Fonder une identité collective et territoriale sur la pratique d'un code juridique est peut-être la meilleure et la plus solide façon de fonder une identité régionale.

Résultat de recherche d'images pour

 

 

Bien plus qu'un récit légendaire ou mythologique, bien plus que le recours "nationalitaire" devenu banal depuis le XIXe siècle romantique à la transmission d'une langue spécifique ou encore d'un patrimoine historique et culturel plus ou moins prestigieux, la fondation de l'identité normande sur le droit normand et ses principes défie le temps et s'adapte à toutes les époques: ce patrimoine immatériel au coeur du patrimoine normand,  est destiné à durer plus longtemps que les pierres des grandioses églises érigées par nos anciens ducs... à condition d'en maintenir la transmission !

Mais au delà de cette transmission culturelle, scolaire et scientifique toujours maintenue du droit normand par l'université de Caen, la pratique séculaire d'une coutume juridique, d'un droit avec ses valeurs, ses procédures, a forgé durablement une mentalité individuelle et collective dont les derniers avatars persistent jusqu'à aujourd'hui par atavisme au point que Léopold Sédar Senghor, ce grand poète Normand de coeur venu de son lointain Sénégal habiter chez nous, osa définir, dans les années 1980,  la "Normandité", pour définir les éléments d'un "caractère normand" typique...

Ainsi, lors d'une réunion publique récemment organisée à Rouen par nos amis du collectif des Quinze géographes sur l'avenir de notre Normandie réunifiée, la question suivante fut posée par une habitante de la métropole rouennaise qui laissa un peu pantois nos conférenciers:

"Quelle serait la politique du futur conseil régional de Normandie pour permettre la défense et la promotion des droits individuels?"

On ne pouvait poser une question plus "normande" que celle-ci !

En 2011, à l'occasion du 11ème centenaire de la fondation du duché de Normandie, eut lieu un grand colloque au centre international de rencontres culturelles du château de Cerisy (Manche) un colloque consacré à l'histoire et à l'actualité d'une tradition juridique normande toujours vivante et qui est l'une des racines du droit anglo-saxon moderne et d'une notable partie du droit international contemporain, rien de moins !

Lire ci-après, l'argument de présentation de ce colloque:

http://www.ccic-cerisy.asso.fr/droitnormand11.html

"Le droit normand s’est appliqué en Normandie des origines du duché, créé en 911 à la suite du Traité de Saint-Clair-sur-Epte conclu entre le roi carolingien Charles-le-Simple et Rollon, chef viking et ce jusqu’au Code Civil promulgué par Napoléon Bonaparte en 1804, code qui abroge officiellement toutes les coutumes provinciales. Parmi les sources de ce droit si spécifique à de nombreux égards, figure en premier lieu la Coutume de Normandie, coutume la plus ancienne de France. Cristallisée sous Guillaume-le-Conquérant, au XIe siècle, elle fait l’objet d’une première rédaction la fin du XIIe siècle, puis à nouveau vers 1245 dans le Grand Coutumier de Normandie. Symbole de l’identité normande, bien après le rattachement en 1204 du duché à la Couronne de France, la coutume normande présente également la singularité de s’appliquer encore de nos jours dans les îles anglo-normandes, à Jersey et Guernesey. Anciennes dépendances du duché de Normandie, ces îles furent rattachées au XIIIe siècle à l’Angleterre qui leur a permis de conserver leurs privilèges et droits ancestraux."

"Cette particularité unique en France explique qu’aujourd’hui encore, les avocats désireux de s’inscrire au barreau de Guernesey doivent d’abord suivre une formation en droit Normand qui n’est dispensée qu’à l’université de Caen. Mais quelle est l’actualité de ce droit normand de nos jours et quel rôle a-t-il joué en Normandie et dans l’archipel anglo-normand? C’est ce dont des universitaires français et anglais, ainsi que des juristes anglo-normands se proposent de débattre durant ce colloque qui s’inscrit dans le cadre de l’année de commémoration de la signature du traité de 911 qui fonda la Normandie."

Au coeur du droit normand, on trouvera le principe finalement très proche de nos préoccupations contemporaines, du respect privilégié des droits liés à la personne individuelle. En témoigne, parmi les nombreuses procédures prévues à cet effet par l'ancestrale coutume de Normandie, la célèbre procédure de "clameur de Haro" que l'on peut considérer comme l'une des toutes premières tentatives de limiter la violence faite aux biens et aux personnes ou l'abus de pouvoir arbitraire dans l'histoire occidentale...

Pour en savoir plus sur l'histoire de la "clameur de Haro", cet excellent lien vers le magazine Patrimoine Normand:

http://www.patrimoine-normand.com/index-fiche-44476.html

Cette présentation historique exhaustive de l'usage de la "clameur de haro" donne ainsi l'exemple d'un cas arrivé à Bernay en 1220 où des témoins d'une agression physique à caractère antisémite contre une personne humaine circulant sur la voie publique furent condamnés à payer une forte amende pour n'avoir pas déclenché la procédure réglementaire de "clameur de Haro" !

