L'Etoile de Normandie vous donne l'occasion d'exercer pleinement votre responsabilité de citoyen de la République Française habitant en Normandie et soucieux de l'avenir de la Normandie, notre région qui va enfin pouvoir bénéficier du privilège de retrouver son intégrité territoriale en 2016.

Nous publions, en effet, le texte intégral du "PROJET de SCHEMA STRATEGIQUE de DEVELOPPEMENT de la VALLEE de la SEINE, horizon 2030" préparé depuis plusieurs mois par les hauts fonctionnaires de la Délégation interministérielle à la Vallée de la Seine dirigée par le préfet François PHILIZOT, lui-même placé sous l'autorité du Premier ministre Manuel VALLS.

Ce document essentiel pour l'avenir de la Normandie, va servir de cadre à la contractualisation de projets et de finances avec l'Etat (les deux CPER normands et le CPIER Vallée de la Seine avec l'Ile de France) qui vient de démarrer pour la période 2015 - 2020.

Ce projet de schéma stratégique issu de la série des grands colloques "Axe SEINE" commencée en 2009 avec la présentation par Anoine RUFENACHT (alors député-maire du Havre) du projet d'Antoine GRUMBACH "Seine Métropole" (colloques du Havre en juin 2010 ; Rouen; Paris et Caen pour finir en décembre 2013) était encore, il y a peu, confidentiel: tout juste avait-il été présenté et voté en assemblée plénière du conseil régional de Haute-Normandie en décembre dernier avant d'être présenté le jeudi 26 février 2015 au conseil régional de Basse-Normandie.

NORMANDIE ou... SEQUANIE?

Ce document officiel pensé et écrit depuis Matignon à partir du travail de "remontée de terrain" effectué par les préfectures régionales concernées, ouvre brutalement la question du PROJET NORMAND:

Qui va l'écrire? Qui va le mettre en oeuvre? Pour quel territoire?  Pour dire les choses plus brutalement encore:

Pourquoi faire l'unité normande si l'avenir de la Normandie sera sa dilution d'ici 2030 dans une grande trans-région "Vallée de Seine"?

Tout l'enjeu désormais sera d'élaborer au plus vite un PROJET NORMAND opérationnel utile à l'avenir de tous les territoires normands sachant que la Normandie participe de façon privilégiée de l'enjeu national d'être la façade maritime de la première région urbaine d'Europe, à savoir la région parisienne et ses 12 millions d'habitants. Cet enjeu est donc considérable et il est normal que l'Etat s'en préoccupe...

Mais faut-il qu'il soit le seul à le faire sous prétexte qu'après plus de quarante années de balkanisation et de stérilisation localiste en Normandie, ce document de l'Etat (qui décidément fait tout en Normandie pour en assurer l'avenir...) soit le premier document officiel permettant de penser le territoire normand dans sa globalité (sauf l'Orne et le Sud de la Manche)?

En l'état ce document étatique suscite notre inquiétude et exige que les acteurs régionaux normands fassent vivre une Normandie plus agie qu'actrice de son avenir: il ne s'agit pas, bien évidemment, de nier l'évidence de notre relation privilégiée et parfois contrainte avec la puissante région parisienne. Il s'agit au contraire de construire un partenariat équilibré et honnête dans le respect mutuel de nos territoires...

Ce projet de schéma stratégique nous apparaît, en conséquence, prématuré:

Il aurait été plus souhaitable d'attendre l'arrivée de la future région normande unifiée pour lancer cette réflexion commune d'intérêt national afin de tenir compte de la nouvelle donne régionale normande et nous épargner la peine du retour de quelques vieilles lunes "techno-jacobines" sur les utilités normandes pour le seul profit du rayonnement de Paris "ville-monde" qui avaient justifié, déjà dans les années 1960, la division normande en deux régions spécialisées avec le grand succès que l'on sait !

La Belle au bois dormant normande va se réveiller... Lui faut-il absolument un prince charmant grand-parisien?

 Etant donné l'importance de ce document, nous vous le proposons en deux parties...


 

 

AP 15-ADT-02-02-3

REGION BASSE-NORMANDIE

CONSEIL REGIONAL

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Réunion des 26 et 27 FÉVRIER 2015

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RAPPORT DU PRESIDENT

Commissions

Aménagement du territoire, développement durable, transports et solidarités

Education, enseignement supérieur, jeunesse et sports, vie associative et culture

Formation tout au long de la vie, développement économique, recherche et innovation, tourisme

Programme

Animer et développer les territoires (P020)

Titre

Adoption du Schéma stratégique d'aménagement et de développement de la vallée de la Seine

 

Par décret du 22 avril 2013, le Gouvernement a identifié le développement du territoire de la vallée de la Seine, de Paris à la mer, comme un enjeu d’intérêt national. C’est la raison pour laquelle il a installé un Comité directeur composé d’un Délégué interministériel au développement de la vallée de la Seine, d’un Préfet coordonnateur des actions de l’Etat dans la vallée de la Seine et des Présidents des Régions Ile-de-France, Haute-Normandie et Basse-Normandie, dont la mission était de produire à l’été 2014 un schéma stratégique pour l’aménagement et le développement de la Vallée de la Seine.

Ni document de planification, ni document strict de programmation, il s’agit ici d’une démarche intermédiaire à caractère opérationnel dont les orientations se décline au travers du contrat de plan interrégional État-Régions (CPIER) sur la période 2015-2020 (en lien avec les CPER des trois régions) et au travers des autres cadres d’intervention en vigueur, de niveaux national et européen (financements sectoriels, programmes européens…). La labellisation d’actions emblématiques de la vallée de la Seine illustrera également, année après année, cette feuille de route commune que l’Etat et les trois Régions se sont fixées.

Le Comité directeur a nourri sa réflexion durant l’année écoulée grâce à un noyau dur opérationnel, appelé comité de suivi restreint, unissant les services centraux et déconcentrés de l’Etat et ceux des Régions. Un second cercle de pilotage plus large et plus ouvert à l’ensemble des institutions a également été mis en place et s’est réuni à plusieurs reprises. Il comprenait notamment les Départements de la Vallée de la Seine, les grandes Agglomérations et leur ville centre, les CESER, les CRCI, CRA, HAROPA, VNF et RFF.

Le projet de territoire et son périmètre

A l’instar des réflexions et travaux menés dans le cadre du projet de Ligne nouvelle ParisNormandie (LNPN), la nouvelle gouvernance s’est inscrite dans la continuité de la dynamique Axe Seine, dont le décret du 22 avril 2013 a précisé les contours en l’élargissant au département de la Manche et à la ville de Cherbourg. Jusqu’à peu, la Vallée de la Seine était trop souvent réduite au seul couloir séquanien et à ses filières traditionnelles, ses ports, ses places urbaines… Or son embouchure, la baie de Seine, s’étend bien jusqu’au large du Cotentin et légitime d’un point de vue strictement géographique la prise en compte des territoires qui la bordent dans la perspective de faire du littoral normand la façade maritime d’un Grand Paris et de concevoir un modèle de développement innovant et durable à l’échelle des trois régions Ile-de-France, Haute-Normandie et Basse-Normandie.

