L'Association de promotion du "TGV" Paris-Normandie présidée par Gérard LISSOT (président du CESER de Haute-Normandie) tiendra son assemblée générale le 7 octobre prochain à Rouen.

A la veille d'un débat public décisif pour l'avenir même de notre région, le collectif "Bienvenue en Normandie" adresse un message aux membres de cette association...

 

A l’attention des membres

de l’association pour la promotion du « TGV » Normandie

 

Objet : message du collectif « Bienvenue en Normandie » à transmettre à l’assemblée générale du 7 octobre 2011

 

Bonjour à tous,

 

Pour des raisons d’ordre professionnelles ou pratiques, nous ne pourrons hélas participer à cette nouvelle assemblée générale de l’association de promotion du « TGV » Normandie du 7octobre prochain à notre grand regret car nous mesurons tout comme vous tous l’ampleur des enjeux d’un « grand pari » difficile à tenir pour l’avenir même de notre région normande…

 

Vous le savez, la réussite du débat public sur la Ligne NouvelleParis Normandie est la condition sine qua non à remplir pour une validation définitive de ce projet historique: nous suivons ce dossier depuis le début, il est donc important que nos avis motivés et éclairés puissent conduire le futur débat public avec la publication de cahiers d’acteurs. Le collectif citoyen et républicain « Bienvenue en Normandie » va donc proposer un cahier d’acteur ainsi que d’autres groupes ou associations attachés à l’idée de promouvoir l’unité de la Normandieet l’évidence du 6ème potentiel régional français … Ainsi, les géographes universitaires normands, suite à un appel publié dans la presse quotidienne nationale en juin dernier, devraient, eux aussi, proposer un cahier d’acteur.

 

C’est pourquoi, nous souhaitons partager avec l’assemblée générale les réflexions suivantes qui devraient figurer dans notre cahier d’acteur :

 

1.  La Ligne Nouvelle Paris Normandie : un projet historique et innovant ou « la grande vitesse de proximité au service d’une région douce »

 

Il ne s’agit pas d’un TGV de plus : il s’agit d’inventer pour la première fois en France un modèle ferroviaire qui existe déjà en Europe. La grande vitesse de proximité (250 km /h) pour la desserte d’un réseau de villes et leurs territoires à moins de 500 km de Paris : le projet normand pose la question d’aménager enfin le grand Bassin Parisien (Enjeu national N°1). La Normandie ou la « région douce » : Nous sommes dans la région qui a vu naître Alphonse Allais. Les villes sont ici « à la campagne » : avec son réseau urbain très dense légué par une histoire riche et ancienne, notre région échappe, fort heureusement, aux excès du modèle territorial dominant en France: un centre métropolitain écrasant des périphéries dominées. Avec une petite ville de 10000 habitants tous les 20 km et trois grandes agglomérations métropolitaines plus complémentaires que concurrentes à moins de 100 km, un « petit Paris de province » en Normandie est impossible (surtout à 200 km à l’Ouest du « Grand Paris ») : maîtriser l’effet de « rabattement » de la grande vitesse à partir de Caen et de Rouen vers le reste des territoires normands sera donc déterminant. Il faudra lier l’arrivée de la LNPN à la mise à niveau technique des autres lignes TER (Caen-Rennes / Caen- Tours / Paris-Granville / Evreux- Dieppe…). Si l'on raisonne en terme « d'hinterland », à l'aune de ce que vient d'observer les experts de l'OCDE quant aux performances plutôt médiocres des ports de l'Axe Seine, l'insertion de la LNPN dans le réseau ferré existant pour une modernisation globale de l'ensemble ne doit pas être perdue de vue: la qualité du service ferroviaire vaut autant pour les voyageurs que pour les marchandises...

 

2. Il ne faut pas seulement un consensus « a minima », il faut proposer un projet régional normand dans le cadre de l’ambition d’un « Grand Paris » maritime

 

On échappé de peu au pire : à quelques jours de l'ouverture du débat public, deux conseils régionaux en Normandie incapables de s’entendre pour proposer un cahier d’acteur commun. Les deux présidents de région se mobilisent enfin autour d'une rédaction commune sur la base du consensus suivant :

-L’urgence de débloquer la liaison Saint-Lazare/ Mantesla Joliepour mettre les trois grandes agglomérations normandes à moins de 1h15 de Paris.

-La nécessité de faire de Rouen un grand carrefour ferroviaire à l’Ouest de Paris.

-L’urgence de valider définitivement le projet avant les prochaines présidentielles de 2012.

