Par les temps qui courent, alors qu'en France le débat public est devenu un enfumoir où certains professionnels d'eux-mêmes sont devenus les virtuoses de la confusion idéologique, l'Etoile de Normandie vous propose de découvrir un large pan de notre histoire politique, sciemment occulté par l'idéologie jacobine dominante, idéologie tellement dominante qu'on la retrouve aujourd'hui brillante de santé du côté du Front National... le soi-disant parti "anti-système"!

Nous profitons de l'occasion que nous offrent certains sur une certaine page "Face de bouc" (qui fait désormais moins parler d'elle et c'est heureux) en croyant atteindre ou blesser les régionalistes normands que nous sommes en nous qualifiant de "fachos", pour vous proposer de faire une bien belle découverte...

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A savoir que les idées régionalistes et républicaines ont fait un sérieux bout de chemin ensemble à l'orée du XXe siècle (la "Belle Epoque") au moment où, contrairement à aujourd'hui, une réflexion profonde et complexe animait le débat public dans l'objectif d'installer le nouveau régime républicain et ses valeurs issues des Lumières du XVIIIe siècle dans l'identité même de notre pays de France: après 1870 et le choc d'une défaite militaire et idéologique face à la puissance du modèle allemand provocant une profonde crise identitaire en France ( terrible rangaine de notre histoire contemporaine jusqu'à nos jours...), le débat intellectuel fut vif sur la double question de l'identité française et de la façon de mettre concrètement en oeuvre l'idéal du nouveau régime républicain.

A la croisée des chemins et de ces réflexions, la question régionale va émerger puissamment dans le débat public français dans les années 1890- 1900:

L'excès de centralisation parisienne serait responsable de la catastrophe de 1870 et serait passablement inefficace pour la mise en oeuvre concrète dans la profondeur territoriale et sociale du pays, des idéaux républicains.

Pour que la République soit une vraie démocratie sociale, il faudrait sortir du centralisme autoritaire hérité de la Monarchie des rois Bourbons, confirmé par les Jacobins révolutionnaires et poursuivi par l'expérience napoléonienne: il faudrait enfin pouvoir expérimenter une démocratie décentralisée pratiquée à l'échelle régionale.

Concrètement:

Il s'agissait d'expérimenter la rencontre des idées girondines avec le fédéralisme progressiste et social d'un Joseph Proudhon, parce que d'une part, Karl Marx était allemand et d'autre part, parce que le polémiste réactionnaire, monarchiste et antisémite Charles Maurras ne devait pas avoir le monopole de la réflexion théorique (le nationalisme intégral sur une base régionale) sur la crise identitaire française d'alors...

JOSEPH PAUL- BONCOUR  et JEAN -CHARLES BRUN

De cette belle aventure intellectuelle aujourd'hui totalement oubliée ou presque émergent deux figures attachantes même si l'une s'est trompée de façon consternante dans cette grande nuit collective qui tomba sur tous les Français après... 1940.


 

Joseph PAUL - BONCOUR (1873 - 1972)

Voir la fiche wikepédia:

http://fr.wikipedia.org/wiki/Joseph_Paul-Boncour

Ce député socialiste "atypique" du Loir et Cher, proche de Jean Jaurès, fut le premier ministre du Travail de l'histoire de la République et le penseur influent d'une décentralisation sociale et régionale ("le fédéralisme économique") au point que l'on peut le considérer comme le père spirituel de nos modernes CESER (Conseil Economique Social et Environnemental Régional). En 1903, il fit paraître une étude "La République et la décentralisation" que l'on peut encore aujourd'hui considérer comme la seule réfutation solide des idées empoisonnées de Charles Maurras qui défendait lui aussi l'idée de région mais dans le cadre du retour d'un régime autoritaire et hiérarchique. D'une catastrophe à l'autre (1940 après 1870) il fit preuve d'une remarquable lucidité politique en plaidant pour l'unité européenne au lendemain d'une Première Guerre mondiale qu'il fit sur le Front et surtout en s'engageant dans la Résistance comprenant, dès juillet 1940, la véritable nature du nouveau régime instauré par le Maréchal Pétain (soutenu par Charles Maurras) qui avait fait pourtant de la "régionalisation" le coeur d'une "révolution nationale" de type fasciste...

