Il y a trois jours, notre ami Luc Couillard, fondateur du Normandy Day (fête internationale de la Normandie) et qui avait participé en 2006 à la création de notre collectif "Bienvenue en Normandie", donnait un entretien dans les colonnes de Paris-Normandie. Fort de son expérience internationale et normande, il en profite pour rappeler quelques évidences au "faquin" que vous savez...


http://www.paris-normandie.fr/detail_communes/articles/566726/region/luc-couillard-la-normandie-absolument-#.U35z-fl_uvU

Luc Couillard

Publié le 19/05/2014 á 23H51
 
Luc Couillard : « Je suis absolument pour la Normandie et contre le projet de Nicolas Mayer-Rossignol d’une grande Région Normandie/Picardie » (photo d’archives)

«En tant que citoyen de base ayant toujours vécu et travaillé en Normandie, je souhaite apporter mon témoignage et formulé mes vœux pour la grande région de demain. En charge du développement du Port Autonome de Rouen de 1973 à 1988, j’ai tout d’abord observé, vendant le Port de Rouen à l’étranger, que le mot Rouen était très souvent inconnu alors que le mot Normandie bénéficiait d’une notoriété incroyable permettant, en retour, de mieux vendre Rouen.

Ayant rejoint ensuite le secteur privé, j’ai été amené à prendre beaucoup d’initiatives concernant directement ou indirectement les intérêts locaux, la Normandie... J’en citerai trois :

- En 1994, nous avons réalisé le premier Congrès International sur la Seine, à bord d’un grand ferry navigant entre Rouen et Honfleur. Intitulé Eurofleuves, cette manifestation a alors connu un grand retentissement en France et à l’étranger, autant par sa forme que par son fond (valorisation des voies d’eau françaises dans un contexte européen). L’initiative d’attirer ainsi sur la Seine des grands congrès internationaux se déroulant trop souvent à Paris n’a jamais été reprise par les institutionnels.

- La deuxième initiative (1996) a été « La Journée des Masters Normands ». Nous avons réalisé une croisière Ouistreham-Rouen avec 500 chefs d’entreprise de Haute et Basse-Normandie afin qu’ils se connaissent mieux et travaillent davantage ensemble. Aucune des deux régions normandes n’a alors cru opportun de nous soutenir.

- En 1999, nous avons lancé le Normandy Day. Objectif : utiliser, à bon escient, la notoriété mondiale de la Normandie en réalisant chaque année, autour du 6 juin, les actions les plus positives (hommes, patrimoine, produits du terroir, entreprises...). Beaucoup a été fait avec l’Association ad hoc créée à ce sujet. Les Rouennais se souviendront sûrement du record du monde du plus long pique-nique réalisé (avec le concours des bénévoles de l’Armada) le 6 juin 2004 sur les quais de Rouen.

Nous avons conçu, il y a plus de trois ans, en vue du 70e anniversaire du Débarquement, un projet original en direction des jeunes générations, Le pique-nique mondial du D-DAY, de la paix et de la liberté dans les établissements scolaires (www.normandy-day.com).

Nous regrettons aujourd’hui à la fois pour la jeunesse, pour les valeurs, mais surtout pour l’image de la Normandie en France et dans le monde que ce projet n’ait pas été soutenu au plan régional.

Ces différentes actions m’amènent à formuler un souhait pour la grande région de demain. Mon choix délibéré est bien le périmètre Normandie. Je suis absolument POUR la Normandie et contre le projet Mayer-Rossignol [président PS du conseil régional de Haute-Normandie, N.D.L.R.] d’une grande Région Normandie/Picardie. Et cela pour trois raisons :

- La communication et l’image mondiale de la Normandie. Adjoindre la Picardie à la Normandie revient tout simplement à refuser de vouloir tirer parti de la notoriété mondiale de la Normandie au bénéfice des trois millions de Normands, de la culture, de l’économie, des entreprises. Alors que nous sommes dans un monde où la communication (qu’on le veuille ou non) prime, je vois que les Normands sont très souvent en retrait dans ce secteur crucial. On est déjà en train, sans y prendre garde, de voir progressivement disparaître le mot Rouen de secteurs clés (Exemples : sport, activités portuaires, et même peut-être le nom de la métropole.)

