Plus que jamais, la mobilisation des forces vives normandes (milieux consulaires et représentation des deux CESER normands la main dans la main) est nécessaire pour garantir l'intégrité du projet de Ligne Nouvelle Paris Normandie (LNPN) et pour argumenter en faveur de son financement en tant que projet essentiel pour l'intérêt national en cette période de vaches maigres y compris en Normandie.

 

Malgré la brume politique qui continue de planer sur l'Axe Seine (on aurait, semble-t-il, un mal de chien à trouver le gendre idéal aux yeux d'un certain Alain Le Vern pour faire office de "délégué interministériel" devant mettre en musique cette nouvelle "gouvernance" partagée dont la présentation devrait faire l'objet d'une conférence des trois présidents de région concernés en juin prochain) ... plusieurs faits démontrent que le dossier n'est pas mort et qu'il pourrait finalement aboutir...

1) L'intérêt national de la LNPN semble faire l'objet d'un consensus notamment du côté de la commission "Mobilités 21" présidée par Philippe Duron, le député-maire PS de Caen qui doit évaluer les projets d'infrastructures à l'aune des finances disponibles dans un rapport attendu pour juillet 2013: la LNPN sera un moyen important pour renforcer la compétitivité des grands ports maritimes français en assurant leur désenclavement ferroviaire. Un récent rapport de la Cour des comptes disait aussi la même chose: la LNPN ne sera pas une LGV / TGV de plus mais un projet innovant et poylvalent créant un nouveau modèle ferroviaire en France. Nous l'appelons le modèle de "la grande vitesse de proximité".

 

 

2) Frédéric Cuvillier, ministre délégué des Transports a écrit le 4 février dernier à Jacques Rapoport, le patron de Réseau Ferré de France pour argumenter en faveur de la LNPN face à la commission "Duron" sur la question de l'optimisation technique et financière du projet. En outre, le ministre demande à RFF de "mener d'ici mai 2013 les études qui permettront de mettre en exergue sur l'ensemble de périmètre géographique les partis d'aménagement présentés au débat ainsi que les alternatives potentielles en identifiant les réductions du coût total de l'opération qui en résulteraient" Et ajoute: "Vous rendrez compte régulièrement de vos travaux à la direction des infrastructures des transports qui réunira, à la fin du mois d'avril 2013 les services des collectivités intéressées..."

Ce courrier du ministre a soulagé décideurs et élus en Normandie, notamment à Rouen: malgré l'absence d'un comité de pilotage, les études vont se faire avec une enveloppe financière que des élus bas-normands sont allés cherchés avec les dents, faut-il le rappeler!

3) Philippe Duron et d'autres décideurs proches du dossier pensent, non sans raison, que la clef de la survie du projet normand est d'impliquer davantage la région Ile de France qui, pour l'instant, se préoccupe plutôt de son avenir depuis l'annonce récente de créer une communauté d'agglomération pour faire le "Grand Paris". Cependant, des rencontres ont eu lieu récemment entre responsables normands et franciliens, on pensera par exemple à une entrevue des présidents de CESER normands avec Jean-Paul Huchon, le patron (on ne trouve pas d'autre mot) de la région Ile de France.

Concrètement, il s'agit de savoir dans quelles conditions (complexes) il serait possible de mutualiser techniquement et financièrement dans l'Ouest francilien, les projets EOLE (prolongation du RER E vers Mantes la Jolie) et de la LNPN (création d'une LGV nouvelle pour les grandes lignes normandes dans le Mantois). Comme nous l'avons toujours dit ici, il devient clair pour tous que vu l'état des finances, il ne sera pas possible de faire à la fois EOLE et la LNPN ou, dumoins, deux projets qui s'ignorent... 

C'est actuellement l'enjeu qui détermine l'avenir même du projet:

Résoudre le problème de la saturation du réseau ferroviaire de la banlieue ouest de Paris est la priorité de la région Ile de France mais les responsables politiques normands peinent à s'unir (précisons-le car les forces vives normandes font bloc) pour faire de l'opportunité d'offrir à la Normandie la meilleure sortie ferroviaire de la région parisienne, une priorité!

