Compte rendu de la dernière réunion publique organisée par le conseil régional de Basse Normandie, à l’auditorium du Mémorial de Caen, mercredi 17 décembre 2014 (19h00 - 22h30)

 

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Après onze réunions organisées aux quatre coins de la Basse-Normandie (sachant qu’il y eut le même type de réunions partout en Haute Normandie, sauf au Havre…) pour expliquer le projet d’une Normandie enfin réunifiée à près de 2600 citoyens Normands qui ont fait l’effort de venir, la réunion caennaise ne pouvait ne pas ignorer la question centrale essentielle de l’organisation future des pouvoirs et institutions en Normandie, avec la question de la « capitale régionale » puisque, contrairement, aux autres régions fusionnées en France, la fusion normande était celle qui allait de soit, qui était la plus légitime et la plus attendue, au point que la Normandie est la seule des nouvelles régions créées à pouvoir porter son vrai nom historique et à pouvoir retrouver son intégrité géo-historique.

 

La réunion publique s’est donc tenue à l’auditorium du Mémorial difficilement accessible après un dédale à parcourir dans l’exposition permanente du musée consacré à l’été 1944 : on regrettera donc qu’aucun élu présent n’a eu la présence d’esprit de rappeler le lien qui est avéré entre le choix présidentiel de l’unité normande et la commémoration du 70ème anniversaire du Débarquement de 1944 le 6 juin 2014. L’auditorium était d’ailleurs trop petit, il a fallu refuser du monde…

 

Elus présents : Laurent Beauvais, président de région ; Joël Bruneau, maire de Caen et président de l’agglomération ; Rodophe Thomas, maire Modem d’Hérouville St Clair et vice-président de l’agglomération de Caen ; Philippe Augier, maire de Deauville et chef de l’opposition au conseil régional ; Philippe Duron député du Calvados et ancien maire de Caen ; Laurence Dumont députée du Calvados ; Yannick Soubien, conseiller régional écologiste ; Sophie Gaugain, conseillère régionale d’opposition et maire de Dozulé ; François Digard conseiller régional d’opposition et ancien maire de Saint-Lô ; l’ensemble des conseillers régionaux de la majorité était présent.

 

Une absence très remarquée : Jean-Léonce Dupont, président centriste du département du Calvados, qui, décidément fuit dès qu’il s’agit de s’exprimer en public sur la réunification normande.

 

On regrettera aussi l’absence de François Dufour, conseiller régional vice-président en charge de la politique agricole qui aurait pu nous expliquer les enjeux essentiels pour l’avenir de la Normandie en tant que grande région agricole et agro-alimentaire : Caen étant déjà le siège de la chambre régionale d’agriculture et la Normandie déjà engagée dans une agriculture plus qualitative qu’ailleurs,  pourrait devenir la région française pilote pour la reconversion de l’agriculture française vers l’agro-écologie, vers la qualité gastronomique, vers la relocalisation de la production de protéines végétales nécessaires à l’alimentation animale.

 

Comme à l’accoutumée, Laurent Beauvais donne la parole au maire de Caen, puissance invitante : d’emblée, Joël Bruneau évoque la question de la « capitale » et souhaite que la réforme territoriale en cours « soit retenue et mise en mains par les citoyens ». Le collectif BEN et l’Etoile de Normandie n’ont pas attendu que le maire de Caen nous le dise pour que nous le fassions. Une fois de plus, cette réunion publique a mesuré le décalage parfois profond entre certains élus et la société civile normande sur la question de la « grande » Normandie (qui est pour tous les vrais Normands, ni « haute », ni « basse », ni « grande » !).

 

Laurent Beauvais rappelle en trois points les objectifs de la soirée : Informer, Expliquer, Ecouter.