Voir aussi la fiche biographique proposée par l'Assemblée Nationale:

·         Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

·         Mandats au Sénat ou à la Chambre des pairs

·         Biographie

·         Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1889 à 1940 (Jean Jolly)

Né le 4 août 1873 à Saint-Aignan (Loir-et-Cher). Mort  le 28 mars 1972 à Paris

Député du Loir-et-Cher de 1909 à 1914.
Député de la Seine de 1919 à 1924.
Député du Tarn de 1924 à 1931.
Sénateur du Loir-et-Cher de 1931 à 1941.
Ministre du Travail et de la Prévoyance sociale du 2 mars au 27 juin 1911.
Ministre de la Guerre du 3 juin au 18 décembre 1932.
Président du Conseil et ministre des Affaires étrangères du 18 décembre 1932 au 31 janvier 1933.
Ministre des Affaires étrangères du 26 octobre 1933 au 30 janvier 1934.
Ministre de la Défense nationale et de la Guerre du 4 au 9 février 1934.
Ministre d'Etat, délégué permanent à la S.D.N. du 24 janvier au 4 juin 1936.
Ministre des Affaires étrangères du 13 mars au 10 avril 1938.

Joseph Paul-Boncour est né à Saint-Aignan, sur les bords du Cher, dans le sein d'une famille bourgeoise. Son père médecin, libre-penseur et républicain, sa mère née de souche normande, catholique et monarchiste, ont une vie simple et discrète. En 1884, Joseph Paul-Boncour entre au vieux collège de Pont-Levoy. La lecture de Jules Verne et du Journal des voyages crée en lui une vocation maritime et, en 1889, il part pour Saint-Brieuc où il compte préparer le concours d'entrée à l'Ecole navale, au collège Saint-Charles. Mais le côté mathématique de la préparation le rebute vite et il reprend, toujours en Bretagne, des études de lettres.

Puis c'est Paris, le quartier latin où il fait des études de droit, toujours pour satisfaire sa vocation maritime par le biais du commissariat de la marine. Il découvre le socialisme idéaliste de la Revue socialiste de Benoît Malon ; toutefois, les partis socialistes ne l'attirent pas : ils sont trop doctrinaires et aussi trop anticléricaux et trop antimilitaristes.

Ses nouvelles préoccupations politiques et sociales entraîneront Paul-Boncour, une fois licencié en droit, à délaisser la marine pour le nouveau doctorat de droit public et d'économie politique qu'il prépare en même temps qu'il fait son stage d'avocat. Avec quelques amis, il fonde à la Bourse du travail de Paris un conseil judiciaire qui plaide pour les grévistes. Il prend aussi contact avec le syndicalisme et peut étudier « les rapports de l'individu et des groupements professionnels » qui vont être l'objet de sa thèse de doctorat, publiée sous le titre Le fédéralisme économique, avec une préface de Waldeck-Rousseau.

Le 22 juin 1899, Waldeck-Rousseau devient président du Conseil et le restera jusqu'au 7 juin 1902. Paul-Boncour sera son secrétaire particulier. En 1902, il se marie, épousant à Paris Hélène Raffard dont il aura deux enfants.

En 1906, Clemenceau, arrivé au pouvoir le 25 octobre, recrée un ministère du Travail qu'il a confié à un socialiste dissident, Viviani. Celui-ci prend Paul Boncour à la fois comme directeur de cabinet et comme directeur du personnel. Outre la difficile organisation d'un ministère nouveau, Paul-Boncour aura à s'occuper particulièrement de la loi des retraites et du repos hebdomadaire.

