Article grand angle dans Paris-Normandie, pour embrasser largement la vue du cap de la Hève jusqu'au cap de la Hague ! Paris-Normandie poursuit sa série très intéressante de comparaison entre les villes normandes. Après les deux "ponts" (Pont L'Evêque et Pont Audemer) voici maintenant deux ports: Le Havre et Cherbourg ! Voilà qui nous change du match sempiternel entre les deux "capitales" !


 

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Les atouts de la Normandie : Le Havre et Cherbourg, deux portes sur le monde

Les atouts de la Normandie : Le Havre et Cherbourg, deux portes sur le monde

Le Havre

Les atouts de la Normandie : Le Havre et Cherbourg, deux portes sur le monde

Cherbourg

LeHavre en Seine-Maritime, Cherbourg-Octeville dans la Manche : deux villes construites là où se finit la terre. Deux ports qui riment au passé, au présent et au futur avec mer. Marquées par l’histoire des compagnies transatlantiques, meurtries par les bombardements de la Seconde Guerre mondiale et locomotives industrielles régionales, elles s’adaptent aux défis du XXIe siècle. Sans renier leur passé. Du Havre, c’est la puissance maritime avec son port à conteneurs - le premier de France - que l’on retient. Un complexe industrialo-portuaire de premier plan qui mobilise 35 000 emplois salariés autour des navires, marchandises, infrastructures et régulation des activités. Le regroupement « industries et services » représente quelque 17 300 emplois. L’aire d’influence s’étend sur un rayon d’une cinquantaine de kilomètres. La richesse dégagée par l’ensemble est mesurée en 2009 à près de 3,7 milliards d’euros, soit un huitième de la richesse produite en Haute-Normandie selon l’INSEE.

Le temps glorieux des transatlantiques

«Ce n’était pas la seule industrie duHavre, mais pendant 150 ans la ville a connu une activité soutenue via les bateaux postes et les Amérique. Ces migrants, ces passagers et ces ouvriers portuaires ont contribué à la richesse de la ville. Entre les deux guerres, les plus gros employeurs étaient là. Il y a eu des bateaux symboliques: Le Normandie, le France. Ils portaient une fierté nationale. Puis, il y a eu une passation de témoins vers le port à conteneurs», résume Clémence Ducroix, secrétaire général de l’association French Lines du Havre. Le rugby, le jazz, le rock sont ainsi arrivés en France par Le Havre.

Les compagnies étrangères étaient réservées à Cherbourg qui connu aussi ses heures de gloires. Avant de sombrer lors de son voyage inaugural, le Titanic y a fait escale en rade pour embarquer 281 passagers. Mais Cherbourg reste marqué par un passé militaire et un port situé au cœur de la plus grande rade artificielle d’Europe, incroyable réalisation architecturale du XVIIe et XVIIIe siècle de 1 500 hectares. Plaisance, pêche, croisière : trois ports qui, comme au Havre, rythment de jour comme de nuit la ville. Mais c’est la construction des sous-marins - décrétée à la fin du XIXe siècle - et son statut de base navale qui ont fait l’histoire de la cité jusqu’à la tragédie de Karachi, l’attentat-suicide du 8 mai 2002 au Pakistan qui a provoqué la mort de 14 personnes, dont 11 employés français de la Direction des constructions navales (DCN), à Cherbourg. Dans les années soixante-dix, l’usine de retraitement de la Hague et la centrale nucléaire de Flamanville conforteront l’économie locale.

