Ce jeudi 9 avril 2015 avait lieu la première journée de l'assemblée plénière ordinaire du CRBN (Conseil Régional de Basse Normandie) dans l'enceinte de l'abbaye aux Dames de Caen, assemblée plénière présidée par Laurent Beauvais comme à l'accoutumée. A l'occasion des prises de paroles publiques des divers groupes politiques et du mot d'information préliminaire du président de région qui a toujours été normand, c'était l'occasion de ramener en direct depuis la tribune du public les derniers échos du dossier de la réunification normande pour les lecteurs de l'Etoile de Normandie.

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Un mot d'esprit a fait mouche ce matin, il était de Sophie Gaugain, chef de file de l'opposition UMP au CRBN: "la fusion dans la confusion?" Là est toute la question hélas...

Laurent BEAUVAIS ouvre la séance en faisant un point d'étape sur la fusion normande, bien entendu...

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"Il faut tout faire pour que la Normandie nouvelle soit prête en janvier 2016 avec pragmatisme, équilibre entre tous les territoires, avec efficacité pour que tout soit prêt à l'emploi dès janvier prochain car les autres régions qui n'ont pas fusionné vont continuer à travailler. La Normandie ne doit pas être en retard."

"Il faut une vision, un projet. La future Normandie ne réduit pas au match Caen vs Rouen. La Normandie doit conjuguer la mer et le littoral avec la ruralité de l'intérieur qui s'étend bien au delà du périmètre des trois principales agglomérations"

"Il y a ici un modèle de référence de coopération entre les territoires et les collectivités qui pourra être étendu à toute la Normandie"

Sur l'agenda qui excite le plus les commentateurs qui ne s'intéressent pas vraiment au dossier normand, à savoir celui de la "capitale", Laurent Beauvais a fait les déclarations précises suivantes:

1) Le préfet préfigurateur "Normandie" sera officiellement nommé à la fin du mois d'avril 2015

2) Le Gouvernement rendra publique la liste des "chef-lieux provisoires" dans les régions fusionnées avant la fin du mois de juin 2015

3) "Caen restera une ville de référence en Normandie" a déclaré Laurent Beauvais (Mais il y a tout lieu de croire que le Gouvernement a choisi Caen pour la Normandie donc pour l'installation de la future préfecture de région: réponse définitive en juin prochain donc...)

4) "Il faut éviter le clochemerle en construisant le modèle d'une capitale partagée entre Caen et Rouen avec un réseau utile à tous les territoires normands"

Ensuite Laurent Beauvais a été contraint de préciser les choses concernant la fusion régionale elle-même en interne:

"Les personnels des conseils régionaux s'inquiètent en lisant n'importe quelle annonce dans la presse"

"Il n'y aura pas de mobilité forcée"

"Il n'y aura pas de plan social: on ne pourrait faire reposer la nouvelle Normandie sur un plan social"

"Il y aura un dialogue renforcé avec les personnels"

"Arrêtons ce match stupide Caen contre Rouen!"

Laurent Beauvais devrait le dire directement à Monsieur Hutin le grand manitou de Ouest France. Peut-être que cela serait enfin plus efficace !

Concernant les personnels régionaux et leurs légitimes inquiétudes rappelons qu'il s'agit:

1° Des conditions d'harmonisation par le haut du régime indemnitaire et du traitement des carrières (la HN est plus généreuse pour les salaires mais la BN est plus dynamique pour les carrières)

2° De la nécessité ou non de créer dans le futur conseil régional de Normandie trois régimes indemnitaires différents pour les anciens Bas, les anciens Haut et pour tous les nouveaux Normands: outre le casse-tête juridique on ne fait pas l'unité régionale normande pour créer trois types de Normands !!!

3° Le périmètre précis des mobilités et la future organisation des services et directions régionales entre le pôle principal rouennais et le pôle secondaire caennais: la situation idéale serait que chaque site (abbaye aux Dames de Caen et caserne Jeanne d'Arc de Rouen) dispose d'un nombre égal de directions régionales.

4°Mais ce que craignent par dessus tout les personnels des conseils régionaux normands appelés à fusionner c'est que la nouvelle administration régionale normande adopte les méthodes peu appréciées de la gouvernance de nature autoritaire et discrétionnaire en usage à la "caserne Jeanne d'Arc" de Rouen... Le passif humain des années Le Vern (1998 - 2013) qu'on le veuille ou non, pèse lourd au point que les personnels régionaux Haut-Normands demandent aide et secours à leurs collègues Bas-Normands !

