Lundi 31 mars 2014, la veille du premier avril, (on vous proposera demain c'est promis un vrai poisson du genre: "Alain Le Vern regrette de n'avoir pu réunifier la Normandie"...), le Conseil Economique et Social Environnemental de Haute-Normandie (CESER HN) était réuni en session plénière au siège du CRHN, caserne Jeanne d'Arc à Rouen pour rendre public un avis au sujet de l'intégration de la future métropole rouennaise dans la décentralisation.

La rédaction de l'Etoile de Normandie a pu se procurer le texte original de cet avis (la version provisoire en date du 19 mars dernier) car nous n'avons pas de tabou: en effet, cette version originale de ce qui a été présenté officiellement aujourd'hui à Rouen ( version "soft" présenté après le passage des agents édulcorants de Nicolas Mayer Rossignol ?) en vient à réclamer LA REUNIFICATION DE LA NORMANDIE dans le but de donner le cadre régional que mérite la future métropole rouennaise...

PAS DE TABOU !!!


 

CESER HN

"Contribution: la métropole rouennaise et la décentralisation"

Morceaux choisis...

Le projet d'avis commence par expliquer le contexte de la création des métropoles, nouvelles collectivités actées par la loi dite "MAPAM" (Modernisation de l'Action Publique et Affirmation des Métropoles) votée en décembre dernier et promulguée le 27 juillet 2014: 13 agglomérations urbaines de plus de 450 000 habitants et dotées d'une aire de plus de 650 000 habitants sont érigées en métropoles dont la ville et agglomération de ROUEN...

"C'est incontestablement un atout pour l'agglomération rouennaise de se trouver dans le cercle restreint des villes qui accèderont demain au statut de métropoles. Cela permet d'inscrire l'aire urbaine de Rouen, mais aussi l'ensemble de la Normandie dans une dynamique nationale d'émergence de pôles territoriaux dotés de fortes compétences et d'une réelle capacité d'entraînement sur les espaces adjacents. Au coeur de l'Axe Seine, l'agglomération sera en mesure de perser fortement en faveur des intérêts normands"

Grâce à la métropole rouennaise, la Normandie sortira du "trou normand" creusé depuis plus de 40 ans à l'Ouest de Paris entre Lille et Nantes... par l'oubli d'une métropole d'équilibre pour la Normandie.

Mais la future métropole rouennaise risque de ne  commander qu'une "aire d'influence régionale (...) extrêmement limitée" en raison de la proximité de la région parisienne et par l'attractivité déjà exercée sur les territoires normands par Lille, Nantes ou Rennes sans compter qu'en Normandie même, Caen rayonne sur une partie de la Basse-Normandie et que Le Havre contrôle l'estuaire de la Seine. 

"La DATAR présente Rouen comme une ville d'importance nationale mais avec peu de relations européennes, mise à part son interface portuaire."

La suite du texte insiste sur les faiblesses de la future métropole rouennaise notamment celle-ci:

"Une forte dépendance aux sièges sociaux situés à l'extérieur du territoire et une fonction recherche insuffisamment développée"

Bref ! Rouen à défaut d'être une métropole est surtout en train de devenir une banlieue industrialo-portuaire de la région parisienne...

Au rang des atouts, Rouen peut faire valoir son richissime patrimoine urbain, culturel et artistique, le rôle de son port et la présence d'un secteur tertiaire important dans la banque et l'assurance (Ah ! la Matmut ! Elle assure...)

Pour sortir de cette médiocrité en terme de rayonnement territorial et pour affirmer Rouen dans l'ombre portée de Paris, le CESER HN préconise le choix de la spécialisation logistique et portuaire:

"Conforter ses fonctions portuaires, industrielles et logistiques ou s'orienter vers des spécialisations moins reconnues en matière de recherche, d'innovation, de tertiaire supérieur"

Mais le texte du CESER de mettre en garde: "il sera bien difficile pour Rouen de devenir une agglomération parfaitement diversifiée au sens des fonctions métropolitaines"

Paris n'est pas loin et Caen va se positionner sur le créneau technopolitain et scientifique en Normandie

Le texte ose même ce conseil:

"Mieux vaut être performant sur quelques secteurs clés que moyen partout en particulier lorsque l'on vit dans l'ombre du voisin parisien"

La suite de texte est plus intéressante car il s'agit d'affronter de face les tabous de ceux qui officiellement n'en auraient pas...