Il est clair qu’en adjoignant le mot Picardie au mot Normandie, on tue le mot Normandie et on abandonne, par le fait même, la fantastique rente de situation de notre notoriété mondiale. En aucun cas, nous devons nous payer ce luxe !

- L’intérêt économique des deux Régions Normandie/Picardie. Je ne suis pas convaincu qu’il aille forcément dans le même sens (Ex : canal Seine Nord...)

- La troisième Région. Je suis très sceptique sur l’opportunité d’adjoindre une troisième région à la Normandie (Haute et Basse) pour plusieurs raisons. La première est que l’on ne s’agrandit pas forcément en s’élargissant. L’exemple de la construction européenne arrivée aujourd’hui à 28 pays est là pour nous rappeler à une certaine vigilance... La deuxième est l’implication des citoyens au sein du dispositif institutionnel de demain.

Demandez aujourd’hui à un citoyen haut-normand de vous citer le nom de conseillers régionaux : il aura les pires difficultés...

Projetons-nous dans le monde de demain où les élus viendront de Basse et Haute-Normandie et de Picardie : le désintérêt des citoyens sera encore plus fort, d’autant que l’on s’éloignera en même temps des racines des gens, de leur histoire, de leur fierté d’être Picard ou Normand et de leurs préoccupations directes et immédiates.

S’il fallait, pour une raison qui m’échappe, adjoindre une région à la Normandie, il conviendrait certainement de regarder davantage côté Ile-de-France que Picard car les échanges avec cette région sont primordiaux avec la Haute et Basse-Normandie (dont les activités portuaires de Rouen, du Havre, les mouvements de personnes, les entreprises...).

Les initiatives officielles prises d’ailleurs par les institutionnels ces dernières années (Grand Paris, projets Vallée de Seine vont dans ce sens). Le fait, soulevé, par le président Mayer-Rossignol de nous voir transformé en « ville dortoir » de Paris ne me gêne absolument pas dans la mesure où l’argent gagné par nos concitoyens en région parisienne est dépensé ici...

Peut-être plus encore que le périmètre de la grande Région, est-il nécessaire, avant toutes choses, de se poser une question fondamentale : une nouvelle région, oui mais pour quoi faire ? Si c’est pour faire la même chose, avec les mêmes moyens, les mêmes services, avec juste une compétence territoriale élargie, je dis non. Si c’est pour ne pas examiner le bien-fondé d’idées nouvelles portant haut et fort les couleurs de la Normandie, je dis non. Si c’est juste pour grignoter quelques postes de fonctionnaires territoriaux et d’élus et faire des économies de bout de chandelle sur la voie des 50 milliards à trouver, je dis non. Ou l’on économise beaucoup et l’on prend toutes dispositions utiles, ou l’on réforme beaucoup.

Nos grandes régions françaises ont besoin d’un second souffle important avec de nouveaux moyens, de nouveaux hommes, de nouvelles idées, de nouveaux objectifs. Arrêtons d’abord fermement les bases de ce second souffle qui nous hissera au niveau des grandes régions européennes avant de refaire de nouvelles usines à gaz... pour rien !

Mais si nous construisons, construisons ensemble sur de nouvelles fondations la Normandie de demain. Celle-ci sera d’autant plus forte si elle réussit à mobiliser l’énergie des citoyens, à les impliquer, à prendre en compte des idées nouvelles pouvant permettre de nous démarquer, en fonction de nos caractéristiques propres.

L’appropriation fondamentale de la nouvelle dimension régionale par les citoyens passe d’abord par l’écoute de ceux-ci, la prise en compte de leurs intérêts, de leurs actions et de leurs engagements... C’est en fin de compte pour eux que cette réforme est entreprise. Ne l’oublions pas ».

Luc Couillard est, entre autres, le fondateur de Normandy Day.


 

Commentaire de Florestan: 

Il est désormais révoltant de voir des professionnels de la politique qui ne sont même pas élus par les citoyens se permettre un tel arbitraire.

Jean-Luc Godard, l'autre jour sur France Inter, a traité le jeune Tarentino de "faquin", un joli mot de notre beau français du XVIIIe siècle...  Un "faquin" de l'italien "facchino" au XVe siècle, au sens propre, un mannequin d'osier pour l'entraînement au combat. Au sens figuré, un jeune homme impertinent, sans valeur, vide et creux... Voilà qui sied parfaitement à notre NMR Windows 8