 

1)      La nouvelle carte à 13 régions vient d’être définitivement confirmée par un ultime vote à l’Assemblée Nationale (avant les recours au conseil constitutionnel). Ensuite doit venir la loi NOTRe (Nouvelle Organisation Territoriale de la République) dans le courant du mois de janvier 2015 pour établir la nouvelle répartition des compétences entre collectivités territoriales et enfin, au printemps, après les prochaines élections départementales, la présentation d’un Schéma régional de l’Etat déconcentré, sachant que la notion actuelle de « capitale régionale administrative » va éclater en trois notions (grâce au travail parlementaire discret et efficace d’Alain Tourret, député PRG du Calvados) : le « chef-lieu » provisoire jusqu’au 1er juillet 2016 (siège de la préfecture) ; l’hôtel de région (siège de l’administration permanente du conseil régional) et le lieu de réunion des assemblées plénières du conseil régional.

 

2)      Le « chef lieu » régional, appellation désuète car on n’a pas trouvé mieux pour remplacer le terme de « capitale régionale » sera fixé à titre provisoire par l’Etat à partir du printemps prochain dans le cadre d’un « schéma régional de l’Etat déconcentré » qui sera présenté par Bernard Cazeneuve. On a lieu de croire que le ministre ancien maire de Cherbourg fera le nécessaire pour placer Caen face à la puissance du réseau Fabius qui aimerait désigner la nouvelle métropole de Rouen comme chef-lieu d’ores et déjà définitif pour la Normandie, histoire de ne pas perdre de temps ou de compliquer inutilement les choses.

 

Nous aurions souhaité que cette question soit tranchée en toute transparence après un large débat public en Normandie pour éviter qu’une fois de plus le sort de notre région ne soit décidé que par un rapport de force politicien du style « à plus fort la pouque ! ». C’est la raison pour laquelle, la nouvelle assemblée régionale issue des élections de décembre 2015 aura à se prononcer sur ce choix définitif du « chef-lieu » avec une majorité des 3/5ème sachant que s’il y avait mésentente durable, l’Etat se chargerait de trancher en dernier ressort par décret avant juillet 2016 : compte tenu du rapport des forces politiques actuel, il n’est pas impossible que ce choix « cornélien » (Corneille était Rouennais) n’incombe à une majorité régionale de « droite ». L’attribution définitive du « chef-lieu » de la nouvelle Normandie à la nouvelle métropole rouennaise est donc loin d’être acquis !

 

3)      Il faut donc expliquer les enjeux de la Normandie unifiée, concrètement, c’est de savoir comment elle sera organisée. Le projet normand ? L’emploi, le développement économique, la formation, les infrastructures… Bref tout ce qui se fait déjà mais viendra s’ajouter l’effet qualificatif « Normandie » en terme d’image, de stratégie, d’organisation, d’information, de prospective, de moyens financiers disponibles.

 

Démontrer l’avantage coûts / bénéfices d’une seule Normandie par rapport à la poursuite de deux régions normandes séparées : faut-il en dire davantage ? C’est tellement évident (cf. le rapport du cabinet d’audit EDATER de 2008 qui avait déjà répondu positivement à cette question… Que ces messieurs les élus consultent leurs archives !)

 

Garder la proximité : ce sera l’un des enjeux de loi NOTRe. Les régions vont devenir plus grandes, il faut donc garder les départements.

 

Les personnels de l’administration régionale ? Laurent Beauvais veut rassurer. Il n’y aura pas de « plan social » ni de « grand déménagement ». Les personnels pourront bénéficier d’une harmonisation par le haut tant de leur rémunération que de leur déroulé de carrière car on prendra le meilleur de ce qui se fait dans chaque région.

 

Le 12 janvier prochain, tous les élus régionaux de TOUTE la Normandie seront ENFIN convoqués en session plénière extraordinaire pour la présentation du rapport des deux CESER normands sur le chantier complexe des harmonisations et des fusions normandes à conduire (en gros : réparer ce qu’un Alain Le Vern aura contribué à saboter ces quinze dernières années…)

 

Laurent Beauvais a annoncé la préparation d’un « livre blanc » pour restituer les échanges, idées et informations  qui ont fait l’intérêt des réunions publiques.

 

4)      Ecouter en faisant bonne place au fait que la Normandie est d’abord une région rurales avec de nombreuses petites villes. La perception de la question de la « capitale » est donc très variable en Normandie.

