Il est encore des voyages tabous. Non! Il ne s'agit pas d'explorer à ses risques et périls l'enfer minable du "Dark Net" mais de revenir honoré et illuminé d'un beau voyage en "Francophonie de l'intérieur". Les langues d'Oil qui sont aux racines du français de France ont des poètes qu'on ne lit pas ou qu'on n'entend pas... Le "cahier d'un retour au pays natal" des langues d'Oil (ou d'Oc) n'a pas encore été jeté à la figure du mépris hautain d'un locuteur francophone de Paris qui n'a pas encore compris qu'il se passait peut-être plus de choses intéressantes pour l'avenir du français à Bamako, Montréal, Dakar, La Martinique, la Réunion, Bricquebec, Toulouse, Marseille, Limoges ou Amiens... que sous les ors du VIe arrondissement d'une capitale qui n'est plus vraiment celle de la "République des lettres". Les Parisiens et leurs éditeurs devraient se souvenir que bien souvent, le premier roman qui minaude d'une midinette du PAF (paysage audiovisuel français) est imprimé en Normandie: mais le temps est loin où la plupart des libraires de Paris étaient Normands comme les ramoneurs étaient Savoyards.

Ne parlons même pas des éléments les plus visibles de cet iceberg linguistique régional français qui devait se fondre définitivement dans l'eau du robinet insipide, aseptisé et bien mitigé du "français standard": le breton, le flamand, l'alsacien, le niçois, le corse, le catalan et le basque qui campent fièrement "aux quatre coins de l'Hexagone" comme disait feu Guy Lux...

Le moment d'un printemps littéraire francophone au coeur même de l'Empire de France (je veux dire en "régions" ou en "métropole" pour ne pas dire "en province") est peut-être venu: les salons du Livre en France sont d'un ... chiant! Pas un auteur ou presque pour lire à voix haute ou pour gueuler la chanson d'une langue maternelle celle d'une patrie qu'elle soit grande ou petite mais toujours universelle!

Le candidat François Hollande devenu président de la République n'a que 25% de popularité après avoir laissé un catalogue de 60 promesses qu'il s'était engagé de réaliser, au cas où... Le 25% de popularité doit signifier qu'un quart desdites promesses ont été réalisées, semble-t-il... Or la 56 ème promesse du candidat Hollande était, si je ne m'abuse, la mise en oeuvre concrète de la ratification par la France de la Charte européenne des langues régionales votée en 2005.

Or on apprit fort discrètement dans le cours trop long de cet hiver que cette promesse ne sera pas honorée faute de moyens financiers notamment pour instituer les cours d'initiation aux langues régionales françaises dans les écoles primaires et secondaires (Collèges): il s'est trouvé des Jacobins (une variante de la connerie territoriale typiquement française) pour s'en réjouir alors que le Français de France est de plus en plus malmené (vocabulaire et syntaxe) par ceux mêmes qui font volontiers, la leçon aux "patoisants": entre le "pidgin" avachi d'anglais des pubeux médiatiques de la Capitale, préférons le capiteux, le roccailleux, le savoureux des accents, des mots et expressions de tous les français régionaux...

La regénération du Français et de la littérature française passera par le "voyage en francophonie de l'intérieur"

Voici ci-après le texte d'un collectif de défenseurs des langues régionales françaises qui appelle à manifester MERCREDI 15 MAI 2013 11H00 à Paris devant le siège de l'UNESCO (place du Trocadéro : difficile après les blairaux casseurs du PSG...) pour demander L'ASILE CULTUREL POUR DES LANGUES REGIONALES TOUJOURS MALTRAITEES EN FRANCE malgré les promesses d'un candidat devenu président et les engagements de la signature internationale de la République française "une et indivisible" qui affirme toujours en sa constitution que le Français est la seule langue officielle de la République... française

Les défenseurs des langues « régionales » demandent l’asile politique à l’Unesco

Communiqué du collectif du 31 mars

 

Que va-t-il se passer mercredi 15 mai, à 11h, devant le parvis de l’UNESCO ?

Confrontés à la discrimination linguistique systématique de l’Etat français, les locuteurs des langues régionales
demanderont officiellement l’asile culturel auprès de l’Unesco. Chaque langue régionale présentera une délégation
composé d’un membre de la société civile et d’un parlementaire ou élu. Le texte officiel de la demande d’asile sera alors
prononcé par un représentant de la société civile de cette délégation. Il sera transmis à la presse. Un rendez-vous auprès
de la direction de l’UNESCO a été sollicité.

Pourquoi à cette date ?

