Le fétichisme de circonscription se répand en débauche de logos, de chartes graphiques, de papier à lettre à entête, de sites internet, de propagande bourre boîtes aux lettres, de frais de bouche, d'événementiels, de colloques, de rapports à caler les armoires, de gratins et sauteries avec cartes de visite, blackberry gazouillant dans les ficus, de verres, pots, "vins d'honneur" et autres "apéritifs dînatoires", de traiteurs pour "grands sires", d'expos d'art con-temporain, de voitures de fonction, d'hôtels pour abriter les assemblées d'élus chargés de sinécures... 

Tant que cette perversion touchaient les premiers intéressés, à savoir les élus locaux, on pouvait se dire que la maladie pouvait se circonscrire auxdits hôtels de département et de région, le temps que l'on trouve enfin un vaccin...

Mais le fétichisme de circonscription s'en prend, désormais, aux habitants des territoires sommés de se trouver un nom propre (on appelle ça un "gentilé") le moins ridicule possible... D'où de nouvelles débauches de la part d'élus pervers qui, avec la complaisance de certains médias locaux ou régionaux, occupent des citoyens suffisamment désoeuvrés pour se prêter à cet exercice puéril de se chercher un nom qui n'existe pas comme dans un jeu de rôle...

Alors que près de 25% de nos jeunes connaissent le chômage n'y a-t-il pas mieux à faire que de les savoir "seino-marins" (la Seine inférieure n'était pas assez "seino-marrante"), "costarmoricains" (plus froid que le Costa Rica) , "manchots ou manchois" (handicapés de toute façon) "calvadosiens" (pour ne pas dire "chiens chauves") ?

Franchement, les habitants de la Région "Centre" s'en foutent royalement de savoir s'ils doivent s'appeler "centristes" ou non...

Les dernières manifestations de cette pathologie collective qui nous démontre que nous vivons une époque où le ridicule ne tue plus, ont été observées chez nos amis et voisins d'outre Couesnon sur le territoire du département dont le nom n'intéresseraient que tétards et grenouilles: Les militants bretons authentiques se gaussent, non sans raison, de ce colifichet ridicule qui gonfle d'importance quelques élus départementaux.

Ils ont raison de préciser qu'en Ille et Vilaine, comme dans ... quatre autres départements de l'Ouest français, il n'y a que des Bretons! Même chose pour la Normandie: des Normands avant tout habitent les cinq départements normands et je préfère parler plutôt des Rouennais ou des Cauchois plutôt que des "seinomarins"...

Alors? Ils vont se faire appeler comment les habitants du département d'Ille et Vilaine?

Certains plaisantins ont proposé les "Breizhilliens"


Mais puisque l'argent public de nos élus est dépensé pour nourrir notre facétie, l'Etoile de Normandie propose (avec l'aimable complicité de notre correspondante "Poule d'eau" chargée de faire ici la revue de presse...)


un " Il-est-vilain"

une "Elle-est-vilaine"...

des "Ils-sont-vilains"

des "Elles-sont-vilaines"

De l'art de transformer la France et ses territoires en cours de récréation!

 


 

A lire sur Ouest-France:

http://www.ouest-france.fr/actu/actuDet_-Jeudi-les-habitants-d-Ille-et-Vilaine-auront-enfin-un-nom_55257-2204008_actu.Htm

 

Jeudi, les habitants d’Ille-et-Vilaine auront (enfin) un nom

 

Cultures mercredi 19 juin 2013

 

 Le conseil général d’Ille-et-Vilaine a demandé à un groupe de personnalités de donner un « gentilé » au département. Ils en ont proposé trois, qui seront départagés par un vote des élus ce jeudi après-midi

Pourquoi nous faudrait-il un nom ?

Ça n’a rien d’essentiel, c’est vrai, et ça fait plus de 200 ans qu’on s’accommode de ne pas pouvoir donner de « gentilé » (de nom) aux habitants d’Ille-et-Vilaine. Ce serait tout de même bien pratique. D’autres départements, dans le même cas, ont entrepris des démarches dans ce sens, avec plus ou moins de réussite. Du coup, nous sommes les derniers, avec les habitants de l’Ain et de l’Eure, à ne pas avoir de nom.

Pourquoi le conseil général s’est-il lancé ?

Un peu à cause d’Ouest-France… Fin 2011, la Somme avait lancé une consultation pour se doter d’un gentilé. En Loire-Atlantique, Presse Océan avait proposé à ses lecteurs de se creuser les méninges. Et nous avions fait la même chose en janvier 2012. La consultation sur notre site internet avait connu un gros succès, en recueillant 279 propositions différentes, plus de 1 000 avis et plus de 9 000 votes sur une sélection de dix noms. Le tout avait inspiré Jean-Louis Tourenne, président du conseil général, qui s’était promis de donner un nom aux habitants du département.

Comment le Département a-t-il procédé ?

Le conseil général a réuni un collège de douze personnalités d’Ille-et-Vilaine, piloté par Jacques Delanoë, cofondateur de l’agence de publicité Euro RSCG, qui avait accompagné le changement de nom des Côtes-du-Nord en Côtes-d’Armor dans les années 1980. « Ce comité d’experts a basé son travail sur une liste de noms a laquelle été incorporée celle des lecteurs d’Ouest-France », précise le conseil général. Dans le groupe figuraient le footballeur Romain Danzé, le cinéaste Fred Cavayé, la navigatrice Servane Escoffier, le dessinateur Riad Sattouf, le chef Olivier Roellinger, le géographe Jean Ollivro ou la directrice des Transmusicales, Béatrice Macé.

Que va-t-il se passer jeudi ?

Le comité d’experts s’est mis d’accord pour présélectionner trois propositions. Elles ont été soumises à une commission d’élus. Ils ont écarté un de ces trois noms pour n’en conserver que deux. Tenus secrets jusqu’à présent, ces deux noms ne seront présentés aux conseillers généraux qu’en séance publique, demain après-midi. Ils devront les départager par un vote solennel. Et les habitants d’Ille-et-Vilaine devraient, enfin, avoir un nom.

Et après ?

Après ? Tout dépendra de vous ! Si nous, les habitants d’Ille-et-Vilaine, décidons de l’utiliser, ce nouveau nom, l’affaire est gagnée. Dans le cas contraire, il restera dans les tiroirs, ce gentilé, oublié à peine promulgué. Et nous continuerons à nous présenter sans faire mention de l’Ille-et-Vilaine. L’enjeu a beau être essentiellement symbolique, l’affaire mérite d’être suivie. Si ça marche, nous y aurons tous gagné un nom…

Stéphane VERNAY