 

Laurent Beauvais souhaite qu’il n’y ait pas d’oukaze sur la seule question qui importe et que cela soit tranché au terme d’un processus de proposition et de négociation « gagnant / gagnant » en ne perdant jamais de vue l’effet qualitatif normand, à savoir une situation géographique exceptionnelle en France et en Europe et un bien public/ patrimoine « normand » prestigieux d’une notoriété exceptionnelle dans le Monde.

 

Il faut faire le pari de l’équilibre, les géographes proposent des solutions « innovantes ».

 

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Interventions, Questions / Réponses : dès la première question, la question « capitale »…

 

  • Que trouvera-t-on à Caen, à Rouen, au Havre pour les citoyens et les entreprises ? N’y a-t-il pas une « éclipse médiatique » de Caen ? Quid d’un référendum pour trancher cette question ? Etat déplorable du service SNCF entre Caen et Rouen : comment y remédier d’urgence ?

 

  • Réponse de Laurent Beauvais : il y a des profils solidement établis différents et complémentaires entre Caen et Rouen, on ne va pas déménager ce qui marche, il y a des fonctionnaires, des salariés…  Il y aura une mobilité des directions avec des antennes. L’idée serait de renforcer les profils caennais et rouennais, être intelligent dans l’organisation en veillant toujours à la proximité. Ce travail est commencé mais ce seront à d’autres de décider définitivement… On travaille déjà sur le projet normand : les énergies marines renouvelables, la Normandie sera la première région française, le tourisme avec deux grands contrats de destination (Mont St Michel et Etretat avec l’Impressionnisme) et l’Axe Seine qui ne concerne pas toute la Basse-Normandie (ndlr : erreur de perspective car l’expansion logistique de l’Axe Seine pourrait se faire en Basse-Normandie en s’appuyant sur le réseau des villes moyennes).

 

 

  • Marie-Jeanne Goubert, conseillère régionale PCF prend longuement la parole pour critiquer la réforme territoriale tout en plaidant pour un projet de territoire de qualité : elle prend l’exemple de l’ancien CREPS d’Houlgate qui sera appelé à devenir le grand centre régional de sport-études en Normandie. Mais cette élus croit-elle vraiment à la Normandie ? A la fin de la réunion, on l’entendit regretter dans une boutade que « la Basse-Normandie n’ait pas fusionnée avec la Bretagne » (sic !) En décembre 2015, il faudra élire de vrais élus régionaux normands…

 

  • Joël Bruneau, le nouveau maire de Caen prend la parole, en rappelant qu’il y a un principe de réalité qu’il ne faut pas insulter : Rouen est bien la seule métropole en Normandie. La Normandie urbaine est polycentrique mais il faut qu’elle soit autre chose qu’une « excroissance de la région parisienne ». Il faut s’appuyer sur un réseau en « trois pôles » connecté au grand réseau des villes petites et moyennes. (ndlr : bravo pour les paroles, on attend les actes, car la coopération Caen- Le Havre est au point mort !) . Le maire de Caen rappelle que « nos amis Haut-Normands, ont un complexe de supériorité. Ils ont plus d’habitants et en plus, ils ont … Fabius » (rires dans la salle). Il faut donc se prendre en mains, en finir avec un complexe d’infériorité « bas » Normand (suggestion : en parler à Ouest-France) et renforcer l’agglomération caennaise en la transformant en communauté urbaine et en construisant un « pôle métropolitain occidental » avec les petites villes bas-normandes. (ndlr : ne serait-ce pas mettre la charrue avant les bœufs ? Que l’agglomération de Caen doit se renforcer, c’est une urgence. Mais créer un 3ème pôle métropolitain en Normandie alors qu’il n’en faut qu’un seul avec trois têtes serait une grave erreur. Rappelons que la députée UMP du Pays d’Auge et de la Côte Fleurie, Nicole Ameline souhaite au contraire la création d’un pôle de l’Estuaire entre Caen et Le Havre).

