Parmi les nombreux signes qui démontrent que la bonne ville de Caen s'est réveillée, que la page de l'Après Guerre se tourne enfin, il y a la réaffirmation de Caen comme une ville rayonnante quant à la qualité gastronomique de ses restaurants. Pour reconstruire une ville après une table rase guerrière il faut 70 ans: après les ruines et les cadavres, les gravats et les murs de pierre ou de béton, la restauration des grands monuments, les églises, les infrastructures, les institutions, les industries et les services essentiels, vient seulement la reconstruction culturelle, symbolique, l'image même de la ville...

Prenons donc l'exemple des restaurants:

Avant-Guerre et jusqu'en 1951, la grande table caennaise qui faisait la réputation de la cité normande loin à l'extérieur c'était le "CHANDIVERT" la table préférée de Georges Simenon...

Le grand bâtiment en béton datant de 1931 de style "art déco" existe toujours: il a perdu tous ses décors extérieurs, le cinéma vient de fermer et seul le RDC est encore occupé par deux modestes boutiques de chaussures...

Depuis la fermeture du "Chandivert" en 1951, Caen n'a plus de grande brasserie de tradition qui pourrait être l'ambassadrice gastronomique de la ville.

Sauf que par delà cette dent creuse symbolique héritée du traumatisme collectif des destructions massives de 1944, s'est développé un réseau de restaurants qui ne cultive plus ce lien étroit que l'on trouve partout ailleurs avec l'hyper centre ville: faute d'avoir pu rétablir la qualité urbaine d'avant guerre des places publiques, les restaurants se sont d'abord repliés sur les restes des quartiers anciens piétonnisés dans les années 1970 pour profiter du peu de pittoresque qui a survécu à la normalisation rationnelle de la Reconstruction: dans le charmant quartier du Vaugueux, qu'importe la qualité de l'assiette, ce qui compte c'est le cadre.

Puis vint la fin des années 1990 et la reconquête urbaine et piétonne du quai longeant le port avec un mélange de restaurants à la mode et de bars: là encore, la recherche d'ambiance l'emporte sur la qualité gastronomique. Puis vint les années 2000 avec une remarquable eflorescence de tables tenues par de jeunes chefs étoilés enfin soucieux de la qualité gastronomique et de la noblesse des produits issus des terroirs normands. Une géographie qui reste très éclatée sur la ville et qui continue de démontrer que les meilleures tables ne sont pas forcément dans l'hypercentre où la friche du "Chandivert" attend sa renaissance...

Si dans le cadre de la future Normandie unifiée, Caen redevient l'Athènes Normande en s'affirmant, sans complexes, la capitale culturelle, intellectuelle, scientifique et créative de la future région, cette montée en gamme, cette reconquête de Caen par elle-même ne pourra qu'être stimulée...

Gastronomie_normande_1

Gastronomie_normande_2

Soupe_des_chefs_1

Soupe_des_chefs_2