A lire sur Paris-Normandie l'article suivant: le ministre du redressement productif a pris une décision que nous trouverons courageuse car la Normandie devenue un terrain de jeux pour produire ici l'énergie des autres n'en peut plus...

L'humour de nos amis d'Heula dit tout !


Montebourg enterre l'EPR de Penly

 

Paris Normandie: publié le samedi 02 février 2013 à 06H53

Nucléaire : accordé par Nicolas Sarkozy en 2009, le projet était en suspens depuis la présidentielle.

Le site de Penly, près de Dieppe, avait été retenu début 2009 pour accueillir le deuxième EPR (photo d'archives)

Le site de Penly, près de Dieppe, avait été retenu début 2009 pour accueillir le deuxième EPR (photo d'archives) 

ROUEN (Seine-Maritime). Après des atermoiements au cœur de la campagne présidentielle - François Hollande jugeant alors qu'il était urgent d'attendre - le projet d'un nouveau réacteur nucléaire EPR sur le site de la centrale de Penly, au nord de laSeine-Maritime, semble, cette fois-ci, bel et bien envoyé aux oubliettes. « Nous en sommes à terminer celui de Flamanville (Manche). Le gouvernement n'a pas l'intention de relancer, à ce stade, le projet de Penly », a confié Arnaud Montebourg cette semaine en exclusivité aux quotidiens de Haute-Normandie.

Pourtant, Arnaud Montebourg ne cache pas son enthousiasme pour évoquer la haute technologie des réacteurs de nouvelle génération. « Nous avons une grande confiance dans l'EPR, souligne le ministre du Redressement productif. Nous considérons que c'est un projet compétitif ». Le ministre a d'ailleurs été chargé par le gouvernement d'exporter cette technologie, « de diriger l'équipe de France du nucléaire en Arabie Saoudite et de défendre l'implantation d'EPR ». « L'EPR sera opérationnel dans peu de temps en Finlande, en Chine et nous espérons convaincre nos amis de Grande-Bretagne de l'adopter », explique Arnaud Montebourg.
Autrement dit, le ministre assure la promotion de l'EPR hors de France. Mais pas sur le territoire national. La raison ? Elle serait, selon lui, liée aux capacités de production déjà existantes ou promises avec la mise en œuvre de nouvelles filières, comme l'éolien offshore par exemple. Ainsi, alors que le gouvernement a initié, mi-décembre, un débat sur la transition énergétique, Arnaud Montebourg estime qu'« au vu des capacités de production électrique et des investissements massifs dans les énergies renouvelables qui concernent notamment la Normandie, comme Le Tréport [un appel d'offres pour le parc éolien offshore vient d'être lancé par l'Etat, Ndlr], nous considérons que nos capacités sont aujourd'hui suffisantes ».

Cette déclaration d'Arnaud Montebourg met donc un coup d'arrêt à un projet lancé il y a quelques années et pour lequel des investissements à hauteur de plusieurs millions d'euros ont déjà été engagés sur le site de Penly. L'implantation de l'EPR avait été obtenue en janvier 2009 du chef de l'Etat. A l'époque, Nicolas Sarkozy avait attribué le deuxième réacteur du genre - le premier fut d'abord décroché par Flamanville, dans la Manche - après qu'une « union sacrée » eut fait bloc auprès du gouvernement, notamment de Jean-Louis Borloo, pour l'emporter. Cette union était conduite par Antoine Rufenacht, à l'époque maire du Havre, qui bénéficiait de contacts directs avec le chef de l'Etat - « j'ai besoin de toi », lui avait dit Nicolas Sarkozy lors d'une visite au Havre quelques mois auparavant - et Sébastien Jumel, le maire communiste de Dieppe. Cette délégation « plurielle » était composée d'élus de gauche et de droite ; seuls les écologistes n'avaient pas participé à cette démonstration d'unité pour obtenir un projet prometteur en termes d'emplois et de retombées économiques.

Arnaud Montebourg a-t-il changé d'avis sur le nucléaire où s'inscrit-il dans « la solidarité » gouvernementale réclamée par le Premier ministre ? En tout cas, lors des primaires socialistes, en octobre 2011, Arnaud Montebourg avait entretenu un certain flou sur ses positions vis-à-vis du nucléaire. « A l'heure ou la filière photovoltaïque a été détruite par la baisse des tarifs de rachat pour cause d'économie budgétaire, les projets nucléaires en cours (EPR) ne peuvent être exemptés d'évaluation », écrivait-il dans son programme de campagne en vue de la présidentielle. Mais, mi-décembre 2011, il faisait adopter à l'unanimité par le conseil général de Saône-et-Loire qu'il présidait alors, un vœu portant sur « l'avenir de la filière nucléaire » et le « maintien du programme EPR ». Selon le texte adopté, l'EPR était « un programme qui doit être défendu et poursuivi. Il constitue une amélioration de la sécurité des centrales nucléaires existantes, ainsi qu'une diminution des déchets ».




Deux ans de retard à Flamanville

Le réacteur EPR à Flamanville avait été initialement évoqué en 2004 par Lionel Jospin. Le projet accuse aujourd'hui un retard de deux ans avec une livraison pour 2016 au lieu de 2014. Quant au coût, il est passé de 3,3 milliards d'euros à 6,6 avant d'atteindre 8,5 milliards d'euros.