 

  • Un citoyen du Havre venu tout spécialement à Caen pour la réunion évoque l’enjeu des Energies Marines Renouvelables et interpelle le maire de Caen qui ne lui répondra pas sur le dossier du pôle métropolitain de l’Estuaire…

 

  • M. Lecoutour, élu municipal d’opposition à Caen souligne qu’il était temps d’évoquer enfin la question « capitale » dans une réunion publique « grâce à Laurent Beauvais » il faut « purger cette question » et se consacrer pleinement à la définition d’un projet normand original car ce projet pourrait être, doit être « anglo-normand » : la Normandie est la région française la plus proche de l’Angleterre à tout point de vue. Cela doit être un axe fort du futur projet normand. Enfin, M. Lecoutour salue l’engagement normand de long terme d’Alain Tourret et d’Hervé Morin.

 

  • Eric Vève, élu municipal d’opposition caennais rappelle la formule « historique » de la fusion normande : « 1 + 1 = plus de deux, voire trois ! »

 

  • Le géographe universitaire caennais Pascal Buléon prend la parole : il est écouté avec attention. Il insiste sur l’opportunité historique exceptionnelle qui nous est faite avec la réunification normande. « Il faut saisir cette occasion ». Définir un projet collectif qui est du sens pour tous, que la Normandie devienne une évidence pour porter et développer tous les projets. La carte des EMR est une belle carte originale à jouer pleinement. La Normandie sera une grande région d’économie maritime. Le lien avec Paris : un privilège qu’il ne faut pas subir. Urgence du ferroviaire : la LNPN, une autre conception de la grande vitesse ferroviaire. Il faut enfin lever au plus vite les inquiétudes sur la « capitale ». Le concept de « chef-lieu » est désuet au XXIe siècle, à l’heure des réseaux, c’est regrettable ! Il faut créer une métropole normande avec les trois villes : voilà la vraie originalité normande innovante pour notre temps.

 

  • Réponse de Laurent Beauvais : la préoccupation de la capitale ou de la métropole, c’est un discours « techno » qui ne passe pas dans la Normandie rurale des arrières pays et des petites villes. (ndlr : on conseillera à LB la lecture de la dernière synthèse des géographes universitaires qui porte précisément sur cette Normandie « hors métropole » où vivent 50% de la population normande). Laurent Beauvais apporte son soutien à la vision développée par le maire de Caen : le pôle métropolitain de l’Estuaire avec Le Havre est « problématique » il faut un développement caennais « auto-centré »…

 

  • Philippe Augier, assis à la tribune et qui rongeait son frein depuis le début de la séance, entre soudain en scène pour exprimer sa frustration « normande » : on devrait y aller dans l’enthousiasme car le projet est grandiose mais « ça traîne ! » . On a l’impression que « Laurent Fabius a décidé de tout. Qu’en pensez-vous Laurent Beauvais ? ». Philippe Augier se fait frontal et assène enfin quelques vérités qui feront plaisir à tous les meilleurs connaisseurs du dossier normand : « est-vous vraiment d’accord entre vous ? Doit-on rappeler qu’Alain Le Vern était farouchement contre la réunification normande ? » et Philippe Augier, très pugnace, laissant entendre, non sans raison, que le chantier de la réunification sera la gestion difficile du « bilan Le Vern » avec la nécessité d’organiser des « réunifications normandes à plusieurs vitesses » (par ex : la contractualisation en cours avec l’Etat, les deux schémas régionaux…). Philippe Augier finit par dénoncer devant un Laurent Beauvais très agacé le fait étonnant que les élus régionaux normands des deux actuelles régions appelées à fusionner « dans moins de deux ans » ne se soient toujours pas réunis ensemble ! « On a l’impression que chacun a fait sa liste. Il n’y aucune vision d’ensemble » s’agace le maire de Deauville qui est un réunificateur de toujours.

 

  • Réponse de Laurent Beauvais, très agacé par le tour « politique » pris par la réunion. Il rappelle tout le travail souterrain qui est fait actuellement pour harmoniser les deux administrations régionales normandes pour préparer le premier budget régional normand avant avril 2015. « Un travail de soute qui ne se voit pas » rétorque LB. Quant à la plénière normande, elle aura lieu le 12 janvier prochain lors de la présentation du rapport des CESER. Tout devra être prêt pour permettre à la nouvelle assemblée régionale normande de travailler au 4 janvier 2016. Par rapport aux autres nouvelles régions fusionnées où il va y avoir des débats très compliqués voire « métaphysiques », la Normandie est une « région pilote » qui est, d’ores et déjà, très en avance.

