La dernière émission de la Voix est libre sur l'antenne du service public de la télévision régionale samedi 17 octobre à 11h30 l'a hélas, une nouvelle fois confirmé !

Il est extrêmement difficile de faire passer dans les grands médias qui s'adressent à ce public de grands enfants que l'on nomme le "grand public" des informations précises, une réflexion subtile. Derrière les grilles d'analyses, peu d'analyse ! Derrière les mots clefs, des portes ouvertes largement défoncées ou alors des portes qui devraient s'ouvrir sur l'essentiel mais qui resteront déséspérément fermées ! Derrière les clichés? Une cécité sur les réalités régionales qui existent vraiment. Derrière les éléments de langage ou les formules qui prennent l'oreille et la tête, une véritable absence de pensée sur les problèmes, les enjeux, l'avenir des Normands et de la Normandie.

Sur le plateau de la télé, le géographe Pascal Buléon, coursier trop subtil, s'est fait couper la parole par un Franck Besnier sans finesse tandis que Michel De Decker confondait diversité et unité refusant l'évidence d'une seule mosaïque normande. Le dessinateur Emmanuel Chaunu a montré une nouvelle fois qu'il était capable du pire (le léopard du haut qui goinfre celui du bas)  comme du meilleur (la Tour Eiffel parisienne arrogante qui se pourlèche devant un futur festin à se faire avec les restes d'une Normandie qui demeure divisée...)

Reste le cas de Michel Onfray: un vrai crève coeur pour nous !

D'un côté une affirmation formidable, déterminée, d'une idée normande utile à l'avenir de la Normandie mais aussi de la France en expérimentant enfin dans notre vieux pays centralisé depuis Louis XIV la solution alternative d'un régionalisme fédéraliste, girondin, démocratique, communal et libertaire: on applaudit ici à deux mains ! Et nos deux léopards ne demandent qu'à rugir !

De l'autre, une méfiance et un défaitisme qui condamnent toute volonté, tout dynamisme pour l'avenir: Léopold Sédar Senghor a mis au coeur de la "Normandité", c'est à dire l'âme normande, la lucidité. Mais des formules du genre: "les Normands ne s'aiment pas", "raffineries et raffinements", "la réunification, un mariage forcé", "le match est déjà perdu" ne nous aident pas !

On prend ainsi le risque d'insulter l'avenir et la réalité !

Car des réalités, des problèmes, des urgences, des enjeux, de l'avenir des Normands et de la Normandie on continue de ne pas en parler !

On attend toujours le début du commencement de l'esquisse d'un projet normand, au point que nous nous sentons bien seuls sur l'Etoile de Normandie qui propose en libre service pour tous les Normands de bonne volonté, archives et analyses sur la matière normande depuis... 2006!

Certes, l'émission de samedi a tenté, enfin, de parler du fond: l'unité régionale, l'identité normande (bien maladroitement présentée et forcément mise en comparaison avec l'identité bretonne), la question lancinante des transports, la maritimité... Mais, une fois encore on a fait l'essentiel sur cette histoire de "capitale" qui nous prend la tête et qui la fait perdre à beaucoup !

RAS LE BOL DE LA PEINE CAPITALE !

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(Hommage à la Caennaise et normande girondine Charlotte Corday)

Disons-le clairement: nous en avons ASSEZ de ce débat stérile sur quelle ville normande sera LA capitale de la future "GRANDE" Normandie !

(Franck Besnier et toute une série de journalistes travaillant en Normandie depuis des années devraient ENFIN se mettre à bosser le sujet !)

Ce problème est juridiquement, techniquement, géographiquement SANS FONDEMENT !

Pascal Buléon a tenté, en vain, d'expliquer clairement, calmement l'absence depuis plus de 40 années d'une vraie métropole régionale en Normandie en rappelant la nécessité d'unir trois grandes villes dont aucune n'avait toutes les qualités requises pour être LA métropole régionale au détriment des deux autres.

