A lire dans Paris-Normandie donc et surtout pas dans les pages "Normandie" (sic!) de Ouest France. Mercredi 11 février 2015, nos amis du collectif des Quinze géographes universitaires normands, Arnaud Brennetot, Sophie de Ruffray et Gérard Duthil (économiste) nous proposaient une tribune libre limpide et très pédagogique que tous les cancres (et idiots utiles) du cas d'école normand qui s'agitent en ce moment (sur Facebook et dans les pages de Ouest France)  sur la question "capitale" de la capitale régionale devraient lire.

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Trois clochers normands rescapés du désastre de 1944: trois villes qui ont failli disparaître de la carte de France il y a 70 ans...  Le clocher de l'église Saint-Pierre de Caen décapité par un obus de la marine anglaise (ici une carte postale d'avant guerre) reconstruit à l'identique en 1957. Le clocher de l'église Saint Maclou de Rouen, décapité par des tirs de mortier en 1944 et reconstruit à l'identique après guerre dans le cadre d'une restauration qui n'est d'ailleurs toujours pas achevée... Le clocher de la future cathédrale du Havre, église historique de la ville fondée par François 1er en 1517, sortie miraculée de la tragique table rase de septembre 1944...

UNE GUERRE DE CLOCHERS ENTRE CAEN ROUEN ET LE HAVRE, 70 ANS APRES, C'EST PROFONDEMENT IMMORAL !!!

Le problème de logique proposé est le suivant:

La Normandie dispose de trois grandes agglomérations ayant une dimension régionale. Mais aucune des trois n'a à elle seule toutes les qualités requises pour être une capitale régionale. Faut-il donc une capitale contre deux? Ou faut-il une capitale à trois? Question corollaire: faut-il trois pôles métropolitains ou un pôle métropolitain à trois?


 

http://www.paris-normandie.fr/detail_article/articles/2521033/actualites+tribunes-et-opinions/les-geographes--la-normandie-face-a-ses-defis#.VN5glyxZJCQ

 

Les géographes :<br />« La Normandie face à ses défis »

 

Bien que située dans un pays parmi les plus développés au monde, la Normandie fait figure de région en déclin relatif. Peu attractive, elle a vu son poids dans la population nationale reculer de 4 % depuis 1975. Sur le plan économique, sa part dans l’emploi national a baissé de 10 % et sa contribution à la production de richesses de 16 %. Alors que d’autres régions françaises ont fait preuve d’un net dynamisme, la Normandie est restée enfermée dans un modèle économique peu adapté au nouveau contexte de la mondialisation néolibérale. Centrée sur la préservation de ses industries, elle a raté le tournant de la métropolisation, lequel exigeait, en parallèle, la montée en gamme dans les services urbains à haute valeur ajoutée.

Le défi du renouveau industrialo-portuaire

Face à la disparition de plusieurs grandes filières historiques comme le textile, la Normandie est parvenue à renouveler son potentiel industriel. Elle est ainsi devenue le premier pôle national pour la production énergétique, combinant toute la gamme des modes de production disponibles, y compris les plus innovants. Elle conserve en outre de puissants atouts dans les nouvelles industries mécaniques, l’aéronautique, les biotechnologies ou l’agro-alimentaire. Elle bénéficie également d’une position propice entre Paris, métropole mondiale, et le couloir de la Manche. Le transport et la logistique constituent d’ailleurs un autre secteur stratégique autour duquel fédérer l’axe Paris-Seine-Normandie.

Le projet de transformer la Basse Seine en porte d’entrée européenne du grand commerce maritime se heurte pourtant à la compétitivité très forte des ports de la mer du Nord (Anvers, Rotterdam, Zeebrugge). Le choix de construire le canal Seine-Nord, entre l’Oise et le Benelux, risque de court-circuiter la Normandie et de nuire aux ports du Havre et de Rouen, qui forment à eux deux le dernier grand hub français. On peut d’ailleurs s’interroger sur l’opportunité d’une telle infrastructure, dont le coût est estimé à 5 milliards d’euros, alors que la vallée de la Seine offre aujourd’hui un potentiel disponible et sous-exploité.