 

  • Interrogé sur la politique sociale et économique de proximité, Yannick Soubien fait une intervention remarquée et appréciée sur les méthodes et les valeurs d’un projet normand : le travail de type coopératif et mutualiste en réseau de proximité entre tous les acteurs. Une longue expérience en Basse-Normandie mais aussi en Haute-Normandie sur la question de la formation continue pour adultes par exemple. L’enjeu sera la confirmation du transfert intégral par la loi NOTRe de la compétence « emploi » au conseil régional qui permettra de renforcer cette politique régional de proximité déjà très appréciée. Il faudra enfin se saisir de l’opportunité de pouvoir gérer en direct les fonds européens pour enclencher la transition énergétique (dans le bâtiment pour créer des emplois non délocalisables) et veiller à ce que le futur « projet normand ne soit pas seulement l’addition de petits projets locaux ».

 

  • On passera rapidement sur la prise de parole de FO et du représentant « lutte ouvrière » : ils sont contre la réunification de la Normandie déroulant une affligeante série de caricatures en lieu et place d’une vraie connaissance du dossier régional normand. On avait envie de leur répondre, à la manière des enfants : « c’est celui qui le dit qui l’est ! »…

 

  • Rodolphe Thomas, le maire d’Hérouville, voulait certainement chauffer la salle en jetant à nouveau de l’huile sur le feu en rappelant la guéguerre stupide des festivals de musique rock (Beauregard vs scène gratuite régionale de Rouen encore programmée aux mêmes dates en juillet 2015) et en évoquant l’arrivée discutable de la compagnie aérienne irlandaise « low cost » Ryanair à l’aéroport de Deauville St Gatien pour assurer une liaison avec Londres qui existe déjà depuis l’aéroport de Caen Carpiquet.

 

  • Laurent Beauvais lui répondra sur un autre sujet : le beau projet de liaison de navette fluvio-maritime de conteneurs entre les ports de Caen et du Havre qui est toujours dans les limbes à cause d’un certain … Rodolphe Thomas !

 

  • Très agacé, Laurent Beauvais répond que l’aéroport régional normand de Deauville existe et que sur le fond il n’y a pas de concurrence frontale avec Caen- Carpiquet et qu’à terme il faudra bien envisager la création d’un hub aérien normand en réseau. Quant à la scène régionale rouennaise, la proposition musicale est différente de celle de Beauregard, la proposition rouennaise (ndlr : gratuite donc subventionnée par les impôts des Normands) s’adresse aux jeunes lycéens de Rouen, ce ne serait donc pas le même public. Il en reste pas moins que l’une des urgences à faire lorsqu’il va falloir sérieusement se mettre au boulot pour la réunification normande, sera d’ouvrir les agendas des uns et des autres et en tenir compte !

 

  • Interpellée par un musicien professionnel, Pascale Cauchy vice-présidente du conseil régional en charge de la culture répond que l’orchestre régional de Basse-Normandie n’est pas identique à l’orchestre de l’opéra de Rouen au point que l’orchestre régional bas-normand parcourt depuis longtemps le territoire haut-normand au même titre que celui de la Basse-Normandie. En 2015 les deux formations musicales normandes ont même un projet commun qui sera présenté à Caen, Rouen et Le Havre pour fêter la fusion normande en musique. D’une manière générale, la politique culturelle bas-normande est plus active qu’en Haute-Normandie où nombre d’acteurs attendent la réunification pour généraliser les dispositifs bas-normands à l’ensemble de la Normandie. Après la réunion, je signale à Pascale Cauchy l’opportunité de créer en Normandie une scène nationale d’opéra déconcentrée à l’instar de l’opéra national du Rhin en Alsace. J’ai fait remarquer qu’entre Lille et Bordeaux, il n’y avait pas de scène national d’opéra dans l’Ouest de la France.