Tout d'abord, le CESER HN déplore sans détours la panne de la coopération métropolitaine en Normandie:

"La création du nouvel échelon territorial qu'est la métropole intervient dans le contexte maintes fois rappelé de l'échec de la coopération métropolitaine normande. Depuis la fin du réseau "Normandie Métropole", en 2009, aucune nouvelle tentative n'a été effectuée pour rapprocher les ambitions de Rouen, du Havre et de Caen. La dynamique de développement de la Vallée de la Seine est surtout portée par la délégation interministérielle, les conseils régionaux, le réseau consulaire et les CESER, en dépit des colloques organisés par les grandes agglomérations depuis 2009, qui n'ont pas fait la preuve de leur complémentarité..."

Pourtant, la loi de 2010 sur les pôles métropolitains a été pensée pour le cas d'école normand... Et le CESER HN de déplorer:

"Pendant que Rouen et Val de Reuil créaient le pôle "CREA Seine-Eure", Le Havre tentait de rassembler au sein d'un pôle des communautés autour de l'estuaire. Au regard d'autres territoires français, le constat ne peut être qu'amer: tandis que les deux grandes agglomérations haut-normandes, distantes de 70km, n'ont pas l'ambition de créer un pôle métropolitain commun et mènent leurs projets indépendamment, Nantes, Angers, Brest, Rennes et Saint Nazaire se fédèrent autour d'un grand pôle Loire-Bretagne..."

Et d'ajouter:

"Le CESER regrette le manque de vision globale normande dans la réflexion métropolitaine en cours et incite les collectivités concernées (Rouen, Le Havre, Caen) à se rassembler au sein d'un seul pôle métropolitain pour engager de véritables coopérations qui profiteront à d'autres villes de la Normandie mais aussi à l'ensemble de l'Axe Seine. "

Pas de tabou ! MM. Fabius et Maccioni apprécieront la prose du CESER de Hot Normandy...

Ensuite, le texte aborde la question, sans tabou donc, de l'identité de la future métropole rouennaise. Mais il faut pour cela défoncer des portes ouvertes et marteler des évidences: la CREA c'est Rouen et Rouen c'est en Normandie... Ah bon ?!

"Il apparaît de ce fait indispensable que le nom de Rouen figure dans la future appellation de la métropole, par souci d'efficacité lorsque des démarches promotionnelles ou partenariales sont entreprises auprès d'acteurs extérieurs à la région ou à la France..."

Suivent divers exemples plus ou moins réussis de marketing territorial certains confinant au ... ridicule tel que le "Only Lyon" ou le "So Toulouse": le degré zéro de l'imagination c'est le franglish...

"Il serait regrettable de se priver d'un levier de développement simple et peu onéreux" précise le texte, surtout lorsque l'Histoire nous a fait le présent de noms propres prestigieux connus dans le Monde entier...

"Sans nul doute, les acteurs locaux peuvent compter sur la renommée internationale du mot "Normandie" pour assurer une compréhension mondiale de la formule retenue (...) . La volonté d'intégrer le mot "Rouen" dans cette démarche montre clairement que la reconnaissance extérieure passe par l'affirmation du nom de la ville-centre."

CQFD !!! On pourrait alors proposer "ROUEN NORMANDIE METROPOLE"

Ensuite, le texte du CESER HN se fait plus technique en abordant la question complexe des compétences de la nouvelle entité métropolitaine et les conséquences que cela peut avoir sur les autres collectivités territoriales, à savoir, les départements et les conseils régionaux: les métropoles vont exercer pleinement la compétence de l'aménagement du territoire par l'outil d'un Plan Local d'Urbanisme qui sera élaboré à l'échelle de la future métropole.

Mais le texte rappelle que la montée en puissance de la métropole fait peur aux élus des autres intercommunalités notamment rurales:

"Les métropoles ne vont-elles pas attirer vers elles de fortes dotations de l'Etat, paupérisant ainsi des zones plus rurales, ou enclavées ? Ne risquet-on pas d'engendrer ainsi des services publics à deux vitesses, performants dans les métropoles et défaillants sur le reste du territoire?"

Le CESER précise alors que la loi MAPAM  "ne fait qu'entériner une réalité: celle de la montée en puissance des villes, de leur pouvoir d'attraction et de leur rôle moteur dans la croissance et dans le développement"

Le futur projet loi présenté dans quelques jours aura donc pour mission de réformer départements et régions en conséquence... Néanmoins, on peut que regretter  "la décision de reporter à 2020 l'élection d'une partie seulement des conseillers métropolitains au suffrage universel direct".

Petit à petit, le texte audacieux du CESER HN s'approche du coeur du tabou fabiusien: la Hot Normandy est une demi-région transformée en super département pour ne pas avoir à la fusionner avec la Normandie Basse...