Michel Onfray, craignant le "dépérissement caennais" ou refusant toute viabilité à un réseau de "trois capitales" (sic!) et Emmanuel Chaunu dessinant des clochers normands disparaissant dans la pollution et l'enfumage d'un clochemerle normand persistent à perdre leur tête caennaise en craignant une guillotine rouennaise qui n'existe pas !

Si ces messieurs veulent UNE CAPITALE pour une Normandie qui demeure divisée, méfiante et querelleuse avec elle-même, le rôle est déjà pris par PARIS qui assiste déjà au déclin normand depuis plus de 50 ANS !

Concrètement, depuis des mois, le débat public et médiatique sur la Normandie et son avenir est confisqué par des gens obnubilés par la mobilité de 50 hauts fonctionnaires ou cadres dirigeants entre Caen et Rouen, par l'emplacement d'un bureau présidentiel et de son fauteuil, par l'adresse d'une boîte aux lettres ou par la rude nécessité d'avoir désormais à faire une heure de bagnole de plus pour espérer prendre le café avec Monsieur le Préfet de région qu'ils ne prenaient pourtant pas avant quand on ne parlait pas de la réunification normande !

A la rigueur, le seul sujet sérieux dans cette affaire "capitale" serait de dire clairement aux 4500 fonctionnaires territoriaux du futur conseil régional de Normandie comment leur travail va s'organiser dès janvier 2016 à partir des deux sites caennais et rouennais: ceux qui s'excitent actuellement dans les médias et les réseaux sociaux sur LA capitale, montrent surtout qu'ils n'ont aucune considération pour l'avenir des personnels du service public régional normand!

Au lieu de jouer à se faire peur en manipulant l'inquiétude des uns et des autres, certains soit-disant "collectifs" (par exemple: "Nous sommes Guillaume"), devraient plutôt soutenir les personnels plutôt inquiets de l'administration régionale en exigeant que les deux principales têtes de liste en lice aux prochaines régionales nous expliquent clairement comment les fonctions du futur conseil régional de Normandie pourraient être réparties entre Caen et Rouen !

Le collectif citoyen et républicain "Bienvenue en Normandie" et l'Etoile de Normandie ont été les SEULS à le faire !

Mais pour le dire clairement: la plupart des 3,3 MILLIONS de nos concitoyens normands dont la grande majorité n'habite ni à Caen, ni au Havre ni à Rouen, n'en a strictement rien à cirer de cette question "capitale"!

Et d'ailleurs, ils ne s'intéressent pas à la campagne des élections régionales: dans l'édition de la Manche Libre de la semaine passée, 81% des lecteurs avouaient ne pas s'y intéresser !

Et il faut dire que l'on fait tout pour qu'ils ne s'y intéressent pas !

Car derrière ce pseudo match CAEN vs ROUEN, largement instrumentalisé par un quotidien régional basé en Bretagne qui refuse la montée en puissance de l'évidence normande et par un quotidien sous influence fabiusienne rouennaise refusant l'autonomie caennaise, il y a surtout l'instrumentalisation de la peur de BAS Normands qui ne connaissent ni les HAUT Normands et encore moins la Haute-Normandie ! (et vice versa !)
Les statistiques du comité régional de tourisme normand le montrent hélas régulièrement: les Haut-Normands viennent bien plus visiter la Basse-Normandie que les Bas-Normands ne viennent visiter la Haute. Et quand Michel Onfray, affirmant son enracinement normand à Argentan, dit que les Normands ne s'aiment pas, il a certes raison mais il ferait totalement oeuvre de philosophe normand utile à l'avenir des Normands s'il nous expliquait surtout pourquoi les Normands ne se connaissent pas assez!

Bien souvent, trop souvent, les "horsains" ou les Normands exilés hors de Normandie ou de retour chez eux se montrent les plus actifs pour faire exister la Normandie: l'un des grands enjeux du retour à l'unité régionale serait de généraliser cet enthousiasme pour que les Normands de Normandie soient les conquérants d'eux-mêmes en retrouvant leur fierté ! Hélas, les grands médias ne nous aident pas et il ne faudra compter que sur soi-même !

