Un article récent de Paris Normandie rappelle quelques évidences géographiques et historiques: la Normandie a bien deux capitales historiques, Rouen et Caen mais il est vrai que la première est l'aînée (fondation gallo-romaine; métropole religieuse de la province ecclésiastique de Normandie et ses évêchés "suffragents"puis capitale principale du duché de Normandie: Echiquier puis Parlement de Normandie sous l'Ancien Régime) et que la seconde est la cadette (fondation médiévale par Guillaume Le Conquérant déjà dans l'idée d'équilibrer le territoire normand et surtout siège de l'Université de Normandie à partir de 1432).

Le clochemerle n'a pas lieu d'être et le patrimoine normand doit être désormais fédérateur pour RECONSTRUIRE!

  • Ce sont les messages de Patrick Gomont le maire de Bayeux et de Sébastien Lecornu maire de Vernon et président du conseil départemental de l'Eure dans les pages de Paris Normandie ce 26 mai 2015: pour Ouest-France encore atteint de clochemerlite aigüe il faudra encore patienter!

http://www.paris-normandie.fr/detail_article/articles/3249921/actualites/les-portes-dune-region#.VWS9sUajbK9

Les atouts de la Normandie : Vernon et Bayeux, deux villes aux portes de la Normandie

Bayeux présente un patrimoine médiéval préservé et soigneusement mis en valeur

À l’une, Vernon, normande par choix plus que par gravitation, des portes grandes ouvertes sur la région parisienne et sur la métropole rouennaise par l’A13 ; sur le grand port maritime du Havre par l’axe Seine. À l’autre, Bayeux, le point d’entrée aux plages du Débarquement en Normandie, dont les chiffres de fréquentation, dopés l’an passé par les commémorations du 70e anniversaire du D-Day, sont en progression constante pour titiller, hors millésime exceptionnel, les cinq millions de visiteurs.

« En 2001, deux sociétés seulement proposaient des excursions en minibus sur les sites du Débarquement. Elles sont quatorze aujourd’hui, basées à Bayeux », souligne Loïc Jamin, adjoint en charge du tourisme et de la promotion d’un patrimoine exceptionnel parce que miraculeusement épargné par les bombardements alliés pendant l’opération Overlord et les cent jours de la bataille de Normandie. Graciée quand d’autres étaient martyrisées, la ville conservait toute sa richesse architecturale, sa cathédrale et ses maisons à pans de bois entre lesquelles défilait le Général de Gaulle, le 14 juin 1944, sitôt le pied posé sur le sol français. Ce jour-là, et pour des décennies, l’Histoire braquait ses projecteurs sur la cité médiévale, où la célèbre tapisserie de la reine Mathilde conte à plus de 400 000 visiteurs par an l’épopée de Guillaume, duc de Normandie, jusqu’à la bataille d’Hastings le 14 octobre 1066. «Le bâtiment qui l’abrite, en attendant qu’on puisse lui offrir un nouvel écrin, figure en cinquième position parmi les dix premiers musées français derrière Orsay, le Louvre, l’Orangerie et le musée Rodin, se flatte Loïc Jamin, en se basant sur les relevés du site internet Trip Advisor. Il génère un chiffre d’affaires de 3,60M€ par an qui contribue, avec les entrées au musée du Débarquement et celui d’Art et d’Histoire, à verser chaque année une somme non négligeable au budget principal de la ville. Cet excédent, compris entre 800000 et 1,2M€, nous permet de modérer les impôts locaux. Pour illustrer aussi l’essor du tourisme dans la région, on peut également préciser que la taxe de séjour perçue sur le territoire de l’office de tourisme Bayeux-Bessin, est passée de 187000€ en 2007 à 410000€ l’an passé». Et 360 000 € en 2013, preuve que l’effet 70e anniversaire du D-Day n’est pas l’unique cause de cette progression.

Bayeux au fil de l’histoire

Dans le domaine économique, c’est donc bien le tourisme et les milliers d’emplois du secteur de l’hôtellerie et de la restauration, qui tire un territoire ponctué d’une myriade de petites entreprises, certaines dans des domaines de pointe - et par deux poids-lourds locaux : Lactalis Nestlé Ultra Frais sur la zone artisanale de Saint-Martin-des-Entrées, et Frial, spécialiste des plats cuisinés qui en produit 50 000 tonnes par an pour un chiffre d’affaires de 240 M€.

