Ce mur d'images trouvées sur Google témoigne de la beauté environnementale et patrimoniale de la Normandie: la précieuse violette de Rouen pousse encore sur les hauteurs crayeuses de la Côte Sainte Catherine et sur les rebords des plateaux encadrant la superbe vallée de l'Andelle... (ici l'ancienne abbaye de Fontaine-Guérard au bord de l'Andelle)

Mais...

Depuis l'ouverture du Pont Flaubert en aval de Rouen, la traversée Ouest/ Nord-Est de l'agglomération rouennaise est plus facile...

La traversée ou le contournement routier de Rouen reste un problème encore non résolu... Sans même parler de l'achèvement complet du contournement autoroutier de la région parisienne: le maillon manquant pour ce contournement  est, comme par hasard à l'Ouest, entre Rouen et Orléans ce qui correspond, bien entendu et depuis plus de 30 ans au maillon faible... normand!

L'achèvement du contournement routier de la région parisienne par l'Ouest est indispensable pour éviter la thrombose routière qui menace sur l'axe Paris-Lille-Lyon-Marseille: l'isthme européen des transports qui traverse la France du Nord au Sud doit s'élargir vers l'Ouest et le Sud-Ouest tant au niveau routier que ferroviaire.

Pour la Normandie et son système portuaire c'est une affaire vitale, c'est la raison pour laquelle, cette affaire traîne depuis plus de trente ans...

Le passage de la Seine à Rouen dans un méandre encaissé n'a jamais été chose aisée: ce qui explique pourquoi Rouen  est l'agglomération de plus de 500000 habitants à n'avoir toujours pas de véritable périphérique, les erreurs et le manque d'ambition politique se chargeant d'apprécier les difficultés topographiques au point où l'on pouvait se demander, jusqu'à une date récente si les clivages politiques rouennais divisant l'agglomération étaient plus profonds que le méandre lui-même... 

D'où le projet de relier l'A28 (Rouen-Amiens) à l'A13 (Basse-Normandie /Paris) par un barreau autoroutier passant à l'Est de Rouen, mais il y a la vallée de l'Andelle et ses violettes...


 

Le DREAL de Haute-Normandie (Directeur régional de l'Environnement de l'Aménagement et du Logement auprès du préfet de Haute-Normandie) va se rendre le 3 octobre prochain à Bruxelles pour défendre le projet de contournement-Est de Rouen devant la Commission européenne. Problème: sur les fuseaux d'études pour le passage de la future autoroute on trouve la violette de Rouen et la biscutelle de Neustrie plantes endémiques protégées par une zone classée Natura 2000 notamment là où le futur barreau autoroutier est sensé traverser la Seine depuis sa rive droite (entre les communes de Belbeuf Saint Adrien et les Authieux sur le port Saint-Ouen) En effet, il s'agit de faire de gros terrassements pour permettre l'assiette nécessaire à la construction du viaduc qui enjamberait la Seine... Mais, en face, sur la rive  sur la rive gauche on a, aussi, la présence de l'un des plus gros sites de captage en eau potable à destination de l'agglomération rouennaise!

La rencontre prévue ce 3 octobre aura donc pour objectif de "purger l'hypothèque environnementale" comme l'a annoncé de façon fort élégante le préfet de région Pierre de Bousquet la semaine passée.

Si Bruxelles dit non à l'autoroute, le risque est de voir l'Etat condamné à plusieurs dizaines de millions d'euros d'amende s'il persiste dans ses projets d'aménagement. Or Bruxelles a déjà eu vent de menaces planant sur la violette de Rouen à la hauteur de la célèbre Côte des Deux Amants à propos d'un autre projet de déviation routière...

Quant au captage en eau potable situé sur la rive gauche de la Seine (au lieu dit de la Chapelle entre les communes de Oissel et de St. Etienne du Rouvray) des études récentes viennent de montrer qu'il pourrait être souillé en moins de 6 heures par une pollution venue de la surface: un délai trop court pour pouvoir mettre en oeuvre des protections efficaces a avoué le préfet de région...

Le projet de contournement Est de Rouen est donc une affaire très complexe donc avec de gros enjeux: tous les élus sont pour ce contournement Est de Rouen sauf les écologistes bien entendu qui seraient tentés d'arracher quelques violettes de Rouen pour les mettre sur la tombe de l'avenir régional normand ... En attendant, les services de l'Etat poursuivent les études autour des 34 hypothèses retenues.

Bien entendu, ce projet prioritaire coûte cher, à commencer les études et par les temps de disette financière qui courent, certains (les maires et associations qui veulent bien d'une autoroute mais pas au fond de leurs jardins) vont être tentés par des recours judiciaires qui pourraient, à terme, enterrer définitivement ce projet: après le projet de canal à grand gabarit Seine Nord Europe définitivement abandonné et une Ligne Nouvelle Paris Normandie encore en sursis, le contournement EST autoroutier de Rouen serait-il définitivement condamné lui aussi?

Que l'on songe au fait que la Bretagne dispose d'un périphérique régional d'autoroutes gratuites depuis la fin des années 1980... ça donne à réfléchir! Le désenclavement routier normand n'est toujours pas achevé!

En 2012, les chômeurs normands pourront toujours cueillir des violettes...

Même pas! Ils ne pourront que les admirer!

(source: Fil fax Normandie 25/09/12 n°4413)