La "NORMANDIE" est un nom connu dans le monde entier: le 6 juin 1944 a fait de la terre normande un lieu de mémoire pour les Américains qui ont ce nom en grand respect. De nombreuses villes américaines ont des artères autoroutières, avenues ou boulevards qui portent le nom de notre région. Ici, par exemple à Los Angeles, "Normandie Avenue" est le boulevard qui mène à Hollywood...

C'est la raison pour laquelle les agglomérations de Caen, de Rouen et du Havre ont décidé d'une marque et d'une action "marketing" commune pour leur promotion immobilière: "Normandy Avenue" est d'ailleurs la seule véritable coopération métropolitaine actuellement en cours entre les trois grandes viles normandes. Dans la vraie vie économique et des affaires, on ne se tire pas une balle dans le pied plusieurs fois, on laisse ce sport masochiste aux politiques!

Un normand qui a, semble-t-il, pris conscience de la notoriété internationale de la Normandie...

Avec "California", "Normandie" est même le nom de région le plus connu dans le Monde!


En Russie, "Normandie" évoque les exploits des pilotes français libres intégrés dans l'Armée Rouge lors de la Seconde Guerre Mondiale avec la très célèbre esquadrille "Normandie-Niemen"

 

Dans de nombreuses villes russes, on trouve un monument commémoratif rappelant l'héroïsme des pilotes français pour défendre le ciel russe et appuyer au sol l'Armée Rouge contre les Nazis...

Une plaque de rue "Normandie-Niemen" dans une ville russe (Toula)


Mais la Normandie n'est pas célèbre dans le Monde entier que pour les sentiments de fraternité qu'elle inspire depuis la dernière guerre mondiale. La Normandie ducale des XI et XIIe siècles tient une place de choix dans le savoir scolaire fondamental des Anglais et des Américains... Le musée de la tapisserie de Bayeux est visité chaque année par des centaines d'écoliers britanniques. Un projet culturel européen est d'ailleurs à l'étude entre certaines collectivités territoriales normandes et le Royaume-Uni pour valoriser la figure de Guillaume le Conquérant.

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Le nom de la Bataille d'Hastings apparaît même furtivement quelques secondes dans l'un des plus célèbres film d'Alfred Hitchcock "Vertigo / Sueurs froides" (1958) lorsque Kim Novak et James Stewart contemplent la coupe d'un séquoia géant avec ses cernes qui permettent de remonter plus de 1000 ans dans le passé... ("1066 BATTLE OF HASTINGS": 2ème étiquette en partant du centre du tronc...)


Alors voilà! c'est cette toute puissance mondiale de l'EVIDENCE NORMANDE que quelques élus régionaux crétins aussi mesquins qu'incultes s'obligent à ignorer quand ils persistent à promouvoir bêtement une image ou une identité "BAS-NORMANDE" ou "HAUT-NORMANDE" à grand renfort de pub (un peu moins désormais car la crise des finances publiques a quand même du bon...) et de logos débiles!

C'est pourquoi, on lira avec intérêt cette analyse du géographe breton que nous aimons bien sur l'Etoile,  Jean Ollivro, posté sur le site "Bretagne-prospective"

http://www.bretagne-prospective.org/actualites/de-la-politique-des-marques-et-des-regions-francaises-par-jean-ollivro/

De la politique des marques et des régions françaises par Jean Ollivro

ATE_1103093741.jpgA l’époque ou les interrogations sur les marques fleurissent, il est intéressant de suivre la notoriété actuelle en France des différents toponymes.

Certes, les analyses précises font défaut et il manque des études ou enquêtes permettant à différentes échelles d’envisager le « pouvoir de séduction ou de rejet » exercé par différentes appellations. Quelles images (positives ou négatives) exercent les appellations territoriales ? Comment réagissent les populations aux termes de « Provence », « Bretagne », « Champagne », « Corse », « Berry »… ou aux différentes appellations urbaines (Lyon, Rennes, Bordeaux, Toulouse….) ?

Il est bien sûr loin d’être simple de répondre à ces questions qui touchent au marketing territorial. Toutefois, une source originale réside dans la base de données des marques déposées à l’INPI (Institut National de la Production Industrielle). En effet, ces marques ont pour l’essentiel une visée économique et l’on peut du coup envisager une corrélation relative entre le nombre de dépôts et la notoriété escomptée.