Le schéma nous rappelle cependant qu’il est primordial de ne pas réduire ou conditionner la stratégie à quelques grands programmes d’investissement à l’instar d’infrastructures de transport et de logistique. Il est notoire que les seuls territoires qui bénéficient des retombées économiques et sociales attendues par l’arrivée d’une ligne ferroviaire à grande vitesse, par exemple, sont ceux qui ont su préalablement y adosser un véritable projet de développement.

La notion de territoire est ici fondamentale. Elle impose aux acteurs de raisonner ensemble à la même échelle, sans quoi le projet de territoire perd de son sens et ne se justifie plus auprès de ses habitants et des cibles qu’il s’est choisi. Il importe de favoriser son appropriation par les habitants et les acteurs, sans nier les réalités régionales distinctes. La Normandie ne constitue pas, ni morphologiquement ni statistiquement, une simple périphérie de l’agglomération parisienne ; elle peut profiter en revanche de la dynamique créée par le Grand Paris. L’enjeu se situe donc bien dans une perspective d’aménagement durable, de nouveau modèle de développement et non dans une logique urbaine stricte.

L’appartenance à un territoire ne se décrète pas et ne relève pas de la planification : elle se construit. Elle naît d’une ambition collective dans un cadre défini, reposant sur une démarche politique.

L’élaboration de cette stratégie commune à l’échelle de la Vallée de la Seine a permis de travailler sur la complémentarité et sur la spécialisation de chacun au service d’un dessein partagé, susceptible d’offrir le climat de confiance indispensable aux acteurs économiques et portuaires mais également territoriaux et sociaux. A la faveur d’une gouvernance renouvelée, l’objectif collectif a bien été de construire pour la vallée de la Seine ce projet territorial commun, déclinable en un programme d’actions interrégional. Sa mise en œuvre demandera une discipline durable des acteurs et une exigence de qualité vis-à-vis du projet global pour répondre à la temporalité de la stratégie définie.

Depuis plusieurs années, la vallée de la Seine fait l’objet de nombreux travaux conduits à l’initiative de l’Etat, des collectivités territoriales et des acteurs socio-économiques. Ces réflexions ont permis de clarifier les forces et faiblesses du territoire, d’identifier des leviers de développement, de définir des priorités. Un certain nombre d’initiatives concrétisent la structuration recherchée : la création d’HAROPA, groupement rassemblant les ports du Havre, de Rouen et de Paris d’une part, le rapprochement des chambres de commerce et d’industrie au sein de l’association Paris Seine Normandie d’autre part, en sont deux illustrations fortes. Il faut maintenant accentuer cette traduction opérationnelle et l’inscrire dans la durée.

Le schéma stratégique et ses orientations à l’horizon 2030

Le schéma stratégique permet de traduire cet objectif général en orientations de long terme. S’il n’a pas, en lui-même, de portée juridique et ne se substitue en rien aux autres schémas et documents de planification, il établit des bases solides pour un travail collectif et concret à l’échelle interrégionale.

Ce schéma pose le diagnostic du territoire et précise les enjeux majeurs, autour d’une volonté commune de favoriser l’emploi, de renforcer l’identité de la vallée de la Seine et d’identifier une gouvernance inscrite dans la durée.

Il propose ensuite d’organiser l’action autour de trois orientations, étroitement complémentaires.

La première orientation cherche à valoriser tous les atouts économiques de la Vallée de la Seine que sont les filières industrielles et de services, présentes ou émergentes, le potentiel d'enseignement supérieur et de recherche qui s'y concentre, la qualité du patrimoine naturel et culturel ou encore, l’attractivité touristique grâce à la notoriété internationale de ce territoire reconnu pour ses sites remarquables et les événements majeurs qui s’y déroulent. Renforcer les coopérations interrégionales existantes (automobile, logistique et tourisme), les engager là où elles se justifient (aéronautique, énergie, etc.) sont autant d’impératifs pour tirer le meilleur parti des atouts de ce territoire. Mieux articuler les coopérations au sein de l’enseignement supérieur et du système de recherche constitue une autre exigence reconnue.

La deuxième orientation vise à optimiser les flux et les réseaux. Cela inclut l’amélioration des infrastructures routières, ferroviaires, fluviales, portuaires et aéroportuaires, mais aussi les réseaux numériques, pour garantir la couverture « très haut débit » du territoire. Cela passe aussi par une offre de services qui garantisse une utilisation optimale de ces infrastructures, consolidant notamment le système logistique de la vallée.

La troisième concerne le développement durable, autour de ses trois piliers, économique, social et environnemental, débouchant sur une gestion de l'espace soutenable et cohérente, permettant de prévenir le gaspillage d’un foncier de plus en plus précieux. Déployer des principes d’aménagement partagés, construire une stratégie foncière de long terme - en particulier en reconvertissant les friches urbaines et industrielles -, restaurer les continuités écologiques, lutter contre les pollutions et maîtriser les risques naturels et technologiques, prendre en compte les effets du changement climatique et développer l’éco-mobilité sont autant de défis à relever pour garantir un développement harmonieux du territoire de la vallée de la Seine et un cadre de vie renouvelé pour ses habitants.

Le Contrat de plan Etat-Régions interrégional de la vallée de la Seine (CPIER) qui décline le schéma pour la période 2015-2020

La nouvelle génération de contrats de plan Etat-Région 2015-2020 accompagne la réforme de l’organisation territoriale de la France engagée par le gouvernement. Pour répondre aux enjeux des six années à venir, cet outil est modernisé dans sa mise en œuvre et financé à une hauteur permettant de répondre aux défis de nos territoires.

Les contrats de plan sont avant tout des catalyseurs des investissements. Ils sont nécessaires pour élever le niveau d’équipement de nos territoires et préparer l’avenir. Ils ont vocation à financer les projets exerçant un effet de levier pour l’investissement local. Par ailleurs, ces contrats contribuent à la mise en œuvre des fonds européens structurels et d'investissement, dont ils représentent une part importante des contreparties nationales.

Les contrats de plan s’organiseront autour d’une priorité transversale : l’emploi. Cinq volets essentiels pour investir dans l’avenir ont été définis : mobilité multimodale ; enseignement supérieur, recherche et innovation ; transition écologique et énergétique ; numérique ; innovation, filières d’avenir et usines du futur.

Le contrat de plan interrégional (CPIER) n’a pas vocation à couvrir l’ensemble des actions déployées sur ce territoire en se substituant de façon systématique aux contrats régionaux. Son rôle est d’intégrer les projets et démarches ayant une claire valeur ajoutée interrégionale, permettant de développer les synergies entre acteurs de la vallée de la Seine afin de tirer le meilleur parti économique et environnemental de ce territoire.

