De quoi s'agit-il ? D'une flambée d'égoïsme local de type "nimbyste" (Not In My Back Yard: "pas au fond de mon terrain") face à l'inexorable nécessité de l'intérêt général ou d'un déni de démocratie? Les deux mon capitaine! L'achèvement de la rocade autoroutière de la région parisienne traine depuis près de 40 ans: le maillon manquant correspond au maillon faible normand et rouennais. Entre le Nord de l'agglomération de Rouen et Orléans, il n'y a aucune liaison autoroutière satisfaisante (mise à part la section Rouen Rive Gauche -Evreux- Nonancourt) alors que cette liaison est stratégique si l'on veut vraiment que Rouen ne soit plus la "métropole oubliée" au Nord-Ouest de Paris entre Lille (Nord- Europe) et Rennes- Nantes (Grand Ouest ligéro-breton)...

 

Ce désenclavement routier (mais aussi ferroviaire) est d'autant plus nécessaire qu'il s'agit d'assurer l'accès du port de Rouen depuis les silos à grain de la Beauce et d'accueillir la future déconcentration tertiaire de la région parisienne vers les grandes villes du Bassin Parisien (Caen-Rouen- Le Havre à l'Ouest/  Tours-Orléans au Sud-Ouest / Beauvais- Amiens au Nord / Reims à l'Est)

Voilà pour le tableau général mais sur le terrain du futur fuseau retenu pour le contournement Nord-Est de Rouen, ça coince: les maires des communes concernées sont furieux et leurs arguments sont loin d'être illégitimes...

On lira dans Filfax Normandie (15/03/13 N°4527 p. 1) ceci:

"Dix-neuf maires de toute sensibilité concernés par la liaison A28- A13 à l'est de Rouen viennent d'adresser une lettre cinglante au ministre délégué aux Transports, Frédéric Cuvillier, pour demander une révision du tracé mis à l'étude par l'Etat en octobre 2012. Cette dernière mouture d'un projet vieux de 30 ans a reçu l'aval de l'Europe sur les questions environnementales, (ndlr: cf l'épisode de la "violette de Rouen"), mais "est l'objet d'un rejet vigoureux", lit-on dans une lettre signée notamment par le sénateur -maire communiste d'Oissel, Thierry Foucaud, le maire de St Etienne du Rouvray, Hubert Wulfranc, les maires des Authieux sur le Port St Ouen, de la Neuville Champ d'Oisel, également par des maires de l'Eure, concernés par la liaison A28 - A 13. Parmi eux, le maire socialiste de Val de Reuil, Marc-Antoine Jamet, son collègue PS de Pont de l'Arche, Gérard Jacquet... (ndlr: Franck Martin, le maire de Louviers semble extérieur à cette  bronca...)

"Tous reconnaissent la nécessité de réaliser le contournement, le courrier considère que la dernière proposition de la préfecture "méconnait les enjeux en matière d'aménagement du territoire, de développement économique, de santé, d'environnement et de qualité de vie (...) Réfléchi en vase clos, le projet serait à prendre ou à laisser. Il ignore les réalités économiques et humaines des territoires concernés" écrivent les maires au ministre des Transports.

" L'opposition porte sur le tracé du barreau de raccordement à l'agglomération de Rouen. Evitant le site Natura 2000 de Saint-Adrien (coteau dominant la Seine) (ndlr: s'y trouvent des captages pour l'eau de robinet des Rouennais), il traverse la commune périurbaine des Authieux sur le Port St Ouen avant de franchir la Seine vers Oissel. Ce projet "bafoue les risques routiers, les risques humains, le gâchis agricole (sic)". Vers l'Eure et l'A13 qu'il rejoint à la hauteur de Val de Reuil, le tracé impacte la biodiversité en touchant la forêt de Bord et plusieurs zones Natura 2000. Et la solution retenue "réduirait significativement le potentiel de développement industriel de la zone Seine-Sud et ferait disparaître plusieurs entreprises", avertit le courrier.

"Les signataires de la lettre conteste que l'Europe ait refusé le tracé initial qui prévoyait la traversée du coteau de Saint-Adrien par un tunnel et demandent qu'il "soit approfondi, retravaillé et assorti des contreparties environnementales acceptables par tous"

"Le  raccordement vers l'A13 pourrait se faire par un barreau "d'intérêt économique régional" (ndlr: enfin!) à deux voies avec un pont classique et gratuit (ndlr: solution totalement irréaliste!). Les dix-neuf maires demandent la suppression du péage d'Incarville (Louviers- Val de Reuil) sur l'A13  "réclamée depuis longtemps", afin de fluidifier le trafic.

"Pour le sénateur-maire d'Oissel Thierry Foucaud "il n'y a pas de nouveau débat public. Donc on demande à revenir en arrière, au tracé initial".

Il conteste la méthode du "passage en force" qui assure-t-il, "ne tient pas compte de l'avis des élus. Il faut écouter tout le monde. C'est une question de démocratie".


Commentaires de Florestan:

Conflit de type "nimbyste" on ne peut plus classique, serait-on tenté de dire, d'un prime abord, mais du côté des hauts fonctionnaires de l'Etat ou de la Préfecture on en est encore à pratiquer des méthodes autoritaires de caserne: il faudrait leur dire qu'on n'est plus à l'époque du Petit Corse!

Du côté des élus: "faudrait écouter tout le monde". Des élus justement,  s'il y en avait moins, la démocratie ne s'en porterait pas plus mal.  Il faudra bien la faire un jour cette route et la faire passer quelque part...

La seule remarque intéressante concerne la suppression du péage d'Incarville. Les élus protestataires ont raison sur un point essentiel qui n'a pas été pris en compte:

Le contournement routier de Rouen par le Nord-Est ne concerne pas que Rouen et son agglomération mais l'ensemble d'un pays métropolitain "roumois"  étendu sur les deux rives de la Seine: cette infrastructure doit donc servir à tous et à toutes les échelles, les échelles locale et normande n'étant pas les moindres. 

Et la suppression de l'un des nombreux péages tenus par la mère maquerelle du bitume autoroutier normand (la SAPN) serait une sorte de symbole!

Un projet alternatif et pertinent à celui que voudrait imposer l'autorité préfectorale existe, découvrez-le en cliquant sur le lien suivant:

http://apache-authieux.fr/