(informations de source syndicale)


 

Laurent BEAUVAIS a poursuivi son propos en évoquant les priorités de la future Normandie: "grands investissements et projets normands"

1) L'urgence ferroviaire évidemment:

"Il va falloir s'exprimer plus fortement et faire preuve d'une plus grande vigilance à l'égard de la SNCF au sujet des trains d'équilibre des territoires. Le projet proposé par la SNCF n'est pas à la hauteur" (Philippe Duron aurait tiré la sonnette d'alarme...). "Il faudra si nécessaire mobiliser les comités de ligne pour la défense les grandes lignes normandes".

2) Développer le tourisme de Mémoire: Le président Beauvais rappelle son engagement particulier sur le dossier du classement UNESCO des plages de Débarquement.

3) La loi NOTRe: Laurent Beauvais n'a pas fait mystère de son insatisfaction sur cette ambitieuse loi qui va finir en eau de boudin à la fin d'une lecture parlementaire prévue en juin prochain.

Quoi dire sur ce désolant sujet?

Alors qu'au départ, le conseil régional devait récupérer un certain nombre de compétences exclusives pour se construire un rôle de pilote stratégique des territoires, il s'avère que la répartition actuelle entre départements et régions ne va pas être bouleversée comme prévue: la fin de la clause de compétence générale est actée mais le principe de compétences partagées avec "chef-de-filat" au sein d'une conférence territoriale de l'action publique co-présidée par le préfet et le président de région risque de produire autant de confusion que la défunte clause de compétence générale. Doit-on espérer plus de Stéphane Travert, le député PS de la Manche qui a remplacé Olivier Dussopt le précédant rapporteur de cette loi devant la commission de l'Assemblée Nationale, pour éviter que cette loi ne soit totalement vidée de son contenu par le lobby départementaliste jacobin?

4) Jeux Equestres Mondiaux: le bilan est, selon Laurent Beauvais, totalement positif (il n'a pas été question de l'état toujours lamentable des pelouses des stades de football de Sartilly: la carrière n'a pas que du bon !)

5) Usines du futur: 200 chefs d'entreprises bas-normands ont répondu à l'appel de la MIRIADE, du CRBN et de la préfecture de région. La BPI a annoncé pouvoir disposer de deux milliards d'euros supplémentaires. Les entreprises normandes innovantes doivent pouvoir en profiter !

6) La gestion directe des Fonds Européens:

Sur la période 2014 / 2020 c'est un milliard d'euros d'investissements publics en Normandie. Agriculture, agroalimentaire... Laurent Beauvais a insisté sur le sauvetage des abattoirs AIM: "abattoirs qu'il faut adapter à la qualité et à la proximité. Avec la fin des quotas laitiers, c'est tout le modèle agroalimentaire qu'il faut penser autrement. Il faut un modèle normand fondé sur la qualité, la proximité et l'innovation".

7) L'héritage de la région Basse-Normandie dans la future Normandie:

Laurent Beauvais a insisté, non sans raisons, sur : "le modèle de coopération territoriale bas-normand avec les départements. Ce modèle doit être étendu à toute la Normandie afin de ne pas oublier les territoires au coeur mais aussi à la périphérie de la future Normandie. Il y a beaucoup d'inquiétudes mais aussi beaucoup d'espoir. L'attente de Normandie est forte !"


 

Réponses de la minorité UDI / UMP:

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Philippe AUGIER prend d'abord la parole pour exprimer sa forte inquiétude:

"On est de plus en plus inquiets.  On dit que les services travaillent à la fusion et c'est vrai. Mais ils n'y a qu'eux! Les élus ne sont pas réellement associés. Depuis une réunion à Caen de deux heures parfaitement inutiles avec projection d'un power-point, rien ! Il y a parait-il des groupes de travail qui sont à peine constitués et qui doivent rendre leurs travaux avant juin 2015. Avec les vacances de Pâques, les ponts du mois de Mai cela va venir vite ! Puis viendront les grandes vacances et la rentrée de septembre et ce sera déjà la campagne des élections régionales !"