De même, en matière successorale, le droit normand a profondément marqué l'anthropologie individuelle et collective en Normandie au point qu'après l'arrivée du code civil napoléonien en 1804, il fallut tolérer une période transitoire jusqu'aux années 1830 dans laquelle le droit normand, en tant que droit familial est resté pratiqué... En effet, le droit normand avait tendance à faire passer l'intérêt collectif de l'héritage familial avant celui des héritiers...

Lire ci après cet article érudit proposé par la grande historienne du droit normand, Jacqueline Musset:

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/annor_0570-1600_1995_hos_26_1_6640

De même, il nous paraît pertinent d'expliquer l'origine de la célèbre formule "p'têt ben qu'oui, p'têt ben qu'non !' rendant ironiquement hommage à l'indécision légendaire des Normands au fait que le droit normand est aussi à l'origine du droit (très actuel) d'avoir un délai de réflexion avant tout engagement contractuel définitif !

Voilà qui permet de fonder sur de solides références historiques et juridiques, la très actuelle et très urgente nécessité d'organiser un débat public exhaustif, rationnel et sérieux avec toutes les parties prenantes d'un projet avant sa mise en oeuvre définitive...

http://www.lamanchelibre.fr/actualite-36634-aux-origines-du-ptet-ben-quoui-ptet-ben-qunon-.html

Aux origines du "P'têt ben qu'oui, p'têt ben qu'non !"

Aux origines du

C'est une certitude, les normands sont indécis. Mais d'où vient cette réputation ? A qui, à quoi, la doit-on ? Notre chroniqueur Charles-Henry Groult pense avoir une explication. Enfin, peut-être...

Hésitants, les Normands ?

Voilà une image qui nous colle à la peau depuis des temps reculés. Même Jean de la Fontaine l’a écrit dans une de ses fables : "Ne soyez à la cour, si vous voulez y plaire, ni fade adulateur, ni parleur trop sincère. Et tâchez quelquefois de répondre en Normand". Il semble en effet que la Normandie affectionne les réponses évasives. "Il s'y fait une grande consommation de mais et de si", écrit un auteur du XIXe siècle.

Mais est-ce toujours parce que les Normands manquent de bonne foi, de franchise ? "Les réponses évasives sont souvent justifiées par l'indiscrétion, ou même par l'inconvenance des interrogations. Personne n'est obligé de livrer ses opinions ou ses secrets au premier venu. Et puis une foule de questions ne sont pas susceptibles d'une réponse complètement affirmative ou négative".

Une loi normande ou les Vikings

Avant que les expressions "une réponse de Normand" et "p’têt ben qu’oui, p’têt ben qu’non" n’entrent dans la langue courante, les esprits taquins aimaient rappeler le proverbe suivant : "Un Normand a son dit et son dédit". L’idée est la même : les Normands seraient aussi infidèles à la parole donnée que rusés dans les affaires. D’où vient donc cette image ?

L’explication la plus répandue mentionne une ancienne loi normande donnant le droit à une personne ayant signé un marché de rectifier ou d'annuler le contrat dans les vingt-quatre heures de sa signature. Il ne nous a pas été possible de retrouver un seul document original confirmant cette curiosité, mais l’explication paraît crédible. Ce qui est aujourd’hui considéré comme un défaut de caractère serait donc né d’une coutume de justice.

Une autre hypothèse a été avancée, plus farfelue. Le préjugé remonterait au Moyen-Age, quand les Vikings terrorisaient les côtes européennes. Lorsqu’une bande de guerriers avait accepté, moyennant tribu, de laisser en paix la province où elle avait débarquée; une autre troupe la pillait sans scrupule, ne se sentant liée par aucun accord. Alors, mille ans plus tard, les Normands ont-ils gagné en constance et en droiture ? P’têt ben qu’oui, p’têt ben qu’non…

Publié par F.O le 22/06/2012 à 09h30

http://www.herodote.net/15_juin_1215-evenement-12150615.php

Enfin, certains (notamment en Angleterre) font remonter au principe de "Clamor patriae" inscrit dans la coutume de Normandie à l'époque de Guillaume Le Conquérant qui autorisait l'autodéfense des populations normandes en cas de péril d'invasion ou de faillite du pouvoir ducal et royal, l'idée de limiter l'arbitraire de tout pouvoir exécutif par un... parlement qui doit, par exemple, consentir à l'impôt: on sait que depuis la "Grande charte" concédée le 15 juin 1215 par le roi d'Angleterre Jean Sans Terre à ses barons révoltés s'inspirant directement du principe normand de "Clamor patriae", un régime parlementaire devenu, peu à peu, démocratique s'est développé en Angleterre jusqu'à aujourd'hui...

Appuyé sur les principes solides du droit normand, une identité normande pour le XXIe siècle doit revendiquer tout particulièrement une conduite non discrétionnaire, non arbitraire et anti-autoritaire de l'intérêt général.

Si l'on pouvait tirer d'un mot toutes les conséquences politiques d'une identité normande consciente d'elle-même et de son précieux héritage juridique, on pourrait dire qu'en Normandie, plus qu'ailleurs, la politique, ça se discute !

Car l'intérêt général n'y procède pas de la volonté d'un seul mais d'un collectif d'individus toujours très soucieux de leurs droits particuliers.