La maîtrise par les décideurs normands et par la société civile régionale normande d'un reflet régional normand et d'une image et identité régionales est une question nouvelle après quarante années passées dans la régression localiste induite par la division administrative et la fracture d'un espace vécu normand commun.

Sur cette jachère normande essentielle prospèrent des imposteurs plus ou moins talentueux (souvent des "Parisiens" embusqués chez nous dans leurs résidences secondaires comme l'exemple ci-dessous le démontrera une fois de plus...) qui nous infligent des images, des clichés, des références qui nous affligent et affligeraient tout Normand honnête et respectueux de la formidable richesse et diversité de la "matière normande" !

RAS-LE-BOL de ces écrivaillons ou écrivaillonnes, brouillons et brouillonnes, qui pondent une prose sur notre Normandie qu'ils croient connaître et finalement, qu'ils méprisent... On se souviendra, par exemple, du cas "Plouc Story", ce roman se déroulant dans l'Eure et mettant en scène les déboires d'un couple de Parisiens dans la "4ème couronne" de la région parisienne; ou encore  de ce réalisateur de TF1 qui tenait absolument à faire de Barfleur un village typiquement breton, ou encore ce grand critique littéraire d'un grand quotidien parisien choisissant sa résidence dans le Cotentin en traçant une courbe sur une carte routière à l'aide d'un compas dont l'une des pointes est sur la capitale... On vous épargnera les élucubrations clichetonesques régulières d'un Didier Decoin toujours ravi de sa Hague arrosée d'uranium radioactive ou d'un Michel De Decker qui ne sait plus s'il faut remonter les Boucles de la Seine ou les descendre...

Le géographe universitaire et écrivain de polars normands Michel BUSSI disait, l'autre jour à Rouen, non sans raison que l'identité normande était plus formulée et définie par des "élites" extérieures à la Normandie, essentiellement parisiennes au risque de propager des clichés rances au goût plus que douteux comme on le verra ci-après: disons qu'il n'en fut pas toujours ainsi notamment lorsque c'étaient les élites intellectuelles normandes elles-mêmes qui faisaient ce travail essentiel au point d'avoir créer notre idée contemporaine de "région" dès les années 1820: ils s'appelaient Arcisse de Caumont, Louis Lepecq de la Cloture, Jean Piganol de la Force, Charles de Guerville, Bernardin de Saint Pierre, Fernand Lechanteur, Léopold Delisle, Jean Adigard Des Gautries, Jean De La Varende etc...

L'un des clichés les plus persistants sur la Normandie renvoie à cette région agricole verte et plantureuse qui s'adonne à l'élevage de vaches fertiles en lait et en crème sous l'ombre des pommiers en fleurs: un cliché qui renverra facilement à d'autres quand il s'agit, par exemple, de confondre concours de beauté et comice agricole... voire davantage !


 

Notre Normandie, nos belles vaches normandes, les jolies filles de Normandie ou tous les Noirs d'Afrique ou d'ailleurs méritent bien mieux que le jus d'étable suivant sélectionné au cours d'un improbable prix littéraire "normand" décerné en la gare (désafectée) de Régneville sur Mer par une soi-disant critique littéraire du Figaro avec le concours de l'inénarrable Laurent Joffrin, directeur du Nouvel Observateur...

On vous laissera apprécier l'extrait suivant (La Manche Libre 24/01/15)

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(SOURCE: La Manche Libre 24/01/15)