Excellente initiative normande prise par les éleveurs et agriculteurs Normands, qui ne font pas que des opérations de jacqueries motorisées contre les préfectures...


 

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Évreux De Saint-Lô à Paris : les agriculteurs de Normandie veulent promouvoir leurs produits

Pendant trois jours, les agriculteurs normands traversent la région avec un marché ambulant. Objectif : valoriser les produits locaux. Mardi 16 décembre 2014, ils étaient à Évreux.

Dernière mise à jour : 16/12/2014 à 14:37

Mardi 16 décembre 2014, des agriculteurs normands ont investi le parvis de l'Hôtel de Ville d'Evreux pour un marché éphémère. (photo : A.B)

Mardi 16 décembre 2014, des agriculteurs normands ont investi le parvis de l'Hôtel de Ville d'Évreux pour un marché éphémère. (photo : A.B)

Carottes rouges, jaunes et blanches, poireaux, navets, rutabaga ou produits laitiers… le tout à des prix cassés. Mardi 16 décembre 2014, les agriculteurs Normands ont investi le parvis de l’Hôtel de Ville, à Évreux (Eure) pour un marché un peu particulier. « Après avoir versé du fumier et des poireaux pourris devant les préfectures et les conseils généraux pour manifester contre de nouvelles directives, nous avons voulu aller directement vers le consommateur, explique Anne Jeanne, agricultrice dans la Manche. Nous voulons expliquer aux gens ce que l’on fait, montrer nos produits, montrer comment on les fabrique, et dire que, pour quelques centimes de plus, des emplois peuvent être sauvés. »

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Moi, les légumes, je les vois pousser, je m’en occupe, je les récolte et je les vends moi-même en grande surface, raconte Joël François, producteur dans la Manche. J’aime les cuisiner mais j’aime aussi les vendre. J’aime le contact avec les consommateurs, j’aime leur donner des conseils, leur expliquer comment je travaille.

Opération séduction des consommateurs

Se rapprocher du consommateur. C’est là tout l’enjeu de cette opération séduction – une première – initiée par les agriculteurs et producteurs originaires des cinq départements de Normandie. Partis de Saint-Lô à 6 heures du matin, lundi 15 décembre 2014 et après une première escale Place Courtonne, à Caen, ce convoi composé d’une dizaine de tracteurs et de remorques restera jusqu’à 14 heures à Évreux, mardi 16 décembre, avant de rejoindre la place de la Bourse, à Paris, mercredi 17 décembre pour un dernier marché. Baptisé "Normandi'vert Cité", l’événement rassemble une quinzaine d’organisateurs mobilisés pendant trois jours et des dizaines d’agriculteurs présents chaque jour sur le marché.


Pour l’occasion, les tracteurs et remorques ont été prêtés par les concessionnaires, le fioul a été fourni gratuitement et les tentes louées à des prix dérisoires. Légumes, viandes et produits laitiers ont également été cédés, ce qui permet à ce marché éphémère de proposer des prix défiant toute concurrence : 1 euros le kilo de carottes ou 1,50 la cagette de légumes pour pot-au-feu. « La misère dans les campagnes est toujours là et la situation ne s’améliore pas, poursuit Anne Jeanne mais nous avions envie de mener une action positive pour en parler. »

L’agriculture, c’est 250 000 emplois directs et indirects en Normandie, ajoute Sébastien Amand, président de la FDSEA (Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles) de la Manche. Aujourd’hui, nous faisons la promotion du savoir-faire normand et du goût en Normandie mais derrière ce savoir-faire là, il y a aussi des familles, un tissu agroalimentaire et de l’emploi. C’est ce que nous voulons mettre en avant. La dynamique de territoire se fait d’abord avec le tissu agroalimentaire et les gens que nous rencontrons depuis notre départ le comprennent très bien.

 

Sébastien Amand, président de la FDSEA de la Manche, à l'origine de cette opération séduction, voulait aller directement à la rencontre des consommateurs pour parler de son métier et de ses revendications. (photo : AB)

Sébastien Amand, président de la FDSEA de la Manche, à l'origine de cette opération séduction, voulait aller directement à la rencontre des consommateurs pour parler de son métier et de ses revendications. (photo : AB)

« Nous voulons aussi interpeller les élus »

Son homologue de l’Eure, agriculteur et président de la FDSEA 27, Régis Chopin, se réjouit de cette initiative : « L’escale à Évreux de ce marché ambulant, véritable vitrine de nos produits agricoles régionaux, s’inscrit dans la continuité des entretiens que nous avons menés jusqu’à présent avec la Ville, le Conseil général et les arrondissements du département de l’Eure. Le développement de l’agriculture passe par l’incitation des citoyens à consommer local mais il faut aussi que nos élus participent à l’approvisionnement local pour tout ce qui concerne les collectivités et la restauration hors foyers ».


Au delà des consommateurs, les élus sont justement visés par cette opération. Des parlementaires de cinq départements de Normandie seront d’ailleurs présents, mercredi 17 décembre, sur le marché ambulant parisien. À Évreux, le maire de la Ville, Guy Lefrand est venu à la rencontre des agriculteurs, accompagné de Jean-Louis Destans, président du Conseil général.

Je suis très heureux que les agriculteurs aient choisi de s’arrêter à Évreux, a confié l’édile à Normandie-actu. Nous sommes au cœur d’un grand territoire agricole, qui s’étend de la plaine du Neubourg aux vallées de l’Eure et de l’Avre. Nous avons développé de nouvelles relations avec les agriculteurs et la population est très demandeuse. Elle veut des produits locaux, des produits de qualité et c’est notre travail, à nous, politiques, de créer des liens entre les agriculteurs et la population.

Jean-Louis Destans, lui, a estimé qu’il fallait « changer les habitudes et faire en sorte que les gestionnaires aient le réflexe de s’adresser aux producteurs locaux ». Autant de pistes de travail pour les élus. « Plusieurs projets sont en cours de développement dans le département de l’Eure pour revaloriser les métiers de l’agriculture », annonce à ce propos Guy Lefrand.  Favoriser les circuits-courts, développer un site de e-commerce sur lequel les gens pourraient commander en ligne des produits locaux et venir les chercher dans une boutique particulière ou établir une charte avec la chambre d’agriculture pour utiliser au mieux les terrains et ressources agricoles de l’agglomération ébroicienne… tels sont les projets évoqués par le maire de la Ville.


 

Commentaire de Florestan:

Cela fait plaisir de voir que la FNSEA en Normandie n'a pas forcément les mêmes réflexes que la FNSEA en Bretagne: à quand une initiative commune avec la confédération paysanne pour défendre une agro-écologie qualitative et gastronomique dans une Normandie riche de 13 AOC ?