Ouest France, journal breton incrusté en Normandie occidentale, n'a, manifestement pas envie de chanter les louanges de l'unité normande retrouvée à l'instar de Paris-Normandie qui est plus le quotidien de Rouen que celui de la Haute-Normandie... A croire que le BAS et le HAUT se sont emboîtés dans l'inconscient collectif avec les caricatures de presse de Chaunu qui fait office de thermomètre hivernal bas-normand (chaudement manipulé par les Bretons de la rédaction de Rennes). On remarquera, d'ailleurs, que l'équipe de Heula sait éviter avec talent ce travers...

La vision d'Emmanuel CHAUNU

Et celle d'HEULA, plus conforme aux réalités géographiques normandes...


 

Ouest- France est donc bien l'organe officiel du déclinisme bas-normand. Une preuve supplémentaire avec le traitement du sujet très sensible de l'exode des jeunes talents Normands  hors de notre région:

http://www.ouest-france.fr/centre-manche-apres-le-bac-partir-ou-rester-3113754

Centre-Manche. Après le bac, partir ou rester ?

Vendredi se tiendra la 15e édition du forum Carrières et formations à Saint-Lô. Un salon qui met en avant les possibilités post-bac dans le Centre-Manche.

« Pour moi ce sera Angers. » « Et moi Rennes. » « Direction Caen pour ma part. » Devant le lycée Le Verrier, questionner quelques élèves de Terminale suffit à dresser un constat : très peu poursuivront leurs études dans le Centre Manche.

« Pour les littéraires comme moi, on n’a pas trop le choix : il faut quitter Saint-Lô », explique Hugo, en Terminale L au lycée Le Verrier. En septembre, il espère devenir Rennais et étudier l’histoire de l’art des langues. À ses côtés, Suzanne. Tout comme Hugo, elle est en Terminale L au lycée Le Verrier. Et tout comme lui, elle s’imagine étudier dans la capitale bretonne l’an prochain.

Vendredi 16 janvier, de 9 h à 12 h et de 14 h à 17 h, forum Carrières et formations, au parc des expositions.


 

Commentaire de Florestan:

L'avenir des jeunes les plus ambitieux et talentueux se fixe dans les grandes villes. L'article ne dit pas que Caen est une chance et que demain la métropole de Rouen en sera une autre pour la jeunesse normande. L'article ne dit pas qu'il y a un IUT à Saint-Lô. Par contre au forum carrières et formations de Saint-Lô, on trouvera un stand où seront généreusement disposés des millers d'exemplaires de la propagande gratuite de Ouest-France pour drainer nos jeunes vers Rennes, Nantes, Angers, etc... Il faudra que le futur conseil régional de Normandie reprenne la main pour ne plus laisser à Ouest-France le contrôle de l'information sur la formation des jeunes Normands !


 

PARIS-NORMANDIE devient le quotidien du bonheur Normand (ou de la conversion fabiusienne à la Normandie). Une nouvelle preuve supplémentaire du "printemps normand" qui fleurit à Rouen:

http://www.paris-normandie.fr/detail_article/articles/2306301/actualites+tribunes-et-opinions/collectif-des-geographes-gouverner-la-future-region-normande

Michel Bussi et Pascal Buléon : quelle gouvernance pour la future Normandie ?

Publié le 14/01/2015 á 22H48
Michel Bussi et Pascal Buléon : quelle gouvernance pour la future Normandie ?     
Michel Bussi géographe à l'université de Rouen et Pascal Buléon, géographe à l'université de Caen

"Comment la nouvelle Normandie peut-elle être gouvernée ?"

La première réponse est : pas comme hier. Comme en beaucoup d’autres registres de la politique, du gouvernement des hommes et des territoires, de l’Europe au local, pas comme hier. La semaine hors du cours normal des choses que vient de vivre la France, d’abord sanglante et trois jours après, rassemblée, mobilisée, l’impose gravement ; beaucoup ne peut plus être fait comme hier. Pour des choses heureusement beaucoup plus légères, plus pacifiques et plus enthousiasmantes, il en est de même. Les habitudes, les vieilles lunettes ne peuvent plus servir dans le monde du nouveau siècle dans lequel nous sommes entrés.

