NORMANDS ou GRAND- PARISIENS ?

 Vache_normande___Paris

Antoine Rufenacht  Commissaire Général au Développement de la Vallée de la Seine a présenté aux « grands élus » normands  le 20 octobre dernier son pré-rapport qu’il avait auparavant rendu au Premier ministre le 30 septembre 2011.

 

On sait que les « grands élus » de la Fabiusie ont boudé la présentation de M Rufenacht non pas sur le fond mais sur la forme : Laurent Fabius aurait souhaité prendre connaissance du texte avant sa présentation officielle…

 

Mais il eût été plus judicieux de protester sinon de proposer une ambition et un projet normand à cette occasion car sur le fond justement la question existentielle est désormais posée :

 

AXE SEINE ou NORMANDIE ?

To be or not to be ?

 

Dans ce document de 50 pages, l’équipe du commissaire général Rufenacht (dans laquelle on ne trouvera aucun expert ou géographe spécifiquement normand...) propose 6 pistes de travail à explorer pour le développement décisif de l’Axe Seine en tant qu’enjeu national et européen…

 

Toute la question est de savoir comment le pilotage de cet « axe Seine » va se réaliser, sur quel périmètre territorial ou régional et au profit de qui !

 

C’est là la dernière chance pour la Normandie en tant qu’ensemble géo-historique ayant encore une justification économique, institutionnelle ou culturelle d’exister après onze siècles d’histoire…

Mais il faut rappeler que c’est parce que l’Etat central avait voulu piloter directement l’aménagement de la Basse-Seine entre Paris et Le Havre que la division des cinq départements normands en deux régions administratives avait été décidée dans les années 1960 :

 

C’était donc le moment pour les « grands élus »  « normands » (les guillemets sont hélas doublement nécessaires) d’avoir la mémoire longue et de s’emparer de l’opportunité d’un intérêt renouvelé de l’Etat central pour le potentiel maritime de la Basse-Seine pour co-produire avec Paris et l’Ile de France cette ambition qui ne doit pas reproduire les erreurs de l’ancien Schéma de Développement et d’Aménagement Urbain proposé en 1965 par Paul Delouvrier :

 

La Normandie existe encore et ne se limite pas au tube digestif de la Région parisienne dont Rouen serait le gros colon et Le Havre le trou du c…

C’est l’insertion de cet « Axe Seine » au cœur de la 6ème région de France animant l’arrière pays d’un estuaire et baie de Seine, abritant le 1er avant-port européen sur la Manche, de Cherbourg à Dieppe, qui donnera réellement à cet « Axe Seine » sa vraie dimension nationale et européenne au moment où il faut penser le contournement complet de la région parisienne à l’échelle de l’isthme européen qui traverse la France. (inscription du "maillon ouest" au schéma européen des infrastructures de transport)

On partagera donc les priorités du Commissaire Rufenacht sur tous les points  suivants :

 

  • Urgence de la remise à niveau des infrastructures de transport pour que les ports de l’Axe Seine cessent de perdre des parts de marché vis à vis d’Anvers, Rotterdam, Bremhaven ou Hambourg.

 

  • Mise en valeur du potentiel fluvial de la Seine et de la baie de Seine (bases logistiques multimodales ; améliorer la connexion du port du Havre avec le fleuve ; mise en réseau des ports normands ; renforcer les coopérations entre les ports du  Havre Rouen et Gennevilliers)

 

  • Reconquête logistique de l’axe Seine face à la concurrence des logisticiens du port d’Anvers ou de Rotterdam qui procèdent selon une logique redoutable d’intégration verticale de la chaîne logistique sur une très grande profondeur géographique de l’hinterland (c’est le fameux « Gateway » dont ici on se gargarise dans de nombreuses tables rondes entre deux plantes vertes, table basse, fauteuils et journaliste gentil modérateur !)

 

  • Reconquête du mode ferroviaire en profitant de l’arrivée de la Ligne Nouvelle Paris Normandie qui va libérer des sillons pour le fret ferroviaire (le rapport évoque la réouverture de la ligne Le Havre- Gisors)

 

  • Projet de développement économique d’ambition national  qui seul permettra de justifier la dépense de quelques milliards pour la remise à niveau fluviale, ferroviaire ou routière  de la 6ème région de France (par ex : le contournement de Rouen et l’axe routier Amiens-Orléans). Ce projet économique s’articulerait sur cinq points forts :

-         La logistique

-         La mise au point du moteur décarboné français

-         La chimie verte

-         Les énergies renouvelables

-         L’agriculture péri-urbaine, durable et labellisée

(On notera une vision essentiellement industrielle "haut" normande tout droit issue du Contrat Régional de Développement Economique hémiplégique concocté dans son coin par le Conseil régional de Haute-Normandie: le potentiel caennais de recherche fondamentale en physique nucléaire et sur le cerveau humain échappe aux radars de l'équipe Rufenacht!)