Le 4 août 1907, il est fait chevalier de la Légion d'honneur comme avocat à la Cour d'appel et comme directeur du cabinet de Viviani.

Mais agir à l'ombre d'autrui ne lui suffit plus. Déjà, depuis le 1er mai 1904, il est conseiller municipal de Saint-Aignan (et il le restera jusqu'au 5 mai 1912) et le 24 janvier 1909 il sera élu au Conseil général du Loir-et-Cher où il siégera jusqu'au 14 décembre 1919.

Le 3 janvier 1909, il est élu député du Loir-et-Cher, sans concurrent, par 12.498 voix sur 19.504 inscrits et 14.344 votants. Ce mandat lui est confirmé lors du renouvellement de 1910. Le 24 avril, il est élu sans concurrent, par 10.889 voix sur 19.614 inscrits et 15.039 votants.

L'avocat est passé sans peine de l'éloquence judiciaire à l'éloquence parlementaire.

Tout dans son jeune passé le prédisposait à entrer à la commission du travail où son thème favori est la question sociale.

Le 2 mars 1911, pour succéder à Briand, le président Fallières fait appel à Monis qui, sur les conseils de Charles Berteaux, le prend dans son cabinet. A 38 ans, voici donc Paul-Boncour à la tête du ministère du Travail et de la prévoyance sociale. Son programme est simple : « appliquer la loi des retraites le 3 juillet 1911 ». Mais ce ne sera pas une petite affaire que d'obtenir du Conseil d'Etat le règlement d'administration publique, que d'expliquer au public, par l'entremise des quatre-vingt-six préfets, le nouveau mécanisme législatif, que de passer outre à l'hostilité d'une partie du patronat et d'une partie - la gauche - des socialistes. Et il fallut trois jours à la Chambre où Paul-Boncour batailla seul - Monis ayant été blessé dans l'accident d'aviation qui coûta la vie à Berteaux - pour obtenir la confiance du Parlement, Malheureusement quelques jours après, le 27 juin, le ministère démissionnait après moins de quatre mois d'existence. Mais rien ne pouvait empêcher Paul- Boncour de continuer sa campagne pour la loi des retraites. Il la fit a la Chambre et dans le pays dans de nombreuses interventions.

Cette campagne le prit même au point de lui faire refuser le poste de sous-secrétaire aux Beaux-arts qu'on lui offrait, en 1912, pour remplacer Dujardin-Beaumetz. Et c'était, certes, un grand regret pour lui, au nom de la généreuse réalisation à laquelle il s'était voué, que d'abandonner une activité qui eût flatté ses goûts et ses talents. Paul-Boncour avait en sa jeunesse, rêvé aussi d'être comédien et si le sort décida pour lui d'une toute autre carrière, il en garda toujours quelque nostalgie, il en garda toujours une vive empreinte, un certain comportement physique subtilement théâtral et le Conservatoire n'eut jamais de plus assidu et fervent témoin les jours où sont consacrés ses plus brillants élèves.

Mais on sent maintenant percer en lui un autre souci majeur et qui ne le quittera plus : celui de la défense du pays. On s en rendit compte notamment lors de la discussion de la loi de trois ans. Avec Messimy, il dépose même un contreprojet, dit des trente mois.

Aux élections de 1914, il est mis en ballottage au premier tour par les électeurs du Loir-et-Cher. Arrivant en tête avec 7.835 voix sur 16.578 votants, au second tour il est battu par Legros, du parti républicain démocratique, par 38 voix de différence.

Bientôt, c'est la guerre, Paul-Boncour fera au front les quatre ans, tantôt en ligne où il devint chef de bataillon, tantôt comme chef d'un service de renseignements. Ses qualités et son courage lui vaudront la Croix de guerre avec palmes et la Légion d'honneur à titre militaire.