Les interventions identifiées déclinent les orientations du schéma stratégique d’aménagement et de développement de la vallée de la Seine. C’est pourquoi le CPIER « Vallée de Seine » se déploie naturellement autour de trois axes principaux : la gestion optimale de l’espace et le développement durable, valorisant tant les espaces urbanisés que les zones naturelles ; la maitrise des flux et déplacements, grâce à un réseau promouvant la cohérence, le report modal et l’interconnexion ; le développement des filières économiques d’excellence, dans une logique de coopération assise en particulier sur le rapprochement entre établissements d’enseignement supérieur.

Le choix des actions et interventions retenues résulte de la réflexion conduite par les différents groupes de travail, lors de la préparation du schéma. Il s’appuie sur des dispositifs et cadres existants de coopération et les propositions formulées par différents acteurs de la dynamique propre à la vallée de la Seine. Il vise à garantir la qualité globale du pilotage des actions conduites, grâce notamment à des outils de mise en cohérence de l’information et d’évaluation.

Les actions menées au titre de ce contrat interrégional sont complémentaires de celles qui sont mises en œuvre dans les CPER Haute-Normandie, Basse-Normandie et Ile-de-France, ainsi que de celles identifiées dans les CPIER Plan Seine et Plan Loire.

Le projet de Contrat de plan « Vallée de Seine » (présenté en annexe 3) revêt un caractère particulier dans la perspective de création de la grande Normandie. En effet, il s’agit des premiers éléments concrets de la mise en œuvre du Schéma stratégique d’aménagement et de développement de la Vallée de la Seine. Ce schéma offre à ce titre un cadre privilégié pour préparer et inscrire dès aujourd'hui les coopérations de demain entre la Région Île-de-France et la future Région Normandie. C’est déjà la mise en œuvre d’un projet commun motivé par un intérêt dont l’unité d’action permettra de tirer le meilleur parti du potentiel de richesses dégagé par la Normandie dans sa relation avec l’Île-de-France.

A ce stade des négociations, les engagements financiers de chacune des parties (Etat, Régions, ADEME et AESN), se monteraient à 412,06 M€ pour la période 2015-2020, dont un effort à hauteur de 46,92 M€ pour la seule Région Basse-Normandie. Complétés du projet de fret ferroviaire Serqueux-Gisors estimé à 260 M€ et des contributions des premiers cofinanceurs identifiées à ce stade, c’est un contrat qui se rapprocherait du milliard d’euros d’investissements (949,616 M€) dédié au développement de la vallée de la Seine pour les 6 années à venir.

Eléments de calendrier

Les dispositions de la loi MAPTAM demandent à ce que les Régions consultent les départements et les agglomérations sur le projet de Contrats de plan, parallèlement à une consultation du public organisée par le Préfet durant 5 semaines. Les prochaines élections départementales imposent à la Région de consulter les départements avant la fin de ce mois de février. Elle est conduite sur la base du projet présenté en annexe 2. La consultation du public sera réalisée sur la période fin février/mars 2015.

Sur la base des avis produits lors de ces consultations, l’assemblée régionale pourra se prononcer sur le projet de contrat définitif, probablement au mois d’avril 2015.

En anticipation de ces échéances et conformément à la délibération de l’assemblée régionale du 18 décembre 2014, une déclaration commune du CPIER (présentée en annexe 2) a été établi. Ce document qui présente les grands axes d’intervention du contrat a été signé le 13 février 2015 par le Premier Ministre, les Présidents de Régions HauteNormandie, Basse-Normandie et Ile-de-France.

Sous forme de communications sont également présentés le protocole d’accord relatif au CPER signé par le Président le 13 février et le projet de CPER soumis à la consultation des départements et des agglomérations.

Il vous est proposé :

              d’adopter le Schéma stratégique d’aménagement et de développement de la vallée de la Seine (en annexe 1) ;

              d’autoriser le Président à :

-           mettre en œuvre le Schéma stratégique d’aménagement et de développement de la vallée de la Seine aux côtés de l’Etat, de la Région Haute-Normandie et de la Région Ile-deFrance ;

-           signer tous les actes et documents utiles à la mise en œuvre de cette décision.

Je vous prie de bien vouloir en délibérer.

Laurent BEAUVAIS

 


 

 

Le texte complet de cet avant- projet de Schéma stratégique pour le développement de la Vallée de la Seine: première partie...

 

Les éléments du texte qui peuvent susciter l'intérêt des citoyens Normands ont été mis en gras

 

Avant-projet de schéma stratégique « Vallée de la Seine »

 

 

 

Un projet de développement à l'horizon 2030 

 

INTRODUCTION.............................................................................................................................. 4

I.  DIAGNOSTIC : de nombreux atouts à fédérer dans un projet commun....................... 8

I.1.  Les complémentarités entre les trois régions sont évidentes et nécessaires........................... 8

I.1.1.  Des atouts économiques de premier ordre........................................................................ 8

I.1.2.  Un patrimoine naturel et historique riche......................................................................... 11

I.2.  Les défis économiques et sociaux.......................................................................................... 12

II.  ENJEUX : Fonder le développement du territoire sur une gouvernance solide   14 .

II.1. Conforter un développement économique durable au profit de la création d’emplois  ........ 14

II.1.1.  Identifier les domaines prioritaires d’action..................................................................... 14

II.1.2.  Construire une identité commune valorisée par une politique de marketing territorial ... 16

II.2. Organiser la gouvernance pour faire face aux défis d’aujourd’hui et de demain18 ..................

II.2.1.  Se doter d’un cadre stable.............................................................................................. 18

II.2.2.  Connaitre le territoire et mesurer son évolution.............................................................. 20

III.  DES ORIENTATIONS AUX ACTIONS : Les logiques de complémentarités sont au cœur du projet « Vallée de Seine »..................................................................................................... 23

III.1.  Filières et développement économique : agir sur l’ensemble des leviers............................ 23

III.1.1.  Coordonner une démarche de marketing territorial pour renforcer l’attractivité de la « Vallée de la Seine »...................................................................................................................................... 24

III.1.2.  Renforcer les secteurs stratégiques existants et développer les filières émergentes  25 .

III.1.2.1.  Développer la logistique et les mobilités durables........................................................ 26

III.1.2.2.  Renforcer les écosystèmes économiques grâce à l’innovation...................................... 29

III.1.3.  Enseignement supérieur et recherche : développer la recherche partenariale et accroître la visibilité de formations interrégionales....................................................................................... 32

III.1.4.  Renforcer le potentiel économique à travers le développement touristique et culturel  34

III.2.  Flux, déplacements et réseaux : favoriser le maillage du territoire, la complémentarité des infrastructures et le développement des services logistiques....................................................... 41

III.2.1.  Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) : la nécessité d’aborder le sujet dans sa globalité................................................................................................................................ 42

III.2.2.  Transport de personnes et de marchandises : promouvoir le transport durable et supprimer les goulets d’étranglement dans le réseau principal d’infrastructures............................................. 42

III.3.  La gestion de l’espace au service du développement durable............................................. 47

III.3.1.  Construire une vision commune de l’aménagement en vallée de Seine47 .......................

