Le Mont Saint Michel est construit depuis près de Onze siècles sur un point névralgique.

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La symbolique de garder fermement la porte ou une frontière avec l'Occident, la fin du Monde ou les... enfers est toujours aussi forte: les ducs de Normandie, à commencer par Richard 1er, se sont appuyés sur le puissant déploiement de l'ordre monastique bénédictin pour aménager durablement et profondément le territoire du nouveau duché qu'ils avaient créé.

Le Mont Saint Michel, tel que nous pouvons l'admirer encore aujourd'hui, est donc un chef d'oeuvre du volontarisme normand: les pierres monumentales ont même duré plus longtemps que la prière des moines en coule noire et des ducs armés de pied en cap. Cette rémanence extraordinaire, la puissance spirituelle du site, font du Mont Saint Michel l'un des hauts lieux de l'identité de la Normandie: au Mont Saint Michel la Normandie existe encore sur sa frontière peut-être plus puissamment qu'au coeur de ses plus grandes villes. Voilà donc un paradoxe que nos voisins Bretons (pas tous fort heureusement) ont tendance à remettre en cause comme si la forteresse normande bâtie au milieu des périls de la mer exigeait qu'elle soit en permanence assiégée !

Et à l'instar de ces Anglais qui furent incapables pendant près de 100 ans de conflit avec la France de prendre ce Mont St Michel normand devenu, de fait, le premier lieu de mémoire dans l'histoire de l'unité nationale française, ces pauvres Bretons chauvins qui tentent de s'accaparer par toute sorte de moyens dérisoires le mérite de l'existence d'une telle merveille de pierre, n'auront pas plus de succès...

N'est pas Bertrand Du Guesclin qui peut et certaines évidences ont pour elles d'être extrêmement durables...

Une preuve supplémentaire, récente, comme quoi le Mont Saint Michel est devenu un double thermomètre: celui d'une fierté normande renaissante ou celui d'une fièvre chauvine bretonne !

Ainsi, il y a quelques jours, visitant le Mont St Michel dans le cadre d'une visite conférence pour un groupe et accompagnant une jeune étudiante américaine de passage en Normandie, notre amie et collaboratrice Dominique Brichard nous a rapporté l'anecdote édifiante suivante:

Alors que la guide conférencière (visiblement d'origine bretonne tant elle multipliait les allusions à la province sise à l'Ouest à 4 kilomètres de là, par delà les hauteurs du massif de Saint Brelade...) avait réussi l'exploit de conter l'histoire du Mont Saint Michel sans ne faire aucune mention à la Normandie ou aux ducs de Normandie fondateurs de ce lieu auguste, le groupe pénétra dans le magnifique cloître suspendu entre ciel et mer et baigné d'une lumière irradiante venue du Couchant qui entrait, profuse, par les trois grandes arcades vitrées donnant sur le vide et qui devaient à l'origine s'ouvrir sur la salle capitulaire qui ne fut jamais construite. (Car la "Merveille", c'est à dire, la reconstruction du monastère normand en style français payé rubis sur l'ongle par le roi de France Philippe Auguste après un incendie... provoqué par ses aimables alliés Bretons lors de la conquête de 1204, avait épuisé le budget disponible.)

Prise d'une humeur poétique vespérale, la guide conférencière, extatique, fit alors une oraison à voix haute non pas sur les beautés lumineuses de l'archange Michel mais sur la beauté de la lumière... venue de Bretagne !

C'est alors que, jusque là masqué par le subtil jeu de quinconce ordonné par les colonnes en marbre de Purbeck portant le délicat jardin de fleurs sculptées dans la tendre pierre de Caen, un ouvrier en bleu de travail occupé à quelque chantier de restauration, fit une apparition, tel un Quasimodo entre deux colonnes, l'air pas content mais vraiment pas content du tout !

"Bon maintenant ! ça suffit ! On est en Normandie ici !"

La guide, interdite, s'arrêta net !

"Cet homme a raison ! " s'exclama notre amie prenant à partie le groupe silencieux de touristes étrangers, pour la plupart, qui venaient d'assister sans trop comprendre la scène, à un nouvel épisode de cette guerre de siège qui dure depuis... Depuis combien de temps déjà?

 


Commentaire de Florestan:

Puisque l'on parle d'une "guerre de siège" et de "thermomètre"... La température du chauvinisme, pour plus fiabilité, doit se prendre du côté du cul !