En 1916, le spectacle même de la guerre l'a convaincu que, seule, une organisation de l'Europe et du monde peuvent empêcher la civilisation de sombrer et il croit que, seuls, le parti socialiste et son Internationale sont capables de tenter cette organisation. De Toul, il envoie son adhésion à la section de Saint-Aignan du parti socialiste.

En mars 1919 il est, avec Le Troquer et Ducos de La Haille, avocat de la partie civile au procès de Villain, l'assassin de Jaurès.

Il faut préparer les élections qui vont avoir lieu à la fin de 1919. Au congrès de juin, Paul-Boncour s'oppose vainement à la motion Bracke qui fait aller les socialistes seuls à la bataille. Lui-même est candidat sur la liste S.F.I.O. dans la 2e circonscription de la Seine qui comprend les Ier, IIe, IIIe, IVe, XIe, XIIe et XXe arrondissements et compte 221.732 inscrits. Le 16 novembre, il y a 168.047 votants et 162.449 suffrages exprimés. La liste conduite par Millerand et dite d'union républicaine, nationale et sociale, a huit élus dont Millerand avec 73.759 voix. La liste S.F.I.O. a trois élus : Paul-Boncour avec 52.073 voix, Pierre Dormoy avec 50.536, Blum avec 49.379. Il y a encore un élu sur la liste du comité d'action socialiste, avec 22.970 voix, Lauche.

Dans l'ensemble du pays, c'est le bloc national qui l'emporte et jusqu'en 1924 les socialistes seront dans l'opposition. Pour sa part, Paul-Boncour accède aux commissions de l'armée et des affaires étrangères où il mène une opposition constructive. Au sein du groupe socialiste il est chargé des questions militaires et de la politique extérieure. Ce seront désormais ses grands champs d'action, d'ailleurs, dans son esprit, intimement liés. Car s'il croit par-dessus tout à la Société des Nations que le traité de Versailles vient de créer, c'est parce qu'il croit à la sécurité collective et à l'as-tance mutuelle et qu'il sait qu'en attendant la constitution d'une force au service de la Société des Nations, chaque pays doit pouvoir assurer sa défense. « Social-patriote », il reste évidemment au sein de la S.F.I.O. lors de la décision de Tours, en décembre 1920. Il participe alors, pour élargir le recrutement de son parti, à de nombreuses réunions où il est aux prises avec les communistes.

Se situant à la droite de la S.F.I.O., Paul-Boncour n'est pas à l'aise dans la fédération de la Seine qui est extrême gauche Aussi, lors des élections législatives de 1924, quitte-t-il volontiers sa circonscription parisienne pour le Tarn, où il entend succéder à Albert Thomas et à Jaurès. C'est ce qui arrive le 11 mai, où la liste du cartel des gauches comprenant deux radicaux et deux socialistes obtient 47.274 voix de moyenne (sur 97.627 inscrits, 84.238 votants et 82.755 suffrages exprimés), emportant aussi les quatre sièges au détriment des sortants de la liste Reille-Soult (31.845 voix) et des candidats communistes du bloc ouvrier-paysan (2.781 voix).

Le succès de la gauche donne à Paul-Boncour la possibilité d'agir. Le voici dès 1924 membre de la délégation française à la S.D.N. Il ne cessera plus d'être notre représentant à Genève, à l'exception de deux années après les élections de 1928, où la S.F.I.O. rejetée dans l'opposition lui demande de choisir entre elle et ses fonctions genevoises et où il choisit le parti.

1925, c'est l'année de Locarno ; il est rapporteur du règlement pacifique des différends internationaux : Paul-Boncour en traite à retraité à la Chambre. C'est aussi à Genève la session sur le trafic d'armes, c'est surtout les débuts des travaux de la commission chargée de préparer la conférence sur la réduction générale des armements. 1926, c'est l'année du conflit polono-lithuanien au sujet de Vilna ; Paul-Boncour va sur place se rendre compte de la situation : il sera pour les communistes « le soldat polonais ».

