Le sociologue Hervé LE BRAS et le démographe et anthropologue Emmanuel TODD viennent de co-signer un livre étonnant sur les moeurs, modes de vie et mentalités de la société française:

Le mystère français

Pour faire simple, le mystère français c'est que la société française est suffisamment active, dynamique, autonome et solidaire pour résister sans s'effondrer, avec une colère contenue mêlée de résignation, à la plus grave crise économique et politique que nous ayons à subir depuis la Seconde Guerre Mondiale...

La clef du mystère? 

Sur le socle de la solidarité nationale mise en oeuvre en 1945/1946 à la Libération à partir des idées du Conseil National  de la Résistance (par ex: la Sécurité Sociale et la politique familiale) le grand acquis de la seconde moitié du XXe siècle dans l'histoire de France c'est la conquête de l'autonomie et de l'égalité pour les femmes et son corrolaire: la démocratisation scolaire et de l'accès aux diplômes supérieurs des années 1960- 1990...

D'où un autre mystère, qui ne l'est plus en regardant les cartes proposées par les deux auteurs et qui nous emplira de tristesse:

Déclin scolaire

(infographie Ouest-France tirée du livre)

La Normandie n'est plus "pays de sapience".

Cette région anciennement riche et peuplée, industrieuse avec des paysans qui savaient lire et écrire subit depuis 40 ans un véritable décrochage scolaire. Ou plutôt, la Normandie a loupé la démocratisation de l'accès vers l'enseignement supérieur et les diplômes post-bac en restant au niveau de la scolarisation primaire et secondaire: la Normandie, grande région rurale et industrielle, l'est restée et n'a pas réussi comme les autres régions rurales de l'Ouest français à devenir aussi une région de cadres et de chercheurs. Le déclin ou l'absence d'ambition métropolitaine en Normandie (les grandes villes où se fixe l'avenir des jeunes les plus talentueux et les plus ambitieux) ne fait qu'aggraver ce retard scolaire en terme de niveau de diplôme: les jeunes normands post-bac s'en vont massivement et ne reviennent pas!

Tant qu'il n'y aura pas à Caen, au Havre ou à Rouen, les projets et les occasions ou opportunités de donner envie aux jeunes normands les plus talentueux de construire leur avenir ici en Normandie, nous n'aurons que nos yeux pour pleurer!

Mais il semble que la prise de conscience soit enfin là, du moins du côté des forces vives régionales et de la société civile: pour les élus, il faudra encore attendre, attendre... Jusqu'à quand?