L'EPR, une technologie développée par Areva

L'EPR (Réacteur pressurisé européen) est un équipement conçu pour produire de l'énergie à partir d'uranium enrichi à 5 %. Il est développé par l'industriel français, Areva. A ce jour, quatre EPR sont en construction dans le monde : un à Flamanville, un en Finlande et deux en Chine.
Malgré sa volonté d'abaisser la part du nucléaire dans la production d'électricité, de 75 % à 50 % d'ici 2025, le gouvernement semble vouloir rassurer la filière. Ainsi va-il ajouter un nouvel élément à « l'équipe de France » du nucléaire en créant un fonds destiné à soutenir les PME de la filière et les organiser pour les lancer sur une scène internationale monopolisée jusqu'ici, côté tricolore, par ses champions EDF et Areva.
Ce Fonds de modernisation des entreprises nucléaires (FMEN), doté de 153 millions d'euros, a vocation à prendre des participations dans les petites et moyennes entreprises du secteur. Le fonds sera abondé par des poids lourds du secteur, à savoir Vinci, Eiffage, Alstom, Areva et EDF, mais aussi par le Fonds stratégique d'investissement (FSI) qui devrait y contribuer à hauteur d'« un gros tiers ».
Le fonctionnement du FMEN sera largement inspiré de celui du fonds mis en place pour soutenir la filière automobile en 2009 en plein cœur de la crise. Ce fonds est lui détenu à parité par l'Etat, via le FSI, et les constructeurs Renault et PSA Peugeot Citroën.
Quelque 110 000 embauches à l'horizon 2020 seraient prévues, le gouvernement souhaitant « mettre un coup d'accélérateur sur les questions de sûreté nucléaire ». Il ne s'agira pas de 110 000 créations nettes, dans une filière qui en compte actuellement 200 000, mais de recrutements pour pallier par exemple des départs à la retraite.
Selon des chiffres de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) de 2011, il y aurait près de 30 000 sous-traitants dans le secteur, œuvrant souvent dans des conditions précaires. L'Etat souhaite aussi rassembler les PME de la filière pour les aider à exporter leur savoir-faire, en les fédérant notamment autour d'une marque.
Dans un communiqué, l'Observatoire du nucléaire, une association opposée à l'atome, critique la création d'un fonds pour le secteur du nucléaire, jugeant qu'elle témoigne du fait que la filière « n'a d'avenir que si elle est une fois de plus lourdement subventionnée par l'argent public ».
Entre incrédulité et colère, les élus dieppois accusent le coup, eux qui avaient relancé la mobilisation, comme à la fin 2008.

A Dieppe, les politiques réagissent : « Il faut qu'il y ait un EPR à Penly"

« Cela fait des mois que j'ai saisi le président de la République, le Premier ministre sur le sujet de l'EPR et nous n'avons jamais obtenu de réponse. Sur la forme, explique Sébastien Jumel, le maire PCF de Dieppe, c'est curieux qu'un ministre, sur un sujet aussi important que celui de l'énergie nucléaire, ne s'adresse pas d'abord aux acteurs politiques, économiques et sociaux de la région ».
Pas content le maire de Dieppe ! D'autant qu'à ses yeux réside un paradoxe dans les déclarations du ministre du Redressement productif, ambassadeur de l'EPR à l'étranger mais pas en France. « Je me réjouis qu'il ait confiance dans l'EPR mais, dans ce cas, après Flamanville, il faut qu'il y ait l'EPR à Penly », explique Sébastien Jumel.
C'est aussi le sentiment d'André Gautier, conseiller municipal UMP en lice pour les prochaines municipales. « Voyant que tout était en stand-by, j'ai relancé l'union sacrée de 2008 pour faire valoir nos atouts », explique-t-il. Dans cet esprit, le conseil municipal de Dieppe a donc adopté à l'unanimité, mi-décembre, un vœu proposé par l'opposition avec un objectif : peser auprès du gouvernement pour débloquer une situation figée. « A ma demande, ajoute de son côté Sébastien Jumel, l'agglomération a également adopté un vœu qui va dans le même sens ».
Pour André Gautier en tout cas, c'est « un très mauvais coup porté à la Haute-Normandie et, en particulier, à toute la filière énergie ». Pour l'élu dieppois, les déclarations du ministre du Redressement productif sont « ahurissantes sur le plan de l'emploi et sur le plan de l'indépendance énergétique du pays ».

Sollicitée, la députée PS Sandrine Hurel n'a pu être jointe. Elle se trouvait en séance à l'Assemblée nationale.

 

Stéphane Siret

Commentaire de Florestan:

L'EPR de Flamanville prouve au moins une chose: c'est que seule EDF semble croire dans l'avenir de la Normandie pour y investir plus de 8 milliards (alors qu'on mégotera chaque centime pour la future ligne rapide de chemin de fer...)

Moi je me réjouis que le pays de Caux et de Dieppe échappe au pacte faustien du nucléaire qui défigure le Cotentin, car derrière l'EPR et sa radioactivité plus ou moins bien confinée, il y a les THT qui balafrent les paysages et dont les courants vagabonds donnent des migraines aux vaches par temps humide...

Et en Normandie, on le sait il fait souvent mucre!


Sur le fond, Montebourg a raison:  la Normandie s'est spécialisée dans la production d'énergie pour les autres (pétrole; électronucléaire et bientôt électricité éolienne marine) mais pour des avantages qui restent maigres par rapport aux inconvénients...

Je suggère que l'argent provisionné pour le second EPR par EDF soit basculé vers le financement de la LNPN: la Normandie électronucléaire n'a toujours pas de TGV!

En attendant, les satrapes de circonscription du côté de Dieppe hurlent car ils ne verront pas le vif argent électro-nucléaire se déverser sur leurs électeurs: les projets de rénovation de salles polyvalentes multi-médias; de piscines olympiques dans la campagne; de rond-points paysagers illuminés devront encore attendre!

Quant à Sandrine Hurel, elle démontre par son silence embarrassé, que le satrape demi-régional Ooh Normand qu'elle a habitude de fréquenter, n'est pas si haut... que cela!