L'Etoile de Normandie vous fait part du courrier envoyé à la rédaction de la Manche Libre, au titre du collectif citoyen et républicain "Bienvenue en Normandie":

Les grands médias nationaux et internationaux ont tous souligné, à juste titre, l'exceptionnelle portée émotionnelle, symbolique et politique des magnifiques commémorations du 70ème anniversaire du Débarquement des Alliés sur les plages normandes prélude héroïque et tragique à notre Liberté contemporaine, démocratique et prospère...

Il a été noté par tous que ces commémorations furent une grande réussite notamment la cérémonie internationale sur la plage de Ouistreham avec ses dizaines de chefs d'état, têtes couronnées à commencer par sa majesté la Reine d'Angleterre (et duc de Normandie) Elizabeth II et ses milliers de vétérans ou témoins invités.

Il a été fait état, en outre, du réchauffement des relations diplomatiques entre les présidents américain, russe et ukrainien à l'occasion du séjour normand de ces excellences tant le nom de Normandie oblige à la paix et à la réconciliation dans le monde entier.

Cependant, il n'a pas été suffisamment rendu compte dans la presse nationale mais aussi régionale du moment peut-être le plus symboliquement important et qui pourrait rester dans l'histoire contemporaine de notre région, à savoir, pour la première fois depuis 70 ans, l'hommage national à la mémoire des populations civiles de Normandie durant la bataille de l'été 1944, prononcé le matin du 6 juin devant le Mémorial de Caen par François Hollande dans un discours mémorable...

Une stèle dévoilée à l'issue de cette cérémonie témoignera de la reconnaissance officielle de toutes les mémoires héroïques et blessées de la Normandie bouleversée par l'irruption de la guerre, depuis les premiers bombardements préventifs d'avril et mai sur Rouen (la terrible semaine Rouge) jusqu'à la tragique erreur du bombardement du Havre du 12 septembre: évoquant la destruction de la cathédrale de son enfance, le rouennais Hollande était visiblement ému de prendre ainsi à témoin un parterre d'élus nationaux, régionaux et locaux avec les paroles d'un discours qui n'oubliera personne ni aucun événement et qui consacre, de fait, le principe moral d'une unité de la Normandie et des Normands dans le sacrifice pour la Liberté de la France et de l'Europe.

"C'est une Normandie ravagée qui retrouve la Liberté" a d'emblée déclaré le président pour évoquer le courage admirable, le sens des responsabilités, l'humanisme, l'altruisme, la générosité dans la survie des populations civiles normandes "exposées au feu". Il a été aussi fait mémoire des 20 000 victimes civiles officiellement reconnues de la bataille de Normandie, du rôle de premier plan joué par les réseaux de la résistance normande pour renseigner les Alliés sur le dispositif ennemi. L'émotion sera à son comble quand le président sut trouver les mots pour évoquer "les sentiments mélés " entre joie débordante d'accueillir les Libérateurs et amertume ou colère devant tant de deuils et de destructions... Pendant longtemps, les populations normandes ainsi libérées gardèrent pour elles cette amertume et cette colère qui leur firent cette réputation de gens "taiseux" et pudiques qui n'osent pas affirmer ce qu'ils sont ou ce qu'ils font...

Fort symboliquement, le discours présidentiel se termine ainsi: "Vive la République, vive la France, la France reconnaissante à la Normandie".

De cette reconnaissance bienvenue mais tardive il faut tirer certaines conséquences et il semble bien que le président de la République en ait eu pleine conscience car c'est par la reconnaissance du sacrifice des Normands que le 70ème anniversaire du Dday a débuté sur la terre d'une Normandie appelée à recouvrer enfin son unité dans le cadre de l'actuelle réforme territoriale.

Ainsi, on peut considérer que la consécration présidentielle du principe d'unité normande annoncée le 4 juin et la reconnaissance officielle des victimes civiles de la bataille de Normandie le 6 juin sont les deux faces d'un même événement: la sortie définitive de la Normandie de son Après- Guerre et son entrée de plein pied dans le XXIe siècle car, après la reconnaissance doit suivre la renaissance.

Il aurait tout simplement été indécent de laisser Laurent Fabius à la manoeuvre pour imposer une improbable région littorale Nord Ouest ou "Arc Manche" noyant la Normandie dans un ensemble plus vaste tout en commémorant le souvenir du 6 juin 1944 sur les plages normandes avec le Monde entier: François Hollande a donc choisi de faire du principe d'unité normande, un principe moral. La Normandie, en tant que telle, devient un monument auquel personne ne doit toucher: en 2014, 70 ans après, c'était au tour du prestige moral de la Normandie de bombarder pour faire reculer la politique politicienne.

Et pour avoir eu ce courage là, François Hollande peut, d'ores et déjà, entrer dans l'Histoire... normande.

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