III.3.2.  Coordonner l’aménagement des sites stratégiques....................................................... 50

III.3.3.  Restaurer les continuités et les milieux écologiques d’intérêt interrégional ................... 51

III.3.4.  Valoriser les paysages, les berges et les sites naturels à forte valeur patrimoniale ...... 53

III.3.4.1.  Améliorer la connaissance du patrimoine naturel.......................................................... 54

III.3.4.2.  Développer l’éco-tourisme.......................................................................................... 54

III.3.4.3.  Coordonner l’aménagement des berges....................................................................... 54

III.3.5.  Mieux gérer l’eau et les risques d’inondation................................................................. 54

Récapitulatif des orientations « Filières et développements économiques »56 .............

Récapitulatif des orientations « Flux, déplacements et réseaux ».................................. 57

Récapitulatif des orientations « Gestion de l’espace au service du développement .....

durable »......................................................................................................................................... 59

ANNEXES....................................................................................................................................... 60

Annexe 1 : Liste des partenaires ayant rédigé une contribution au schéma stratégique 2030 60

Annexe 2 : Bibliographie.................................................................................................................. 65

Annexe 3 : Sitographie..................................................................................................................... 71

Liste des acronymes et des sigles........................................................................................... 73


 

INTRODUCTION 

 

Schéma stratégique d'aménagement et de développement

de la vallée de la Seine

 

La vallée de la Seine de Paris à la mer forme un ensemble exceptionnel à l’échelle européenne, caractérisé par une ville mondiale, plusieurs métropoles régionales, une forte concentration urbaine et industrielle, la présence du premier complexe portuaire national et un patrimoine naturel et bâti remarquable. 

Par décret du 22 avril 2013, le gouvernement a ainsi identifié le développement de ce territoire comme un enjeu d’intérêt national. Il s’agit de réunir les régions normandes et francilienne autour de plusieurs défis partagés : renforcer le réseau portuaire, maritime et fluvial ; structurer un système logistique multimodal performant ; consolider les filières industrielles interrégionales ; conforter les coopérations au sein de l’enseignement supérieur, le tourisme et la culture ; utiliser de façon optimale un espace densément occupé.

Ce projet doit aussi contribuer à atteindre l’objectif d’amélioration de la connectivité est-ouest en Europe, mis en évidence par la Commission européenne au titre du maillon ouest de l’ « Atlantic Corridor ».  Quelques indications chiffrées témoignent à elles seules de l’importance de la démarche pour le territoire national. La vallée de la Seine représente 15 millions d'habitants, 1/3 du PIB national et plus de 7,3 millions d'emplois, soit plus du quart des emplois de l'Hexagone sur 3% du territoire. Cependant, d’importantes poches de chômage et des industries éprouvées par la crise économique et la compétition internationale nécessitent le renforcement de son appareil productif, la structuration de filières émergentes et l’encouragement des synergies en termes de recherche, d’innovation et d’attractivité économique, afin de s’inscrire dans le mouvement de reprise économique à l’échelle nationale.

En développant cette approche dans le cadre du présent Schéma, l’objectif partagé de l’Etat et des trois Régions est de consolider une dynamique de croissance durable, porteuse d’emplois, bénéfique pour ces trois régions mais aussi pour notre pays tout entier. 

L’Ile-de-France, qui se trouve en compétition avec les autres grandes régions à l'échelle européenne et mondiale, doit développer cet atout géographique qu’est la Seine, tirer tout le parti de cette vallée qui prolonge son territoire, avec ses villes, ses ports, ses bassins industriels, ses centres de recherche et d'enseignement supérieur, son dynamisme agricole, son patrimoine culturel et naturel et son attractivité touristique dont le potentiel a longtemps été sous-estimé. 

Trait d’union avec les îles britanniques et le reste du monde, la Normandie doit pour sa part saisir l’opportunité qu’offre sa proximité géographique et ses liens étroits avec l’Ile-de-France, premier pôle économique de notre pays et une des régions les plus riches et dynamiques de l’Europe. 

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Le schéma nous rappelle cependant qu’il est primordial de ne pas réduire ou conditionner la stratégie à quelques grands programmes d’investissement à l’instar d’infrastructures de transport et de logistique. Il est notoire que les seuls territoires qui bénéficient des retombées économiques et sociales attendues par l’arrivée d’une ligne ferroviaire à grande vitesse par exemple, sont ceux qui ont su préalablement y adosser un véritable projet de développement. 

La notion de territoire est ici fondamentale. Elle impose aux acteurs de raisonner ensemble à la même échelle, sans quoi le projet de territoire perd de son sens et ne se justifie plus auprès de ses habitants et des cibles qu’il s’est choisi. Il importe de favoriser son appropriation par les habitants et les acteurs, sans nier les réalités régionales distinctes. La Normandie ne constitue pas, ni morphologiquement ni statistiquement, une simple périphérie de l’agglomération parisienne ; elle peut profiter en revanche de la dynamique créée par le Grand Paris. L’enjeu se situe donc bien dans une perspective d’aménagement durable, de nouveau modèle de développement et non dans une perspective urbaine stricte.

L’appartenance à un territoire ne se décrète pas et ne relève pas de la planification : elle se construit. Elle naît d’une ambition collective dans un cadre défini, reposant sur une démarche politique.

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L’élaboration de cette stratégie commune à l’échelle de la Vallée de la Seine a permis de travailler sur la complémentarité et sur la spécialisation de chacun au service d’un dessein partagé, susceptible d’offrir le climat de confiance indispensable aux acteurs économiques et portuaires mais également territoriaux et sociaux. A la faveur d’une gouvernance renouvelée, l’objectif collectif a bien été de construire pour la vallée de la Seine ce projet territorial unique, déclinable en un programme d’actions interrégional. Sa mise en œuvre demandera une discipline durable des acteurs et une exigence de qualité vis-à-vis du projet global pour répondre à la temporalité de la stratégie définie.

Depuis plusieurs années, la vallée de la Seine fait l’objet de nombreux travaux conduits à l’initiative de l’Etat, des collectivités territoriales et des acteurs socio-économiques. Ces réflexions ont permis de clarifier les forces et faiblesses du territoire, d’identifier des leviers de développement, de définir des priorités. Un certain nombre d’initiatives concrétisent la structuration recherchée : la création d’HAROPA, groupement rassemblant les ports du Havre, de Rouen et de Paris d’une part, le rapprochement des chambres de commerce et d’industrie au sein de l’association Paris Seine Normandie d’autre part, en sont deux illustrations fortes. Il faut maintenant accentuer cette traduction opérationnelle et l’inscrire dans la durée.  L’alchimie de la réussite consiste à renforcer les coopérations existantes et en développer de nouvelles, en s’appuyant sur les forces respectives de chaque composante pour faire gagner le territoire tout entier. 

La gouvernance du territoire mise en place par le gouvernement depuis avril 2013 illustre cette volonté de travail en commun : le comité directeur, associant l’Etat et les trois Régions, pilote l’élaboration du schéma stratégique ; le délégué interministériel anime et coordonne la démarche assisté par le préfet coordonnateur  ; enfin, une assemblée plénière permet la concertation et l’appropriation du projet par l’ensemble des partenaires concernés : collectivités territoriales, établissements publics, représentants socioprofessionnels et réseaux associatifs.

