Quelques vues d'Avranches, cité médiévale en bélvédère sur le Mont St Michel et au loin la frontière avec la Bretagne (massif de St Brelade), ainsi que ce tableau du XVIIe siècle montrant la ville haute d'Avranches avec à gauche son anciennne cathédrale détruite en 1812 et à l'arrière de celle-ci le palais épiscopal toujours debout qui fait office aujourd'hui de palais de justice...

Avranches (Manche, Basse-Normandie), ancienne cité gallo-romaine, ancien siège épiscopal à la frontière entre Normandie et Bretagne, dont le centre ville épargné par les bombes de la Seconde guerre mondiale, domine encore de sa belle éminence la baie du Mont Saint Michel, a déjà hélas connu par le passé les méfaits d’une destruction massive de son très riche patrimoine historique et architectural par l’action d’un vandalisme local : en 1812, après un premier effondrement survenu quelques années plus tôt, les restes imposants de l’ancienne cathédrale médiévale Saint-André furent dynamités et les gravats promis à la carrière.  Le bâtiment néo-classique de la sous-préfecture et un square en belvédère sur la baie du Mt St Michel la remplace désormais, mais en arrière subsiste encore de l’ancien enclos cathédral le palais épiscopal des XIV e et XV e siècles qui a été transformé depuis longtemps en palais de justice. Suite à la suppression du tribunal correctionnel de premier instance lors de la récente réforme de la carte judiciaire, le ministère a décidé de réaffecter le bâtiment historique à la justice prud’hommale moyennant d’inévitables travaux de « mise aux normes » d’accessibilité au public avec l’obligation de créer un ascenseur dans des locaux à l’architecture historique de grande valeur mais qui, bien entendu, ne bénéficient d’aucune protection juridique au titre des Monuments Historiques.

 

Et advint ce qui devait advenir : le 3 décembre dernier, le maître d’ouvrage des travaux, à savoir l’antenne « régionale » pour l’Ouest de l’équipement du ministère de la Justice, basée à Rennes (Bretagne), décide pour le passage d’une cage d’ascenseur, de percer sans aucune autorisation et au risque de l’effondrement, la voûte médiévale de l’ancienne cuisine de ce palais de justice qui dépend du ressort de la Cour d’appel de Caen (Basse-Normandie)

 

 

(source: La Manche Libre, 03/12/12)

 

Grâce à l’intervention diligente de Daniel Levalet président de la société d’archéologie locale, scandalisé par l’absence totale de vergogne de Bernard Kermoal, l’ingénieur basé à Rennes qui a ordonné ces travaux  en protestant de son bon droit tout en affirmant que cette « salle médiévale n’avait pas de valeur patrimoniale particulière » , décide d’alerter le véritable propriétaire des lieux à savoir J.F Legrand le président du département de la Manche qui a renvoyé, bien sûr, le défenseur du patrimoine devant l’ordonnateur des travaux…  La partie de « ping-pong » habituelle. Mais la ville d’Avranches se montre plus réactive en dressant un procès verbal faisant état d’une non conformité des travaux avec la demande d’autorisation déposée en mairie. Le 12 décembre dernier, les travaux étaient arrêtés suite à la décision de G. Huet, député-maire d’Avranches de poursuivre en justice le ministère de la Justice « si les travaux reprennent et si la cage d’ascenseur est maintenue là où M. Kermoal l’a décidé ».

 

Daniel Levalet, malgré l’engagement du maire, reste pessimiste car, selon-lui,  rien légalement ne pourrait s’opposer à la poursuite de ce vandalisme « inter-régional » puisque ce bâtiment bien qu’il soit historique, ne bénéficie d’aucune protection qui obligerait à la consultation préalable de l’Architecte des Bâtiments de France quand il s’agit de travaux de réaménagement intérieur. Et Daniel Levalet de suggérer que la consultation obligatoire de l’avis de l’ABF et de ses services soit étendue à tout bâtiment historique qu’il soit légalement protégé ou non.

En attendant, nous suggérons au maire d’Avranches qui semble avoir une certaine expérience du vandalisme patrimonial dans sa commune, qu’il soit ancien ou plus récent (on pensera aussi à la destruction complète et intégrale de la maison de Tonge, un ravissant manoir de la fin du XVIIIe siècle) de déposer une demande de classement en urgence de l’ancien palais épiscopal d’Avranches auprès du Ministère de la Culture.

 Destruction de la maison de « Tonge » appelée aussi « château du Ragotin » vendue en 2008 par la municipalité à un promoteur privé qui s’était pourtant engagé devant le conseil municipal à préserver ce bâtiment dans son projet de maison de retraite…

 

(source : La Manche Libre, 15/12/12)

(source pour cet article : Ouest-France, édition d’Avranches 31/12/12)