Saint-Lô, la préfecture du département de la Manche a eu le double malheur d'être détruite deux fois totalement ou presque: une fois durant l'été 1944 et l'autre pendant les quelques 30 années de son interminable "reconstruction". Avec pour conséquence le fait que le centre-ville soit dans le bureau de Monsieur Le Préfet (car on a moins reconstruit la ville que la préfecture en transformant l'ancienne ville haute médiévale en citadelle administrative) et que l'on ait préféré pour l'église Notre-Dame, seul monument antérieur au désastre subsistant au coeur de la ville, la pétrification dans le béton de la souffrance des bombes de 1944 à une reconstruction à l'identique préparant la réconciliation et la guérison de cette souffrance dans l'avenir. 

Le poids de ce passé qui ne passe pas et qui sature l'espace public saint-lois, empêche de voir sinon d'apprécier l'architecture de la ville reconstruite qui n'est pas sans qualités: il est vrai que le plan d'urbanisme de la Reconstruction a considérablement étalé la ville et dédensifié le centre au point que la ville se cache derrière la verdure des arbres: la ville a disparu et les Saint-lois ont été jusqu'à perdre l'idée qu'il puisse même y avoir un centre ville à Saint-Lô pour autre chose que des nécessités d'ordre pratiques que l'on trouve désormais beaucoup plus dans les zones commerciales plutôt laides qui ceinturent aujourd'hui toutes nos villes.

Au début des années 1950, la restitution à l'identique de la façade symbole de la ville a été refusée aux Saint-Lois par le jeune architecte Yves-Marie Froidevaux, malgré un premier projet qui prévoyait une reconstruction à l'identique. En réaction, le conseil municipal a refusé de participer financièrement aux travaux de restauration de l'église qui durèrent jusque dans les années 1970

A Saint-Lô, la beauté pittoresque du centre ville n'existant plus depuis 1944, il était urgent d'agir pour éviter une fuite totale de la ville vers ses périphéries résidentielles et commerciales bien reliées entre elles.

Un projet de reconstruction à l'identique de la façade de l'église Notre-Dame en suivant l'exemple de la reconstruction de l'église Notre Dame de Dresde aurait pu en être l'occasion en suscitant pour Saint-Lô ville normande martyre une sympathie internationale: François DIGARD le maire n'a pas voulu de cette aventure trop grande pour lui... En 2003 et 2004, l'idée en fut même agitée sur la place publique par votre serviteur: en vain!

Une autre possibilité était de changer l'aspect de l'architecture du centre ville reconstruit par une opération ambitieuse de colorisation des façades des immeubles: ce projet était défendu depuis longtemps par l'artiste peintre local Bruno Dufour-Coppolani qui avait osé installer en 1995 un immense trompe l'oeil devant la façade disparue de l'église Notre Dame: l'oeuvre a fini découpée en plusieurs panneaux dont certains ornent aujourd'hui la salle des mariages de l'hôtel de ville.

les toiles peintes

http://www.mpbesnard.com/ndsl/pages/projet02_memoire.php

Voir le site de Marie-Pierre Besnard, universitaire caennaise qui pilote un projet de restitution virtuelle de l'église Notre Dame avant 1944

L'artiste peintre s'était associé à l'association Saint-Lô Retrouvé qui a conduit en 2005 le magnifique travail de reconstitution virtuelle en trois dimension des rues, immeubles et monuments de la ville disparue en 1944 à partir du témoignage des survivants, des cartes postales et des dessins des architectes de la Reconstruction chargés de l'estimation des dommages de guerre.

Ainsi, le traitement des façades crépies au ciment des années 1950 par une mise en couleurs est donc la conclusion que nous espérons heureuse du long processus d'une indispensable réconciliation des Saint-Lois avec la forme actuelle de leur ville, forme qui leur a été imposée de façon autoritaire par l'Etat reconstructeur...  C'est enfin la revanche des Saint-Lois car ils ont été consultés pour le choix des couleurs.


Un artiste redonne des couleurs à Saint-Lô

http://basse-normandie.france3.fr/2013/10/10/un-artiste-redonne-des-couleurs-saint-lo-335245.html

Depuis 2009, le centre-ville reprend des couleurs. La grisaille est peu à peu chassée des façades. Ce projet, porté par l'association Saint-Lô Rennaissance et la Ville, a été confié à l'oeil expert d'un artiste peintre, professeur d'art plastique.

  • Par Christophe Meunier
  • Publié le 10/10/2013 | 09:07, mis à jour le 10/10/2013 | 09:07
Bruno Dufour-Coppolani, artiste peintre, redonne de la couleur au centre-ville de Saint-Lô depuis 2009.
Bruno Dufour-Coppolani, artiste peintre, redonne de la couleur au centre-ville de Saint-Lô depuis 2009.
Si dans ses tableaux, Bruno Dufour-Coppolani aime donner vie à des personnages marqués par le temps qui passe en insistant de façon extrêmement détaillée sur les rides, comme autant de traces laissées par les années, il est partie prenante d'un vaste relifting de sa ville, Saint-Lô. Le projet a débuté en 2009 à l'initiative de l'association Saint-Lô Renaissance et la Ville.

"Les gens ont une mauvaise vision de la ville, elle est considérée depuis un bon moment comme une ville grise et triste", explique Bruno Dufour-Coppolani, artiste-peintre, "Ces deux termes là ont été le moteur de mon travail: grise, j'ai mis du rouge et du blanc, et triste, je pense que cette dynamique donne un coup de peps au centre-ville. On ne pourra plus dire après ça que Saint-Lô reste une ville grise et triste." Depuis 2009, les façades du centre-ville retrouvent de la couleur. Après la rue de la Poterne et la rue du Château, les peintres sont depuis quelques jours à pied d'oeuvre dans la rue Havin. Une de nos équipes a recontré l'homme qui redonne de la couleur à Saint-Lô.

Reportage de Thierry Cléon et Claude Leloche