Au regard du magnifique potentiel géo-historique et géo-politique de la Normandie, voici une situation pour le moins consternante que nous pouvons considérer comme l'une des conséquences les plus désastreuses de la division normande, avec son déni de la mer et son mépris auto satisfait bâti sur l'ignorance de la Normandie même !

La Reine d'Angleterre a beau être toujours officiellement "duc de Normandie" pour les îles anglo-normandes et le Conseil Départemental de Seine Maritime être le propriétaire du port anglais de Newhaven, cela ne semble n'avoir aucun intérêt pour les Normands qui continuent de méconnaître leur propre région...

"Honni soit qui mal y pense"... Justement !!! C'est bien le sujet !

L'article lucide de Paris-Normandie qui considère encore la question "anglo-normande" de part et d'autre des rives de la mer la plus fréquentée du monde du seul point de vue de la Haute-Normandie est en soi symptomatique: à sa lecture on n'aura hélas aucune nouvelle de ce que devient l'ARC MANCHE, espace de coopération franco-britannique dont un Le Vern faisait autrefois grand cas, sans même parler du projet  "Norman connexions" volet culturel et patrimonial anglo-normand du programme européen INTERREG IV...


 

http://www.paris-normandie.fr/detail_article/articles/3944887/newsletters/pourquoi-y-a-t-il-si-peu-de-liens-entre-la-normandie-et-l-angleterre#.Ve2QspdqYaQ

Pourquoi y a-t-il si peu de liens entre la Normandie et l’Angleterre ?

Publié le 06/09/2015

Coopérations. Les échanges entre Normands et Anglais sont sacrément faibles compte tenu de leur proximité. Malgré les coups de pouce publics, la barrière de la langue et de la méconnaissance de l’autre semblent infranchissables.

Pourquoi y a-t-il si peu de liens entre la Normandie et l’Angleterre ?

Des deux côtés de la Manche, la période est charnière : l’avenir de la liaison transmanche dieppoise se jouera avant la fin de cette année. Côté britannique, le maintien ou non du pays au sein de l’Union européenne fera l’objet d’un référendum en 2017 (photo Christian Cariat)

Elles ont en commun des siècles d’histoire, la mer la plus fréquentée au monde, de belles falaises de craie... Pourtant, la Haute-Normandie et l’Angleterre, séparées par seulement une centaine de kilomètres, n’entretiennent pas de relations privilégiées. Dans le domaine économique par exemple. «Le blocage est psychologique, analyse Thierry Achard, directeur de la CCI international Normandie. Les Normands ne se sentent pas frontaliers. Ils sont peu à parler anglais et beaucoup pensent que c’est compliqué de commercer avec les Anglais.» C’est ce que ressent Patrice Gault, président de Dieppe Méca Energies, une grappe d’entreprises qui en regroupe près de cent trente : «Il y a des coopérations mais c’est toujours plus long de travailler avec les Anglais. On n’a pas la même culture.» (sic !)

«Le marché anglais est ouvert»

Les sociétés haut-normandes se tournent donc plus facilement vers la région parisienne et les pays francophones : Maroc, Belgique, Québec... Ils privilégient ensuite les autres pays d’Europe (Allemagne, Espagne, Italie, Pays-Bas...) et le grand export, notamment vers la Chine. L’Angleterre arrive souvent après. «Le marché anglais est pourtant ouvert et rentable, et les entreprises ont tout intérêt à s’y intéresser, répète Thierry Achard. Il faut simplement s’adapter. Le système de distribution anglais est très différent du nôtre. Les distributeurs attendent du fabricant qu’il prenne en charge la publicité, le marketing, le service après vente... Cela nécessite un changement organisationnel dans l’entreprise.» Des impératifs qu’on a bien compris en Basse-Normandie. Les entreprises, pourtant moins nombreuses qu’en Haute-Nomandie, échangent davantage avec l’Angleterre, notamment le secteur agroalimentaire. L’autre frein est monétaire. «Le taux de change a longtemps été défavorable (un euro fort par rapport à la livre) aux entreprises de la région, qui avaient du mal à être compétitives, souligne Alain Verna, directeur du site Toshiba de Dieppe, qui préside les groupements d’entreprises Vialog et Logistique Seine Normandie. Mais la donne a changé en début d’année.»