La proximité de l’aéroport de Caen-Carpiquet, à 21 km, et celle de la liaison transmanche Ouistreham-Portsmouth, à peine plus lointaine, ne sont évidemment pas étrangères à leur développement à l’export. De même que le ruban d’asphalte à deux fois deux voies de la RN13 et la ligne ferroviaire Paris-Cherbourg, achevée en 1858 et inaugurée par Napoléon III. « La gare de Bayeux se classe en troisième position des gares les plus fréquentées de Basse-Normandie», précise le maire, Patrick Gomont. Pour autant, de la même façon que le trafic sur la RN13 est sans commune mesure avec celui de l’A13, elle ne saurait rivaliser avec celle de Vernon, qui accueille matin et soir 3 000 navetteurs vers Paris, en plus des milliers de passagers moins réguliers en partance pour Rouen ou pour la Capitale.

« Les échanges entre Rouen, Vernon et Paris sont extrêmement importants. Mais nous avons réussi à éviter le schéma d’une cité-dortoir», souligne Vincent Courtois, président du GIRV, le Groupement Interprofessionnel de la Région de Vernon, qui rassemble 140 entreprises sur le bassin économique de la Communauté d’Agglomération des Portes de l’Eure. Sur ce territoire de 41 communes pour 60 000 habitants dans 26 000 foyers, le GIRV représente environ 8 800 emplois dans quasiment tous les secteurs d’activité, dont bien sûr l’aéronautique avec la division « moteurs spatiaux » du groupe Safran-Snecma.

A la pointe de la technologie

C’est le domaine du moteur cryotechnique Vulcain, de Vinci, mais aussi l’un des sites français d’UTC Aerospace Systems, qui propulsent l’activité économique dans les plus hautes sphères. C’est le domaine de Plastic Omnium, de Rowenta, et de bien d’autres entreprises de l’automobile, de la chimie, de la mécanique et de l’emballage, « sans oublier le bâtiment, dit Vincent Courtois, avec de nombreuses sociétés qui interviennent à Paris et en région parisienne mais ont choisi, pour des raisons financières et pratiques, d’installer leur siège social à Vernon». « Et l’on dispose encore de foncier, de locaux immédiatement disponibles!» s’enthousiasme le président du GIRV, évoquant « un potentiel très important» à moins d’une heure d’un territoire qui concentre à lui seul un tiers du PIB national.

Bien placé entre le Grand Paris et la Normandie, ce potentiel n’a pas échappé aux promoteurs du village des marques Mc Arthur Glen à Douains, qui viennent d’obtenir le feu vert de la Commission nationale d’aménagement commercial. Le projet de reconversion de l’ancien site du L.R.B.A. (Laboratoire de recherches balistiques et aérodynamiques) en campus technologique, suscite également d’importants espoirs de développement.

Cela, à un jet de pierre de Giverny, du musée des Impressionnismes, de la maison et des jardins de Claude Monet : un « spot » touristique parmi les plus fréquentés du pays où les Américains, comme ils le font à Bayeux, continuent de débarquer.

Franck Boitelle

f.boitelle@presse-normande.com

les chiffres de l’insee:

13511 habitants, dont 8369 entre 15 et 64 ans.
11,5% pour le taux de natalité, 11,9% pour le taux de mortalité.
7247 logements, dont 172 résidences secondaires.
8369 actifs et un 10% de taux de chômage.
21,9% des actifs sont des ouvriers, 16,7% des emplois, 11,5% des professions intermédiaires et 10,5% des cadres et professions intellectuelles supérieures.
10,2% des actifs ont un diplôme de l’enseignement supérieur long.

l’incontournable

La tapisserie, évidemment

Au pays de la dentelle - il y eut plus de 15 000 dentellières dans l’arrondissement au milieu du XIXe siècle - il faut visiter la tapisserie de Bayeux, qui est en fait une broderie de laine sur une toile de lin de près de 70 mètres de long pour 50 centimètres de hauteur. Elle a été confectionnée au XIe siècle, entre 1066 et 1082, probablement sur commande d’Odon de Bayeux, demi-frère de Guillaume le Conquérant, afin d’exalter l’épopée de ce dernier à la conquête de l’Angleterre. Considérée pour certaines scènes comme une œuvre de propagande, elle fournit toutefois de précieux renseignements sur l’époque.

l’incontournable

Bienvenue chez Claude Monet

L’artiste y a vécu plus de quarante ans, jusqu’à sa mort en 1926. A Giverny, Claude Monet a conçu ses jardins comme de véritables tableaux, et ils le lui ont bien rendu en lui inspirant quelques-unes de ses plus belles toiles. Outre le Clos normand et ses parterres de fleurs, le Jardin d’Eau avec son fameux pont japonais peint en vert et ses nymphéas, la maison où l’artiste vécut avec sa famille se visite aussi. On y découvre sa collection d’estampes japonaises, ainsi que son salon-atelier. La fondation Claude Monet est ouverte tous les jours de 9 h 30 à 18 h 00, jusqu’au 1er novembre inclus. Tarif adulte : 9,50 €.