En outre, avocat, il plaide souvent à La Haye devant la Cour permanente de justice internationale. Ancien combattant, il ne perd pas de vue les problèmes militaires et rapporte, au cours de cette législature, la loi sur l'organisation générale de la Nation en temps de guerre. Il est membre (et même président) de la commission d'études du Conseil supérieur de la Défense nationale. Le loisir lui est cependant laissé d'écrire un ouvrage sur Lamennais, précurseur et martyr, paru en 1928.

En 1928, les élections législatives ont lieu au scrutin uninominal. Paul-Boncour se représente dans le Tarn, où il choisit la 2e circonscription (Albi). Le 22 avril, il est élu par 7.292 voix sur 13.114 inscrits, 10.391 votants et 8.414 suffrages exprimés, contre 1.122 à Maizière, candidat du bloc ouvrier-paysan.

Il retrouve sa place à la commission de l'armée et à la commission des affaires étrangères. Celle-ci l'élit président. En cette qualité, il intervient notamment sur la conférence de Londres relative au désarmement (1929), sur les accords de La Haye et sur l'acte général d'arbitrage (1930).

Parallèlement, il assied son influence locale dans le Tarn en entrant au Conseil général, qui le porte à sa présidence le 28 octobre 1932. C'était se préparer des voies sénatoriales.

En effet, à propos de la Défense nationale, Paul-Boncour se heurte de plus en plus durement à son parti. Jusqu'au point où, le congrès de Tours de 1931 étant revenu à la vieille formule « pas un homme, pas un sou pour l'armée de l'Etat bourgeois», Paul-Boncour se décide à quitter la S.F.I.O.

Il avait l'intention de se présenter dans le Tarn à l'élection partielle destinée à remplacer le sénateur Vieux, décédé. Mais entre-temps eut lieu à Blois une autre élection partielle destinée à remplacer un autre sénateur décédé, Gauvin. Le 13 septembre 1931, au premier tour, il obtient 71 voix, alors qu'il n'est pas candidat. Olivier, qui est socialiste et maire de Blois se désiste alors en faveur de Paul-Boncour, ainsi que Froger, d'étiquette républicaine et socialiste, conseiller général. Aussi, au second tour, Paul-Boncour arrive-t-il en deuxième position, avec 192 voix, derrière Persil qui en a 228 et devant Boudin 177. Boudin, conseiller général radical-socialiste, se retire en invoquant la discipline républicaine. Au troisième tour, Paul-Boncour obtient 342 voix sur 618 suffrages exprimés, battant Persil qui n'a que 260 voix.

Démissionnaire de la Chambre, il entre au Sénat le 20 novembre 1931. L'année suivante, lors du renouvellement triennal du 16 octobre 1932, il est réélu dès le premier tour par 492 voix sur 620 suffrages exprimés, tandis que les deux autres sénateurs du Loir-et-Cher ne sont élus qu'au troisième tour, Pichery avec 418 voix et Boudin, 375.

Tout de suite, il est membre de la commission des affaires étrangères. Revenu à Genève, il préside en 1932 le conseil qui s'occupe de l'affaire de Mandchourie, où la Société des Nations connaît son premier échec grave. Il prend part avec Tardieu, puis avec Herriot, à la conférence du désarmement.

II devient ministre de la Guerre dans le 3e cabinet Herriot et le restera jusqu'au 18 décembre 1932.

Herriot étant tombé en décembre sur la question des dettes à l'Amérique, le président Lebrun demande à Paul-Boncour de former le nouveau gouvernement. La S.F.I.O. consultée veut bien lui accorder son soutien, mais non sa participation. Il hésite, mais Lebrun insistant, il forme son cabinet le 18 décembre 1932, prenant pour lui le portefeuille des Affaires étrangères et confiant à Chéron celui des Finances. Le ministère tomba au bout de quarante jours, sur un certain article 6 d'un texte financier qui, au nom de l'égalité de tous dans les sacrifices, augmentait les impôts de 5 % (28 janvier 1933).

