En effet plus de TP mais je pensais plus aux faux emplois locaux. Si vous voulez apprendre le serbo Croate allez à Flamanville.
drapeau
si vous avez la possibilité (la chance) d'être sur place c'est en effet de bon ton de mettre un peu de couleur dans ces événements "régionaux".
Le TGV normand à l'Elysée le 15 septembre prochain
Le TGV normand à l'Elysée
"Les présidents des trois conseils économiques et sociaux (CESR) de Basse et Haute Normandie et d'Ile de France seront reçus le 15 septembre à l'Elysée par le conseiller du président de la République chargé des transports. Au menu de l'entretien: la ligne à grande vitesse entre Paris et la Normandie à l'échéance de 2020. Les trois CESR ont pris l'initiative de créer l’Association pour la promotion du TGV Paris-Normandie regroupant les chambres consulaires (commerce, agriculture, métiers...), les acteurs économiques mais aussi des particuliers pour appuyer les politiques. «Mais en apportant une approche interrégionale et économique de l'aménagement du territoire au delà des intérêts locaux» assure Gérard Lissot, président de l'association et du CESR de Haute Normandie. Pour adhérer à l'association: Comité de liaison interconsulaire 1, rue Cassin 14 911 Caen"
(SOURCE : OF maville.com 6 sept 2010)
Commentaire: je trouve intéressant que le président du CESR de Haute-Normandie préside une association pour le TGV Normand qui a son siège à
Caen et qui fédère les trois CESR des régions concernées...
Alain LEVERN préfère faire de la bicyclette jusqu'à la gare de Rouen tandis que le CRBN devient, de fait, le conseil régional de référence en Normandie pour faire progresser les dossiers spécifiquement normands...
La duchée et province...
réponse: aux XVI et XVIIe siècles, on avait coutume de parler de la "duchée et province" de Normandie. Mais on parlait du gouvernement de Normandie, du Parlement de Normandie ou des Etats de Normandie...
les deux
Il me semble que pour la Normandie, on parle de "la Duché".
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