"Où en est-on du diagnostic territorial exigé pourtant par le Premier ministre dans sa lettre circulaire du 18 février dernier? Quels élus y travaillent vraiment? L'opposition peut-elle vraiment s'exprimer? Qu'en est-il vraiment du processus interne d'harmonisation pour les personnels régionaux? Sera-ce vers le haut? La compatibilité entre les deux cartes jeunes sera-t-elle prête pour la rentrée scolaire de septembre 2015?"

"Quant aux projets Bas-Normands soutenus par le CPIER Vallée de la Seine, où sont-ils? L'IMEC, la Cité de la Mer de Cherbourg, peut-être la tapisserie de Bayeux et certainement le musée des marionnettes de Dives sur Mer..."

"Dans ce CPIER c'est la Haute Normandie qui se taille la part du lion" (550 millions pour la BN / 1 milliard pour la HN dixit Augier...)

"Et les routes? Le CPER haut-normand ignore, par exemple, la portion de RN 12 qui passe sur son territoire..."

"Caen se réveille enfin, c'est bien ! Mais il faut arrêter les petites batailles entre Caen et Rouen"

"Le nouveau pôle métropolitain caennais c'est bien" en justifiant la nécessité de contrer "la menace d'une grande métropole rouennaise" (sic!)

Philippe Augier ne dira pas un seul mot d'un autre pôle métropolitain, celui de l'Estuaire. L'ayant personnellement interpellé à la pause de séance sur le sujet de construire enfin un vrai pôle métropolitain en Normandie ayant la taille et la masse critique en faisant l'axe Caen- Le Havre, il m'a certifié que c'était là toujours sa volonté... J'avoue avoir eu toujours du mal avec le double discours politique. Etre, à la fois, pour et contre un clochemerle normand. C'est que je dois être un citoyen sourd et malentendant !

Philippe Augier termine son propos par une pointe d'ironie:

"Etrange procédure de désignation du chef-lieu ! Chef-lieu... Quelle expression désuète ! Le Gouvernement ne veut pas se mouiller puisque le chef-lieu sera choisi en deux temps. D'abord un chef-lieu provisoire puis un chef-lieu définitif ! Espérons que l'on choisisse la bonne ville dès le départ !"

"Mais sur cette question nous ne savons officiellement strictement rien des intentions gouvernementales"

Philippe Augier nous déçoit ! Nos limiers de l'Etoile de Normandie sont plus au fait du sujet que le maire de Deauville...


 

C'était ensuite au tour de Sophie GAUGAIN d'entrer en piste pour le groupe UMP et c'est l'oratrice qui fera la communication la plus stimulante...

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"Les cinq départements normands sont à droite: c'est l'opportunité historique et politique de faire des coopérations. La loi NOTRe n'est toujours pas votée. C'est la fusion dans la confusion. Les Normands attendent pourtant beaucoup de cette future Normandie. On ne peut plus attendre ! Il faut dès maintenant lancer un nouveau modèle et mettre de la cohérence dans le millefeuille territorial. Il faut mettre en réseau un projet territorial pour défendre un intérêt normand"

Sophie Gaugain en appelle donc clairement à la constitution d'un accord de finances et de projets "27614 + 50": on ne pourra qu'approuver ! Mais concrètement?

"Caen se réveille en faisant la promotion de son propre pôle"

Puis évoquant les divers contrats avec l'Etat concernant la Normandie (CPER BN CPER HN CPIER Vallée de Seine) qui seront discutés lors de la seconde partie de la séance plénière (vendredi 10 avril 2015), Sophie Gauguain a cette réflexion qui pourrait être valable pour conjurer toute tentation de clochemerle: "Il ne faut plus additionner les dispositifs sans les faire converger".

Cela vaut aussi pour les pôles métropolitains qui se développent comme des champignons après la pluie: c'est vrai qu'il pleut souvent en Normandie !