Plus que gouverner, il s’agit d’entraîner. La question ne peut plus se poser en termes du XVIIe ou même du XIXe siècle : qui obtiendra le Parlement ? Où sera le grand chef-lieu ? Qui a les plus belles plumes ? Il faut poser la question en termes du XXIe siècle : comment construire à partir de l’existant la métropole dont la Normandie a besoin pour déployer tout son potentiel ? Une métropole – ce que tous ceux qui travaillent la question entendent par ce mot dans le monde entier - c’est une très grande ville, foyer d’activités nombreuses, fortes, de fonctions et services que l’on vient chercher de loin et qui rayonne loin sur les territoires alentours.

À l’évidence aucune ville actuelle de Normandie n’a cette ampleur, cette intensité, ce niveau de concentration, cette palette de services. Cela ne retire rien à leurs qualités qui sont grandes, c’est juste reconnaître lucidement la situation et mesurer la tâche à accomplir et le chemin à parcourir.

L’existence des trois villes Caen, Rouen et Le Havre si proches, ne doit pas être regardée, instituée comme une faiblesse, un handicap, mais au contraire comme un atout à exploiter. C’est une situation rare à l’échelle de l’Europe d’avoir, si proches, trois agglomérations rassemblant 1 million d’habitants, avec des caractéristiques, une urbanité, propres, une façade littorale, véritable balcon sur la mer, les boucles de la Seine et le Pays d’Auge au milieu du triangle.

De cette situation, une métropole contemporaine peut naître, une vraie métropole, où les fonctions sont réparties, où le fonctionnement en réseau est la règle, où l’amélioration des transports physiques permettant une communication fréquente, aisée, entre les villes se double d’un usage intense des technologies de l’information.

De plus, au sein de la nouvelle carte des régions françaises, la Normandie possède une chance historique. En effet, cette nouvelle carte scinde le paysage politique en deux types de régions : celles dont le périmètre n’a pas changé et dont le projet, logiquement, ne devrait pas être bouleversé. Celles qui, au contraire, fusionnent, souvent malgré elles, et qui mettront un long moment à trouver une cohérence et définir un projet commun. La Normandie est la seule région de France dont le périmètre a évolué, mais dont la cohérence n’est remise en cause par aucun acteur local. L’exemple du nom de la région en témoigne : le nom « Normandie » s’impose d’évidence, alors que celui de toutes les autres « nouvelles » région va être discuté âprement.

Pour le dire autrement, la Normandie dispose d’une occasion unique de porter un projet régional de territoire original, nouveau, cohérent, accepté et compris par les habitants. Néanmoins, pour que ce rendez-vous historique ne soit pas un rendez manqué, quelques écueils semblent à éviter : que l’unification normande ne se limite pas à une simple négociation technocratique... dans une région où l’on vante souvent une forme de démocratie apaisée, le risque est grand de considérer la question normande comme acquise, puisque décidée « d’en haut », et de ne discuter que des questions « techniques » (même si elles concernent directement le quotidien des habitants) : la fiscalité, les transferts d’emplois selon les sites, la localisation des services régionaux etc. Bref, de ne pas considérer que le changement de périmètre régional change fondamentalement la matrice de réflexion...

Un autre risque, au fond assez similaire, pourrait être de limiter l’action régionale (ou du moins la valorisation de l’action régionale) à sa vitrine culturelle, historique, touristique, patrimoniale... La Normandie deviendrait alors un label véhiculant une image positive, attractive, durable... Mais ce serait aussi oublier que la réalité des Normands est souvent éloignée des clichés touristiques et culturels... Un tel projet, limité à une valorisation de ses atouts fédérateurs, pourrait laisser de côté une bonne partie des Normands, de ses forces vives économiques et associatives, tout comme les exclus de la « région qui gagne ».