Aujourd’hui, Cherbourg-Octeville voit grand afin de jouer tout son rôle au sein de ce bassin intérieur de la Manche. Le 26 mai, Benoît Arrivé, le président PS de la communauté urbaine de Cherbourg (CUC), a annoncé le projet de fusion des cinq communes au 1er janvier 2016. Cherbourg, avec 80 000 habitants, deviendrait l’une des cinq villes importantes de la Normandie. Ce développement passe aussi par une amélioration des lignes ferroviaires, le cordon ombilical avec la capitale : «La ligne nouvelle Paris-Normandie permettra de se déconnecter des trains de banlieue des Franciliens. Il faut un matériel roulant qui ne soit plus de deuxième classe et de relégation et une qualité de service avec le cadencement. Il y a des choses à améliorer», résume Jean-Michel Houllegatte. «En attendant des travaux prévus d’ici longtemps, il faut vivre avec. La ligne duHavre a été construite au XIXe et électrifiée sous le général de Gaulle. Il y a beaucoup de travaux à réaliser, une qualité de service dégradée, des retards récurrents... Les Intercités n’ont pas le confort que l’on peut attendre et des inquiétudes pèsent car dans le rapport Duron - là où curieusement Caen est bien traité - le tronçon entre LeHavre et Rouen est attaqué car on parle de suppression de trains. Il y a quelque chose d’extravagant à faire baisser la qualité du service au point que les gens prennent leur voiture et qu’on dise après il n’y a plus personne: donc on ne fait plus de train...», remarque Édouard Philippe. Un paradoxe dans l’une des plus grandes régions touristiques de France alors que Le Havre comme Cherbourg ont réussi leur pari de devenir des acteurs de premier ordre dans la région.

Un patrimoine qui change tout

Rasé à la fin de la Seconde Guerre mondiale, reconstruit par Auguste Perret, Le Havre a obtenu il y a dix ans son classement au patrimoine mondial de l’Unesco. Vincent Duteurtre, directeur des bâtiments de la ville, fut l’un des architectes de cette réussite. «L’image de la ville à l’architecture soviétique a été balayée. Ce fut un coup de projecteur énorme, il y a une prise de conscience de l’intérêt de cette ville. Fini LeHavre industriel et communiste, c’était devenu «Manhattan-sur-Mer»... La ville n’a pas changé mais le regard si! Notamment sur cette image de béton et de médiocrité.» Dix ans plus tard, Le Havre accueille annuellement 950 000 visiteurs, dont 250 000 venus en bateaux de croisière.

Cherbourg s’est réapproprié la mer à travers une cité construite sur les ruines de la gare maritime Art déco. «J’ai mis dix ans à la construire, se souvient Bernard Cauvin, le président de la Cité de la mer. Un patrimoine lié à notre histoire avec la Cunard et les autres compagnies étrangères. LeHavre avait la CGM. Nous, c’était le Queen Mary I, le Queen Élizabeth I et les voyages Cherbourg-New York.» Treize ans et trois millions de visiteurs plus tard [dont 60 % ne sont pas Bas-Normands N.D.L.R.], la Cité de la mer ambitionne de devenir le Centre européen d’éducation à la mer. «Les retombées économiques pour la ville et la presqu’île du Cotentin sont énormes. C’est un projet identitaire, économique et porteur d’avenir. Cherbourg, grand port d’escales, avait perdu de son prestige. Avant, on ne parlait que de Cherbourg pour sa météo ou ses convois de déchets nucléaires. Désormais, on parle différemment de ce grand port au bout d’une presqu’île. Un port qui a trop longtemps été tourné vers l’hinterland, ses terres intérieures, et qui désormais retrouve sa vraie identité.»

Alain Lemarchand

a.lemarchand@presse-normande.com

Les chiffres de l’insee
174156 habitants, dont 77 360 entre 15 et 64 ans.
1,4% pour le taux de natalité, 0,9% pour le taux de mortalité.
89 120 logements, dont 1017 résidences secondaires.
111953 actifs et un 19,1% de taux de chômage.
31,4% sont des employés, 27,2% des emplois intermédiaires, 24,2% des ouvriers et 13,1% des cadres et professions intellectuelles supérieures.
9,1% des actifs ont un diplôme de l’enseignement supérieur long.