Au plan méthodologique, notre choix a ainsi été sur le registre de l’INPI de relever sans plus de nuance le nombre de marques déposées au titre des régions françaises, puis de taper d’autres appellations urbaines, départementales ou identitaires pour voir quelles étaient les concepts et noms déposés. Certes, l’initiative est très lacunaire car l’ensemble des noms n’a pas été saisi. De même, on n’a pas effectué une typologie croisée des appellations choisies selon leur caractéristiques économique, institutionnelle, culturelle ou de renommée.

Il n’empêche que ce premier debriefing apporte quelques éléments intéressants sur les noms porteurs … ou « perturbateurs ». A l’heure ou le marketing territorial se renforce (le « made in France »), l’analyse offre des clés de réflexions sur les territoires d’avenir, avec des tensions qui ne sont pas neutres entre les différentes échelles promues (Villes ou régions ? Département ou pays ? Régions administrées ou espaces de vie ? etc.).

Ainsi, si l’on décrypte tout d’abord les régions administrées françaises au regard de leur niveau de notoriété, il est clair que certaines appellations restent sans suite lorsque d’autres fleurissent. Ainsi, si l’on tape les noms des 22 régions françaises, on trouve par exemple 830 appellations « Bretagne » et 677 « Alsace », qui sont les deux premières régions citées. Un second type de région bénéficie d’une appellation relativement revendiquée : Bourgogne (453), Ile-de-France (395) et Corse (394). Par contre les chiffres s’effondrent bien vite et des appellations administrative sont souvent utilisées par les porteurs de projet de façon squelettique : 96 dépôts revendiqués pour la région « Languedoc-Roussillon », 75 pour le « Poitou-Charentes », 74 en « Champagne-Ardenne », 63 pour les « Pays de la Loire », 42 pour la Provence-Alpes-Côtes-d’Azur, 22 pour la « région Centre », respectivement 39 et 21 pour les « Haute » et « Basse » Normandie.

( carte ci-jointe : cartemarquesrégionales )

Ce répertoire ne signifie toutefois pas que des noms précités soient dénués de retentissement. Ainsi, au plan régional, on dénombre 1561 dépôts liés à la marque Provence, 705 pour la marque Champagne, 518 pour l’appellation Normandie… En somme, qui trop embrasse mal étreint. On lit dans le choix des marques et appellations claires un effet de levier pour créer des marques régionales. Des structures administrées et sans âme comme les « Pays de la Loire » (63 dépôts) sont débordées par l’appellation d’un seul de ses départements nommé Vendée (211 citations). La marque de la puissante région Rhône-Alpes (258 citations) est moins usitée que le toponyme Savoie (359 dépôts). La Franche-Comté (97 dépôts) est dépassée par le seul territoire du Jura (140). Le Poitou-Charentes (75 références) débordé par sa Charente (187) et son Poitou (131). La Provence-Alpes-Côtes-d’Azur surtout, avec 42 dépôts, se déflagre face au seul toponyme de Provence (1561 références). La région « Champagne-Ardenne » (74 citations) est près de 10 fois moins usitées que le patronyme Champagne, il est vrai lié au vignoble.

Alors, les identités territoriales porteuses ?… Il semble qu’un nom clair soit essentiel au fait que des projets et initiatives économiques s’y associe. Le terme de Bretagne (830 citations) est apparemment 13 fois plus porteur que celui de Pays de la Loire (63 citations) ou que les noms urbains de Nantes (245 citations), Rennes (149), Brest (89),  Saint-Malo (67),  ou Lorient (43). Toutefois, des appellations urbaines peuvent être aussi douées de retentissement. Ainsi, le terme Paris explose avec 10255 mentions devant le terme « France » (10127 dépôts). Bordeaux, en lien avec ses vignobles, dépasse la région Bretagne et compte 1096 mentions. En somme, rien n’est simple. Dans certaines régions notamment celle jouissant de la présence d’une capitale politique ou gastronomique, c’est la marque d’une ville qui compte. Ailleurs les régions « administrées » ou villes sans notoriété devraient sans contestation possible mutualiser leurs forces sur des appellations régionales simples qui donnent du sens et semblent être porteuses au plan économique. L’avenir se placera sûrement dans le choix de termes clairs, avec des options qui sont clairement à nuancer selon les effets d’aubaines ou de valeurs des appellations territoriales.

Jean Ollivro