C'est terrible ce qui s'est passé ce soir dans une gare SNCF de la banlieue parisienne... Jour de grands départs en vacances, vendredi soir bondé pour partir en week-end, rentrer enfin chez soi dans sa province ou au fond de sa banlieue. Des rails qui multiplient à l'infini leurs lignes parallèles, des aiguillages compliqués, des câbles, de signaux complexes... Soudain, un vent qui sent le moteur chaud, vous fouette le visage quand un train passe à vive allure. Tous les sillons sont occupés... Puis la voix rassurante d'un idéal féminin numérisé, vous annonce l'arrivée d'un serpent métallique à deux étages qui s'appelle Roméo... Pas le temps d'embrasser sa Juliette, les portes se ferment automatiquement et les corps se compriment contre les vitres et les bagages. Le quai central est bondé. Un Paris-Limoges, faute d'expérimenter la "grande vitesse de proximité" dans le Limousin le fait un petit peu quand même dans une gare de l'Essonne, histoire (l'enquête nous le dira...) de rattrapper les quelques minutes perdues au départ de la gare d'Austerlitz. Perché dans sa cabine, un cheminot aiguilleur devant un tableau clignotant d'écrans et de boutons lumineux,  fait son boulot ordinaire d'ange gardien. Perché dans le nez de sa motrice, le conducteur de train maîtrise d'autant mieux son engin qu'il se sent maîtrisé: l'habitude a remplacé l'expérience...

Le Paris-Limoges ne devait pas s'arrêter à Brétigny sur Orge...

Cette catastrophe s'est produite dans l'Essonne: elle aurait pu, elle aurait dû, se produire entre Mantes et la gare Saint-Lazare, la seule gare que je connaisse qui porte le nom de quelqu'un qui est revenu d'entre les morts!

Si l'on voudrait rendre vraiment hommage aux victimes de cette tragédie ferrovaire, il faut alors poser les deux questions suivantes et les mettre sous le nez de ceux qui prétendent nous gouverner:

1° Peut-on décemment attendre 2030 et la réalisation de la LNPN pour enfin voyager en sécurité entre Paris et la Normandie?

2° Comment va-t-on assurer la sécurité des usagers sur un réseau à bout de souffle pendant plus de 15 ans encore sans courir le risque d'un accident majeur comme il vient d'arriver dans l'Essonne?


Le récit de cette tragédie ferroviaire dans Paris-Normandie:

 

Déraillement dans l'Essonne: au moins 6 morts, Hollande sur place

 

Publié le 12/07/2013 à 22H16

 

Déraillement d'un train en gare de Brétigny-sur-Orge le vendredi 12 juillet 2013

 Au moins six ou sept personnes sont mortes dans le déraillement d'un train Paris-Limoges dans la gare de Brétigny-sur-Orge (Essonne), la catastrophe ferroviaire la plus grave depuis celle de la gare de Lyon qui avait fait 56 morts en 1988 à Paris.

 Vers 19H00, le préfet de l'Essonne Michel Fuzeau a fait état devant la presse d'un "bilan provisoire" de "six personnes décédées et de 12 blessés graves dont neuf très graves". "On ne sait pas si des gens sont encore sous les voitures. C'est extrêmement spectaculaire. Quatre voitures sont totalement déchiquetées. Une est couchée, trois autres sont en travers", a ajouté sur place le député de l'Essonne Michel Pouzol.

 "Le bilan à ce stade est en constante évolution et va s'alourdir (...) Il y aurait sept personnes décédées", avait auparavant déclaré Manuel Valls lors d'une conférence de presse à Nîmes (Gard).

 En plus des morts et des blessés graves, 190 personnes ont été prises en charge, selon un bilan provisoire du ministère de l'Intérieur.

 Tous les hôpitaux de la région parisienne sont "en alerte" pour prendre en charge les victimes, a indiqué Marc Giroud, président du SAMU.

 Le train "Intercités" (ex-train Corail) numéro 3657 parti vers 17H00 de la gare de Paris-Austerlitz et à destination de Limoges a déraillé à 17H14, selon la SNCF, qui a annoncé qu'un numéro vert, le 0800 130 130, sera "prochainement activé".