L’incontournable

La plage et ses cabanes

Alors bien sûr, il y a le Volcan construit par Oscar Niemeyer ou la ville classée au patrimoine mondial. Mais il y a surtout la plage qui rappelle que Le Havre a été et reste une station balnéaire de premier ordre. Au rythme des marées et des saisons - ventée l’hiver, ensoleillée l’été - elle l’un des poumons de cette porte Océane tournée vers la mer. Certainement l’un des seules plages françaises où il est possible d’admirer à quelques encablures des transats les allées et venues des vraquiers, plaisanciers, caboteurs, porte-conteneurs ou paquebots... Tout en bronzant ou sirotant un drink le long du plus beau front de mer de la Seine-Maritime.

L’incontournable

La Cité de la mer

Dédié à l’océan profond et sa conquête, le musée océanographique a déjà ravi plus de 3 millions de visiteurs treize ans après son ouverture. C’est dans l’ancienne Gare Maritime Transatlantique, splendide bâtiment Art déco, que la Cité de la Mer permet de découvrir la fantastique aventure de l’homme à la conquête des grands fonds. L’incontournable des lieux est le Redoutable, un sous-marin nucléaire exposé dans le musée. Avec son musée océanographique, également parc pour enfants, c’est un lieu très prisé des adultes et qui a redonné un élan économique à Cherbourg.

« Nous sommes en position centrale »

Édouard Philippe (Les Républicains), 45 ans, né à Rouen, est député de la 7e circonscription de la Seine-Maritime, maire duHavre et président de la communauté de l’agglomération havraise. Il a succédé à Antoine Rufenacht en 2010 après sa démission, avant d’être élu en 2014.

 

Comment se situe LeHavre dans la région?

« Le Havre est la plus grande ville de Normandie par le nombre d’habitants, 175 000, beaucoup plus que Rouen ou Caen. C’est la deuxième agglomération de la région après Rouen, 250 000 habitants. C’est le premier port français pour le commerce extérieur et c’est une zone industrialo-portuaire qui emploie 35 000 salariés et qui est donc le plus puissant poumon de l’économie normande. La ville est inscrite au patrimoine mondial, nous développons une politique touristique qui commence à bien fonctionner. La réunification des deux Normandie a un impact intéressant pour Le Havre : lorsqu’il n’y avait que la Haute-Normandie, nous étions complètement à l’ouest. Dans une Normandie réunifiée, notre position géographique devient bien plus centrale en étant à équidistance de Rouen et Caen. Si le centre de la Normandie réunifiée est Lisieux, cela veut dire que dans l’estuaire de la Seine, de Fécamp à Lisieux, on se retrouve beaucoup plus central. Ce qui est évidemment une bonne chose ».

Quel sera le rôle économique duHavre avec la réunification?

« Une ville portuaire et industrielle qui va le rester en assortissant le développement économique et portuaire avec du tourisme et loisirs comme le nautisme, une activité de loisirs qui peut donner lieu a beaucoup de création de richesse et une intégration des activités de services moins présentes mais qui existent, comme l’assurance et le service portuaire. Nous avons de grands défis dans cette ville pauvre, où les difficultés économiques ont rendu la vie parfois plus difficile qu’ailleurs. Elle a aussi un potentiel extraordinaire : c’est le grand port de Paris qui doit aussi être celui de la France et de l’Europe centrale. Il y a aussi un terreau de main-d’œuvre. Le Havre est un endroit où l’on crée des structures industrielles comme Areva, Lubrizol, l’entreprise qui créé du carburant à partir de graisse animal Estener. Il y aura dans les prochains mois des annonces de création, de développement logistique ou industriel. Renault a recommencé à embaucher, Aircelle continue d’embaucher et de se développer. Cela ne veut pas dire que tout va bien et que le chômage n’est pas élevé mais il y a des pépites ».

Quelles sont vos relations avec Rouen, Caen ou Cherbourg?