Il est essentiel que cette gouvernance partagée se pérennise afin que les politiques au service de la vallée de la Seine soient pensées de façon partagée par l’ensemble des acteurs, dont l’unité d’action permettra de tirer le meilleur parti du potentiel de richesse. C’est à la mise en œuvre d’un projet commun motivé par un intérêt partagé que nous nous attelons désormais. 

 

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Le schéma stratégique permet de traduire cet objectif général en orientations de long terme. S’il n’a pas, en lui-même, de portée juridique et ne se substitue en rien aux autres schémas et documents de planification, il établit des bases solides pour un travail collectif et concret à l’échelle interrégionale.

Ce schéma pose le diagnostic du territoire et précise les enjeux majeurs, autour d’une volonté commune de favoriser l’emploi, de renforcer l’identité de la vallée de la Seine et d’identifier une gouvernance inscrite dans la durée. 

Il propose ensuite d’organiser l’action autour de trois orientations, étroitement complémentaires.

La première concerne le développement durable, autour de ses trois piliers, économique, social et environnemental, débouchant sur une gestion de l'espacesoutenable etcohérente, permettant de prévenir le gaspillage d’un foncier souvent rare. Déployer des principes d’aménagement partagés, construire une stratégie foncière de long terme – en particulier en reconvertissant les friches urbaines et industrielles-, restaurer les continuités écologiques, lutter contre les pollutions et maîtriser les risques naturels et technologiques, prendre en compte les effets du changement climatique et développer l’éco-mobilité sont autant de défis à relever pour garantir un développement harmonieux du territoire de la vallée de la Seine et un cadre de vie renouvelé pour ses habitants.

La deuxième orientation vise à optimiser les flux et les réseaux. Cela inclut l’amélioration des infrastructures routières, ferroviaires, fluviales, portuaires et aéroportuaires, mais aussi les réseaux numériques, pour garantir la couverture « très haut débit » du territoire. Cela passe aussi par une offre de services qui garantisse une utilisation optimale de ces infrastructures, consolidant notamment le système logistique de la vallée.

La troisième orientation cherche à valoriser tous les atouts économiques de la Vallée de la Seine que sont les filières industrielles et de services, présentes ou émergentes, le potentiel d'enseignement supérieur et de recherche qui s'y concentre, la qualité du patrimoine naturel et culturel ou encore, l’attractivité touristique grâce à la notoriété internationale de ce territoire reconnu pour ses sites remarquables et les événements majeurs qui s’y déroulent. Renforcer les coopérations interrégionales existantes (automobile, logistique et tourisme), les lancer là où elles se justifient (aéronautique, énergie, etc.) sont autant d’impératifs pour tirer le meilleur parti des atouts de ce territoire. Mieux articuler les coopérations au sein de l’enseignement supérieur et du système de recherche constitue une autre exigence reconnue. 

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Les orientations du schéma seront déclinées en projets opérationnels au travers d’un contrat de plan interrégional État-Régions (CPIER) en lien avec les CPER des trois régions, mais aussi au travers des autres cadres d’intervention en vigueur, de niveaux national et européen (financements sectoriels, programmes européens…). La labellisation d’actions emblématiques de la vallée de la Seine illustrera également, année après année, cette feuille de route commune que l’Etat et les trois Régions se sont fixée. C'est ainsi, tous ensemble dans un projet collectif, qu’il sera possible de faire de la vallée de la Seine un territoire de développement durable, inclusif, créateur d’emplois et de richesse. 

 

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I.    DIAGNOSTIC : de nombreux atouts à fédérer dans un projet commun

 

Comme évoqué dans l’introduction, de nombreuses publications ont été produites ces cinq dernières années, travaux présentés depuis le lancement du Grand Paris et la sélection du projet d’Antoine Grumbach, par les agences d’urbanisme et les chambres consulaires notamment. La révision du schéma directeur de la région Île-de-France (SDRIF) fut également l’occasion de contributions importantes. L’objet du présent chapitre n’est pas de réécrire le diagnostic déjà développé dans ces travaux mais de mettre en évidence quelques éléments majeurs pour identifier les enjeux de la démarche vallée de Seine, définir les orientations stratégiques puis mettre en œuvre ces dernières au travers de projets concrets et concertés. 

 

Les chiffres clés : 

       15 millions habitants pour les 3 régions dont les ¾ en Ile-de-France, soit plus d’un cinquième du total de la France métropolitaine, sur 5 % de sa superficie ;

       7,3 millions emplois soit 28,5 % du total de la France métropolitaine ; 

       Un million d’établissements économiques, soit un quart du total de la France métropolitaine ; 

       14 000 hectares disponibles pour des implantations industrielles et logistiques ;

       128 millions de tonnes de trafics maritimes et fluviaux, soit un tiers du total de la France métropolitaine ;

       près de 490 000 emplois liés à la fonction logistique, soit 11 % de l’emploi total de la vallée de la Seine et presque un quart du total de cette filière en France métropolitaine ; 

       plus de 600 000 emplois dans l’industrie, soit un cinquième de l’emploi industriel métropolitain total, l’Ile-de-France restant la 1ère région industrielle de France, en termes de nombre d’emplois ;

       le tourisme représente près de 10 % du PIB global avec 420 000 emplois et 13,6 milliards d’euros de dépenses, Paris étant la première destination au monde ;

       les touristes franciliens représentent 28% de la clientèle totale en Normandie ;

       720 000 étudiants (30 % du total national) et 100.000 chercheurs (41 % du total national), dans une des premières régions européennes pour la recherche et le développement ;

       640 km linéaires de rivage pour la façade maritime et 460 km de berges pour le cours de la Seine ;

       30 000 exploitations agricoles occupant plus de 1,7 Mha et mobilisant plus de 40 000 unités de travail annuel, créant des complémentarités entre la céréaliculture, l’élevage, l’industrie agroalimentaire et un bassin de consommation dense.

 

I.1. Les complémentarités entre les trois régions sont évidentes et

nécessaires

 

I.1.1. Des atouts économiques de premier ordre

La vallée de la Seine apparaît comme un espace industriel cohérent, riche d’une activité diffuse, le long  de la Seine, autour des ports maritimes et les grandes agglomérations mais aussi dans le semis de villes petites et moyennes. Le tissu industriel se compose de 45 000 entreprises de toute taille. Ainsi, les PMI représententelles un poids important de l'emploi industriel et des savoir-faire très diversifiés. 

Des spécialisations anciennes marquent la vallée de la Seine et ses abords : l'automobile, l’aéronautique, la chimie et la pétrochimie, l'agroalimentaire et les bio-ressources, le tourisme. Certaines de ses filières sont structurées notamment au travers de pôles de compétitivité.


 

Ainsi le territoire de la vallée de la Seine apparaît comme un creuset d’expérimentations où émergent des activités d’avenir en lien surtout avec le développement durable, la transition énergétique, la santé et le numérique. Les projets innovants touchent des domaines aussi variés que les véhicules électriques, l’efficacité énergétique dans l’habitat, l’écoconstruction, la méthanisation, le captage et le transport de CO2, le recyclage des déchets, les flux logistiques, les énergies marines renouvelables (EMR) ou encore les nouvelles thérapies pour lutter contre le cancer. Les nombreuses innovations engagées font de la vallée de la Seine un « territoire démonstrateur » propice à la mise en pratique d’idées nouvelles. 