Et à l'instar des 43 années perdues dans la division régionale, nous venons de perdre 16 précieux mois depuis l'annonce historique du retour à l'unité normande pour expliquer aux Normands les vrais enjeux, urgences de l'avenir des Normands en Normandie et de l'avenir de la Normandie elle-même!

Ces vrais sujets sont discutés dans des cénacles spécialisés (par exemple, vendredi 16 octobre au Havre avec la fédération régionale des travaux publics) ou alors ici même sur l'Etoile de Normandie ou dans le séminaire d'étude que notre collectif "Bienvenue en Normandie" anime au sein de l'université populaire de Caen depuis 2008... à la demande de Michel Onfray.

Ainsi, nous aimerions que dans la grande presse, à la télé et sur un réseau social bien connu, on puisse enfin présenter et débattre des URGENCES suivantes, liste non exhaustive:

1) Sortir de l'illettrisme et de la déqualification scolaire et professionnelle les jeunes issus des territoires ruraux enclavés du centre et du sud de la Normandie.

2) Retenir en Normandie les 6000 jeunes Normands les plus talentueux et les plus diplômés qui nous quittent chaque année en organisant l'attractivité conjointe de Caen-Rouen- Le Havre, métropole normande en réseau.

3) Financer l'examen du permis de conduire pour les jeunes Normands. Organiser un réseau régional cohérent des transports publics. Généraliser à toute la Normandie l'expérience haut-normande du billet multi-mode unique.

3) Achever le désenclavement routier, ferroviaire et numérique de la Normandie. Stopper la progression des déserts ruraux en matière de services publics à la population.

4) Trouver de nouvelles marges de manoeuvre financières d'investissement par une mutualisation générale de toutes les grandes collectivités territoriales normandes autour du futur conseil régional de Normandie

5) Accompagner les entreprises normandes en unifiant tous les guichets et services d'aide et en entrant dans le capital des entreprises qui en ont besoin.

6) Financer le contournement autoroutier Est de Rouen.

7) Renégocier le CPIER Vallée de la Seine en exigeant que l'Etat soit enfin à la hauteur d'un projet "d'intérêt national" pour que l'AXE SEINE soit à la hauteur du CANAL SEINE NORD EUROPE. Pour désenclaver l'avant-port européen que pourrait être la Normandie !

8) Exiger que le pilotage stratégique des ports de la Basse Seine normande soit en Normandie: renégocier le schéma stratégique "vallée de la Seine" qui tend une nouvelle fois à subordonner la Normandie à la région parisienne !

9) Refonder l'agriculture et l'agro-alimentaire normand sur des filières de très haute qualité sur un marché mondial. Mais aussi organiser le portage foncier et financier complet de tous exploitants agricoles normands qui veulent se convertir au "biocal".

10) Faire de la Normandie, la première région française pour les Energies Marines Renouvelables et la première région française pour l'économie maritime.

11) Faire connaître TOUTE la Normandie à TOUS les Normands ! Reconstruire un "lobby normand" et créer un réseau international des amitiés normandes.

12) Expérimenter en Normandie le débat public citoyen prescriptif, préalable et évolutif pour une ingéniérie citoyenne et collective des grands projets d'aménagement du territoire.

BREF !

L'unité normande dans sa longue histoire a toujours été un défi ! Celui d'un volontarisme politique fort.

Aujourd'hui, la Normandie doit démontrer qu'elle peut exister de façon originale et autonome entre deux arrogances: la centralité parisienne et le modèle régionaliste breton.

Pour dire à toute la France que l'on peut réussir ensemble une vraie région de projet et d'avenir en expérimentant le contraire du centralisme jacobin parisien et le contraire du chauvinisme régionaliste et égoïste breton.

C'est à dire, pour reprendre le beau programme de la normande Charlotte Corday:

FEDERALISME GIRONDIN

DECENTRALISATION

COOPERATION

MUTUALISATION

SOLIDARITE

LIBERTE

DEMOCRATIE