Ces enjeux sont connus et, depuis plusieurs années, les responsables régionaux, les collectivités territoriales, les chambres de commerce, les autorités portuaires, les associations patronales et syndicales ne ménagent pas leurs efforts pour essayer de repositionner la Normandie au cœur de l’appareil industriel et commercial du nord-ouest de l’Europe. Certains d’entre eux en viennent même parfois à renoncer aux vieilles querelles locales, entre Rouen et Le Havre par exemple, comme l’a montré la création du GIE HaRoPa (1) en 2011, unissant les Grands ports maritimes de l’estuaire de la Seine et le port de Paris.

Le déficit de services métropolitains

Cet effort d’organisation dans les secteurs traditionnels de l’économie normande tranche avec l’absence de stratégie équivalente dans le domaine des services spécialisés, hormis dans le tourisme où les possibilités demeurent limitées. Pour le reste, peu de responsables régionaux semblent s’inquiéter de la marginalisation de la Normandie dans le processus de métropolisation. Devenir une Métropole, au sens intercommunal du terme (2), ne changera rien au fait que Rouen, première agglomération normande par sa population, souffre de lacunes importantes en matière de fonctions centrales pour une ville de cette importance. Il manque, par exemple, 10 000 emplois dans le secteur des services spécialisés et 20 000 à 25 000 étudiants pour que Rouen prétende faire jeu égal avec les autres villes de sa catégorie (Grenoble, Montpellier ou Rennes). Cette situation tient très largement à la proximité de l’agglomération parisienne, laquelle a concentré au fil des décennies la plupart des fonctions métropolitaines, dont la Normandie dépend aujourd’hui.

Si, par exemple, le pôle de compétitivité Moveo a son siège dans l’agglomération rouennaise, à Saint-Etienne-du-Rouvray, 58 % des établissements membres du pôle sont aujourd’hui implantés en Ile-de-France, contre seulement 20 % en Normandie et 5 % à Rouen. De façon générale, comparée à la moyenne nationale, la Normandie connaît un déficit de 25 000 emplois de cadres. Cette carence s’explique par une spécialisation ancienne dans les fonctions d’exécution, très exposées aux risques de délocalisation.

À moins d’accepter que cette situation de dépendance économique se perpétue vis-à-vis de centres de décision extérieurs, le redressement métropolitain apparaît comme une condition essentielle du développement régional. Pour cela, il apparaît nécessaire de tenir compte de la réalité du réseau urbain normand, sous l’influence de Paris. Celui-ci ne pourra échapper à la subordination économique que par un renforcement des fonctions de centralité dans les secteurs stratégiques (les services aux entreprises, la recherche, les formations supérieures, la logistique, etc.).

Or, l’histoire récente a montré qu’individuellement les trois grandes villes normandes, Caen, Le Havre et Rouen, sont trop faibles pour enclencher une véritable dynamique métropolitaine. C’est au contraire par la transformation de celles-ci en un cluster urbain régional que des synergies efficaces pourront être engagées pour exister, non pas contre, mais aux côtés de l’Ile-de-France. Au-delà de l’amélioration des infrastructures de circulation, il importe donc que les acteurs du développement régional s’organisent en réseau : les agences d’urbanisme, les ports, les universités, les chambres de commerce ont déjà commencé à le faire.

Dans ce contexte, on ne peut que déplorer l’esprit de clocher ayant conduit les grandes intercommunalités de Caen, du Havre et de Rouen à préférer créer trois pôles métropolitains séparés, plutôt que de constituer, ensemble, un puissant pôle métropolitain à trois têtes, capable d’impulser, aux côtés du futur conseil régional, le développement économique dont la Normandie a besoin.

Les contributeurs: Sophie de Ruffray, Gérard Duthil, Arnaud Brennetot.

(1) - Le Groupement d’intérêt économique constitué par les Grands ports maritimes duHavre et de Rouen et le port de Paris.

(2)- Dans le cadre de l’application de la loi Mapam (modernisation de l’action publique et d’affirmation des Métropoles), la communauté d’agglomération de Rouen est devenue une Métropole intercommunale le 1er janvier 2015


 

Commentaire de Florestan:

Il aura fallu attendre près de quarante années pour que la Normandie puisse enfin obtenir sa réunification géographique. Mais pour passer d'une réunification administrative et institutionnelle à unité régionale effective il faudra procéder à l'autre réunification, celle de la Normandie métropolitaine: et il est à craindre que s'il fallait attendre aussi quarante ans pour réussir cette autre réunification, la Normandie bien que réunifiée ne pourrait y survivre elle-même !