« Une nouvelle dynamique à inventer »

Patrick Gomont est le maire (DVD) de Bayeux, qui concentre une forte activité touristique, principale ressource génératrice d’emplois dans un large périmètre.

 

Que représente Bayeux, aujourd’hui, dans le paysage bas-normand?

« Je pense que Bayeux a une place incontournable, de par l’Histoire d’abord, comme première ville libérée par les alliés puis visitée par le Général De Gaulle. C’est aussi un patrimoine complètement préservé et un secteur touristique énorme, avec une clientèle internationale extrêmement importante qui vient découvrir les plages du Débarquement, mais aussi la cathédrale, les hôtels particuliers du XVIIIe siècle et la célèbre tapisserie. Pour toutes ces raisons, la ville est un écrin pour lequel nous avons investi régulièrement, et où il fait bon vivre ».

Et sur le plan économique?

« Nos deux principales entités, Lactalis et Frial, se développent à l’export, notamment en direction de l’Angleterre pour la première avec la production de desserts lactés. Frial, pour sa part, comme spécialiste des plats cuisinés surgelés, est également tournée vers les États-Unis et les pays émergents. Mais le tissu local comporte un grand nombre de PME et PMI qui font des choses assez extraordinaires, fabriquent des monnayeurs, des systèmes de péage, ou travaillent pour l’aéronautique, l’armement ou pour la cancérologie ».

Qu’attendez-vous de la grande Normandie?

« Je considère que c’est une chance pour nous parce que le nom est connu dans le monde entier et que la réunification ne pourra que contribuer à son rayonnement, avec un impact sur cette activité touristique qui est aussi importante pour nous. En outre le Ceser (N.D.L.R. : Conseil économique, social et environnemental régional) a fait une étude montrant que les villes moyennes de la région ont et auront un rôle primordial à jouer. Elles l’avaient d’ailleurs bien compris en se regroupant depuis une vingtaine d’années au sein d’une association - le G7- qui entend défendre des valeurs communes et prouver qu’elles ont une capacité à créer une vraie dynamique. Ce qui est vrai aujourd’hui en Basse-Normandie le sera demain dans la Normandie réunifiée. Mais il y aura une nouvelle dynamique à inventer ».

Quels liens avec Caen? Avec Rouen?

« Avec Rouen, ils n’existent pas à ce jour et ne demandent donc qu’à se développer. Ce pourrait être le cas avec la création de notre centre d’interprétation d’histoire médiévale, que nous pourrions rapprocher de l’Historial Jeanne d’Arc. Avec Caen, nous sommes évidemment très intéressés par le développement de l’aéroport de Carpiquet, par le maintien de la desserte ferroviaire, ainsi que par la volonté de créer un pôle métropolitain et de porter une stratégie commune dans de nombreux domaines. Par exemple dans le secteur médical. Mais aussi pour la carte scolaire avec la répartition des lycées dans notre région. Ou encore dans le domaine culturel avec la DRAC. Dans cette nouvelle organisation, il faut que Caen soit la locomotive ou le wagon de tête, et que des villes comme Bayeux soient immédiatement derrière, pour tirer vers l’avenir l’ensemble de la Normandie ».

« Plus qu’une porte de la Normandie »

Pour Sébastien Lecornu, maire UMP de Vernon et président du Département de l’Eure, Vernon doit être une porte de la Normandie qui ne soit pas seulement un lieu de passage.

 

Quelle est aujourd’hui la place de Vernon en Haute-Normandie?