Vialog n’a pas attendu jusque-là pour se tourner vers l’Angleterre. «Nous avons un représentant commercial à Newhaven, en Angleterre, précise Alain Verna. Il nous a aidés à entrer en relation avec un bureau d’études anglais.» Les entreprises peuvent aussi compter sur les ports de la région, notamment celui du Havre. «Il y a des échanges commerciaux quasi quotidiens avec les ports anglais, essentiellement conteneurs et rouliers (transports de véhicules)», insiste Jean-Baptiste Gastinne, vice-président de l’agglomération havraise en charge du développement économique et du tourisme.

Une conquête de l’ouest risquée

Les entreprises bénéficient aussi de l’aide de l’Union européenne. Entre 2007 et 2013, le programme européen transfrontalier de coopération franco-britannique « Interreg IV », a financé près de 150 projets, dont 41 % en lien avec la région. Parmi eux, DEEDS, un dispositif d’échanges économiques entre Dieppe et le Sussex piloté par la CCI de Dieppe. «On a pu identifier des entreprises anglaises et normandes susceptibles de travailler ensemble, raconte Béatriz Cormier, responsable du service industrie. Une entreprise du secteur agroalimentaire qui était venue avec nous en Angleterre a notamment trouvé un réseau pour distribuer des produits haut de gamme.» Le conseil régional a lui aussi piloté et accompagné des projets, notamment dans le domaine des énergies renouvelables.

Le programme « Interreg V » (2014-2020) sera officiellement lancé en octobre.

Cette nouvelle opportunité pourrait être amplifiée par un volontarisme politique. Mais quel candidat aux premières élections régionales normandes, en décembre prochain, osera vanter cette conquête de l’ouest ? En plein euroscepticisme des deux côtés de la Manche, le pari tient encore du défi.

Charly Le Gal

Et aussi...

n Tourisme. Après avoir chuté pendant une dizaine d’années, la fréquentation de touristes britanniques est repartie à la hausse en Normandie : + 5 % l’an dernier, + 17 % en 2013. «Ils sont de loin la première clientèle internationale dans la région, insiste Jean-Louis Laville, directeur du Comité régional de tourisme. La moitié de ceux qui prennent le ferry passent la totalité ou une partie de leur séjour en Normandie.» Un phénomène qui s’est fait ressentir au Havre. Sur près de 257 000 croisiéristes accueillis en 2014, 46 000 étaient britanniques. Les chiffres du ferry, eux, restent stables avec 268 000 passagers en 2014, contre 266 000 en 2013. C’est un peu moins marqué à l’office de tourisme, où ils n’étaient que 4 500 Britanniques sur 100 000 passages. Pour convaincre ces touristes de rester, le Comité régional de tourisme a investi près de 2 M€ dans une campagne publicitaire. Il dispose également d’une attachée de presse à Londres.

n Échanges scolaires. Si les Normands vont rarement en Angleterre, les élèves de l’Académie sont, eux, plutôt mobiles. En 2014, près de 10 500 d’entre eux se sont déplacés au Royaume-Uni, contre 3 700 en Espagne et 3 600 en Allemagne. Autre satisfaction : de plus en plus de stages en entreprise se font en Angleterre. Des échanges facilités par la mise en place, il y a un an, d’une unité facultative de mobilité en bac professionnel. Et le programme européen Erasmus+ finance désormais des projets du primaire à l’enseignement supérieur.

n Culture. Les fonds européens ont aussi permis de mener des coopérations artistiques entre la région et l’Angleterre, comme le festival de théâtre de rue Fish and Chips à Sotteville-lès-Rouen. À Dieppe, c’est le festival diep~haven qui fait le lien entre les deux côtes. D’autres initiatives ont fait long feu, comme les rondes rollers entre Porsthmouth et Le Havre, qui avaient réuni des milliers d’amateurs.