 

Mais, un consensus aussi indispensable soit-il ne fait pas pour autant un projet régional qu’il faut pourtant formuler car il faudra financièrement justifier pour la Normandie la meilleure sortie ferroviaire de la région parisienne ! objectif ambitieux, prétentieux entend-t-on déjà… Les décideurs publics d’une Normandie « en miettes » doivent se rassembler et faire mentir certaines représentations tenaces ! Il faudra convaincre avec la présentation d’un vrai projet de territoire à l’échelle pertinente : intégrer l’évidence normande et défendre un intérêt général normand dans le cadre du « Grand Paris » doté d’une dimension maritime…

 

Question : qui va piloter cette ambition ? L’Etat central ou les collectivités territoriales normandes ? Concernant la future gouvernance, le commissaire Antoine Rufenacht au développement de la vallée de Seine est à la recherche de « nouvelles idées »: il faut construire un partenariat équilibré entre l'Etat central les collectivités territoriales et les forces vives des territoires concernés. Les Normands doivent se rassembler sinon l'Etat prendra toute la main...

 

 3.   « Axe Seine » ou Normandie ? Le projet : promouvoir une ambition normande à l’échelle nationale et européenne

 

On ne trouvera jamais 13 milliards d’euros pour desservir la mer, pour donner 15 minutes supplémentaires de présence sur les planches deauvillaises le dimanche soir ou pour construire à Rouen une nouvelle gare de banlieue.

 

De même, si un projet régional normand ambitieux n’est pas formulé avec la LNPN, l’Etat central ne s’occupera que de la « Normandie utile » d’un « axe Seine » Paris-Le Havre à terme directement concurrencé par Anvers et son canal Seine-Nord : le « Grand Paris maritime » ok ! Option flamande ou option normande ?

 

Pour formuler cette ambition, nous pensons présenter les idées suivantes :

 

-         La Normandie : première région pour l’économie maritime en France (logistique) et 3ème grande région industrielle française avec un double enjeu européen sur mer et sur terre pour notre pays :

 

1) créer à l’Ouest du Pas de Calais, ouvert sur la mer la plus fréquentée du monde, un avant-port européen en réseau en partenariat avec la côte Sud anglaise (Portmouth-Cherbourg- Southampton -Caen-Honfleur-Le Havre- Rouen- Dieppe-New-Haven) dans le cadre d’une eurorégion maritime.

 

2) Achever le contournement Ouest-Nord Ouest de la région parisienne pour inscrire les villes et ports normands dans les axes de transport de l’isthme européen (l’axe Lille-Paris-Lyon-Marseille est en voie de saturation)

 

-         Agir pour ne pas subir : la dimension maritime du Grand Paris doit être co-produite par des acteurs normands bien reliés au CBD de La Défense et à l’aéroport RCDG.

 

-         Rouen métropole régionale normande: dans  le cadre d'un réseau métropolitain avec Caen et Le Havre, Rouen ne doit plus être la « métropole oubliée » en développant  une vocation interrégionale entre Lille et Nantes :  la future gare de Rouen -Saint Sever doit être une grande et belle gare centrale. Un bâtiment symbole de toute une région avec une architecture exceptionnelle: rêvons un peu... Santiago Calatrava  (cf. la gare TGV de Liège « les Guillemins ») construira-t-il la « cathédrale de la rive droite »? Rouen doit pouvoir être à nouveau l'étoile ferroviaire régionale pour desservir, à la fois, les ports de l'estuaire de la Seine et un bassin millionnaire d’habitants et d’emplois (c'est le « grand angle » ou le « grand estuaire » normand de Cherbourg à Vernon jusqu'à Dieppe).

 

 

 

-         Promouvoir une métropole normande avec trois pôles complémentaires: Caen technopole / Rouen métropole / Le Havre port international. Pour cet objectif, le scénario C mettant les trois villes à 45 minutes serait idéal... Il devient donc urgent de relancer « Normandie Métropole » et faire travailler ensemble les agences d'urbanisme.

 

-         Après 2020 , «  le TGV anglo-normand » : la gare de Rouen ainsi dotée de la meilleure sortie ferroviaire de Paris pourrait devenir le relai d'un futur Paris-Londres  via Amiens et le tunnel sousla Manche (saturation à venir de l’actuelle liaison Paris Gare du Nord / Lille)

 

            4. Le financement: il faut oser!                   

-         Un principe: « pas de solidarité financière sans solidarité de projet » (Laurent Beauvais). Le phasage technique et financier est indispensable mais c'est l'ensemble du projet qui est prioritaire. Le financement total de l'opération est donc capital. Compte tenu de l'originalité du projet, de son ambition et aussi des grandes incertitudes économiques et financières présentes, il faut aller au-delà des solutions « classiques » des financements croisés entre l'Europe, l'Etat, RFF et les collectivités.

 

-         Nous proposons d'explorer deux pistes:

      1) le recours à un emprunt obligataire régional normand de très long terme

      2)  solliciter, pour des raisons culturelles et historiques évidentes, le fonds souverain de l'état norvégien.

 

 

Voilà donc quelques réflexions que nous avons le plaisir de partager avec vous, de tout coeur avec vous pour la réussite de ce projet essentiel: on va dessiner l'avenir de notre région pour les cent prochaines années. Au printemps prochain, il se peut que soit tranché l'avenir même d'une Normandie dont on vient de fêter cette années les onze siècles d'existence: bonne anniversaire ou avis de décès?

 

Mobilisons nous!

 

 le collectif « Bienvenue en Normandie »