 D'où l'idée de fusionner les deux priorités.

De toute façon, il n'y a pas, semble-t-il, l'argent ni même la possibilité technique de faire les deux: EOLE doit être compatible techniquement avec la LNPN et réciproquement, notamment au niveau du futur tunnel de sortie de Paris (Hausmann- St Lazare- Nanterre)... Dossier techniquement très complexe, la complexité politique n'étant pas la moindre!

Les responsables normands sont désormais clairement conscients de ce problème: c'est un grand progrès!

4) Autre prise de conscience qui fait progresser notre affaire ferroviaire:

A Rouen, on a enfin compris que tout le monde se fichait pas mal des Rouennais et du projet de gare à St Sever Rive Gauche mais qu'en revanche, tout le monde en Normandie semble avoir compris que Rouen était, de fait, un noeud ferroviaire incontournable (avec le noeud de Mantes la Jolie), d'où l'urgence de le moderniser pour que ça puisse profiter à tous: Le Havre, Caen, Cherbourg, Lisieux, Evreux...  Le projet de gare à St Sever ne devenant qu'un élément parmi d'autres du noeud ferroviaire rouennais.

C'est ainsi que le consensus est complet entre les deux présidents de région demi-normands (Alain Le Vern et Laurent Beauvais) sur l'opportunité de réouvrir la liaison Evreux- Rouen en rapport avec le fameux "Y" normand de séparation pour lequel Laurent Beauvais avait quelque peu mouillé sa chemise au cours du printemps 2009...

Par contre, il faudra veiller à ce que le "Y" normand ne devienne pas un "Y" francilien ou mantois... faute de finances!

5) Il parait désormais clair à tous, que si la LNPN ne doit pas être un TGV de plus mais un vrai projet innovant, il paraîtrait absurde sinon ridicule, en terme d'exploitation et de maintenance, de faire rouler sur la LNPN des TGV classiques à petite vitesse ou pire, des vieux TGV qui finiraient leur carrière en Normandie (comme on le fait déjà pour les vieux chevaux de course...).

Pour ce nouveau créneau de vitesse ferroviaire (200 / 250 km/h) il faudra de nouveaux matériels.

D'où l'idée actuellement agitée du côté du conseil régional de Haute-Normandie de se rapprocher du projet I-TRANS développé par la région Nord-Pas-de - Calais qui vise à créer dans le Nord un grand pôle industriel de construction de matériels ferroviaire...

 

Dans les cartons, y aurait-il un projet de train pendulaire "à la française" qui permettrait de faire rouler des convois rapides sur un réseau ferré classique sans faire de grands travaux de terrassement pour corriger le rayon de courbure des virages? (en Italie, le "pendolino" penche dans les virages tout en gardant son assiette car les voitures sont montées sur des rotules...). De même, des motrices plus puissantes (équipées de bogies moteurs) pourraient grimper des pentes supérieures à 4%: le tunnel sous fluvial de Rouen entre rive gauche et rive droite serait ainsi moins long et donc moins coûteux puisqu'il serait aussi possible d'utiliser l'emprise foncière de l'A 150 à la hauteur de Barentin...

Dans une logique de "noeud ferroviaire", le site de la gare de Sotteville-les-Rouen, actuellement le plus grand cimetière ferroviaire de France (ou presque!), pourrait devenir le site de maintenance de la LNPN et de ces nouveaux matériels roulants.

 

6) Concernant le fret généré par le grand port maritime du Havre, il semblerait, a priori, légitime d'intégrer dans le projet de LNPN,  la remise à niveau et la transformation de la ligne Motteville -Serqueux- Gisors pour en faire une rocade ferroviaire Nord dédiée au fret  évitant  Rouen. Mais Alain Le Vern (puisqu'il s'agit encore de lui) prend le risque d'arbitrages financiers alors que l'urgence est de savoir comment on peut déboucher le Mantois (voir le point 3). D'autant plus qu'on ne sait toujours pas comment cette nouvelle ligne de fret ferroviaire serait connectée au réseau complexe de la région parisienne.