Le CESER HN pense qu'il faudra "repenser la construction du contrat 276 " et plaide pour une clarification dans les délégations de compétences: le Gouvernement envisage de supprimer enfin la fameuse clause de compétence générale qui permet aux élus de faire tout et n'importe quoi... Car la question de "qui fait quoi ?" est la question à laquelle on ne peut plus répondre quand on est perdu dans le fameux "mille-feuille territorial".

"La loi MAPAM complexifie un peu plus la réponse à cette question. Dans une région, la Haute-Normandie, relativement petite (1,8 millions d'habitants) qui ne compte que deux départements et où la métropole rouennaise concentre près de 50% des emplois, c'est la légitimité même de l'action régionale et départementale qui est remise en cause..."

En clair, le texte du CESER HN ose affirmer que la métropole rouennaise risque d'étouffer une région croupion ! Il fallait oser le dire... Pas de tabou donc !

Et d'appuyer là où ça pourrait faire le plus mal à certains amateurs de KAMASOUTRA NORMAND sans tabou...

"Si la volonté des élus est de faire émerger des métropoles dignes de ce nom, sans pour autant fragiliser des territoires plus périphériques, alors cela soulève une question aujourd'hui sans réponse: les collectivités notamment régionales n'auraient-elles pas intérêt à se regrouper pour être en mesure de participer à l'aménagement du territoire sur une échelle plus large et donc être mieux positionnées aux côtés des métropoles?"

Le texte du CESER HN ne tourne plus alors autour du pot (quoique...) et déclare ceci:

"Les coopérations engagées par la Région Haute-Normandie ces dernières années vont dans le bon sens, que ce soit avec la Basse-Normandie ou, plus récemment, la Picardie. Le CESER a bien conscience du caractère polémique de ce point qui amène inévitablement à parler de la fusion de plusieurs régions (sic!!!) mais, en l'absence d'avancées sur ce plan, les acteurs institutionnels s'exposent à être dépassés par les faits: des métropoles toujours plus puissantes, sans contrepouvoirs, qui deviendront les gestionnaires hégémoniques du territoire."

On a bien compris... Le CESER tente de ménager le bel oiseau qui a succédé au méchant Le Vern à la tête de la Hot Normandy en mettant faussement sur le même plan les coopérations avec la Picardie et celles qui sont inévitablement structurelles et fusionnelles avec la Basse-Normandie: alors disons-le clairement pour donner un coup de main à un texte du CESER HN quelque peu pusillanime...

Si les deux conseils régionaux normands ne fusionnent pas ils seront à terme marginalisés par la métropole rouennaise !

"La montée en puissance des métropoles rend inévitable un débat sur des regroupements régionaux. Sans affirmer qu'il s'agirait d'une panacée, la fusion des collectivités régionales normandes serait un signe fort de bonne volonté non pas tant sur le plan des économies d'échelles que sur les plans de la clarification et de la stratégie"

Et bien voilà ! ça va mieux en le disant! Pas de tabou... Le CESER HN demande la réunification de la Normandie et devrait jeter un oeil au rapport du cabinet d'audit INEUM EDATER de 2008 qui analyse toutes les conséquences d'une fusion régionale normande: ça tombe bien, un résumé dudit rapport est en ligne sur ce site !

"Cette position est motivée par la conviction que les conseils régionaux doivent conserver un rôle central dans la coordination des politiques publiques sur leur territoire, dans un souci de cohérence de l'aménagement du territoire (...) La région doit pouvoir conserver une vision d'ensemble sur ces mêmes thématiques, d'où la nécessité de se doter d'un schéma prescriptif d'aménagement du territoire, de développement économique des transports dont les orientations s'imposeraient à tous les territoires y compris les métropoles".

Le texte dit bien un schéma régional ... pas deux !!! La métropole rouennaise oblige d'ores et déjà  les deux régions normandes à ne faire qu'un seul schéma régional d'aménagement du territoire et le développement de l'Axe Seine, notamment son financement, obligera les deux régions normandes à ne faire qu'un seul Contrat de Plan avec l'Etat: moralité, pourquoi faut-il donc deux conseils régionaux en Normandie?

CONCLUSION de ce texte sans tabou ou presque du CESER HN (et qui va bien finir par recevoir un coup de coeur de l'Etoile de Normandie...)

"... N'est pas métropole qui veut: Rouen, en dépit, d'atouts indéniables, n'est pas, en l'état, de taille à exister au plan européen. En revanche, une Normandie intégrée dans la dynamique de l'Axe Seine, forte de ses villes, de ses campagnes et de son identité, peut prétendre être un acteur majeur en Europe." (p.13)

Pas de tabou !

A BON ENTENDEUR...