 

  • Le délégué régional de la CGT intervient et s’inquiète de la « qualité territoriale » du futur projet normand face à la « mise en concurrence » des territoires, entre les régions, entre les métropoles et le reste du territoire notamment dans les « déserts ruraux ». L’inquiétude des fonctionnaires de l’Etat en région est grande, il n’y a pas eu d’étude d’impact préalable, les discussions sur le futur état déconcentré se font au plus haut niveau (cf. « revue générale des missions de l’Etat déconcentré » piloté par Thierry Mandon, en charge à l’Elysée de la « simplification », Manuel Valls, Premier ministre et Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur). Le délégué CGT revient sur l’enjeu urgent de la compétence « emploi » : sera-t-elle confiée entièrement à la région ou non ?

 

  • Yannick Soubien répond qu’il n’est pas question de régionaliser « Pole Emploi » mais s’il faut constater que le traitement jacobin du chômage ne fonctionne pas. En évoquant la réforme Sapin à venir, Soubien rappelle que « ça se décide sur les territoires, dans les bassins d’emplois. L’expérience bas-normande de travail mutuel et de proximité intéresse beaucoup en Haute-Normandie ». Concernant la formation continue pour adultes et l’accompagnement vers l’emploi, les structures sont prêtes pour la fusion normande (cf. le CREFOP Normandie).

 

  • Un citoyen lève le vieux problème symbolique de la gratuité du pont de Normandie et de la gratuité de l’A13 évoquant les « Bretons qui ont été capables d’obtenir des autoroutes gratuites ». On lui répond que la régionalisation de la SAPN ne peut être qu’un objectif de très long terme : attendre la fin de la concession actuelle, donc pas avant les années 2030 !

 

  • Un autre se demande : « quels sont les propositions bas-normandes pour se projeter en Normandie ? ».

 

  • Un enseignant évoque le fait évident que la fusion normande appelle à la recréation de l’ancienne académie de Caen qui existait jusqu’à l’orée des années 1970 (moins la Sarthe) et qu’il va falloir penser un « vrai projet éducatif normand » contre l’échec scolaire qui est endémique dans les zones socialement les plus défavorisées, ces zones n’étant pas que certains quartiers sensibles urbains au Havre à Rouen ou à Caen mais aussi de nombreuses petites villes rurales.

 

  • Un citoyen évoque les coopérations portuaires déjà existantes (PNA et HAROPA) et celles que l’on pourrait imaginer entre Cherbourg, Portsmouth ou Southampton. A l’inverse, il faudrait créer des «  méridiennes » (réseaux de projets coopératifs) pour relier les petites villes rurales de l’intérieur ou des confins normands (Domfront, Mortain, Saint Hilaire…) . On pourrait répondre à ce citoyen que cela existe déjà (par ex : le réseau d’artisans et de PMI PME spécialisés dans la métallurgie qui existe dans le bocage normand de Saint Sever à Villedieu les Poêles en passant par Tinchebray). On pourrait reprendre cette idée en créant une « association des villes portes de la Normandie » avec une contractualisation spécifique avec le conseil régional.

 

  • M. Blanchetier, élu municipal caennais d’opposition a fatigué son auditoire en remettant une louche de crème sur l’indigeste défaitisme « bas » normand en évoquant « le passif » du départ de la Cour des comptes de Caen à Rouen en 2011.

 

  • Laurent Beauvais répond qu’il ne faut pas avoir une vision trop négative des territoires ruraux : ce ne sont pas des « déserts » il y a sur place plein d’initiatives dynamiques notamment dans le domaine de l’économie sociale et solidaire dans lequel la Basse Normandie est l’une des régions pilotes françaises. Concernant le défi éducatif, tout dépendra de savoir si les collèges seront transférés ou non à la région afin d’améliorer l’articulation qui ne fonctionne pas bien entre collèges et lycées car la « démographie scolaire n’est pas bonne ». L’atout de la Basse-Normandie c’est d’avoir une université caennaise forte qui a bien quadrillé le territoire en s’appuyant sur le réseau des IUT dans les villes moyennes. Cette politique d’aménagement du territoire ne pourra qu’être étendue à la Haute-Normandie. Caen rayonne au niveau universitaire, pour preuve, elle accueille une antenne de sciences-po Rennes et une antenne de la faculté dentaire de Rennes. (ndlr: s'il n'y avait pas eu 40 années de division normande pour nous emmener tout droit dans le déclin, Caen aurait pu installer à Rennes une antenne de science po Caen et une antenne rennaise de la faculté dentaire de Caen !)