Depuis le printemps, en dépit des promesses de la campagne présidentielle, les locuteurs de langues régionales
déplorent une série de décisions gouvernementales défavorables à leur transmission et à leur usage dans la vie
quotidienne. Ainsi, la loi de Refondation de l’école, présentée par le ministre de l’Éducation Vincent Peillon élude
complètement le sujet ; or, celle-ci est examinée par le Sénat à partir du 14 mai. D’ici quelques semaines, les
parlementaires français examineront également le projet de loi de modification de la Constitution et le projet de loi de
décentralisation, lesquels font également l’impasse sur les langues régionales. Or, François Hollande, candidat à la
présidence de la République avait pris l’engagement n° 56 de faire ratifier la Charte européenne des langues
régionales.

Pourquoi l’Unesco ?

Agence des Nations Unies chargée de l’éducation, de la culture, l’Unesco promeut la diversité linguistique et le
multilinguisme. Or, la France, qui a pris une part essentielle à l’élaboration de plusieurs conventions internationales
relatives à la diversité linguistique et culturelle est en contradiction avec l’Unesco et avec ses engagements internationaux.

• Ainsi, la France a signé la Déclaration universelle des droits de l’Homme du 10 décembre 1948, dont l’article 2
institue que « Chacun peut se prévaloir de tous les droits et toutes les libertés proclamés dans la présente déclaration, sans
distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion… »

• De même, selon la Déclaration universelle de 2001 de l’Unesco sur la diversité culturelle, signée par la France,
l’État s’engage à « sauvegarder le patrimoine linguistique de l’humanité » et « encourager la diversité linguistique – dans le
respect de la langue maternelle – à tous les niveaux de l’éducation, partout où c’est possible ».

• La France a ratifié la Convention de 2003 pour la sauvegarde patrimoine culturel immatériel qui précise que
dans le domaine des traditions et expressions orales, « la langue n’est pas seulement un vecteur du patrimoine immatériel,
elle constitue son essence même. »

• La France a ratifié la Convention de 2005 sur la protection et la promotion de la diversité des expressions
culturelles dont le préambule dit que « la diversité linguistique est un élément fondamental de la diversité culturelle. »

Pourquoi modifier la Constitution et ratifier la Charte des langues régionales ?


Parce que le droit français n’accorde aucun statut aux langues régionales, les dispositions législatives ou les initiatives
locales favorisant le plurilinguisme sont systèmatiquement attaquées et annulées par les plus hautes juridictions de l’État
que sont le Conseil d’État et le Conseil constitutionnel.
Considérant que « le français est la langue de la République » (article 2 de la Constitution), leurs juges censurent
automatiquement toute disposition favorable à la pratique ou à la transmission des langues régionales. Se fondant sur le
principe transcendant « d’unicité du peuple français », ils dramatisent les enjeux, faisant de ces langues les ferments
d’une dislocation nationale.

Seule une modification de la Constitution permettrait la ratification de la Charte européenne des langues régionales,
pourtant signée par la France en 1999 et assurerait enfin une sécurité juridique minimale aux multiples initiatives locales
favorables à la pratique des langues vernaculaires de France.


Quelle discrimination dénoncent les locuteurs des langues régionales ?


L’état actuel du droit permet aux juges administratifs d’interdire l’usage d’une langue régionale sur les panneaux d’entrée
des villes (Villeneuve-les-Maguelonnes, Hérault) ou sur les documents administratifs comme un livret de famille (Carhaix,
Finistère). Dans ce dernier cas, l’administration française a même invoqué un arrêté consulaire du 24 Prairial an XI (1805),
datant de l’époque où la France, occupante en Allemagne, en Suisse et en Italie imposait l’usage exclusif du français pour
les actes de droit.

De plus, l’actuel projet de loi Peillon imposerait que les parents d’élèves signent une autorisation écrite permettant aux
professeurs de recourir aux langues régionales dans leurs enseignements. En matière éducative, le soutien des
collectivités locales à l’enseignement immersif, pourtant loué par les linguistes et les pédagogues est régulièrement mis
sous la menace du juge administratif (Hendaye, Pyrénées-Atlantiques). De même, il est récurrent que les rectorats
entravent l’émergence et le développement des filières bilingues. Ce pouvoir administratif s’exerce sans aucune
considération envers la scolarité des enfants concernés ni envers l’efficacité de ces parcours pédagogiques dont
l’efficacité a pourtant été démontrée par de nombreux linguistes, en France comme à travers le monde.


