A Saint Martin de la Lieue au coeur du Pays d'Auge, coeur de la future Normandie, précisément à 4 kilomètres de la cathédrale de Lisieux (d'où le nom de la localité) avait lieu, à partir de 20h30, la première réunion publique proposée par les deux présidents de région socialistes sortants de Normandie: assis à la table, devant 50 personnes environ, MM Beauvais et Mayer Rossignol ainsi que Clotilde Valter, députée PS de la circonscription.

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Le thème de cette soirée inaugurale pour exposer enfin les éléments d'un projet normand au delà de la querelle sur la capitale, était celui de l'image de la Normandie et de son attractivité touristique en présence, d'ailleurs dans le public, de Jean- Louis Laville, le directeur du Comité Régional de Tourisme.

Au fond de la salle, entre deux affiches du parti socialiste, nos deux léopards d'or passent et gardent sur un fond rouge un peu plus vif...

Après les présentations d'usage faites par Clotilde Valter, Laurent Beauvais prend brièvement la parole pour rappeler la méthode suivie: la concertation et l'écoute et pour évoquer l'importance stratégique d'une image régionale positive et valorisée: la Normandie offre en ce domaine une richesse et un patrimoine exceptionnels. Il faudra néanmoins faire des choix et cibler.

Nicolas Mayer-Rossignol ensuite la parole plus longuement:

"Nous sommes en train de vivre un moment historique pour la Normandie. Nos deux régions étaient séparées depuis 60 ans. C'est un moment exceptionnel et ce que nous faisons actuellement est destiné à durer: il faut donc des réunions pour faire l'union, pour dire ce que l'on veut pour notre belle région, aller à la rencontre de tous les Normands et discuter d'un projet normand avec eux."

"Nous avons la chance d'avoir à travailler avec la notoriété normande, le nom de région le plus connu dans le monde après celui de Californie. Contrairement aux autres régions fusionnées issues de l'actuelle réforme, nous avons la chance de ne pas partir de rien, il y a déjà ici une expérience de coopération interrégionale: ce n'est pas la révolution comme ailleurs mais une évolution."

"Nous partons d'un bon bilan quant à la gestion régionale, la dette est contenue et nous sommes capables d'agir dès maintenant: demain la région Normandie sera le 1er investisseur public en partenariat avec les autres collectivités territoriales. De fait, la Normandie est la région la mieux gérée de France."

"La Normandie est un extraordinaire concentré de France de part sa diversité avec partout des atouts économiques dans tous les territoires normands. On pensera aux quatre fromages normands et aux nombreuses AOC"

"Tout l'enjeu est dans la valorisation de chaque territoire normands avec des politiques territorialisées pour valoriser les atouts locaux dans le cadre de contrats de pays pour animer et soutenir le réseau très dense des villes moyennes"

"Le tourisme, c'est de l'économie forte. La Normandie en tant que telle est déjà la 4ème région française pour les courts séjours"

"Bien évidemment, la Normandie réunifiée aura plus de visibilité à l'international. Il faudra que les Normands soient eux-mêmes les meilleurs ambassadeurs de la Normandie: il faudra donc une image régionale plus dynamique, à commencer sur les écrans de cinéma."

"La compatibilité du développement des énergies marines renouvelables avec les autres activités littorales notamment le tourisme est un vrai sujet de même qu'une Normandie et ses formidables richesses patrimoniales ne doit pas être qu'un musée ou une simple banlieue verte de Paris"

L'échange s'est ensuite poursuivi avec la salle dans une ambiance de plus en plus chaleureuse et conviviale:

Raphaël Chauvois, actuel président du CRT de Normandie rappelle quelques évidences: l'exceptionnelle notoriété normande à l'étranger, une offre touristique de qualité très diversifiée dominée néanmoins par l'offre culturelle et cultuelle (au Mont St Michel et à la basilique Ste Thérèse de Lisieux ce sont même les deux ensemble). Et d'annoncer pour juin 2015 une grande campagne de promotion des Plages du Débarquement de 1944 à Paris sur les Champs Elysées sur les thèmes de la Liberté et du savoir-vivre.

