La formule est de Georges Pérec: elle illustre bien le cas particulier sinon exceptionnel de la Normandie parmi les régions françaises. La Normandie c'est la région patrimoniale, mémorielle et historique par excellence. C'était déjà le cas dès 1900 avec l'ampleur et la richesse incroyable du patrimoine architectural normand. Malgré les destructions massives de l'été 1944, c'est encore le cas. Mais à cette dimension artistique et culturelle s'ajoute désormais et plus que jamais, la dimension mémorielle voire morale d'une Normandie monument sanctuaire du sacrifice pour la Paix et la Liberté il y a 70 ans.

A partir de ces deux éléments de haut prestige pour valoriser une région, il y a pour les élus des collectivités territoriales, à commencer par le futur conseil régional unifié de Normandie, deux urgences à traiter:

1) Valoriser enfin à sa juste mesure, le patrimoine architectural urbain, monumental, de la Normandie: il est, en effet, inconcevable de constater que la ville de Caen n'ait toujours aucune politique publique véritable pour valoriser les restes extraordinaires d'un patrimoine architectural urbain (églises, château ducal, hôtels particuliers, rues anciennes...) qui était prodigieux avant 1944: contrairement à la ville du Havre qui a obtenu le label UNESCO pour l'oeuvre d'Auguste Perret qui a reconstruit la ville détruite en septembre 1944, la ville de Caen peine à mettre un oeuvre un label "ville d'art et d'histoire" pourtant beaucoup plus modeste: on attend, en vain, la création d'un musée de la ville et la création d'un secteur sauvegardé sur les quartiers miraculés de la table rase de 1944. 

Toutes les villes normandes devraient rechercher et obtenir un label "ville d'art et d'histoire": l'incompétence des élus locaux, leur méfiance maladive vis à vis des normes, cahier des charges, règlements, etc... font que cet immense potentiel patrimonial normand est encore en jachère.

URGENCE: RESPECTER LES PAYSAGES NORMANDS !

Dans le cadre du renforcement de la compétence touristique et culturelle du futur conseil régional, il faudra mettre en oeuvre une politique de soutien et d'incitation vers les communes pour les sensibiliser à l'urgente nécessité de valoriser et de protéger le patrimoine bâti normand et l'intégrité des paysages et sites normands: sinon à coup de rond-points débiles, de zones médiocres de ceci ou de cela, de haies bocagères arrachées, de rues défigurées par Monsieur Decaux, de sites "viabilisés", d'éoliennes plantées par ci ou par là, de zones pavilllonaires en toc ou d'immeubles à l'architecture obsolescente dans le coeur de nos villes, nos édiles risquent, à terme, de tuer la poule aux oeufs d'or !

On ne peut, à la fois, demander le classement UNESCO du site des plages du Débarquement tout en autorisant l'implantation d'un champ d'éoliennes marines au large, en co-visibilté directe avec les sites historiques...

2) Eviter à tout prix (c'est le cas de le dire... ) la marchandisation de la mémoire du DDay:

Le tourisme mémoriel doit être généré par la visite contemplative et méditative de véritables sanctuaires éloignés de toute boutique ! On peut déplorer que le Mémorial de Caen tend à devenir une sorte de galerie marchande pour les touristes ou de voir fleurir dans nos supermarchés des têtes de gondoles des produits du Débarquement: le mauvais goût n'est pas loin !

La teurgoule ne doit pas avoir, en principe, le goût du sang ou du mazout...


 

Caen vu par les touristes

 

 

Témoins normands 1944

 

Dday supermarket