A l'occasion du départ définitif d'Alain Le Vern et à la veille de la fête des Normands pour la Saint Michel, ce week-end, Paris-Normandie se lâche enfin et nous propose un forum sur l'identité normande à partir d'une réflexion proposée par Michel BUSSI l'un des douze géographes universitaires normands qui ont écrit le livre défendant l'urgence et l'évidence de la réunification normande...

L'analyse de Michel BUSSI est tout à fait recevable, mais nous préférons celle du philosophe Michel ONFRAY...


Fête des Normands: "un sentiment régional" fermenté à Rouen

En rouge et or. A l’occasion de la première Fête des Normands ce week-end, des Rouennais s’interrogent sur leur identité.

En 2011, Rouen avait timidement fêté le 1100e anniversaire de la Normandie avec cette tapisserie retraçant l’histoire (photo archives)

(ndlr: à l'époque l'anti-normand Le Vern était encore enfermé dans la caserne Jeanne d'Arc)

L’étiquette régionale ne lui fait pas peur. Auteur de nombreux ouvrages à succès se déroulant en Normandie et enseignant en géographie physique, humaine, économique et régionale à l’Université de Rouen, Michel Bussi révèle et analyse ce qui unit et sépare les Normands.

Existe-t-il une identité normande ?

Michel Bussi : « Les Normands se retrouvent sur un certain nombre d’éléments constitutifs : les paysages, la gastronomie, la peinture… Ces symboles sont externes, et permettent d’identifier une région. Par exemple, il y a plus à dire sur la Normandie que sur la région Centre ! Néanmoins, ces symboles ne créent pas, selon moi, un sentiment d’identité, d’appartenance. »

Pourquoi ?

« Autant ces symboles servent le tourisme et la promotion de la région, autant ils n’incarnent pas la réalité des Normands. Normandie Impressionniste, ce n’est pas le quotidien des Normands. L’industrie, si. Mais il est difficile de construire un sentiment identitaire autour de Petroplus par exemple. »

Est-ce que la géographie peut expliquer ce manque d’identité commune ?

« Oui. L’identité régionale est beaucoup plus forte dans les régions isolées, les îles, comme la Bretagne et la Corse. La Normandie est une région coincée entre Paris et la mer, c’est une région carrefour qui s’est nourrie d’influences. »

La réunification n’est donc qu’une histoire de territoire ?

« Non. Pour défendre la réunification, les géographes ne s’appuient pas uniquement sur les frontières du duché de Normandie. Il n’y a peut-être pas d’identité normande, mais il y a un sentiment régional. Quand l’USQ joue à Caen, les Caennais supportent le club spontanément. Géographiquement, Rouen est aussi proche de Caen que d’Amiens, et pourtant les relations, par exemple au niveau de l’Université, se créent naturellement avec Caen. Le problème, c’est que la réunification doit sortir du débat de spécialistes pour devenir un débat public. Il faut que les Normands se saisissent de la question. »



C’est quoi pour vous être normand ?

« Ceux qui écoutent en profitent pour réfléchir »

Jean-Pierre Corlay, ordre des Canardiers

« Normand, fier de mes origines. J’aime la pluie, l’herbe verte, les vaches, leur lait, le beurre. Ici, j’aime les taiseux, pas les braillards. Ceux qui écoutent et en profitent pour réfléchir avant de prendre une décision.La méfiance avant la confiance. Tout est dans le livre du père Alexandre. La culture, l’histoire, le patrimoine. C’est avec tout ça que nous avons intronisé 3 000 personnes de Tokyo à Buenos-Aires. »

« On ne m’a pas imposé d’être Normand… »

Denis Ducastel, éditions Le Pucheux

« On ne m’a pas imposé d’être Normand. Ça vient de l’enfance. Ma grand-mère a beaucoup compté en me racontant histoires et traditions de cette région, étonné de constater que certains mots de tous les jours n’étaient pas dans le dictionnaire. La révélation m’est venue de vacances en Italie à 15 ans. J’ai reçu une carte postale représentant un groupe folklorique normand. J’ai alors opté pour le costume traditionnel. »

« Des valeurs communes d’humilité et de loyauté »

Chloé Herzhaft, cofondatricede la Fête des Normands

« Les Normands partagent certaines valeurs : l’humilité, l’attachement au terroir et la loyauté. Ils mettent beaucoup de temps à s’engager, mais une fois que c’est fait, c’est du béton et ça dure très longtemps ! Il y a un sentiment très fort d’appartenance à la Normandie, mais qui est plus frappant quand on quitte la région. Par exemple, les Normands installés à Londres se retrouvent pour participer à la Fête ce week-end. »

« Parvenir à s’identifier à tout ce que l’on possède »

Vincent Taillefer

chef de la Couronne et président des Toques rouennaises


« Les Normands sont  accueillants. Je trouve que l’on fidélise assez rapidement. C’est aussi aimer les produits. Nous avons tout en Normandie, évidemment le beurre et la crème, mais aussi les produits de la mer... La vache de race normande est reconnue comme la meilleure viande. Elle a beaucoup de goût, un peu persillée. Il faudrait de l’émulsion, que l’on parvienne à s’identifier à tout ce que l’on possède. »

« Elle trouvera son expression quand elle sera unie »

Guy Fournier manager général du Rouen hockey élite

« C’est bizarre, mais aujourd’hui je me sens autant Québécois que Normand. Je dis toujours que je suis moitié-moitié. J’ai trouvé ici un accueil, une relation humaine qui m’a fait prendre racine en Normandie. Ici, les liens se créent pour durer à l’image de l’aventure que je continue à vivre avec mon club des Dragons. Sans oublier, bien sûr, une gastronomie et une passion pour les bonnes tables,  qui font partie intégrante de la culture locale ».


« Ici, les liens se créent pour durer »

Matthieu de Montchalin, directeur de L’Armitière

« Ça fait 17 ans maintenant que je me suis installé en Normandie. Je ne sais pas si je peux me considérer comme Normand, mais je peux dire que c’est ma région. Ce qui me semble le plus caractéristique de la Normandie, c’est sa côte. Elle est pleine d’expressions : déchirée, variée, pleine d’histoires. C’est un territoire très riche qui trouvera sa vraie expression quand elle sera réunie. Un jour, on y arrivera bien. »
 

Et aussi

Forum : L'identité normande, c'est quoi ?


Commentaire de Florestan:

Michel BUSSI a techniquement raison sur l'identité normande mais il passe à côté de l'essentiel: l'identité normande n'est pas objectivement identitaire (du type identité tribale, ethnique, nationale autour d'une langue ou d'une culture spécifique) l'identité normande c'est d'abord un savoir-être, un savoir-vive, une expérience existentielle... autour de valeurs fondamentales léguées par l'histoire normande qui est une grande histoire.

Bref, l'identité normande c'est un existentialisme d'où la formule de Michel ONFRAY que nous faisons nôtre:

"L'identité normande c'est un dandysme"

c'est être "sire de " (seigneur de soi-même) comme on dit encore dans le Cotentin !