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Laurent Beauvais reprend la parole pour avouer que la politique régionale d'image est restée trop modeste en ne ciblant que l'aide aux scénarios alors que l'organisation de grands événements permet d'obtenir des retombées à très court terme mais aussi à plus long terme (NMR a d'ailleurs rendu un hommage appuyé à Laurent Beauvais pour la réussite exceptionnelle des Jeux Equestres Mondiaux de l'été 2014 organisés en Basse Normandie).

Au titre du collectif BEN j'interviens pour proposer une définition de l'identité normande puisque le thème de la soirée était celui de l'image régionale: une fois de plus j'insiste sur l'idée d'une identité régionale "existentialiste", non identitaire, non essentialiste fondée sur une contemplation du patrimoine historique, culturel et naturel de la Normandie: cette identité "non identitaire" déjà étudiée pour le compte du CRT en 2010 (cf. portrait identitaire de la Normandie) ne peut pas être un chauvinisme régional de plus. Il y a ici des valeurs qui ne pourraient pas le permettre. Sur cette base, la Normandie peut se positionner sur le créneau de la plus grande qualité possible et proposer un tourisme de la recréation de soi.

Nicolas Mayer Rossignol reprend la parole:

"Avec la perspective prochaine de la réunification, j'observe que les gens redeviennent Fiers d'être Normands: il y a sur tous les territoires normands énormément de savoir-faire mais pas ou peu de faire-savoir..."

Puis NMR ose:

"Je ne veux pas être méchant avec nos voisins bretons, mais, franchement ! avec eux on sait d'où ils viennent avec leurs drapeaux, etc...C'est parfois agaçant d'ailleurs !"

"Il faut donc une politique régionale de l'image normande coordonnée, stratégique et ambitieuse qui soit à la hauteur du potentiel énorme de la Normandie et de sa notoriété. Il y a beaucoup de célébrités normandes qui aiment leur région d'origine, on pensera à Rucquier. Il faudrait créer une assemblée des grands ambassadeurs de la Normandie ! D'autres régions françaises l'ont fait, notamment la Bretagne, il faut donc le faire !"

"Concernant les tournages de film il faut sortir de la position opportuniste: ça coûte moins cher, c'est à côté de Paris et il y a quelques beaux paysages. Il faudra une convention régionale normande pour le Cinéma à l'instar de ce qui a été fait déjà en Ile de France et en Rhône-Alpes"

"Il faut aussi davantage lier tous les atouts du territoire normand: les terroirs et le littoral. Par exemple, au Japon, à l'occasion d'une exposition sur l'Impressionnisme on peut faire découvrir aussi la gastronomie normande..."

Dans la salle, un professionnel du tourisme en Pays d'Auge rappelle quelques évidences:

"les trois premiers critères préférés des touristes c'est l'accueil, la sécurité et la qualité esthétique du site et des paysages. La Normandie pourrait progresser sur la chaleur de l'accueil mais a su préserver la beauté de ses paysages. En revanche, le pont de Normandie est paysant !"

Un autre professionnel souligne l'extraordinaire richesse patrimoniale et architecturale des terroirs normands et des petites villes normandes, malgré les grandes et irrémédiables destructions de l'été 1944. Que l'on songe par exemple qu'avant guerre on venait de toute l'Europe les pans de bois du centre ville de Lisieux et qu'aujourd'hui encore, le département du Calvados demeure le second département français pour le nombre de sites, monuments ou bâtiments classés MH après les XX arrondissements parisiens !

En revanche, le problème de la mobilité, de la piètre qualité de l'offre publique en transports collectifs (on pensera à la SNCF) est un vrai frein au développement touristique normand: la Normandie a beau être à "deux heures" de Paris, les Parisiens se concentrent sur les mêmes destinations (Deauville-Trouville) ou traversent la Normandie pour aller plus loin (la Bretagne?)