Mais Paul-Boncour conservera encore un an le portefeuille des Affaires étrangères, d'abord dans le 1er cabinet Daladier (31 janvier - 26 octobre 1933), ensuite dans le 1er cabinet Sarraut (26 octobre - 26 novembre 1933), enfin dans le 2e cabinet Chautemps (26 novembre 1933 - 30 janvier 1934).

Son action a tendu, d'abord, à réduire la tension avec l'Italie. Ensuite il essaye, alors qu'il en est temps encore, de mettre sur pied le pacte à quatre malgré les réserves de la Petite Entente et de la Pologne. Malheureusement, ce pacte ne sera jamais ratifié, le départ de l'Allemagne de la Société des Nations l'ayant rendu caduc d'avance. Paul-Boncour remet aussi en chantier l'organisation danubienne. Pour lui, l'important c'est que la France ait le plus d'alliés possibles face à la montée hitlérienne. D'où sa politique vis-à-vis des pays d'Europe centrale, de l'Italie et aussi de la Russie. De même, il s'attache à améliorer nos relations avec les Etats-Unis.

En ce qui concerne la Sarre, il est partisan du maintien du régime international. Il considère, en effet, la question sarroise comme un « abcès de fixation » qui peut nous éviter avec l'Allemagne des ennuis bien plus graves.

Mais cette politique, qui avait été en gros celle d'hommes comme Briand et Herriot, sera abandonnée après février 1934.

A la chute de Chautemps, Daladier forme son 2e cabinet et lui demande de reprendre le ministère de la Défense nationale « pour défendre la République ». Ministre cinq jours, du 4 au 9 février 1934, après la démission de Daladier, il retourne à son cabinet d'avocat et à son fauteuil de sénateur. Il dépose, avec son vieil ami Jouvenel, une motion tendant à la constitution au Sénat d'une commission de réforme de l'Etat. Sa motion est votée mais ne connaîtra pas de réalisation.

C'est à la condition expresse de conserver sa délégation permanente à la Société des Nations que Paul-Boncour accepte d'entrer dans le 2e cabinet Sarraut (24 janvier - 4 juin 1936) comme ministre d'Etat. En effet, il est alors président d'un groupe relativement important, l'union socialiste et républicaine qui compte 65 membres et qui sera l'aile gauche de la majorité appelée à soutenir le gouvernement Sarraut. Ce parti comprend notamment les néo-socialistes comme Marquet, Déat, Renaudel, Varenne et Ramadier, qui ont quitté la S.F.I.O. en 1933 ; comme Paul-Boncour lui-même.

Le ministère Sarraut ne prend pas part à la préparation du Front populaire qui gagne les élections avril mai 1936. Mais il doit gérer les affaires jusqu'au 1er juin, date à laquelle la nouvelle Chambre entre en fonction. Et les affaires sont pressantes : Rhénanie, Ethiopie, finances, occupations d'usines. Paul-Boncour s'efforce de traiter de son mieux les Affaires étrangères dont il assure l'intérim pendant la maladie de Flandin. Mais il ne fera pas partie du 1er cabinet Blum car il veut garder les Affaires étrangères et on ne lui offre qu'un ministère d'Etat. Il conserve néanmoins son poste à Genève.

Il revient aux Affaires étrangères en 1938, dans le 2e cabinet Blum.

Pour faire une autre politique, Daladier, successeur de Blum, élimine Paul-Boncour et prend Georges Bonnet. Et c'est Munich.