Ainsi, le 3 mars 2008, l’experte indépendante des Nations unies pour le droit des minorités, Madame Gay McDougall
a apporté un éclairage très révélateur sur le cas français : « Les membres des communautés minoritaires témoignent
fréquemment de la frustration qu’ils ressentent en constatant qu’il ne suffit pas de devenir français pour être complètement
accepté par le reste de la société. Ils ont le sentiment que la condition de l’acceptation n’est rien moins que l’assimilation
totale. Il leur semble qu’à cause d’une vision rigide de l’identité nationale française, ils ont dû rejeter des aspects essentiels
de leur propre identité ». La République française ne peut plus, sous peine d’être en contradiction totale avec ses
engagements internationaux ne fonder son identité que sur la seule langue française, devenue langue unique de la
République par l’article 2 de la Constitution et langue de « sa personnalité » par l’article 1 de la loi du 4 août 1994 qui
institue le privilège du seul français au détriment des autres langues des différents territoires. Langue commune ne signifie
pas langue unique ni monolinguisme appauvrissant.

A quoi ça sert de parler une langue régionale ?


Une langue dite « régionale » est, comme toute langue, transmise de génération en génération, par les parents, la communauté
environnante, un élément de l’identité de la personne. Il est criminel de priver par la contrainte la personne humaine de ses liens
avec son environnement, avec un territoire qui, à travers une langue, porte une culture séculaire. De même c’est cette culture qui
permet d’intégrer les nouveaux arrivants qui en deviennent souvent eux-mêmes les plus ardents défenseurs. L’UNESCO affirme que
par leurs implications complexes sur le plan de l’identité, de la communication, de l’intégration sociale, de l’éducation et du
développement, les langues ont une importance stratégique pour les peuples et pour la planète. Elle est un facteur de créativité,
sur tous les plans, culture, économie, vie sociale dans le territoire. La préservation de la diversité des langues constitue un enjeu pour
le respect des droits de l’homme, de la dignité humaine, le pluralisme démocratique. Elle ancre l’expression dans ce qu’elle a
d’intime. Enfin, une langue n’est ni moderne ni archaïque, c’est aux sociétés humaines de décider ce qu’elles font de leurs langues, de
cette richesse. Comme le français, l’anglais ou le chinois, le breton, l’occitan ou le corse disposent des mêmes potentialités
d’adaptation, du travail agricole d’autrefois jusqu’à la conceptualisation des usages de la nouvelle société numérique. Une langue, ça
relie les humains et ça ne tombe pas en panne.

Quelles sont les langues régionales de France ?

Il n’est pas aisé de classifier toutes les langues régionales, certaines ayant des variantes selon le territoire où elles sont parlées et
l’État s’étant plutôt attaché à les occulter pour mieux les faire disparaître. Pour sa part, l’Atlas de l’Unesco a recensé, en France, 26
langues en danger, notamment les langues régionales d’Alsace et de Moselle, le basque, le breton, le catalan, le flamand occidental,
l’occitan, les langues d’oïl. (ndlr: le Normand, le Gallo, le Picard, le Poitevin ...)


L’observatoire de l’Université Laval au Québec, évalue le nombre de locuteurs dans leurs territoires traditionnels ainsi :


- La langue régionale d’Alsace et de Moselle (groupe germanique) : 1 300 000 sur 4 millions d’habitants,
- Le basque : 80 000 sur 260 000 habitants dans la moitié du département des Pyrénées-Atlantiques.
- Le breton (groupe celtique) : 172 000 sur 1 500 000 de la Bretagne occidentale
- Le catalan (groupe des langues romanes) : 126 000 sur 370 000 habitants,
- Le corse (groupe des langues romanes) : 150 000 sur 250 000,
- Le flamand occidental (groupe germanique) : 20 000 à 40 000 sur 1 400 000 habitants,
- L’occitan (groupe des langues romanes) : 3 millions sur 13 millions,
- Les langues d’oïl (groupe des langues romanes, dont le gallo, le poitevin -Saintongeais, …) : 204 000 sur 35 millions,


Structure de la coordination et contact:

ELEN-France (affilié à European Language Equality Network) siège social : 5 bd de la Victoire à Strasbourg. Fondée en 1984 sous
le nom d’EBLUL-France, l’association regroupe la plupart des grandes coordinations des langues régionales en France. Elle a le statut
spécial de consultatif auprès du Conseil Économique et Social des Nations Unies et auprès du Conseil de l’Europe en tant qu’ONG.


Les Normands étaient bien présents au rassemblement devant le siège parisien de l'UNESCO, mercredi 15 mai pour défendre une langue normande en sursis ou en ... renaissance:

 

Drapeau UNESCO 1

Drapeau UNESCO 2