"Ces contrats de plan manquent d'ambition. On a perdu deux ans. Aucun fléchage spécifique des crédits en fonction d'un projet normand. Deux contrats de plan Etat-Région en Normandie au lieu d'un seul. Il y a là un manque manifeste de coordination. Le déséquilibre en faveur de la Haute Normandie est patent, et l'Etat se désengage: on est loin du principe de parité pourtant exigé par quelques grandes figures politiques lors d'un colloque Axe Seine en 2011. Rien ou si peu sur la LNPN, le CHU de Caen et le GANIL. Aucune cohérence, aucune coordination normande pour un grand plan régional numérique. Désengagement de l'Etat du pôle caennais qui est le pôle normand d'enseignement supérieure et de recherche fondamentale"

"Faible implication de la région Ile de France dans le CPIER Vallée de Seine"

Enfin, revenant au sujet de la fusion normande, Sophie Gaugain s'agace:

"On dirait qu'il y a une discussion en catimini avec l'Etat et la majorité régionale actuelle. On navigue à vue alors que dans 6 mois nous serons tous en Normandie. Je ne comprends pas cette gestion du temps. Où est le projet normand?"

Puis revenant, pour finir, sur la question des contractualisations léonines avec l'Etat, Sophie Gauguain pose la question de fond du débat public régional et de sa qualité:

"Il est inacceptable de présenter au vote en une seule délibération les CPER normands et le CPIER Vallée de Seine, un vote qui interviendrait avant que ne s'ouvre officiellement la phase de consultation publique le 13 avril 2015 pour le CPIER... Il n'y a donc pas de véritable débat public, la presse et les citoyens ne sont pas au courant des contenus et des financements. Les auditions thématiques programmées prochainement n'auront aucune utilité: elles se feront sans l'opposition."

On rappelera que l'Etoile de Normandie avait récemment publié dans son intégralité le Schéma stratégique de développement de la vallée de la Seine qui est le cadre conceptuel dans lequel les projets du CPIER  seront financés.


 

Pour la majorité régionale socialiste, Vincent LOUVET a fait une longue intervention asssez politique et plutôt soporifique dont on retiendra les éléments suivants:

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1) Modèle bas-normand de coopération territorial "à étendre à la grande Normandie" (sic !): les onze pays bas-normands, liés par un CCAD à terme relié au futur pôle métropolitain caennais.

2) "La Normandie ne doit pas être un objet politicien de division"


 

François DUFOUR  a pris notablement la parole au titre du groupe écologiste pour rappeler assez fermement quelques priorités et urgences normandes dans le domaine sensible et stratégique de l'agro-alimentaire:

Il était bien sûr question du sort des abattoirs Industriels de la Manche (Sainte Cécile) et il est revenu longuement sur le dispositif qui a permis d'éviter la catastrophe absolue dans le bassin d'emplois de Villedieu -Les Poêles ( 400 bulletins "AIM" ont d'ailleurs été comptés comme nuls aux dernières élections départementales à Villedieu et alentours). La SCOP montée par les 276 salariés restants va s'associer à la coopérative Cap 50 et la CAM Mayenne plus un opérateur venu de la Loire Atlantique: on est donc encore dans le bricolage d'une solution de type "Grand Ouest" mais on échappe au pire, à savoir ce qui avait été proposé par MM. Le Foll et Beulin.

Il a été aussi question des conséquences à anticiper dès maintenant de la fin des quotas laitiers avec un marché qui sera désormais totalement concurrentiel avec des types d'élevage totalement différents mis en compétition: il va falloir d'urgence défendre un modèle laitier normand contre les ravages à venir des fleuves de lait produits par les fermes "à mille vaches".

Enfin revenant sur le désastre financier et technologique de l'EPR de Flamanville, François DUFOUR a vigoureusement dénoncé les "300% d'augmentation de la facture de l'EPR entre 2003 et aujourd'hui". "Combien de projets utiles à la transition écologique aurait-on pu financer avec près de 9 milliards?"

Et nous d'ajouter:

C'est un projet normand global et total pour l'unité normande qu'on aurait pu financer avec les 9 milliards balancés dans le tonneau sans fond de l'EPR de Flamanville !


 

Pour conclure, on passera assez vite sur les réponses apportées par un Laurent Beauvais peu incisif pour répondre sur chaque détail ou sur chaque mise en cause: le sport politique ne l'intéresse plus, on se demande bien pourquoi...

On retiendra de sa tentative de clore provisoirement le débat cette phrase:

"La Normandie est une référence facile et forte"

Mais hélas, dans l'univers torve de la vie politique, les évidences sont tout sauf faciles et fortes...

 


 Voir aussi le compte rendu de cette plénière du CRBN dans Ouest-France (édition caennaise du 9 avril 2015) signée Xavier Oriot:

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