 

Dans un contexte de mondialisation, l’Île-de-France est en concurrence avec un nombre croissant de grandes métropoles mondiales (Londres, Singapour, San Francisco, Séoul, etc.). Celles-ci mènent des stratégies ambitieuses pour offrir un environnement économique très attractif et renforcer le dynamisme de la recherche. Les diagnostics régionaux ont mis en évidence la concentration des étudiants et des chercheurs en Ile-de-France, résultat d’un processus à certains égards séculaire.

 

La Haute-Normandie et la Basse-Normandie ne comptent ainsi respectivement que 8,7 et 7,7 employés dans le domaine de la R&D industrielles pour 1 000 emplois, contre 25 en Île-de-France. A noter toutefois en région Haute-Normandie, un poids relatif de la recherche privée plus important que celui de la recherche publique, 74 % des chercheurs travaillant dans le secteur privé contre 63,7 pour Île-de-France et 57,2% pour la Basse-Normandie. Au-delà du contraste en terme d'emploi et d'investissement sur la R&D, les ressources et les domaines de spécialisations développés en Haute et Basse Normandie constituent un atout pour faire naître des projets innovants et irriguer le tissu productif.

 

 

 

 

 

 

L’intérêt pour Paris de valoriser son accès direct à la mer

 

De multiples raisons justifient que l’Ile-de-France se tourne vers l’axe Seine.

 

En complément de la mise en œuvre des dispositions du SDRIF pour structurer le territoire francilien, il est nécessaire de polariser le développement des territoires interrégionaux autour d’agglomérations attractives et bien reliées en transports en commun. Le chapelet des villes normandes propose une armature urbaine bien maillée sur laquelle s’appuyer pour limiter l’étalement urbain et l’accroissement des déplacements pendulaires automobiles.

Concrétiser l’ouverture maritime de l’Ile-de-France contribue à renouveler son insertion dans l’économie mondiale, en affirmant sa vocation de point de contact intercontinental pour l’Europe, en combinant offre aéroportuaire et maritime.

 

A cet égard, accroître le positionnement de la vallée de la Seine permet, bien mieux que la liaison vers les grands ports du Benelux, le développement d’un système logistique s’appuyant sur les capacités du fleuve et une offre ferroviaire renforcée.

 

Du point de vue environnemental, la Seine est un axe majeur de la trame verte et bleue qu’il faut traiter de l’amont jusqu’à son débouché maritime afin de garantir l’équilibre entre les fonctions économiques du fleuve et son rôle de corridor biologique et paysager.

 

Enfin, en termes d’identité culturelle, le réseau fluvial constitue de longue date un élément fédérateur. Un patrimoine bâti lié à ces usages s’y est constitué (ports, quais, front de berges, etc.), porteur d’une histoire commune. Un renforcement de l’approche interrégionale offre la perspective d’une nouvelle dynamique.

 

 

 

 

 

 

La Basse-Normandie et la Haute-Normandie constituent des réservoirs de productions agricoles mais également de ressources naturelles pour la région Ile-de-France. Ainsi, des stratégies peuvent-elles être conçues afin de favoriser l’approvisionnement des populations concentrées en Ile-de-France, à partir de productions de proximité appuyées sur des circuits courts, afin de répondre à la demande croissante de produits alimentaires de qualité ou liés à l’origine, tant des consommateurs que des industriels de l’alimentation. Par ailleurs,  l'augmentation du recours aux matériaux recyclés doit permettre de limiter  les prélèvements sur les ressources naturelles telles que les granulats liés aux projets de construction du Grand Paris, tout en exploitant de façon mesurée les gisements des régions voisines.

 

I.1.2. Un patrimoine naturel et historique riche

 

La vallée de la Seine est un territoire structuré par le fleuve, le littoral, les ports et une trame dense de villes, d’activités économiques et de réseaux d’infrastructures. Ces espaces fortement développés s’inscrivent dans des zones naturelles et paysagères homogènes et remarquables (coteaux calcaires, terrasses alluviales, zones humides, vasières, côtes rocheuses et sableuses, etc.), qu’il importe de préserver, non seulement en raison de leur qualité environnementale, mais aussi parce qu’elles constituent un atout majeur pour la valorisation du territoire.

 

La concentration de population et d’activités économiques dans le périmètre de la vallée de la Seine entraîne de forts impacts environnementaux, notamment sur le lit mineur et majeur du fleuve, son estuaire et le littoral : 

       fragmentation des espaces agricoles et naturels en raison de la dispersion de l’habitat et de la multiplication des infrastructures, notamment routières, aux dépens des continuités écologiques ;

       sensibilité du territoire aux risques d’inondation, en particulier pour les principales agglomérations ;

 

 

 

       importance des phénomènes de pollution (la Seine et son estuaire reçoivent les rejets de 30 % de la population nationale), malgré les investissements massifs et les progrès réalisés depuis de nombreuses années, sur le système d’assainissement francilien tout spécialement ;

       conflits d’usage : activités industrielles et logistiques, transport fluvial, aménagement urbain, zones de loisirs, ressources en matériaux mais aussi rétablissement des continuités écologiques et gestion de l’eau, etc.

 

Bien que différentes mesures de protection, de gestion ou de valorisation du patrimoine naturel et historique aient été prises (classement au titre des sites des boucles de Seine, classement du patrimoine Perret du Havre au patrimoine mondial de l'UNESCO, inscription des plages du Débarquement sur la liste indicative française en 2014, label ville d'art et d'histoire) et que des manifestations récentes, notamment  autour de l’impressionnisme, aient pu fédérer les trois régions, un potentiel important reste à valoriser pour le développement touristique  par exemple par le biais des  croisières fluviales. En effet, les régions normandes enregistrent déjà des flux touristiques significatifs en provenance de l’Île-de-France (résidences secondaires, courts séjours, etc.) et bénéficient de la notoriété internationale du nom « Normandie ». Il s’agit à présent de s’inscrire davantage dans le rayonnement international de la capitale, qu’il s’agisse de capter une partie des flux touristiques accueillis en Ile-de-France ou de développer les activités qui y sont liées (croisière, tourisme d’affaires, congrès, etc.), grâce à une réflexion partagée et des produits communs.

 

I.2. Les défis économiques et sociaux

 

La crise frappe l’ensemble des régions sur l’espace Paris-Seine-Normandie. L’Ile-de-France, la Haute Normandie et la Basse-Normandie ont globalement perdu 74 000 emplois industriels entre 2008 et 2013, une baisse proche de la moyenne nationale. La Haute-Normandie est particulièrement touchée (-14 %), la BasseNormandie affichant une meilleure résistance (-8 %) du fait de son tissu de PME très diversifié et de la bonne résistance de son industrie agro-alimentaire. Première région industrielle française, l’Île-de-France a perdu à elle seule près de 50 000 emplois (-9 %). 