Une question d’immobilisme

Selon vous, les échanges entre la Normandie et le Sussex, et même l’ensemble de l’Angleterre, sont-ils suffisants?

n Dominique Gambier: « Non, je pense qu’on peut faire plus. L’espace de la Manche a beaucoup d’usages, de dimensions et d’acteurs (dans les domaines économique, touristique, nautique, de la pêche...) car c’est la zone maritime la plus fréquentée du globe. Côtés français et normand, les demandes sont fortes : jumelages entre communes, projets économiques, environnementaux... Mais c’est compliqué de mettre en place des coopérations avec les Anglais. »

n Bernard Deladerrière: « Il n’y aura jamais assez de relations entre la Normandie et l’Angleterre. Plus on connaît ses voisins et plus on fait tomber les barrières, mieux c’est pour la paix et pour dynamiser les échanges économiques, politiques, associatifs, de populations... Même si les Anglais ne sont pas les interlocuteurs les plus faciles, de nombreuses entreprises anglaises et britanniques sont implantées dans la région. Car contrairement à ce que l’on pense, il y a beaucoup d’intérêts communs. »

Comment expliquez-vous la relative faiblesse des échanges, malgré la proximité et le soutien de fonds européens à des projets interfrontaliers?

n D. G.: « Les collectivités locales anglaises aimeraient échanger davantage avec la France et la Normandie. Mais en Angleterre, la décentralisation ça n’existe pas. Et pour des raisons budgétaires, un certain nombre de coopérations ne se font pas. C’est aussi une question de culture. Quand une famille anglaise accepte de recevoir des étrangers, c’est dans une optique de business puisqu’elle est rémunérée. Cela pose des problèmes pour les échanges scolaires et les jumelages. C’est donc plus compliqué de mettre en place des échanges avec Syston, la ville anglaise avec laquelle Déville est jumelée, qu’avec Bargteheide en Allemagne et Carmignano en Italie. D’autant qu’en Angleterre, ce sont des associations qui n’ont pas beaucoup de moyens qui animent les jumelages. »

n B. D.: « Les Français ne se tournent pas beaucoup vers l’extérieur. Déjà parce que la France est un pays où il fait bon vivre. Aussi, de par son passé colonial, le pays est dans l’illusion d’une puissance disparue. Aujourd’hui, le français n’est plus une langue universelle ; il régresse même en Europe et dans le monde. Et il ne faut pas se le cacher : les Français ne sont pas bons en langue. Ce constat est le même en Normandie. C’est plus étonnant car la région a été colonisée et peuplée par les Vikings, et elle était tournée vers l’extérieur. Mais il ne faut pas mettre tous les Normands dans le même sac. Les jeunes sont plus mobiles que leurs aînés. On peut faire le même reproche aux Anglais, anciens colonisateurs et dont la langue est, elle, universelle. »

Dans quels domaines cela vous semblerait-il particulièrement pertinent de développer les échanges?

n D. G.: « La Manche est une zone frontalière avec des côtes similaires et des préoccupations communes. Il faut travailler sur le sujet de la pêche par exemple. Nous demandons beaucoup à nos pêcheurs et il faut que les Anglais aient la même exigence en termes de quotas et de réserves de pêche. Nous pourrions aussi échanger davantage dans les domaines de l’éolien en mer et de l’environnement : recul des falaises, sécurité maritime, risque de pollution... Il y a encore beaucoup de dispositifs à mettre en place. »

n B. D.: « Les liens avec la Grande-Bretagne devraient être encore plus développés. Pour cela, il faut dépasser le niveau économique et financier pour privilégier celui des populations. Il faut par exemple aider davantage les associations et les particuliers à se mettre en relation. Avec internet, la télévision, les médias, on a l’impression de communiquer avec ses voisins. Mais il n’y a que la rencontre réelle qui permet de connaître l’autre. Je pense que les pouvoirs publics pourraient y mettre plus de moyens, d’autant que ce sont des initiatives qui ne coûtent pas cher à soutenir. »

Propos recueillis par C.L.G.