« Notre région est caractérisée par un fleuve, la Seine, comme un câble tendu entre Paris et son port naturel, Le Havre, qui trouve un premier relais important à Vernon, un deuxième à Val-de-Reuil, puis bien sûr dans la métropole rouennaise. Nous avons donc un important rôle à jouer dans le développement de la vallée de la Seine et l’axe Seine. En matière de tourisme aussi, par exemple de tourisme fluvial, on s’aperçoit que la première escale des croisiéristes est Vernon, parce que Giverny, et que la seconde est naturellement Rouen. Dans le domaine économique, toute une filière s’est structurée autour de l’aérospatiale, de l’aéronautique et de nombreux pôles d’excellence. Ainsi, Vernon apparaît sur de nombreuses thématiques comme un pôle majeur de Haute-Normandie, non par le nombre de ses habitants, mais pour des raisons liées à son histoire et à son économie ».

Et demain?

« Demain ce sera l’addition de deux choses : Vernon-sur-Seine dont je viens de parler, et Vernon porte de la grande Normandie traversée par tous les axes de communication vers Caen, Cherbourg Rouen et Le Havre. L’enjeu pour moi, en tant que maire et président du département, est donc de faire que la ville ne soit pas seulement un lieu de passage, mais un site porteur d’avenir, d’emploi et de développement économique. C’est ce que j’essaie de faire avec la requalification du site du L.R.B.A. en campus technologique, et en accompagnant tous les grands projets structurants pour le territoire, tel le projet Eole qui est la prolongation de la ligne du RER E jusqu’à Mantes-la-Jolie. Ces projets trouveront naturellement leur écho dans la grande Normandie ».

Oui, mais aussi proche de Mantes et de la région parisienne, Vernon se sent-elle vraiment normande?

« La question mérite effectivement d’être posée. À vrai dire, elle est complexe. Vernon est en Normandie, Vernon est normande mais les Vernonnais ne le sont pas tous. Trois mille personnes prennent le train tous les jours pour aller travailler à Paris. Par ailleurs six mille habitants occupent un logement en zone urbaine sensible, et l’on recense plusieurs dizaines de nationalités différentes... Il y a donc un brassage de population qui fait que si Vernon possède une vraie identité normande, comme son patrimoine et son urbanisme le rappellent, elle est aussi un peu plus que ça ».

Quelles synergies, aujourd’hui et demain avec Rouen, avec Caen?

« Si on laissait faire la nature, la géographie, on aurait plus de choses à comparer et à mettre en commun avec Mantes, qui n’est pas en Normandie. Mais des partenariats se développent aujourd’hui avec Évreux, et il existe aussi des coopérations naturelles avec Rouen. Après, on ne peut pas dire que les élus rouennais aient montré un réel intérêt pour l’Eure en général et Vernon en particulier. Cela va peut-être changer, car il y a maintenant des gens, notamment dans le secteur économique en Haute comme en Basse Normandie, qui s’intéressent à ce que nous faisons ».


 

Commentaire de Florestan:

Bayeux est devenue une perle car les autres perles normandes ont été détruites ou sérieusement amochées en 1944. Quant à Vernon, la question est de choisir entre être le paillasson de la puissante région parisienne voisine ou être la porte d'entrée de la Normandie: heureusement, contrairement à un maire bas-normand abonné à Ouest-France ne jurant que par Le Mans ou la Bretagne, le jeune maire de Vernon a choisi la Normandie ouf ! Quant à Rouen, une fois encore, ce qui plaide principalement contre d'en faire la capitale régionale normande unique c'est que l'égoïsme paresseux et localiste qui a régné si longtemps à Rouen n'a pas permis d'y développer une culture de gouvernance digne d'un vrai rayonnement territorial...

 


 

 

http://www.paris-normandie.fr/detail_article/articles/3237239/actualites+politique/le-chiffre-3-192-c-est-en-2012-la-difference-de-population-entre-caen-et-rouen-au-profit-de-cette-derniere-si-les-populations-intra-muros-sont-au#.VWSp9UajbK8

À travers les siècles la Normandie, Rouen a toujours affiché sa suprématie sur Caen. Chronologie d’une domination régionale.

Publié le 23/05/2015 á 23H22

À travers les siècles la Normandie, Rouen a toujours affiché sa suprématie sur Caen. Chronologie d’une domination régionale.

