Dans la Normandie dispersée façon "puzzle" on retiendra les dix plus gros morceaux... qui viennent d'achever la présentation et le vote de leurs budgets (investissements et fonctionnement) pour 2013.

Pour cette année, la rigueur budgétaire est annoncée avec:

1) le gel voire la baisse des dotations financières de l'Etat qui est la source principale de ressource financière des collectivités territoriales françaises (ce qui prouve bien que nous vivons une fausse décentralisation...)

2) l'augmentation quasi incompressible des budgets de fonctionnement notamment pour les départements qui ont en charge la politique sociale publique de proximité: en cette période de crise avec la généralisation de la pauvreté et de la précarité, affectant notamment les bassins d'emplois et de chômage d'une Normandie encore largement industrielle, ces budgets explosent, notamment en Seine Maritime.

3) D'où la nécessité, malicieusement serinée par les magistrats de la toute nouvelle cour régionale des comptes de Normandie (très contents de la réunification ces magistrats...) de faire de vraies économies structurelles, par des mutualisations, des regroupements, des fusions et des économies pour éviter certains gaspillages...

L'an passé, la nouvelle cour régionale des comptes de Normandie a contôlé l'utilisation de près de 15 milliards d'euros d'argent public (en budget de fonctionnement), 20 milliards, si l'on compte les investissements: cet argent de nos impôts est dépensé par plus de 2000 entités publiques ou para-publiques (collectivités, syndicats mixtes, GIP, EPIC, associations, etc...) réparties sur le territoire des cinq départements normands...

D'où cette remarque impertinente: il y aurait certainement des économies à faire!

A commencer par supprimer le conseil régional qui est de trop en Normandie.

Cette politique structurelle d'assainissement et de réorganisation a été conduite en Italie en 2012: là-bas, le gouvernement de technocrates présidé par Mario MONTI qui vient de démissionner, n'a pas hésité à regrouper des collectivités territoriales contre la volonté des élus locaux dans un souci d'économie de l'argent public et pour une plus grande efficacité: ça nous rappelle quelque chose! Non ?!

Enfin, les chiffres suivants et le classement que l'on peut en déduire, prouvent qu'une mutation territoriale est en cours:

Derrière la Normandie plongée dans le formol politicien des cinq départements et des deux régions, montent en puissance les grandes communautés d'agglomération de Rouen, du Havre et de Caen. En terme de budget, par exemple, le poids de la CREA (Rouen) voisine celui du département du Calvados, tandis que celui de la CODAH (Le Havre) rattrappe celui du département de la Manche. D'une manière générale, la première collectivité bas-normande en terme de budget mobilisé, à savoir le Conseil régional, n'est que la 3ème de Normandie après la Seine-Maritime et le Conseil régional de Haute Normandie, le département de l'Eure occupant une position intermédiaire...

Ainsi, le décrochage se confirme entre la Normandie métropolitaine littorale et séquanienne ( en gros, celle du festival "Normandie Impressionniste") et les suds normands des petites villes rurales des départements de la Manche, de l'Orne et de l'Eure.

Ce qui rend d'autant plus consternant l'égoïsme territorial de certains élus qui se disent "socialistes" quand on sait que sur les DIX PREMIERES COLLECTIVITES NORMANDES, six sont gérées par des majorités de gauche...

Cet égoïsme territorial mettant en branle des concurrences inutiles devient un luxe coûteux que les chômeurs- salariés électeurs ou les chefs d'entreprise normands ont de plus en plus de mal à apprécier en ces temps de crise économique qui devraient inciter à plus de solidarité: on ne peut que regretter que ces Dix grandes collectivités normandes n'aient pas encore eu l'idée de constituer un...

 

G10 NORMAND

 

 

... mettant en oeuvre une prospective commune avec des solidarités renforcées entre collectivités à l'instar de ce qui existe déjà avec le "276" (CG 27; CG 76 et CRHN): mais certains responsables socialistes (haut) normands considèrent, peut-être, que c'est là une idée trop collectiviste voire dangereusement bolchévique pour oser la mettre en oeuvre.

A moins que la crise des finances publiques qui risque de perdurer, n'en décide autrement...


Le TOP 10  des COLLECTIVITES NORMANDES par la taille du budget en 2013:

1ère:

La Seine-Maritime ( Didier Marie président PS du CG76)  est de loin la première collectivité territoriale normande avec:

1,3 MILLIARDS d'euros en fonctionnement et 400 MILLIONS en investissement: la Seine-Maritime est un département fiscalement très riche mais avec une population jeune et pauvre... L'Etat doit toujours près de 100 millions au conseil général. Mais depuis que François Hollande est à l'Elysée, Didier Marie ne crie plus haro, haro...


2ème:

Le conseil régional de Haute-Normandie, avec comme président , le socialiste Alain Le Vern, indéboulonnable satrape demi-régional depuis 1998.

