Le chercheur en sciences sociales Pierre COFTIER vient de publier un ouvrage remarquable sur l'une des blessures les plus sensibles de la Normandie industrielle...

 

Lire ci-après le compte-rendu de cette parution par Ouest-France:

Pierre Coftier publie un livre sur l'amiante en Normandie - Condé-sur-Noireau

lundi 19 novembre 2012


 

 

Pierre Coftier est chercheur en histoire sociale. Ses travaux ont débouché sur diverses publications et lui ont permis de contribuer à la mise en valeur du patrimoine industriel et de la mémoire du monde du travail. Il vient de publier L'amiante en Normandie (1886-1960).

Ce livre s'inscrit dans une chronologie limitée qui va de l'introduction de l'amiante en 1886, dans une filature du Cotentin, jusqu'à la construction de l'usine Férodo de Condé-sur-Noireau, en 1960. Son ambition est d'éclairer les circonstances qui ont amené l'importation de l'amiante en Normandie, devenue ainsi région pionnière dans la transformation des fibres de cette roche.

La période observée permet de montrer les multiples applications de l'amiante, considérée durant un siècle comme un matériau irremplaçable, mais aussi d'évoquer la naissance d'une question dramatique de santé publique, avant même la prise de conscience qui émerge dans les années 1970 et qui s'est conclue par l'interdiction de l'amiante en France, en 1997.

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Cet ouvrage est publié avec le soutien de la Région et CRL Basse-Normandie et édité aux Éditions Cahiers du temps. Prix : 22 € (5 € par livre seront reversés aux salariés d'Honeywell).


 

Pour en savoir plus sur le travail de Pierre COFTIER, un lien vers les éditions "cahiers du temps":

http://www.cahiersdutemps.com/f-amiante-normandie.php

 

Commentaire de Florestan:

Si mes souvenirs sont bons, je crois que le premier constat médical des conséquences désastreuses des fibres d'amiante sur la santé des ouvriers qui travaillaient cette fibre dans les usines de tissage de la vallée de la Vère près de Condé sur Noireau a été dressé en 1906 par un inspecteur de la médecine du travail venu de Caen...

On attend toujours en France la fin de l'instruction du dossier "amiante" et un procès alors qu'en Italie la firme "Eternit" a fait enfin l'objet de poursuites pénales...

Avec la moulinette sociale Moulinex, le mépris social en cours chez Plysorol à Lisieux, Mac Réal à Alizay, Pétroplus à Petit-Couronne, Honeywell à Condé sur Noireau, Guy Dauphin Environnement qui porte bien mal son nom, la Normandie industrielle de ces 60 dernières années sinon plus, porte la marque du mépris des populations au travail dans les usines... Souvent des ruraux, souvent des femmes, peu ou pas assez qualifiés, sous-encadrés, soumis à des décisions lointaines. 

Faute d'une société civile régionale suffisamment consciente d'elle-même, faute de villes normandes suffisamment attractives pour retenir les talents, les intelligences et les pouvoirs, faute de se concevoir fort dans une région forte, la Normandie industrielle n'est qu'un terrain de jeu régulièrement, trop régulièrement inondé par les "eaux froides du calcul économique".

La réappropriation de l'honneur d'une vie de labeur perdue ou volée se fait au tribunal, dans la douleur des plans sociaux et dans la souffrance physique d'un cancer de la plèvre.

Il doit dorénavant se faire dans la reconquête culturelle, identitaire de la Normandie par les Normands notamment en matière économique et industrielle:

"vivre et travailler au pays"  voire "travailler pour vivre au pays" voilà ce qui nous reste à faire pour en finir avec la "restructuration" la "mutation", la "désindustrialisation" de notre région avec toutes ces initiatives stimulantes et ces savoir-faire parfois extraordinaires que l'on trouve sur le terrain dans le très riche et souvent méconnu tissu des PMI-PME normandes qui ont plus que jamais besoin d'une vraie souveraineté régionale pour ne pas définitivement crever dans l'ombre sous-traitante de grands groupes internationaux...