L'avenir n'est certainement pas dans ce bricolage (nécessaire mais insuffisant...)

Le véritable désenclavement du port du Havre pour le fret ferroviaire ne pourra se faire que par la construction d'un tunnel sous fluvial dans l'Estuaire  branché au réseau ferré bas-normand vers Tours et Bordeaux, via la gare de Mézidon-Canon: Il est certain que cette option (un reste du scénario C) sera en son temps exigée par le pôle métropolitain de l'Estuaire et par la future chambre de commerce territoriale de l'Estuaire avec un plan de financement qui pourrait s'inspirer de celui qui a permis, avec succès, la construction du Pont de Normandie par la seule chambre de commerce du Havre en 1993- 1995.

 

6) Dernier point, concernant les hommes et femmes qui travaillent le dossier:

- Bernard Cazeneuve, l'un des partisans les plus historiquement zélés de la LNPN tient désormais les cordons de la bourse de l'Etat: enfin un ministre normand régalien! Certes, il n'y a plus un rond dans la bourse mais c'est Bernard Cazeneuve qui tient les cordons de la bourse. Cela ne peut donc pas nuire à nos affaires ferroviaires normandes!

- Guillaume Pépy vient d'être renouvelé dans ses fonctions de PDG de la SNCF avec pour mission de mettre en oeuvre le rapprochement entre la SNCF et la RFF, un projet souhaité par Philippe Duron: réunifier la SNCF est tout aussi nécessaire que de réunifier la Normandie!

- Sandrine Chanzi vient d'être nommée à la direction régionale normande de RFF. Il paraît que c'est une femme de rigueur et d'énergie car pendant que la direction nationale de RFF s'occupe du futur (la LNPN  est l'objet d'une équipe ad-hoc pilotée à Paris dont Philippe Adam est le correspondant régional) il faut bien gérer la dégradation quotidienne d'un réseau ancien à bout de souffle et des usagers à bout de nerf tout aussi usés que rails, gares, voitures ou locomotives...

http://www.rff.fr/fr/contacts-52/contact-dr/haute-et-basse-normandie

- Gérard Lissot: on ne le présente plus! Le président du CESER  Haute-Normandie et de l'Association de promotion de la LNPN a pris son bâton de pélerin et fait beaucoup actuellement pour faire avancer le dossier: "Ne plus faire n'importe quoi!" dit-il avant de préciser: "mais ne rien faire c'est mortel!"

La pétition lancée par l'association qu'il préside rencontre un succès certain: plus de 3000 signatures à la date de ce billet; pétition signée tant par de simples particuliers que par des décideurs ou des institutionnels tels que les deux présidents de région demi-normands (enfin!)

Laurent Beauvais: le président de région en Normandie (de l'Ouest) confirme son attachement à la LNPN en tant que projet global d'intérêt national. "Il faut continuer à se battre non pas pour faire rêver mais au contraire pour plaider la cause du retard ferroviaire normand et travailler à des solutions moins onéreuses et séquencées dans le temps mais qui doivent rester globales et donc conforter la solidarité entre tous les territoires". 

Voilà qui est parler en socialiste normand ou en normand socialiste !

 Mais on vous a gardé le meilleur pour la fin...

"Ce sont les projets qui dictent les coopérations

et non pas les limites administratives !"

 

Alain LE VERN

Mot mémorable prononcé le 11 mars 2013, devant le CESER Haute-Normandie, pour répondre à la question de savoir pourquoi il n'y a pas plus de concertation entre les deux conseils régionaux normands: cela concernait le PRES Normandie Universités mais cela concerne autant sinon plus la LNPN...

 

 

Celui-là n'est pas président de Région!

(hommage à Magritte)