Après septembre 1939, Paul-Boncour prend part aux nombreuses réunions tenues par la commission des affaires étrangères du Sénat pendant la « drôle de guerre ». Il se heurte souvent à Laval, surtout à propos de l'Italie. Il bataille en faveur de la Pologne. Il rentre à la commission de l'armée le 25 avril 1940, à la place de Laurent.Eynac, devenu ministre. Il est, à Genève, à la tête de la délégation française qui va s'occuper, pour la dernière réunion de la Société des Nations, du conflit russo-finlandais : il obtient qu'on condamne et l'agression soviétique et l'agression allemande contre la Pologne, cause première du conflit.

Mais c'est la débâcle. Paul-Boncour quitte Paris le 10 juin pour Tours, puis pour Bordeaux où, prévenu par Pomaret, il évite de justesse l'embarquement sur le Massilia. Il quitte Bordeaux le 29 juin pour Vichy. Il est convaincu qu'il faut donner les pleins pouvoirs à l'homme qui a pris la responsabilité de l'armistice, mais il est hostile à ce que ces pouvoirs soient constituants. Au nom du groupe des anciens combattants du Sénat, il va le dire au maréchal Pétain, avec Taurines, Dormann et Jacquy, dans une entrevue du 6 juillet. Taurines et trente autres sénateurs - dont Paul-Boncour - déposent un contre-projet au texte de Laval, mais celui-ci empêchera qu'il vienne en discussion. Et le 10 juillet, à l'Assemblée nationale, Paul-Boncour n'aura d'autre ressource que de voter contre le projet de loi constitutionnelle. Il est l'un des « 80 ». Il en deviendra le Président.

 


 

Jean-Charles BRUN (1870 -1946)

Né à Montpellier le 29 décembre 1870, Jean-Charles BRUN va se passionner pour la culture littéraire occitane ( admirateur de Frédéric Mistral il participera au mouvement Félibre) avant de s'intéresser d'une manière générale à la question régionale en France au point d'être le fondateur en 1900 de la "fédération régionaliste française" qui va exercer une influence intellectuelle importante dans le débat sur la réforme institutionnelle de la France en conséquence de l'épreuve terrible de la Première Guerre Mondiale. Profondément influencé par les idées fédéralistes et libertaires de Joseph Proudhon, on lui doit la première grande réflexion globale sur la place des régions en France mais aussi en Europe. Malheureusement, croyant que le régime du Maréchal Pétain allait mettre sincèrement en application le programme de la fédération régionaliste française après le désastre de 1940, il se compromit avec le régime de "Vichy" avant de faire son mea-culpa à la Libération.

Cette tragique erreur d'analyse du principal animateur d'un régionalisme républicain avant la Seconde Guerre Mondiale a certainement contribué à l'occultation de cette part pour le moins originale de l'histoire politique et intellectuelle de la France: l'absence de cette réflexion nous fait cruellement défaut alors qu'une pseudo- réforme territoriale "régionale" nous est proposée par un Gouvernement central qui n'assume plus son jacobinisme impécunieux face aux injonctions réformatrices de la Commission européenne gardienne du principe de ne pas dépasser 3% de déficit public en part de PIB: voilà des considérations qui nous éloignent sérieusement de l'idée de région !

Pour connaître le parcours politique passionnant de Jean-Charles BRUN, lire cette très intéressante notice de Jean-Michel GUIEU "Régionalisme et idée européenne" présentée le 23 mai 2002 à Strasbourg lors d'un colloque international consacré "au fait régional dans la construction européenne"...

GUIEU_Jean_Charles_BRUN


Sur l'histoire intellectuelle de l'idée de région en France peu de choses ont été écrites ou scientifiquement étudiées: on n'est pas loin d'avoir affaire à un véritable "impensé" de l'histoire contemporaine française...

Heureusement, on trouvera les deux articles suivants donnés par Arnaud BRENNETOT, géographe de l'université de Rouen que nous connaissons bien ici puisqu'il participe au collectif des Quinze géographes universitaires normands.

http://cybergeo.revues.org/26376

http://espacepolitique.revues.org/3150#ftn7

 

 BONNES LECTURES à TOUS !