 "De l'ordre de 370 personnes" se trouvaient à bord de ce train, a indiqué le président de la SNCF Guillaume Pepy sur place. "Nous ne connaissons pas encore les raisons de ce déraillement", a-t-il ajouté, évoquant, très ému, une "catastrophe ferroviaire".

 Au total, six voitures ont déraillé. "Il y a deux voitures, les voitures 3 et 4 du train (...) qui ont déraillé et le train ensuite a connu, pour ce qui concerne les quatre autres voitures, un déraillement également", a-t-il expliqué.

 Le train, qui circulait sur le tracé de la ligne du RER C, s'est scindé en deux en arrivant à grande vitesse en gare de Brétigny-sur-Orge, selon une source policière. "Une partie du train a continué à rouler, tandis qu'une autre s'est couchée sur le flanc sur le quai", a indiqué cette même source.

 Le plan rouge "destiné à organiser" les secours en cas "d’événement provoquant un nombre élevé de victimes"a été déclenché à 17h23 a indiqué la préfecture de l'Essonne.

 Voitures déchiquetées

 Wagons déchiquetés

 Un passager, Marc Cheutin, 57 ans, a expliqué à l'AFP avoir dû "enjamber une personne décapitée" pour sortir du wagon dans lequel il se trouvait. "Peu après le départ alors que je me plongeais dans ma lecture, on a ressenti un premier choc, la voiture dans laquelle je me trouvais - la troisième ou la quatrième, je ne sais plus - a été ébranlée. Il y a eu tout de suite un deuxième choc, là la rame s'est soulevée, puis un troisième et un quatrième et le wagon s'est couché".

 "Ce n'est pas une collision et ce n'est pas un problème de vitesse", a estimé une source interne à la SNCF. Les trains qui passent en gare comme ce Paris-Limoges sans s'arrêter roulent en moyenne autour de 150 km/h.

 Le président de la République François Hollande et le ministre des Transports Frédéric Cuvillier devaient se rendre sur place.

 Le maire PS de Brétigny, Bernard Decaux, interrogé par le Parisien, a évoqué "un spectacle apocalyptique", précisant que des salles allaient être ouvertes en mairie pour les victimes.

 "C'est un accident très spectaculaire. Il ya quatre wagons complètement déquiquetés au milieu des quais, le toit du quai est déchiqueté", a témoigné à l'AFP le député PS de l'Essonne, Michel Pouzol.

 Des dizaines de voitures de pompiers et de police étaient stationnées devant la gare, au milieu de badauds massés derrière des barrières de sécurité, a constaté une journaliste de l'AFP. Tout le quartier de la gare était bouclé.

 Les pompiers de Paris ont été appelés en renfort pour mobiliser "des moyens de secours déblaiement complet, c’est-à-dire ce qu'il faut pour désincarcérer des victimes, étayer une structure, découper, ce sont des moyens importants", a expliqué le lieutenant-colonel Pascal Le Testu.

 La circulation sur les grandes lignes a été coupée au départ et à l'arrivée de la gare d'Austerlitz à Paris. Ce vendredi est un jour de grands départs en vacances.

 © 2013 AFP


Commentaire de Florestan:

Je devais ce soir poster sur l'Etoile de Normandie, un billet faisant le compte-rendu des explications de Philippe DURON, président de la commission nationale qui a hiérarchisé les urgences en matière d'infrastructures de transports en France, devant l'assemblée générale de l'association de promotion de la LNPN.

Le député-maire de Caen avait notamment insisté sur l'urgence de traiter la "robustesse" et la fiabilité du réseau ferré français notamment dans la banlieue parisienne et sur les grands noeuds ferroviaires en province...

Je ne vous cacherai pas mon émotion ... 

L'Etoile de Normandie et tous les Normands qui subissent avec inquiétude ou colère la dégradation du service public ferroviaire s'associent à la douleur des familles et proches des victimes de la gare de Brétigny sur Orge