 

  • Ndlr : urgence absolue de stopper au plus vite l’hémorragie des jeunes talents normands qui partent définitivement de la région faute d’une métropole régionale suffisamment attractive. Il faudrait que le conseil régional normand reprenne en main la communication et l’information sur les formations supérieures offertes en Normandie car la propagande gratuite diffusée dans les lycées et les IUT bas-normands par Ouest France Rennes draine les jeunes cerveaux normands.

 

  • Notre intervention, au titre du collectif citoyen et républicain « Bienvenue en Normandie » : suite à une remarque de l’assistance qui déplorait le « goût douteux » du code couleur et du slogan utilisé (« j’enlève le haut, j’enlève le bas » sur fond rose…) , après une autre intervention réclamant une plus grande association des citoyens normands dans la définition d’un projet normand et pour tenir compte de l’ambiance finalement assez crispée entre des ténors politiques bas-normands qui demeurent incapables « de chasser en meute » au service d’une idée fédératrice (par exemple : définir le nouveau rôle de Caen dans la future Normandie), nous avons dit ceci :

 

« Faisons un peu d’humour pour détendre l’atmosphère : les bas normands n’ont pas besoin de porte-jarretelles haut-normands pour tenir. (rires dans la salle, hilarité de Monsieur Augier) Je dis ça à cause de la couleur… Maintenant, un petit conte de Noël : ils entendirent une grande de voix venue du ciel qui leur disait : n’ayez pas peur car voici que je vous annonce une grande nouvelle ! L’Athènes normande va faire son grand retour ! L’Athènes normande ? C’était le surnom donné au XVIIe siècle à Caen et à ses beaux esprits (dixit Madame de Sévigné). Caen sera la capitale de la matière grise de la future Normandie, capitale scientifique, universitaire, capitale de la jeunesse, créative et innovante. Le vrai équilibre c’est donc Caen technopole / Rouen métropole. Ce soir ce n’est pas la dernière réunion. Rendez-vous le 6 janvier prochain, le jour de la galette des Rois pour une présentation des solutions innovantes proposées par le collectif des quinze géographes universitaires normands pour penser une métropole capitale régionale normande en réseau  avec Caen –Rouen et Le Havre ».

 

  • Conclusion de Laurent Beauvais :

 

Personne ne conteste en Normandie l’évidence et la légitimité de la fusion normande. On constate dans les réunions publiques « une envie de région ». Les citoyens commencent à comprendre et à connaître le travail et l’utilité d’un conseil régional. La réforme territoriale est compliquée, notamment sur la question des compétences qui vont être redistribuées entre régions, départements, métropoles et intercommunalités. Il faut « stabiliser » au plus vite de même qu’il faut regretter que cette réforme profonde et historique ne se fasse qu’à moyens financiers constants voire en baisse. (ndlr : le gouvernement n’ose pas s’avancer vers l’autonomie fiscale et budgétaire des collectivités territoriales qui continueront de dépendre à 80% des dotations de la Dotation Globale de Fonctionnement votée chaque année dans la loi de finances par la représentation nationale). La métropole apparaît dans le paysage : c’est nouveau il faudra en faire la pédagogie car on dit et son contraire sur les métropoles. Il faudra préserver et diffuser le modèle d’aménagement du territoire bas-normand à partir des petites villes, ça devrait intéresser, notamment dans le département de l’Eure. Il faut donc cesser le complexe d’infériorité « bas-normand », c’est un beau projet : il faut positiver !

 

Ndlr : on aimerait bien que Laurent Beauvais, réunificateur normand authentique devienne le héraut (voire le héros…) de la cause normande. Mais en a-t-il politiquement l’envie voire la possibilité ? Ce sera la grande affaire politique de l’année 2015 en Normandie. Nous y reviendrons ici très prochainement…

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