Enfin un article intelligent et stimulant sur le clochemerle normand que l'on trouvera dans Paris-Normandie qui a eu la bonne idée d'aller interroger ces "Franciliens" de plus en plus nombreux à choisir la qualité de vie résidentielle normande, malgré la difficulté structurelle des liaisons ferroviaires entre l'Ouest francilien et notre région.

Et les témoignages pris sur le vif des voyageurs prenant la grande ligne de la SNCF la plus surchargée de France (Paris- Rouen- Le Havre) ne manquent pas de pertinence, notamment celui-ci:

"A la lointaine banlieue, j'ai préféré la proche province."

Après plus de quarante années de division normande et de confusion entre banlieue lointaine et province proche, entre grande ligne ferroviaire nationale et ligne de grande banlieue, entre une pseudo capitale régionale et une extension urbaine parisienne tendue jusqu'à la mer, entre un super département francilien et une demi-région croupion, entre une Basse Seine normande et une basse scène parisienne, Rouen, qui fut autrefois (sous Louis XIII...) un Lyon sur Seine au Nord de la Loire et qui, au terme de trois siècles de décadence relative sinon absolue, a failli n'être qu'une... seconde Mantes la Jolie à l'orée des années 1970, doit résolument choisir la Normandie et la faire exister avec Caen et Le Havre, en aval de Paris...

... sans se faire définitivement avaler !


 

http://www.paris-normandie.fr/detail_article/articles/3944981/actualites+societe/ces-franciliens-qui-choisissent-d-habiter-la-haute-normandie#.Ve6bBpcZZ_l

 

Ces Franciliens qui choisissent d’habiter la Haute-Normandie

Publié le 05/09/2015 á 23H22
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Stress. Chaque année, des milliers de Franciliens choisissent de quitter Paris ou sa banlieue pour la Haute-Normandie. Plus que le coût de la vie, c’est la volonté de trouver un cadre de vie plus agréable qui les motive.


Ils ont quitté Paris ou sa banlieue. Marre des embouteillages, des heures de transport, de la pollution, d’une vie à cent à l’heure... Ils sont venus en Normandie. Au calme.

«La première fois que je suis venu ici, ça m’a étonné: les automobilistes ne klaxonnent pas». Axel Blind, 36 ans, est arrivé à Rouen en novembre dernier, après avoir passé la quasi-totalité de sa vie en région parisienne. «Ma compagne n’en pouvait plus». Comédien, il continue à se rendre à Paris très régulièrement. Souvent en covoiturage, parfois en train. «C’est l’un des inconvénients de la vie ici. 23€ l’aller à Paris, ça reste très cher». Le reste, que du bonheur. «À Bagnolet, pour 700€, on avait un taudis. Là, on a une maison de 120 m2 à Bois-Guillaume».

Mais, comme beaucoup de Franciliens qui déménagent en région, l’argument financier n’arrive pas en tête. «Ne serait-ce que pour les démarches administratives, pour monter mon école de théâtre, Le Matin des Vagabonds, salle Louis-Poterat à Rouen. Ça bloque parfois toujours autant, mais on tombe sur des gens souriants et de bonne volonté, qu’on n’a pas l’air de déranger. Pareil dans les commerces, dans les bus. Ça n’a l’air de rien, mais mis bout à bout, ça rend l’air plus respirable». Que reprocherait-il à Rouen ? «Il y pleut un peu plus souvent qu’à Paris. Et les horaires de bus: si on sort du ciné à 22h...». Retournerait-il en banlieue parisienne ? «Si j’y suis obligé. Mais on ne peut pas non plus trop s’éloigner de Paris, tout se passe là-bas. Il faut stopper cette hégémonie parisienne».

«À la lointaine banlieue, j’ai préféré la proche province». Laure, 57 ans, est née à Paris. Après avoir vécu plusieurs années à Vitry, elle s’est installée à Vernon. Tout en continuant de travailler dans la capitale. «Mes collaborateurs qui habitent la banlieue ont un temps de transport comparable au mien, dans des conditions qui ne sont pas les mêmes». Et quand Laure rentre chez elle, «il y a de la verdure, je marche dans des rues agréables, pas bruyantes. À Vitry, il y avait du bruit nuit et jour. Et les gens sont plus détendus». Elle se rappelle un achat dans une boutique de la gare Saint-Lazare. «Vous venez de province, m’avait dit la vendeuse. Je lui réponds et demande pourquoi cette question. J’en étais sûre, m’a-t-elle répondu: vous êtes souriante et détendue. Cela m’a amusée, je suis Parisienne de naissance».

Tous ne choisissent pas la Normandie. Les Franciliens s’installant à proximité de l’Ile de France sont 45 % à choisir une ville moyenne (étude du salon de l’emploi Provemploi). En tête du palmarès se trouvent Orléans (1 500 installations/an), Creil (860), Reims (720) et Chartres (640). Ceux qui viennent habiter en Haute-Normandie continuent souvent de travailler en île de France (qui concentre 50 % des offres d’emploi pour les cadres).

Ils y ont parfois des attaches familiales... ou ils en tombent amoureux. C’est le cas d’Emmanuel qui a eu le coup de cœur pour Le Havre, «une ville aérée et au bord de l’eau», après y avoir passé un week-end. Sa femme y a d’ailleurs ouvert un magasin de gadgets, « I Havre a dream »... Quelques mois ont suffi pour que le couple vende sa maison parisienne et rejoigne la cité océane. Depuis cinq ans, Emmanuel enchaîne les allers-retours quasi-quotidiens à Paris ! «Ça semble délirant mais c’est faisable. Dans le train, je travaille, je bouquine ou je dors». Pour lui et sa famille, la proximité de la mer est primordiale. «Et Rouen, c’est devenu la banlieue de Paris».

Une envie de campagne, c’est ce qui a décidé Jean-Marc, 57 ans, cadre installé près de Pacy-sur-Eure. «J’en avais marre de la banlieue, même si je l’ai beaucoup aimée, surtout pour son côté diversité culturelle, que je retrouvais sur le marché par exemple. J’avais des voisins turcs, portugais. Mais je ne supportais plus les kékés qui font les andouilles en BM. Ceci étant, ici, je n’aime pas le côté un peu trop «propre» et mes voisins de droite, voire d’extrême-droite ».

Quitter la capitale, Béatrice, cadre chez GDF, aujourd’hui à Vernon fait ce choix il y a vingt ans. «Mais je vais faire le chemin inverse». En cause, le temps de trajet en train pour rejoindre la Défense, de plus en plus long. «C’est un gros problème dans la région». Demain lundi, les usagers quotidiens de la ligne Le Havre-Paris entament une grève de présentation des titres de transport. Pas toujours facile la vie en région...

gilles lamy

Le contexte

n Zone d’échanges. L’Ile de France est la principale zone d’échanges avec la Haute-Normandie. Entre 2007 et 2012, près de 27.000 Haut-Normands sont partis vers l’Ile de France, mais 40.000 habitants ont fait le chemin inverse (source Insee).

n Prêts à déménager. Ce serait le cas de 80 % des Franciliens (étude 2015 de l’agence de recrutement Michael Page).

n Meilleure qualité de vie : c’est ce que recherchent 85 % des personness prêtes à quitter l’Ile de France, devant un coût de la vie moins élevé (57 %).

n Proximité : les Franciliens s’installant à proximité de l’Ile de France choisissent à 45 % une ville ou une ville moyenne.