 

  • S’appuyer enfin ! sur le Pôle de Recherche et d’Enseignement Supérieur normand qui est le second de France  ( 70000 étudiants ; 4000 enseignants ; 2200 doctorants ; 2400 cadres et 140 laboratoires de recherche) pour l’ampleur et l’intensité des coopérations en cours ou envisagées entre les universités de Caen, Rouen et Le Havre (comme quoi ce n’étaient pas les équipes d’enseignants chercheurs qui avaient déjà l’habitude de travailler à l’échelle normande qui étaient les responsables pendant plus d’un an du blocage suicidaire de ce dossier). Il s’agit de combler le trou normand à l’ouest de Paris entre Lille au Nord et Rennes ou Nantes à l’Ouest : il y a encore des opportunités à saisir dans le programme d’investissements d’avenir mais il faudra être très réactif !

 On sera donc (presque) d’accord sur tous ces points …

 

SAUF UN !

 

Et ce point est essentiel pour la réussite de cette ambition « Axe Seine » : l’équipe du Commissaire Rufenacht souhaiterait « créer de l’identité et de la fierté » afin de faciliter l’appropriation des enjeux de l’ « Axe Seine » et donc du « Grand Paris »

 Nous avions plusieurs fois écrit à Antoine Rufenacht (la dernière fois c’était encore en août dernier) pour lui rappeler que les gens n’habitent ni des corridors ni des espaces et encore moins ne campent sur un « axe » mais qu’ils habitent, pratiquent et aiment des territoires « géo-historiques » clairement identifiés avec des noms propres : villes, pays, région-province, état-nation…

 

Une simple soirée de football entre le HAC et le PSG suffirait à démontrer que la

SEQUANITUDE N’EXISTE PAS et qu’existent en revanche le sentiment d’appartenance à la ville du Havre ou de Paris en tant qu’Havrais ou Parisien mais aussi en tant que Normand, Breton, Auvergnat, Corse, Savoyard, Français, Portugais, Italien, Polonais, Arabe, etc… Qu’existe encore aussi et surtout, un sentiment d’appartenance à la Normandie (notamment dans l’Eure mais aussi dans le pays de Caux, le Cotentin , le Bessin, le pays d’Auge ou dans les bocages bas-normand) qui fait, certes moins de bruit que certains hâbleurs de l'identité régionale, mais qui ne doit pas être méprisé pour autant à moins alors d'assumer un véritable schéma COLONIAL de soumission symbolique et territoriale!

 

« Avaler la Seine aval sans l’aval des Normands ? »

(collectif BEN, le Monde 16 octobre 2009)

 

Créer des événements culturels festifs sur le fleuve de Paris jusqu’au Havre en reprenant l’expérience de Normandie Impressionnisme ou de l’Armada est donc un enfer pavé de bonnes intentions si l’identité de la Normandie se dilue dans les eaux de la Seine qui charrient le parisianisme jusqu’à la mer… Car ces deux exemples cités dans le rapport Rufenacht sont des initiatives normandes et rouennaises plus particulièrement : dans cette perspective, à cause du saboteur Le Vern , l’anniversaire du 11ème centenaire de la Normandie (911 –2011) n’a pas été conçu comme une mise en Seine de la Normandie… Le temps où les Normands remontaient la Seine pour en imposer à Paris est effectivement lointain : « les Vikings sont fatigués !»

 

 

« Les Normands vont-ils devoir apprendre à devenir des Grand-parisiens ? »

(Bertrand Tierce, "Chronique de Normandie", 24 octobre 2011 N°247)

 

Antoine Rufenacht le 30 septembre dernier, justement, nous a répondu que, je cite, le développement de la Vallée de la Seine concerne naturellement l’ensemble de la Normandie.

 

La gouvernance de la vallée de la Seine sera complexe car, prévient le rapport Rufenacht, il faudra associer l'ensemble des acteurs publics et privés tout en impliquant durablement l’Etat central : le projet doit se poursuivre quoiqu’il arrive après 2012 car il est fort possible que les décideurs parisiens ne soient  toujours pas très sensibles à ce qui pourrait encore se passer en aval du pont de Puteaux…

En effet, avec l’ouverture du Canal « Seine-Nord-Europe », le Grand Paris maritime pourrait très bien se faire avec une option flamande d’ici 10 ans si l’évidence normande en reste à l’état de mémorial commémoratif ou d’une superbe idée  objet de nos plus belles palabres ou engueulades (par ex : débat sur la « réunification »)

 

Il faut un LOBBY NORMAND

Cette ambition de la Seine maritime (au sens strict) ,  ne peut qu’être qu’une ambition normande et portée par une volonté normande sous peine d’être UNE NOUVELLE FOIS les COCUS d’un grand pari !

 

 Projet_Grumbach_corridor_val_de_Seine

(Image extraite du dossier de presse de l'agence Grumbach lors de la présentation du projet "Seine-Métropole" à la Cité de l'architecture du palais de Chaillot à Paris en juin 2009: on notera qu'il était à l'origine prévue de bien éclairer la route des Cocus dans la nuit normande...)