 

Si les établissements se répartissent de Paris jusqu’à l’embouchure de la Seine, les sièges sociaux restent concentrés en Ile-de-France et principalement dans la zone centrale de l’agglomération parisienne. Alors que, de ce fait, l'économie francilienne peut présenter une certaine résilience, le tissu économique normand se trouve fragilisé à plusieurs titres : surreprésentation des fonctions d’exécution et faiblesse des fonctions supérieures, dépendance des établissements normands vis-à-vis de grands groupes dont les décisions sont prises en dehors du territoire, fragilité des PME-PMI sous-traitantes, qui subissent les conséquences de ces décisions. Ces déséquilibres, évidents en ce qui concerne les activités industrielles, sont aussi très marqués pour les activités tertiaires, certaines d’entre elles étant extrêmement concentrées en Île-de-France. 

 

Comme exposés précédemment, la Vallée de la Seine détient toutefois tous les atouts et les savoir-faire pour rebondir, pour se placer comme territoire leader en matière de transition écologique et énergétique en  accompagnant les mutations nécessaires des appareils productifs par une réorientation vers des filières nouvelles, la construction de synergie entre les industries en vue d'optimiser leur efficacité énergétique et de diminuer leur empreinte carbone par une meilleure mobilisation de l'offre de transport multimodale. Il convient pour cela de poursuivre les coopérations pour dépasser le stade de l'expérimentation. 

 

La place de Paris « ville monde » se joue également sur sa capacité à offrir un cadre  et des modes de vie en adéquation avec les aspirations sociales nouvelles. Les récentes études sur le classement des capitales mondiales soulignent que même si Paris reste attractive en raison de sa puissance intellectuelle et son potentiel d'innovation, elle perd des place sur les questions liées au cadre de vie, d’où l’intérêt d’en penser l’aménagement et le développement à une échelle plus vaste. Mettre en place une politique de marketing territorial apparaît dès lors comme une évidence, de manière à valoriser l’ensemble des atouts (environnementaux, économiques, culturels, etc.) par le biais d’une approche et d’une communication globale. 

 

 

 

En matière d’enseignement supérieur, la proximité de l’Ile-de-France et la diversité de l’offre de formation qu’elle propose ont nui au développement dans les régions normandes, des formations longues spécialement pour le troisième cycle qui y est, de longue date, sous représenté. Néanmoins, les nombreuses filières de niveau Master présentes sur les campus des régions de la Vallée de la Seine, permettent en revanche la mise en place de synergies et de coopérations formalisées se traduisant par des co-accréditations et des parcours de formation intégrant des temps de formation en présentiel sur des sites normands et franciliens.

 

Ce travail de partenariat entre établissements d’enseignement supérieur et la structuration des réseaux de recherche sont déjà en cours, utilisant des supports variés, tels que par exemple pour les espaces ruraux, la nouvelle génération de programmes de recherche « Pour et sur le développement régional » (PSDR). D’importantes marges de progression subsistent cependant.

 

 

II. ENJEUX : Fonder le développement du territoire sur une gouvernance solide 

 

L’objectif prioritaire du présent schéma est de susciter les conditions d’un développement économique durable du territoire facilitant la création d’emplois à partir de ses nombreux atouts et notamment son savoirfaire industriel et ouvrier.

 

Pour cela, le schéma définit des orientations prioritaires, à court, moyen et long terme et identifie une gamme de moyens nécessaires à leur déclinaison à différentes échelles d’espace (interrégional, régional et local).

 

Les éléments de diagnostic montrent également la nécessité d’organiser la gouvernance pour maintenir la mobilisation des partenaires, concevoir l’aménagement et le développement de la vallée de la Seine, les mettre en œuvre en les inscrivant dans la durée. Pour accroître la visibilité et le rayonnement international du territoire, il est indispensable de construire une approche territoriale de développement intégré, où le développement économique s’inscrit dans une logique durable au profit de ses habitants.

 

De plus, le contexte économique, social et institutionnel dans lequel évoluent le territoire et ses habitants sera amené à changer. S’organiser pour poursuivre la réflexion commune et adapter, en tant que de besoin, la déclinaison des grandes orientations du schéma stratégique en fonction de ces évolutions constitue donc une nécessité.

 

Au-delà des orientations thématiques qui sont présentées dans le chapitre suivant, les enjeux au regard desquels elles ont été identifiées se déclinent en termes d’objectifs et de moyens présentés ci-après.

 

 

II.1. Conforter un développement économique durable au profit de la création d’emplois

 

Les domaines dans lesquels le schéma peut contribuer à favoriser le développement du territoire sont multiples.

 

Il est indispensable, non seulement d’identifier ceux pour lesquels les actions conduites au titre du schéma peuvent avoir un réel effet levier, mais aussi d’accroître cet effet levier par des actions de marketing territorial.

 

II.1.1. Identifier les domaines prioritaires d’action

1) Favoriser le maillage de l’ensemble des territoires normands et franciliens pour le transport de voyageurs et de marchandises et développer l’offre foncière, immobilière et de services correspondante

 

Pour le transport des voyageurs, ce maillage se développera en évitant sa focalisation sur les mouvements pendulaires, intègrera l’accès au réseau ferroviaire à grande vitesse et aux aéroports de Roissy et d’Orly, et permettra l’articulation entre les liaisons interrégionales et le futur réseau du Grand Paris. Ce maillage, appuyé sur le réseau existant en Île-de-France, est de nature à promouvoir l’inter-modalité.

 

Pour le fret, l’offre devra être diversifiée, notamment grâce à de nouvelles liaisons entre le Havre et la région capitale. Les ambitions portées en matière de trafic des conteneurs imposent un développement rapide de l’usage de la voie d’eau et du fret ferroviaire pour desservir l’Ile-de-France comme atteindre un hinterland plus vaste, en France et à l’étranger.

 

 

 

L'attractivité du territoire repose en effet sur sa capacité à construire et proposer des solutions d'acheminement modulables et performantes. La conduite d'une action coordonnée des gestionnaires d'infrastructures (les Grands Ports Maritimes et le Port de Paris à travers HAROPA, les autres ports déjà mentionnés, VNF, RFF) au profit des acteurs de la logistique est essentielle pour permettre l'émergence d'un bouquet de services logistiques, s’appuyant sur les possibilités procurées par les technologies de l’information, la mise en place d’aménités favorisant l’installation des prestataires et la diversité des offres économiques pour les différents opérateurs. L’articulation renforcée entre le pôle logistique de l’estuaire et celui constitué autour de Roissy accroîtra l’attractivité du territoire.

 

En outre, pour fluidifier les échanges et contribuer à fixer de la valeur ajoutée sur les territoires, la complémentarité de l'offre de transports est indispensable. Cette valeur ajoutée provient à la fois des services offerts, d’une offre foncière et immobilière intelligemment répartie sur la vallée de la Seine et ses abords, comme de l’extension des bassins de consommation et de production desservis par l’ensemble portuaire de la Seine, à savoir les grands ports maritimes de Rouen et du Havre, le Port de Paris mais aussi les Ports Normands Associés et celui de Dieppe.