 

 

«Si c’était à refaire, je ne ferais qu’une seule Normandie.» Interrogé en 2004, près de cinquante ans après la création administrative des deux Normandie, Serge Antoine, l’un des hauts fonctionnaires chargé du découpage des régions, fait cet aveu. Il est vrai que dans quelques mois, quand la Haute et le Basse ne feront plus qu’une, la région retrouvera, à quelques détails près, ses contours du XIe siècle. «En 911, la Normandie, c’est Rouen. On ne parle d’ailleurs pas de duc de Normandie, mais de comte de Rouen. Rollon n’a jamais été duc de Normandie,» souligne l’historien rouennais Henry Decaëns. En 924, les Vikings progressent vers l’Ouest, vers Caen et Bayeux, puis un peu plus tard, en 933, Coutances et Avranches. Guillaume-le-Conquérant boucle la région en s’emparant du Domfrontais en 1050. Depuis, les frontières de la région n’ont pas bougé ou presque. Pourtant, en 1956, quand se profile la décentralisation, ce sont bien deux petites Normandie qui sont créées. La Haute, spécialisée dans l’industrie lourde, automobile et portuaire, la Basse, agricole puis nucléaire...

À travers les siècles, Rouen a toujours endossé le statut de capitale. Ce n’est pas un hasard. Sous les Romains, elle «est la capitale de la Seconde lyonnaise, une province qui va du Pas-de-Calais à la Loire,» rappelle Guy Pessiot, historien mais aussi adjoint au maire de Rouen. Caen n’est alors qu’un gros bourg. «Au Moyen Âge, Rouen est la capitale ecclésiastique, Caen n’a même pas d’évêque - il est à Bayeux - et l’archevêque de Rouen est toujours aujourd’hui le primat de Normandie» souligne Henry Decaëns.

Siège de l’Échiquier, puis du parlement

« Elle est aussi la capitale politique, même si le duc de Normandie ne cesse de se déplacer. On compte en effet seize résidences ducales reparties sur tout le territoire normand. Notamment à Rouen, à Caen, à Eu où se marient Guillaume et Mathilde...» Guillaume fait construire à Caen deux abbayes, celle aux Hommes et celle aux Dames. Il est inhumé dans la première, sa femme Mathilde dans la seconde. «En conflit avec l’archevêque de Rouen, Guillaume règne plus volontiers à Caen qu’à Rouen», reconnaît Guy Pessiot.

Rouen est en effet le siège de l’Échiquier, une Cour de Justice où se réunissent ponctuellement les Grands du royaume. A commencer par les ecclésiastiques. «Du coup, les abbés ont une résidence dans la ville où ils viennent siéger de temps à autre. L’abbé du Mont-Saint-Michel a une résidence près de l’emplacement actuel de la place du Vieux-Marché, près de l’église Saint-Michel aujourd’hui disparue. L’abbé du Bec-Hellouin a son pied à terre, lui, rue du Bec.»

Et c’est l’archevêque de Rouen, Georges d’Amboise, qui souffle à Louis XII l’idée que l’Échiquier devienne une cour permanente... à Rouen. On construit alors le bâtiment qui deviendra Parlement de Normandie, et aujourd’hui le palais de Justice. Le Parlement de Rouen comprenait dans son ressort les sept grands bailliages de Normandie de Rouen à Caen en passant par Alençon ou Les Andelys. «Ce qui fait de Rouen la capitale incontestée de la Normandie jusqu’à la Révolution», insiste Guy Pessiot.

À cette époque, Rouen est au plan démographique et économique la 2e ville du royaume. En 1560, on y compte entre 80 000 et 100 000 habitants. Le double qu’au début du même siècle. À titre de comparaison, Caen compte 13 000 habitants en 1 600. Une ville bien moins peuplée où pourtant le duc de Bedford, oncle de Henry VI et régent d’Angleterre, fonde en 1432 l’université de Normandie. La ville est alors sous domination anglaise depuis une quinzaine d’années. Il faudra attendre plus de cinq siècles, 1967, pour que soit créée l’université de Rouen, et encore quelques années, 1984 pour une l’université havraise. Ce n’est pas un hasard si c’est le recteur de Caen qui va chapeauter la fusion des deux académies...

Olivier Cassiau


 

Commentaire de Florestan:

Deux capitales donc, l'aînée incontestable mais aussi la cadette toute aussi incontestable sachant que ces 40 dernières années la seconde a eu à jouer plus que la première un vrai rôle de capitale territoriale car la HN était une trop petite région face à la puissante région parisienne au point que Rouen ne fut pas retenue en 1965 sur la liste des grandes métropoles régionales d'équilibre pour être à terme englobée dans une extension de Paris vers la mer (plan Delouvrier repris récemment par Grumbach): autant signer l'arrêt de mort de Rouen mais aussi de la Normandie ! La capitale "fédérative" Caen-Rouen-Le Havre est donc la seule solution!