Avec 520 Millions d'euros de fonctionnement et 350 millions d'investissement: gestion prudente et rigoureuse de la fourmi Le Vern! L'endettement est modéré... Les ris ont été pris depuis longtemps pour réduire la voilure et la demi-coque régionale haut-normande semble armée pour le gros temps: mais pour quoi faire ? Et surtout pour aller où?

La Normandie par la preuve ou la Normandie par l'épreuve?

Il y a un cap que le capitaine Le Vern refuse de doubler: on sait malheureusement lequel et le naufrage guette...

3ème:

Le conseil régional de Basse-Normandie, géré à gauche depuis 2004 et depuis 2008 par Laurent Beauvais, un partisan convaincu de la nécessité d'une unité normande (d'une manière ou d'une autre) aligne pour 2013, 440 millions d'euros de fonctionnement et 275 millions d'investissements, signe d'un effort important pour préparer l'avenir d'une demi-région consciente de son déclin. Cet effort maintenu est financé en partie par une hausse raisonnable de l'endettement. On comprend mieux pourquoi Laurent Beauvais avait proposé à son compère mauvais coucheur de Haute-Normandie d'expérimenter la gestion directe des fonds structurels régionaux européens... Mais le mauvais coucheur qui ose se dire "socialiste" en a décidé autrement!

4ème:

La Communauté d'agglomération de Rouen, Elbeuf Austreberhe, rassemblant quelques 590 000 habitants, présidée par Frédéric Sanchez (maire PS du Petit- Quevilly) mais faite au forceps par Laurent Fabius et désormais associée à la CASE (Communauté Seine Eure: Louviers Val de Rueil) par delà la limite départementale, se hisse désormais au 4ème rang des budgets des collectivités normandes avec 460 millions d'euros de fonctionnement et 190 millions d'euros d'investissement: le poids de Rouen, métropole de Normandie apparait ici.

Rouen ne peut plus être ignorée ou oubliée entre Lille et Nantes et c'est une bonne chose qu'une grande métropole puisse enfin émerger en Normandie... Sauf que la CREA ignore encore l'intérêt de construire un espace normand: certaines urgences récentes ou prochaines devraient réveiller les consciences rouennaises!

5ème:


Le département du Calvados, que nous avons l'habitude ici de qualifier de "département de la réunification normande" a, dans ce classement, une position centrale conforme à sa géographie:

Limitrophe de tous les autres départements normands, au coeur de la Normandie, avec une situation socio-économique plus équilibrée que les autres territoires. Avec 550 millions d'euros de fonctionnement et tout juste 100 millions d'investissement, on sent que le nouveau président centriste du conseil général, Jean-Léonce Dupont, essaye de tenir la quadrature du cercle entre l'inévitable montée des dépenses de solidarité liée à la crise et la nécessité de faire des économies ou d'éviter d'augmenter l'endettement. C'est donc l'investissement qui recule alors que le territoire du Calvados subit la poussée  fusionnelle de la métropolisation sur l'Estuaire mise en route par Le Havre. Mais au lieu de renforcer les liens entre le Calvados et l'agglomération de Caen qui pousse aussi, le départementaliste borné Dupont préfère faire la guerre à ... Caen, parce qu'il n'aime pas les métropoles. Combat d'arrière garde aussi dangereux qu'inutile car l'agglomération de Caen n'a pas d'autre choix que d'entrer dans le pôle métropolitain de l'Estuaire pour collaborer avec l'agglo du Havre...

6ème:

Le département de l'Eure, présidé par le socialiste Jean-Louis Destans vient de changer de logo: à la bonne heure! Car l'Eure a enfin compris que l'heure normande avait sonné en tant que porte d'entrée de notre région sur la région parisienne... A moins que cela ne soit l'inverse hélas!

En effet, conscient depuis longtemps des risques d'éclatement du territoire départemental dont les marges Est sont de plus en plus intégrées à une 3ème ou une 4ème couronne de la banlieue parisienne avec une montée des risques de ségrégations sociales et économiques (ex: le prix du mètre carré ou le "mur tarifaire" de Vernon), le conseil général de l'Eure maintient une puissante politique de solidarité locale voire micro-locale avec un budget de fonctionnement qui avec 440 millions d'euros demeure très important ainsi qu'un budget d'investissement maintenu à 130 millions d'euros.

7ème:


Le département le plus à l'Ouest de la "Normandie de l'Ouest" (c'est comme ça qu'il faut dire désormais...) ne veut plus être une marge et encore moins une marche... de Bretagne:
avec 416 millions d'euros en fonctionnement et 105 millions d'investissements, le budget accompagne socialement le vieillissement de la population départementale mais aussi l'apparition des déserts médicaux ruraux. Du côté de l'investissement, la question de l'achèvement du désenclavement départemental (routes, fibre numérique...) est toujours d'actualité. Le président (UMP) Jean-François Legrand qui fait certainement son dernier mandat a renoncé au splendide isolement manchois pour ne plus être manchot dans la future Normandie qui s'organise autour des métropoles et des ports: une vision commune entre Caen, St Lô et Cherbourg mais aussi jusqu'à Avranches et le Mont St Michel est indispensable. C'est l'émergence de la "Normandie de l'Ouest"

8ème:

Le moteur économique de la future Normandie unie est là: sur l'Estuaire avec pour épicentre, l'agglomération du Havre et son Grand Port Maritime, qui se veut le débouché privilégié du Grand Paris.

