Une bonne conférence internationale pour nous sauver du désastre annoncé du changement climatique sera-t-elle suffisante pour ne pas voir le désastre à venir de la réforme régionale?

C'est ce qui semble présider à certains arbitrages dans les priorités de l'agenda officiel du Gouvernement... Si l'on s'en tient (hélas) aux seules considérations politiciennes, la COP 21 de Paris de la fin du mois de décembre 2015 a un double objectif:

1) Faire croire à la planète entière que François Hollande sera le Père Noël vert

2) Escamoter derrière un beau sapin vert, le désastre électoral déjà anticipé par les responsables socialistes aux élections régionales

Voilà pour le premier désastre concernant la réforme territoriale. Mais il se pourrait qu'après les élections régionales, et à l'occasion de la mise en oeuvre concrète d'une réforme régionale sans véritables régions (sauf en Normandie!), nous ayons un nouveau désastre, juridique celui-là, à charge, comme d'habitude, pour une prochaine majorité présidentielle d'ici 2017 de récupérer la patate chaude !

CONCRETEMENT:

Nous n'avons aucune garantie que l'actuelle carte à 13 régions (un chiffre qui porte bonheur ou la poisse, c'est selon...) qui vient d'être votée le 16 janvier 2015, soit définitive !

En effet, Nicolas Sarkozy a fait savoir que s'il revenait à l'Elysée en 2017, la réforme territoriale en cours serait remise "à plat", comme la sienne (le conseiller territorial voté en 2010)  le fut en 2012 par l'actuelle majorité socialiste.

Mais il se pourrait que la sempiternelle partie de ping-pong "gauche / droite" ne se complique avec la menace qui se précise d'un boycott institutionnel (par exemple, le refus d'organiser les élections régionales dans sa commune) et de contestation juridique qui monte dans l'Est de la France du côté de l'Alsace ou de la Franche Comté (qui ne se voit pas pour autant retourner aux temps bourguignons d'avant Louis XI...).

L'affaire est sérieuse: il s'agit d'exiger devant le Conseil d'Etat le respect de la charte européenne de l'autonomie locale que la France a pourtant ratifiée car le Gouvernement a décidé du changement des périmètres des collectivités territoriales régionales sans avoir consulté directement les habitants concernés comme le stipule ladite charte.

On peut, néanmoins, objecter que ce sont les représentants nationaux du peuple français qui ont décidé de faire 13 régions au lieu de 22. Mais on peut aussi rappeler qu'en 1956, l'Etat central n'a pas consulté les citoyens normands pour diviser la Normandie en deux... Même chose pour sa réunification en 2014.

On peut surtout comprendre le désarroi actuel de nos amis régionalistes alsaciens face à la perspective scandaleuse et inacceptable de voir disparaître l'Alsace en tant que collectivité territoriale, faisant ainsi de la Normandie la seule région-province de France.

Ne parlons même pas de la frustration bretonne sur la Loire Atlantique: la démarche juridique des Alsaciens utilisant la charte des autonomies locales ne pourrait qu'intéresser nos amis Bretons, si ce n'est déjà fait !

On peut donc s'attendre à ce que la carte régionale française bouge encore après 2017. Il faut donc tout faire pour qu'elle bouge dans le sens d'un véritable respect de l'idée de région en France. (SIGNEZ LA PETITION SVP !)

Il faut donc réussir la réunification normande et en faire le dossier régional exemplaire: face à tant d'incertitudes, il nous paraît urgent de rester très vigilant sur l'acquis historique de la réunification normande.

Les évidences géo-historiques, un certain nombre d'élus, de décideurs publics ou privés, s'en foutent ! Faute de la culture générale nécessaire...

Et quand du côté de Rouen, dans certains milieux économiques et politiques grenouillent encore quelques partisans "séquaniens" souhaitant l'absorption définitive de la vallée de Seine normande dans une grande région parisienne, de Paris au Havre, remisant ainsi la belle idée d'unité normande toute renaissante dans les poubelles de l'Histoire, il y a tout lieu d'être inquiet!


 

  • Maître Etienne Tête, l'avocat qui ose tenir tête à Manuel Valls:

 

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(source: L'Est Républicain, 16 mars 2015)

  • La carte régionale française pourrait encore bouger après 2017:  les propositions de l'énarque Eric Giuily dans les pages de Ouest-France qui ne consoleront pas les Alsaciens, mécontenteront les Auvergnats, les Gascons mais surtout... les Bretons ! Décidement! ils n'ont toujours pas compris qu'on ne pouvait pas faire une réforme régionale sans... vraies régions ! L'allusion de Ouest France à un "fédéralisme à la française trop technique" en devient presque amusante ! Alors qu'il faut effectivement en finir avec l'idée absurde d'une France "au carré" en acceptant le pluralisme institutionnel et territorial respectueux des évidences géo-historiques...

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EPILOGUE (provisoire): vers la guerre des deux chartes ?

L'initiative de Maître Tête sur la charte européenne des autonomies locales a, semble-t-il, stimulé le talent tacticien de François Hollande... En effet, le président de la République a annoncé le 4 juin 2015 que le parlement devra se réunir en congrès à Versailles avant la fin de l'année 2015, afin de modifier la constitution pour enfin permettre la ratification de la charte européenne des langues régionales... Histoire d'honorer l'une des 60 promesses d'un certain candidat Hollande en 2012.

La manoeuvre consiste, bien entendu, à tenter d'amadouer les régionalistes Bretons, Alsaciens, Basques ou Corses, histoire de leur rappeler qu'ils ont droit à la province culturelle, patrimoniale, identitaire... mais surtout pas à la région administrative et politique, sachant que la Normandie sera la seule à bénéficier du privilège de pouvoir expérimenter les deux (il est vrai qu'un régionaliste normand n'a jamais cru bon ou utile de poser une bombe...)

http://www.lemonde.fr/politique/article/2015/06/04/vers-un-projet-de-loi-constitutionnelle-pour-ratifier-la-charte-des-langues-regionales_4647527_823448.html

Si cette ratification de la charte européenne des langues régionales et minoritaires intervient en pleine campagne pour les élections régionales, cela pourrait contribuer à éviter la nationalisation excessive du scrutin et ouvrir ainsi une fenêtre médiatique pour qu'enfin soient présentés aux citoyens-habitants les vrais enjeux régionaux.

Mais, du côté de l'Alsace, la Franche -Comté voire de la Bretagne cela rique d'être aussi charte contre charte !