Une habitante de Lisieux prend alors la parole pour une intervention vive et haute en couleur, très applaudie qui a mis le doigt sur l'oxymore qui fait mal: "Lisieux c'est moche ! Mais on a Sainte Thérèse et sa basilique et elles sont connues dans le Monde entier ! On pourrait en faire quelque chose non?"

Le maire d'Epron (près de Caen) prend la parole pour dire que la riche diversité de l'offre normande permet de renouveler certaines images un peu "carte postale": le tourisme industriel peut être très important en Normandie en raison d'une histoire très riche et passionnante (ex: le musée Bohin près de l'Aigle) et de la présence d'entreprises "fleuron" (Guy Degrenne, tricots St James mais aussi le flaconnage de luxe dans la vallée de la Bresle)

Laurent Beauvais prend la parole pour souligner la difficulté de faire bouger les grands acteurs professionnels d'un tourisme un peu "industriel" de "tour opérators" qui vivent sur l'exploitation de destinations "clichés" en justifiant ce conservatisme par le désir de clients qui payent cher. "On a ce problème notamment au Mont Saint Michel".

Nicolas Mayer Rossignol insiste sur la nécessité de "renouveler l'image touristique de la Normandie" qui ne doit pas être qu'une destination "muséale": le tourisme industriel est une bonne piste. Il fait remarquer aussi que le professionalisme dans l'hôtellerie normande doit encore sérieusement progresser notamment dans la maîtrise de l'anglais, tout en notant que la Normandie paradoxalement ne met pas assez en valeur ou ne profite pas assez de sa proximité avec l'Angleterre et des liens historiques et culturels forts que nous avons avec cette "colonie française qui a mal tourné" (Clémenceau): il faudra se lancer dans un programme régional de coopération culturelle spécifique avec l'Angleterre (sur le modèle de la région Alsace vis-à-vis de l'Allemagne).

Puis NMR revient sur le lancinant "verrou des transports qu'il faut faire sauter": une priorité pour la future région normande mais il met en garde: "je dis ce que je fais et je fais ce que je dis." Et NMR de rappeler les uns et les autres à leurs responsabilités car l'amélioration des routes dépend des départements et de l'Etat, l'attractivité des centre-villes dépend des municipalités ou des intercommunalités. La région s'occupe du ferroviaire, des ports et aéroports.

Pour revenir sur la question de développer une image plus attractive, NMR propose de faire de façon permanente de la gare Saint Lazare à Paris (2ème guerre la plus fréquentée d'Europe au quotidien) la gare de la Normandie et des Normands avec un accueil spécifique des usagers empruntant les grandes lignes normandes.

Quelques expériences sont déjà menées sur les TER régionaux de proposer des trains aux couleurs normandes: le train de l'impressionnisme avec la gare Vernon-Giverny redécorée aux couleurs des nymphéas de Monet ou les visuels humoristiques normands d'Heula sur les voitures du Paris-Granville. A terme, on pourrait proposer ainsi un train touristique normand Paris Le Mont St Michel via le Paris- Granville et le Caen-Rennes.

La soirée s'achève autour de 22h00 dans une ambiance chaleureuse et détendue, très "normande" avec une dernière question posée par nos soins:

"Quel sera le nouveau logo de la future région?"

Esquissant un sourire, NMR répond: "La Normandie est déjà la région la mieux gérée de France! On ne va tout de même pas payer une boîte de com pour nous pondre un mauvais logo!" Et après un temps de silence, se retournant pour montrer du doigt le drapeau normand aux deux léopards accroché au mur du fond: "moi les léopards normands, ça me va très bien !"


 

Ci-après, le tract diffusé lors de cette réunion:

PS_Fiers_d__tre_Normands

PS_Fiers_d__tre_Normands_2


 

Commentaire de Florestan:

L'Etoile de Normandie rendra compte des réunions qui seront proposées, nous l'espérons prochainement, par la droite républicaine normande (UDI/UMP) mais force est de constater qu'elle nous propose pour l'instant, un clochemerle de villes (Caen vs Rouen) ou de têtes (Morin vs Guégot)