Un célèbre physicien allemand disait que les vieilles idées mouraient avec les vieilles personnes qui les faisaient encore vivre... On se souviendra aussi de cette métaphore du Christ: "on ne met pas le vin nouveau dans de vieilles outres"... En Agriculture, c'est pareil ! La vieille outre qui pourrit depuis trop longtemps le présent de nos campagnes et de nos paysans (pollutions, surrendettement, maladies professionnelles, destruction des paysages agricoles, effondrement des prix, baisse du revenu agricole...) attire, de moins en moins, les jeunes qui s'installent dans le métier: voilà enfin une bonne nouvelle ! C'est le résultat d'une grande étude de fond étendue sur plusieurs années menée par la chambre régionale d'agriculture de Normandie dont le ressort, s'étend rappelons-le, sur les cinq départements normands: on regrettera donc la rétention d'information de l'article suivant paru sur le site FR3 Haute-Normandie:

http://haute-normandie.france3.fr/2014/05/02/infographie-linstallation-des-jeunes-agriculteurs-normands-dun-seul-coup-doeil-469567.html

Infographie: L'installation des jeunes agriculteurs normands d'un seul coup d'oeil

Ils ont entre 27 et 29 ans. Un tiers n'a pas de parents agriculteurs. Les 2/3 sont diplômés. Les installations sont en hausse. C'est le résultat d'une longue étude publiée par la chambre d'agriculture de Normandie. 

  • Par Sylvie Callier
  • Publié le 02/05/2014 | 09:20, mis à jour le 02/05/2014 | 09:20
© Laurent Lagneau
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© S. Callier
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Pour aller plus loin : l'étude complète de la chambre d'agriculture de Normandie


 

Commentaire de Florestan:

La Normandie, au 4ème rang des régions françaises pour l'installation des jeunes agriculteurs... Mais pour faire quel type d'agriculture ? Toute la question est là. Et quand un tiers de ces nouveaux agriculteurs ne sont pas fils ou fille d'agriculteurs, on a déjà en partie la réponse: de la vieille outre FNSEA ces jeunes qui veulent faire de l'agriculture autrement, plus intelligente, plus respectueuse des hommes, des bêtes et des plantes, ces jeunes n'en veulent plus !

Et pour l'avenir de l'agriculture normande déjà positionnée dans le haut de gamme voire dans le luxe gastronomique de la Gourmandie, c'est une chance !

Dans la dernière livraison de la Manche Libre (3 /05 /14) la Confédération Paysanne de la Manche, à l'occasion de la fête régionale de l'agriculture paysanne le 27 avril dernier, posait également la question:

"L'agriculture paysanne offre-t-elle aux jeunes désireux de s'installer en adoptant ses principes, des perspectives meilleures qu'en agriculture conventionnelle? "

La réponse est évidente: c'est oui ! Mais avant de pouvoir y arriver, quel rude parcours du combattant ! Car ceux qui sont encore dans la vieille outre FNSEA contrôlent largement le terrain: le verrou de l'accès au foncier doit sauter ! Dans les SAFER il y a des affaires pas nettes surtout lorsque les plus gros exploitants conventionnels veulent toujours plus de terres pour rester compétitifs. Le problème devient grave dans le Calvados (car il y a aussi la concurrence de la péri-urbanisation caennaise...)

Le gros avantage d'une installation agricole en mode "paysan" c'est qu'il est beaucoup moins coûteux qu'en mode "conventionnel": un troupeau de 60 belles et bonnes vaches normandes rustiques donnant un lait de qualité supérieure assurera bien plus le revenu agricole de l'exploitant qu'une stabulation de 800 pisseuses de lait Prim'Holstein qui voient le vétérinaire tous les quinze jours pour un lait de qualité médiocre qui sera concurrencé par du lait allemand ou polonais à moins de 25 centimes le litre !

Une installation en mode paysan est donc, à terme, plus rentable qu'en mode conventionnel pour une production de meilleure qualité qui peut donc être davantage valorisée au pays de la Gourmandie...

Pour faire sauter le verrou du foncier, des solutions existent comme le portage financier proposé par l'association "Terre de liens" avec le soutien du Conseil régional de Basse-Normandie.

L'installation en mode paysan est donc particulièrement adapté à l'élevage laitier dans le bocage d'autant plus que l'on redecouvre aujourd'hui tout l'intérêt des méthodes agronomiques des physiocrates anglais et français des XVIIIe et XIXe siècles qui inventèrent la prairie artificielle sur jachère (luzerne, trèfle, pois ...) qui permet, à la fois, de donner le complément de fourrage aux bêtes et de régénérer naturellement les sols sans avoir à mettre des engrais nitratés.

Bref ! certaines idées neuves en agriculture sont parfois plus anciennes et ont plus de bon sens que certaines vieilleries qui n'ont que 50 ans d'âge !