« J’ai de bonnes relations, basées sur la confiance avec le maire de Caen, de Rouen et la métropole rouennaise. Nous avons fusionné notre école d’art avec Rouen, engagé des coopérations hospitalières avec le CHU de Rouen grâce au soutien constant de Valérie Fourneyron quand elle était maire. Elle nous aide aussi pour la candidature havraise aux JO de 2024 pour l’organisation des épreuves nautiques. Nous avons monté ensemble tous les trois le dossier, c’est l’économie de demain ! »

Vous connaissez Cherbourg?

« Je connais mal, mais très bien La Hague car j’ai travaillé chez Areva. Je connais bien la route Caen-La Hague. Le lieu emblématique est donc pour moi La Hague, une usine assez étonnante... »

« Il faudra travailler en réseau »

Jean-Michel Houllegatte (PS), 57 ans, né à Cherbourg, est maire de Cherbourg-Octeville depuis le 30mars 2014. Il a succédé à Bernard Cazeneuve, le ministre de l’Intérieur, en juin2012 lorsque ce dernier a rejoint le gouvernement Ayrault.

 

Quelle est la place de Cherbourg en Basse-Normandie?

« Nous nous projetons dans le cadre d’une commune nouvelle. À l’échelle de la Basse-Normandie, nous sommes la deuxième ville, la cinquième en Normandie en termes d’habitants. Un peu devant Dieppe. Notre objectif est de s’arrimer au triangle Caen-Rouen-Le Havre en nous transformant en ville de plus de 80 000 habitants avec l’union de communes nouvelles regroupées déjà dans la Communauté urbaine de Cherbourg. C’est une vision partagée par les élus et la population. Notre objectif est d’y arriver après concertation et consultation au 1er janvier 2016 ».

Quel est le poids économique de votre ville?

« Nous n’avons pas tous nos œufs dans le même panier. Nous sommes en plein dans l’économie productive avec des entreprises leader de leur marché. Il y a quatre grands secteurs clés : l’énergie avec le nucléaire. Même si notre pilier semble parfois fissuré, nous sommes leader mondial dans le traitement des déchets. Nous avons Flamanville et la construction de l’EPR pour l’avenir. Ce secteur a drainé toute une constellation d’entreprises compétentes dans le domaine de l’ingénierie, du service, de la chaudronnerie, des ensembles mécanisés... Demain, on se positionne aussi sur les énergies marines. Il y a aussi la construction navale ou des marchés de niche avec le yachting. Le troisième secteur est situé dans l’arrière-pays, c’est celui de l’agroalimentaire avec une force de frappe puissante avec les producteurs de la Manche. Le quatrième pilier de l’économie productive est tout ce qui concerne le tourisme avec notamment la Cité de la mer ».

Quels sont vos liens avec Rouen, LeHavre, Caen?

« Ils sont très limités. Avec Caen, nous commençons à travailler sur un pôle métropolitain en lien avec l’agglomération. Des liens inexistants alors que normalement nous avons sans doute des projets en commun... »

Vos attentes pour la grande Normandie?

« Il faudra travailler en réseau avec des dynamiques de projets. Par exemple, pour le nautisme, nous travaillons avec la Fédération nautique normande pour promouvoir et développer la filière. On va promouvoir ensemble les compétences de nos entreprises, des services et de nos infrastructures. Pour la filière énergie et le nucléaire, nous appartenons au réseau Nucléopolis pour voir les applications dans le domaine du nucléaire ou de la santé avec ce qui existe déjà à Caen. Avec Paluel, Penly, Flamanville nous avons sur nos côtes beaucoup de production d’énergie. Qualité, sûreté, environnement, nous avons des problématiques communes. Ce qui a aussi été fait de manière embryonnaire pour Normandie Impressionniste doit pouvoir se réaliser pour nos entreprises ».

Connaissez-vous LeHavre?

« Oui, bien sûr. Le lieu emblématique aujourd’hui, c’est l’espèce d’œuf de Niemeyer, le Volcan. Ah oui, ce que l’on appelait le pot de yaourt ! Sinon, j’aime beaucoup les jardins suspendus en ville haute que j’ai découverts il y a peu. Nous aussi, nous aimons beaucoup l’horticulture et les jardins ».