Déjà forte de plus de 350 000 habitants, l'agglomération havraise vient de s'associer à un pôle métropolitain de l'Estuaire étendu de Fécamp au Nord à Lisieux et St Pierre sur Dives au Sud, Deauville- Trouville à l'Ouest et Lillebonne à l'Est, soit un ensemble de plus de 600 000 habitants à cheval sur trois départements et deux régions: bref! A partir de juillet 2013, c'est le processus de réunification de notre région qui démarre sur l'Estuaire. En attendant le futur pôle, la Communauté d'Agglomération du Havre, présidé par Edouard Philippe, député-maire UMP du Havre en tant que successeur d'Antoine Rufenacht (qui demeure le président de l'association des élus de l'Estuaire) aligne un budget de 350 millions d'euros pour le fonctionnement et de 160 millions d'euros pour l'investissement, soit un budget presqu'aussi important que celui du département de la Manche. Cependant, la commune centre du Havre continue de perdre de nombreux habitants au profit de sa périphérie et le grand port maritime est de plus en plus concurrencé par Anvers et Rotterdam quant à être encore le premier port français pour les conteneurs... D'où la nécessité vitale pour Le Havre de construire un territoire régional efficace et cohérent: chose qu'on lui refuse depuis 1972 avec la confirmation d'une absurde division normande!

9ème:


Mais vers où le cheval de l'Orne galope-t-il? Le décrochage semble patent: à ruer dans les brancards, le cheval ornais a perdu sa cariole. L'Orne, le plus rural et le plus marginalisé des départements normands semble réduit à deux options d'avenir: soit accueillir les déchets industriels toxiques de GDE, soit accueillir Thierry Ardisson en résidence comme d'autres grands bobos médiatiques parisiens qui se mettent au vert dans ce département bucolique.

 Avec 283 millions d'euros de fonctionnement indispensables à la vie d'un département vieillissant et rural s'ajoutent seulement 83 millions d'investissement soit le plus petit budget dédié à l'investissement du top 10 des collectivités territoriales normandes. Où va Alain Lambert, président DVD de l'Orne? Du côté d'Argentan (Laurent Beauvais), d'Alençon (Joaquim Pueyo) de Flers (Yves Gasdoué) on s'interroge, on s'inquiète car l'Orne n'est pas épargnée par le grand big bang métropolitain: la dislocation de l'Orne entre région parisienne à l'Est (le Perche) et attractivité ligéro-bretonne au Sud et à l'Ouest (Le Mans -Rennes) a commencé...

10ème:


L'avenir de "Caen la mer" c'est d'être vraiment Caen sur Mer et de ne plus être "Caen l'amer"! 
L'agglomération caennaise est la seule agglomération métropolitaine en demi-région bas-normande mais c'est aussi la plus petite des trois grandes métropoles à l'échelle normande. D'où l'urgence pour Philippe Duron député-maire PS et président de l'agglomération depuis 2008 de "muscler" Caen dans un contexte politique difficile: le localisme clochemerlesque faisant encore des ravages chez les élus! Néanmoins, sous la menace du préfet, le maire de Ouistreham a enfin accepté d'entrer dans l'agglo qui peut s'associer enfin pleinement au développement portuaire et maritime de Caen: une navette de porte-conteneurs va lier à partir d'avril prochain les ports de Caen et du Havre.

Avec l'entrée de trois communes de plus (Ouistreham, Colleville Montgomery et Verson) l'agglomération dépasse désormais 245 000 habitants. Cependant, les relations avec le Calvados restent difficiles (voir plus haut) car l'entrée de Caen la Mer dans le pôle métropolitain de l'Estuaire est inévitable (après les élections municipales de 2014): la coopération concrète entre les agglos du Havre et de Caen n'étant que le prélude à la constitution de la fameuse métropole normande en réseau avec Rouen.

Mais pour jouer dans la cour des grands, Caen la Mer ne peut se permettre de rester la 10ème du top 10 avec un budget de 252 millions d'euros de fonctionnement et 107 millions d'euros d'investissements: l'effort d'investissement va rester important car Caen, future métropole de la "Normandie de l'Ouest" (projet de CCIT) a le potentiel d'être la technopole de la future Normandie métropolitaine qui débute maintenant son processus fusionnel: on comprend pourquoi Philippe Duron s'est emparé du dossier de la Ligne Nouvelle Paris Normandie.