En effet, la chance de la Normandie, mais également sa complexité, est qu’il existe à la fois d’évidence une « réalité normande » mais celle-ci ne se traduit pas directement par une identité régionale. Pour motiver les Normands à adhérer à un projet régional, pas de langue régionale, pas d’héritage religieux original, pas de capitale évidente, pas même de grand quotidien offrant les mêmes informations sur l’ensemble de la région. Rien de commun avec les Catalans, les Écossais, les Corses ou même les Bretons. La Normandie a été pour l’essentiel inventée de l’extérieur, à travers des artistes qui l’ont choisie comme décor à leurs tableaux ou leurs romans, des aléas de l’histoire, des personnalités en ayant fait un lieu de villégiature, des industries décentralisées... Surfer sur cette image exogène positive ne suffit donc pas, et l’enjeu d’un projet de territoire normand, dans ce contexte historique de région unifiée, est bien de porter un projet de développement endogène. La question d’une capitale aux fonctions métropolitaines partagées est, à ce niveau, essentielle, tout comme la prise en compte de l’échelle intermédiaire des pays (celle des villes moyennes, des bassins de vie, des bassins-versants ou des zones d’emplois...). Dans cette optique, le cas breton s’impose nécessairement comme un modèle inspirant, même si l’histoire régionale tout comme la position géographique des deux régions ne sont guère comparables. Il y a, par contre, beaucoup à apprendre de la gouvernance. Celle-ci suppose alors, au nom de la cohérence régionale, trois leviers majeurs :

- Mettre la priorité sur les logiques de coopérations (à commencer par un pôle métropolitain normand !) Commencer par « montrer les muscles », comme le font actuellement les élus rouennais pour revendiquer la plus grosse part des fonctions capitales de la future région, est la pire des façons d’avancer vers un projet de territoire partagé.

- Avancer uni pour mieux peser : coincée entre une région-monde (Paris) et la mer, oubliée par une capitale qui regarde vers l’Europe (Londres et Bruxelles), une Normandie unie possède davantage d’atouts pour ne pas devenir un angle mort du bassin parisien, mais au contraire un territoire attractif, à la position et la qualité de vie exceptionnelle, proche à la fois d’un littoral emblématique et d’une ville-mondiale.

- Développer la démocratie territoriale, sous toutes ses formes, y compris la démocratie directe. Puisque l’unification normande se fera au final sans référendum (le vieux serpent de mer), il ne faudra surtout pas exclure les Normands des décisions futures, et construire d’emblée ce projet sous la forme la plus participative possible.

Il est bien entendu difficile d’aller plus loin en termes de réflexion sur la gouvernance, alors que la mise en place des régions s’opère pendant une année électorale chargée, des élections départementales en mars, aux élections régionales à la fin de l’année 2015... Cette superposition risque de stériliser toute décision politique ambitieuse, au moins pour l’année à venir, dans un climat de très grande incertitude politique, où il est à prévoir que ces élections locales serviront avant tout de baromètre à des politiques nationales, atteindront de nouveaux records d’abstention... et où le Front national jouera les arbitres à un niveau de vote inédit par son ampleur lors d’une élection locale.

Regardons plus loin, de façon plus stratégique, plus constructive : pour trois agglomérations qui viennent de signer une convention pour leurs agences d’urbanisme, dont les agences de développement économique ont porté la marque Normandy Avenue, pour deux ports qui, après des décennies de superbe ignorance, ont créé le bel outil d’Haropa, pour trois agglomérations encore qui après un échec, séparément, bâtissent ensemble un dossier French Tech... Le chemin de l’audace et de l’avenir peut ne pas être si loin, il faut s’y engager ».

Michel Bussi, Université de Rouen, UMR CNRS IDEES, et auteur de nombreux romans policiers à succès; Pascal Buléon, CNRS /MRSH Université de Caen.


Commentaire de Florestan:

On aimerait avoir dans les pages de Ouest-France édition caennaise la même qualité informative et éditoriale sur l'avenir de la Normandie. Mais il faut croire qu'à la rédaction de Rennes on ne veuille pas, surtout pas, abandonner les... rennes pour laisser le bourrin bas-normand la bride sur le col !