2) Valoriser les filières d’excellence, anticiper les mutations et développer des filières d'avenir en s’appuyant sur l’enseignement supérieur et la recherche

 

La vallée de la Seine dispose d’un potentiel industriel important et d’outils de coopération interrégionaux, pour certaines filières au moins. Il convient de faciliter l’évolution de ce tissu industriel, en jouant sur la complémentarité territoriale et le potentiel de recherche, tout en saisissant les opportunités de diversification qui se présentent d’ores et déjà.

 

L’automobile, l’aéronautique, la chimie, lourde ou fine, le nucléaire, sont autant de points forts historiques. L’énergie offre des exemples pertinents de diversification, dans les énergies renouvelables, en tenant compte des investissements d’ores et déjà annoncés, ou le stockage de l’énergie, domaine largement encore  au stade de la recherche.

 

Cet effort industriel tirera parti du riche appareil d’enseignement supérieur et de recherche qui déploie déjà des démarches collaboratives à l’échelle des territoires. Les structures de recherche académique ont su se fédérer depuis plusieurs années entre les deux régions normandes et entretiennent des relations étroites avec plusieurs laboratoires de l’Île-de-France. Il convient désormais de densifier et de structurer ces rapprochements et de créer des espaces de développement collaboratifs fondés sur les savoir-faire existants et sur les priorités socio-économiques et industrielles identifiées dans la vallée de la Seine.

 

La mise en œuvre d’actions dans ces différents champs suppose le développement, en parallèle, des infrastructures et services numériques (suivi des flux de marchandises en temps réel, échanges entre chercheurs, structuration de l’offre de services touristiques…).

 

3) Réussir la transition écologique et valoriser les multiples atouts naturels, touristiques et culturels  du territoire

 

La qualité des espaces naturels constitue un facteur d’attractivité majeur pour le territoire. A ce titre, la préservation des paysages et la mise en valeur des berges du fleuve comme celle du littoral, dans un souci de prise en compte optimale des risques, constituent des enjeux de valorisation environnementale et économique. La vallée de la Seine, par son potentiel en matière énergétique, constitue également un territoire privilégié pour innover en ce domaine. Elle est également un espace privilégié pour construire un modèle de développement urbain qui préserve les grands équilibres naturels, voire les restaure.

 

L'offre touristique de la vallée de la Seine dispose d’un potentiel de croissance important autour de la croisière maritime comme fluviale ou des produits culturels thématiques (impressionnisme, mémoriel, patrimonial, etc.), qu’il s’agisse de viser des clientèles de proximité ou d’attirer le tourisme international. Il faut construire les produits adaptés à ces différents publics. 

 

Dans un autre domaine, le développement du tourisme d'affaires doit s’appuyer sur les pôles de compétitivité et filières existants qui concourent au renouveau industriel du territoire (Mov’eo, Transactions Electroniques Sécurisées, Novalog, Cosmetic Valley, Medicen, Astech, Normandie AéroEspace, Nucleopolis), car ils constituent autant de points d’entrée sur le territoire pour les hommes d’affaires et personnalités, potentiels investisseurs ou vecteurs d’investissement.

 

II.1.2. Construire une identité commune valorisée par une politique de marketing territorial

1) Construire une identité commune autour de quelques principes majeurs

 

Marqué par une logique de reconquête économique et d’augmentation des mobilités, le développement futur de la vallée exige un projet territorial cohérent, permettant de concilier à la fois la croissance économique et la préservation des espaces naturels.

 

Ce projet ambitionne d’accueillir les activités économiques et les infrastructures, tout en préservant et valorisant les espaces naturels et les paysages ainsi qu’en restaurant les continuités écologiques. Il vise aussi à limiter l’étalement urbain et la vulnérabilité des territoires aux risques (notamment au risque inondation). Le projet s’attache enfin à promouvoir la mixité fonctionnelle, la qualité urbaine et la construction de logements.

 

Cette démarche repose sur un décloisonnement des approches en termes d’intégration territoriale et environnementale, en particulier pour les transports, les activités et les sites portuaires, logistiques, industriels et touristiques.

 

Elle contribue aussi à nourrir l’affirmation d’une identité commune aux trois régions, traduisant à la fois le partage d’éléments communs de morphologie tout le long de la vallée, coteaux calcaires et terrasses alluviales en particulier, et l’articulation ancienne entre les espaces urbains.

 

2) Mettre en œuvre une politique de marketing territorial relayée par un label

 

La politique de marketing territorial consiste à connaître et maîtriser les facteurs d’attractivité du territoire. Présenter une offre non seulement visible mais aussi lisible et crédible, créer et animer des liens solides avec les acteurs économiques locaux, sont autant de moyens susceptibles d’accroître l’efficacité de son action économique et sa notoriété. 

 

Pour les territoires, le bénéfice attendu est multiple : création d’emplois qualifiés grâce à un gain d’attractivité ; meilleure adéquation des politiques de développement local à la conjoncture ; détection de nouvelles opportunités de création de valeur par la connaissance des attentes des acteurs internationaux…

 

Pour les entreprises, l'intérêt réside principalement dans la détention d’une information sectorielle utile à leur positionnement concurrentiel et d’une meilleure connaissance des risques de marché, des tendances de la demande, d’opportunités d’affaires ou de partenariats technologiques.

 

La mise en place d’un label propre au territoire est un corollaire naturel de ces actions de communication et de prospection. 

 

 

ENCADRE : Un label pour le territoire 

 

La définition d’un label propre à la vallée de la Seine a pour objet de renforcer son identité, afin de la rendre plus lisible au sein du territoire lui-même et à l’extérieur.

 

L’attribution du label constitue aussi un outil de reconnaissance de la contribution des acteurs à la construction de l’identité du territoire dans une action de long terme

 

Il permet enfin au marketing territorial de s’appuyer sur un contenu opérationnel.

 

L’objectif premier du label est de faire reconnaître l’intérêt d’une action au titre du projet global de développement du territoire « Vallée de la Seine ». Pour les acteurs qui le portent, il donne accès en particulier à des circuits de communication, touristique notamment, dont le rayonnement est important. L’attribution du label peut être accompagnée d’un financement public, soit au titre du CPIER, soit au titre d’autres sources de financement, y compris privé, qui correspondront davantage à l’objet du projet et/ou à son échelle de mise en œuvre.

 

La reconnaissance de l’intérêt du projet par un financement public spécifique ne constitue cependant pas une condition nécessaire à l’attribution du label, dans la mesure où certains projets disposent de sources de financement propres.

 

L’instauration de critères de labellisation des filières et des projets vise notamment à renforcer la place de la vallée de la Seine à l’échelle de l'Europe du Nord-Ouest  et, plus généralement,  à l'international, à utiliser au mieux les atouts de la complémentarité entre les territoires, en allant au-delà de simples synergies interrégionales pour déboucher sur des projets d'intérêt commun, favoriser l’émergence de projets transversaux et à concourir à l’excellence environnementale.