Il est beaucoup question en ce moment de celui que d'aucuns, non sans raison, considèrent comme le plus grand romancier français vivant: Michel HOUELLEBECQ dont le nom sonne très "normand", fait actuellement l'objet d'un film ("Near Death Experience") et d'un livre (l'alter-économiste keynésien Bernard Maris tente de revisiter l'histoire de la théorie économique à partir des romans de l'écrivain...)

Michel Houellebecq, écrivain misanthrope, misogyne et mélancolique...

http://www.lemonde.fr/le-magazine/article/2014/09/19/marc-beauge-rhabille-michel-houellebecq_4489491_1616923.html

Cependant, si vous voulez rester indécrottablement optimiste, la lecture des romans de Houellebecq ce "grand écrivain" au look de cooker triste n'est pas faite pour vous ! A moins d'accepter la rencontre avec l'écriture de Houellebecq avec amertume parfois et souvent avec un sourire ironique, car les mots de l'écrivain triste sont les révélateurs impitoyables d'un effondrement collectif et civilisationnel: chaque époque de décadence a son grand écrivain triste. La France morose de ce début de XXIe siècle a son Houellebecq...

Et quand dans son premier grand roman "Extension du domaine de la lutte" paru en 1994, Michel Houellebecq traîne ses guêtres du côté de Rouen, sous les traits d'un ingénieur informaticien descendu de Paris avec un collègue pour animer un stage de formation à l'arrivée de l'informatique dans les sinistres locaux de la Direction Départementale de l'Agriculture, l'effet est plutôt terrifiant !

Les extraits à lire ci-dessous pourraient s'intituler de la façon suivante:

"Portrait de Rouen dans la seconde moitié des années 1990: au fond du trou normand"

 

La ville gothique qui émerveillait Victor Hugo ou Gustave Flaubert ne charme plus le grand écrivain français de la fin du XXe siècle: notre civilisation urbaine, entièrement abîmée dans la laideur pratique d'un consumérisme fonctionnel, ne le permet plus. Pourtant, derrière sa gangue de béton et de goudron, la perle rouennaise est toujours là, admirable...

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Commentaire de Florestan:

Pendant plus de 40 ans, Rouen, au coeur de sa demi-région normande, n'a été considérée que comme une banlieue industrialo-portuaire lointaine de la puissante région parisienne, gros noeud intestinal au coeur du tube digestif  parisien tendu jusqu'à la mer et dont l'anus est le port du Havre.

Plus de 40 années de spécialisation et de domination économique SEVESO-NORMANDE ont abîmé les représentations d'une ville qui fut, autrefois, avant 1940 -1944, l'une des plus belles de France et qui comptait parmi les vieilles et grandes capitales régionales françaises au même titre que Lyon, Bordeaux ou Nantes...

A la fin des années 1990, on pouvait dire que Rouen était au fond du trou normand: Lecanuet qui voulait faire grande carrière à Paris, a creusé un trou à Rouen.

Ne parlons même pas de "trou normand", la Normandie fut particulièrement niée à Rouen même.

Mais heureusement, avec la perspective d'une unité normande dont le principe fut imposé par un Rouennais président de la République à un  Laurent Fabius tenté par les mêmes illusions qu'un Lecanuet, les temps semblent enfin changer: Rouen redecouvre enfin la Seine et s'apprête enfin à retrouver son jardin normand.

L'étape suivante de cette reconquête de soi sera la littérature et le cinéma: lorsque des écrivains et des créateurs rouennais et normands parleront à nouveau avec fierté de la "Babylone normande" (Flaubert)